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Full text of "Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine, suivie de l'analyse géographique des itinéraires anciens et accompagnée d'un atlas de neuf cartes;"

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GEOGRAPHIE 



A JV C. I E JV N K 



HISTORIQUE ET COMPARÉE 

DES GAULES 

CISALPINE ET TRANSALPINE. 

TOME II. 



DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET, 

RUE DE VAUGIRARD, N" 9. 



GEOGRAPHIE 

ANCIENNE 

HISTORIQUE ET COMPARÉE 

DES GAULES 

CISALPINE ET TRANSALPINE, 



SUIVIE 



DE L ANALYSE GÉOGRAPHIQUE DES ITINÉRAIRES ANCIENS, 



ET ACCOMPAGWEE 



D UN ATLAS DE NEUF CARTES : 



PAR M, LE BARON WALCKEIVAER, 

MEMBRE DE I.'lNSTITIfT DE FHA^(;t: 
(académie des inscriptions et PEIJ.ES-LttTTniis), 



TOME SECOND. 



A PARIS, 



LIBRAIRIE DE P. DUFART, 

RUE UES SAINTS-PÈRES, N" Ij 

A S^ PETERSBOURG , CHEZ J.-F. HAUER ET C"=. 



GEOGRAPHIE 

ANCIENNE 

HISTORIQUE ET COMPARÉE 

DES GAULES 

CISALPINE ET TRANSALPINE. 



DEUXIÈME PARTIE. 

( SUITE. ) 

CHAPITRE III. 

Depuis l'an 49 avant J.-C. ou 704 de Rome, époque du commence- 
ment de la guerre civile, jusqu'à l'an 27 avant J.-C. ou yiô de 
Rome, époque où Auguste tint les états de la Gaule. 



§. I. Gaule transalpine. 

Durant les temps de troubles et de guerre civile, on 
voit souvent se succéder dans un pays des divisions 
passagères, nécessitées par des besoins politiques, et 
des circonstances impérieuses, ou enfin décidées par 
les partis qui déchirent un État, et qui éprouvent le 
besoin d'innover pour retenir un pouvoir usurpé , 
ou quelquefois par le seul désir d'exercer une puis- 
II. I 

2074026 



2 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

sance qu'ils prévoient être de courte durée. L'his- 
toire ne daigne que faiblement s'occuper de ces ré- 
glemens momentanés , qui souvent sont révoqués 
avant d'être exécutés, et la géographie, qui, dans les 
actions des hommes , ne recueille que celles qui ont 
influé d'une manière directe sm' le sort des nations, 
les passe entièrement sous silence. Cependant ce se- 
rait satisfaire d'une manière imparfaite au sujet que 
nous traitons , que de ne pas faire connaître les 
moindres variations qui ont eu lieu dans les divisions 
générales des Gaules , et dont il est resté quelques 
traces dans l'histoire. 

Ammien Marcellin, qui écrivait vers la fin du 
iv" siècle , de 564 à 58o , est un auteur qui se com- 
plaît dans les détails géographiques. Il avait fait la 
guerre dans la Gaule transalpine, et il en donne une 
description fort détaillée. Dans un endroit de cette 
description , voici comme 11 s'exprime : « Toutes 
(( les Gaules, après la conquête , furent partagées par 
(( César, dictateur, en qualre parties : la Narbon- 
(( naise, qui contenait la Viennoise et la Lyonnaise ; 
« l'Aquitaine ne formait qu'une seule partie : les 
u Germanies inférieure et supérieure et les Belgiques 
« étalent divisées en deux juridictions '. » Ammien 
Marcellin s'exprime ici selon l'usage établi de son 
temps pour les divisions de la Gaule; mais, pour le 

' AnimiaD. Marcell., lib. xv, cap. ii, tom. i, p. 71, edit. Erfurdt. 
Lipsiae, 1808, 10-8". « Regebantur autem Galliae omnes, jam inde 
.< uti crebritate bellorum urgenti cessere Julio dictatori , potestate 
<( in partes divisa quatuor : quarum Narbonensis una, Yiennensem 
« intra se continebat, et Lugdunensem ; altéra Aquitauis praeerat 
r< umversis : supeiiorein et iuferioreni Gerinaniani, Belgasque duaî 
i( jurisdictiones iisdem rexere temporibus. u 



PARTIE II, CHAP. III. 3 

temps dont il parle, il n'aurait pu être aussi concis, et 
il aurait fallu dire que César mit sous un seul gouver- 
nement la ProTince romaine et la Celtique; sous un 
autre l'Aquitaine, entre la Garonne et les Pyrénées; 
et que la Belgique, proprement dite, fut divisée en 
deux gouvernemens , dont l'un devait comprendre 
les Morini , les Nervii , les Atrehates , les Amhiani , 
les BelUwaci y les Veromandui , les Suessones , les 
Rémi j les Catalauni ^XesTreçiri, \ts Mediomatrici , 
les V^eruni, les Leuci , et l'autre, tout le pays situé 
entre les Vosges et le Rhin , et tout le reste de la Bel- 
gique qui n'était pas compris dans le gouvernement 
précédent. 

Il y a bien des erreurs dans ce passage d'Ammien 
Marcellin, si l'on en croit tous les commentateurs 
et tous les géographes modernes qui ont écrit sur la 
Gaule '. 

Ils disent que la Gaule, du temps de César, n'a ja- 
mais été divisée en plusieurs juridictions, et qu'elle 
était gouvernée par un seul préteur; que ce que dit 
Ammien Marcellin est relatif à la division sous Au- 
guste; que jamais la Lyonnaise ou la Celtique n'a été 
réunie à la Narbonnaise; et qu'enfin les deux Ger- 
manies eurent, dès le commencement de l'arrange- 
ment d'Auguste, un légat particulier, différent de 
celui de la Belgique , et que la division fut de six pro- 
vinces , et non de quatre. 

Mais si réellement César a établi cette division , 
toutes ces critiques tombent d'elles-mêmes, et le 

' Voyez la note de Valois, dans son édit. d'Ammien Marcellin, 
p io3, et Ammiau. 3Iarcellin., Notœ integice, dans l'édit. de Wagnei- 
ou d'Erfurdt, tom. n, p. 162, note 6. — D'Anville, Notice, p. 8. 



4 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

texte d'Ammien Maicellin serait exact dans toutes 

ses parties. 

Or, on doit observer que César, durant les cinq 
ans qui s'écoulèrent depuis le commencement de la 
guerre civile, 49 »iis avant J.-C. , jusqu'à sa mort, 
en l'an 44 > ^'^ P^^ ^^^ laisser la Gaule transalpine 
entièrement sans gouvernement. A la vérité, Cicéron 
nous dit que César, après avoir conquis la Gaule, 
n'eut pas le temps de l'organiser d'une manière ferme 
et stable : Belluni in Gallia gestum est : domitce 
sunt à Cœsare maximœ nationes, sed nondum legi- 
bus , nondum j lue certo^ nondum satis firma pace 
devincti '. Par ce mot de Gallia ^ il ne peut être ici 
question que de la Gallia cojuatay c'est-à-dire la Gaule, 
à l'exclusion de la Province romaine, soumise et or- 
ganisée avant l'arrivée de César. Mais Suétone nous 
apprend, cependant, que César donna à cette partie 
de la Gaule , nouvellement soumise , la forme d'une 
province; qu'il y envoya des lieutenans, et leur 
imposa une contribution annuelle : Omnem, Gal- 
liam quœ a saltu Pyrenœo, Alpihusque et monte 
Gehenna yfluminihus Rheno et Rhodano continetur ^ 
in provinciœ jormam redegit , eique quadringenties 
in singulos annos siipendii nomine imposuit. 

Puis en 708, César nomma gouverneur de ce pays 
Claude-Tibère !Néron, père de l'empereur Tibère j 
et en 709, il lui donna ordre ai y conduire des colo- 
nies : nous savons qu'en effet Narbonne et Arles 
reçurent à cette époque des colonies romaines, et il 
est probable qu'il en fut de même de la ville d'Orange, 
Arausio. 

' Cicero, i/i Ornlionc de pro\niic. consul, p. 5io. 



PARTIE II, CHÂP. III. 5 

SI donc, comme ledit Clcéron, César n'eut pas le 
temps d'organiser la Gaule transalpine d'une ma- 
nière stable, de lui donner des institutions et des 
lois propres à j établir la paix , à y affermir la puis- 
sance romaine, pourtant il est certain qu'il s'occupa 
fortement de l'administration de ce pays , surtout 
pour établir la levée régulière des impôts, et préve- 
nir les révoltes. Mais pour atteindre ce but, César se 
trouvait forcé de partager ce pays d'une manière 
très inégale, parce qu'une partie était entièrement 
subjuguée, tandis que d'autres ne l'étaient qu'impar- 
faitement, et il devait, d'après la situation où étaient 
alors les Gaules , adopter précisément la division que 
nous indique Ammien Marcellin. En effet, il était 
convenable de réunir en un seul gouvernement 
toute la portion de la Gaule bien soum:ise aux Ro- 
mains, c'est-à-dire la Narbonnaise et la Celtique. Il 
fallait donner le commandement d'une autre partie 
des forces destinées à contenir la Gaule , à celui qui 
se trouvait chargé de commander aux Aquitains in- 
domptés. Il était nécessaire aussi de partager en deux 
les forces envoyées dans cette redoutable Belgique , 
et de confier à un seul gouverneur toute la défense 
des frontières bordées par le Rhin , et de donner à 
un autre le soin d'en imposer à tous ces Belges que 
César avait eu tant de peine à vaincre. Si on admet- 
tait ce texte d' Ammien Marcellin comme exact, on 
expliquerait alors la prétendue méprise de Stra- 
bon • , qui attribue à César exactement la même 
division des Gaules. Il résulterait de cet auteiu' 

' btrabo, lib. iv, p. ii-j. 



6 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

qu'Auguste ne fit d'abord d'autre changement ii 
cette division , que d'agrandii' l'Aquitaine , et de 
l'étendre jusqu'à la Garonne en l'augmentant de 
quatorze peuples; et c'est en faisant allusion à cette 
première division de César, que Pline ' aura étendu 
la Belgique jusqu'à l'Escaut. Si , après tous ces rap- 
prochemens, on observe encore qu'Ammien Mar- 
cellin a bien soin de nous dire que Jules César fit 
ce partage en vertu de sa puissance dictatoriale, 
Julio dictatori potestate , on sera convaincu que 
c'est à tort qu'on a accusé cet auteur d'erreur, et 
que la division dont il nous parle a réellement eu 
lieu; mais elle ne fut pas de longue durée. Trois ans 
après, et l'année même de sa mort. César avait réuni 
la Province romaine ou la Gaule narbonnaise, à 
l'Espagne, et en avait formé un seul gouvernement, 
qu'il donna à Lépide '. Ainsi nous voilà en quelque 
sorte revenus, sous ce rapport, comme à l'époque de 
Scylax , où ribérie se trouvait mêlée relativement aux 
habitans avec les parties méridionales de la Gaule, 
mélange qui eut encore lieu sous Constantin , par la 
création des diocèses : la Gaule, l'Ibérie et File de 
Bretagne , formant alors une seule préfecture gou- 
vernée par un seul magistrat. 

Lorsque les triumvirs se partagèrent les provinces, 
l'année qui suivit la mort de César, en l'an 43, cet 
arrangement fut continué. Lépide retint l'Espagne 
et la Narbonnaise, et le reste de la Gaule fut donné 
à Antoine. Cette même année on conduisit, par or- 
dre du Sénat, une colonie au confluent de la Saône 

' Plinius, lib. iv, cap. ij. 

' Dir, Cassius, lih xi.iii, p. 24". 



PARTIE II, CHAr. III. 7 

et du Rhône, sous le commandement de L. Plancus ' . 
Cette colonie bâtit ou agrandit la ville de Lugdunum, 
Lyon, depuis si célèbre, et qui devint par la suite 
la capitale d'une province à laquelle elle donna son 
nom. Cette province renferma une grande portion 
de l'ancienne Celtique. 

Bientôt Antoine , ayant enlevé le commandement 
à Lépide, réunit, l'an 41 avant J.-C. , les Gaules et 
l'Espagne sous sa puissance " ; ces contrées lui furent 
enlevées par Auguste, qui combattit encore, soit par 
lui-même, soit par ses lieutenans, les Aquitains, les 
Morins, et d'autres peuples de la Gaule ^ Enfin , l'an 
27 avant J.-C. , Auguste tint à Narbonne les états de 
toute la Gaule; il en régla l'administration, et fit une 
nouvelle division qui forme une mémorable époque 
dans la géographie de cette contrée. Avant de nous 
en occuper, il est nécessaire de remarquer que, dix 
ans avant, Marcus Agrippa avait fait alliance avec 
les Germains d'au-delà du Rhin, et qu'il avait 
permis aux Ubii de s'établir dans la Gaule. Cette na- 
tion , qui , dès le temps de César, par ses fréquen- 
tations avec les Gaulois, avait déjà contracté les 
mêmes moeurs et les mêmes habitudes '♦, était per- 
sécutée par les Cattes , ses voisins ; elle paraît donc 
s'être transportée tout entière de l'autre côté du 
Rhin , et avoir occupé un territoire que la deslruc- 

' Dio Cassius, lib. xlvi, 5o. — Senecae EpistoL, lib. xiv, 91. 

" Appian., de Bello civili, lib. xlv, p. 700. — Recueil des Hist, 
de Fr., tom. i, p. 459- 

' Appian., ibid. 

'' Caesar, lib. iv, cap 3. « Et ipsi (Ubii) propter propinquitateni, 
« gallicis sunt moribus adsuefacti. » Confér. cap. 16; lib. vi, cap. 10, 
9.9 j lib. II, cap. 54. — Tacit., Hisl., lib. iv, cap. 28. 



8 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

tion des Eburones^ et la dépopulation produite par 
des guerres continuelles, avait laissé désert'. La ca- 
pitale des Ubiihit nommée oppidum Ubiorum axant 
d'avoir reçu la colonie qui lui fit donner le nom 
à'Agrippina; la position de Colonia Agrippina à 
Cologne moderne est prouvée par la route de la 
Table et de l'Itinéraire qui conduisait le long du 
Rhin'. Colonia A grippina est du petit nombre des 
villes de la Gaule dont nous possédons des médailles, 
et dont le nom est mentionné sur des inscriptions '. 
Les f/(^« paraissent avoir successivement occupé tout 
le pays situé entre la Roer et le Rhin , qui se trouve 
borné au nord par une ligne tirée depuis l'embou- 
chure de la Roer à Ruremonde jusqu'à Crevelt; et 
par les montagnes qui , au midi , formaient la limite 
des Treviri; et, à l'orient, par le Rhin. 

Voilà tout ce que nous fournit ce court période 
sur les divisions des peuples en général : quant aux 
lieux de la Gaule qui se trouvent pour la première 
fois mentionnés dans l'histoire pendant cet inter- 
valle de temps , le plus remarquable après Lugdu- 
nuiii j Lyon , est Cularone , et nous avons déjà eu 
occasion de déterminer la position de ce lieu "♦, pour 
la première fois mentionné dans une lettre de Plancus 

' Strabo, lib. iv, p, 194. — Tacit., Annal., lib. xii, cap. 27; ihid., 
Hist., lib. IV, cap. 28; de M or i bus Germanor., cap. 28; Annal., 
lib. I, cap. 56, 37 et 59. — Plinius, lib. iv, cap. 17. — Paulus Oro- 
sius, lib. VI, cap. 8. — Gruter., Inscript., p. 170, n° 2 ; Recueil des 
Hist. de Fr., toin. i, p. i43. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

' MioDnet, Descript. des Médailles, t. i. — Muratori, Inscript,, 
tom. I, p. Mxx. 

'» Voyez ci-dessus, part, u, ch. 2, tom 1, p. 265. 



PARTIE lï, CHAP. III. 9 

à Cicéron. Dans deux lettres précédentes du même, 
qu'on peut rapporter au mois de mai de l'an 45 avant 
J.-C, il est dit qu'Antoine est arrivé à Forum Julii 
avec son armée, et que Lépide campe à Forum Vo- 
conii y qui est à 24 milles de Forum Julii \ C'est 
pour la première fois qu'il est fait mention de ces 
deux lieux, et Plancus indique parfaitement leurs 
distances respectives, qui s'accordent aussi avec celles 
qui sont données par l'Itinéraire et la Table, les- 
quelles déterminent la position de Forum J^oconii 
à un lieu nommé Le Canet, et celle de Forum Julii à 
Fréjus, par le moyen des routes qui aboutissent et 
se rattachent à Aquœ Sextiœ , Aix; Reity Rez; et 
Antipolis y Antibes \ La position de Forum Julii à 
Fréjus se trouve encore démontrée par les mesures 
de Ptolémée et par les ruines du port construit par 
les Romains, dont Pline et Tacite ont parlé ^ Ces 
ruines prouvent que les attérissemens des sables, 
charriés par l'Argents, ont empiété sur la mer en- 
viron 5oo toises. Une lettre de Lépide/ écrite à peu 
près en même temps à Cicéron , confirme encore la 
lettre de Plancus. 

« Je suis arrivé, dit Lépide dans cette lettre, sans 
« m'arrêter, à Forum Voconii ;'^^\ placé mon camp 

• Epistol. Planci ad Ciceronem , lib. x, epistol. i5 et 17. 

* Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 

' Bouche, Hist. de Provence, liv. m, chap. 4- — Papon, Hist. de 
Provence, tom. i, p. 56. — Tacitus, Annal., n, cap. 11. — Strabo, 
lib. IV, p. i84- — Mêla, lib. 11, cap. 5. — Plin., Hist. nat., lib. m, 
cap. 4. — Ptolemaeus, lib. 11 , cap. 8. — Muratori , Inscript., tom. i , 
p. 461 , n° 5 ; p. 642 , n" 6. — Honoré Bouche, Chorogr. de la Pro- 
vence, tom. I, p. 9.47. — Gérardin, Hist. de Fréjus. — Zacharie, 
Excurs. litterar. , p. 54- — Texier, Mémoire sur Fréjus. 



10 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

(( un peu au-delà, sur les bords du ileuve Argenteas. 
« Le 1 1 des calendes de juin, de mon camp, au Pons 
(( Argenteus. » 

Il est très évident, ainsi que l'a bien vu d' An- 
ville, que \ Argenteus jluvius est la rivière d'Argents 
({ui coule un peu à l'est de Canet ou de Forum Vo- 
conii , et que Pline indique aussi comme coulant à 
Fréjus, parce qu'elle passe en effet à peu de distance 
à l'ouest de cette ville. Ainsi donc le Pons Argenteus 
est bien placé à l'endroit où la route romaine qui , de 
Forum Voconii conduisait à Fréjus, coupait la ri- 
vière Argents; or, encore aujourd'hui, le pont qui 
sert à la route moderne se trouve sur la même direc- 
tion, entre Vidauban et Les Arcs. Ceci confirme 
l'exactitude des mesures qui portent Forum Voconii 
à Canet : en effet , nous avons vu que Plancus écrit 
à Cicéron que Lépide campait à Forum Voconii^ 
tandis que ce dernier nous apprend que c'était un 
peu plus loin , au Pons Argenteus. Pour que Plan- 
cus , qui était bien instruit , se soit exprimé de cette 
manière, il faut que ces deux lieux aient été très rap- 
prochés. Ils seraient, au contraire, très éloignés l'un 
de l'autre, si on plaçait Forum Voconii à Gonfaron, 
comme le veut d'Anville ', d'après un vague rapport 
de noms, mais contre le résultat positif des mesures. 
Pline donne à Forum Voconiile titre de ville latine ". 

11 paraît que V Argenteus Jluvius que Ptolémée ^ place 
entre Olbia et Forum Julium^ ne peut être consi- 
déré comme le même que \ Argenteus flunus de Lé- 

' D'Anville, Notice de In Gaule, p. 320. 

" Plin. , III, 5. 

^ Ptolemaeu.s, Geogr., lib. m. 



PARTIE II, CHAP. III. n 

pide et de Pline; du moins le géographe grec éloigne 
trop ce fleuve de Forum Julium, et le rapproche trop 
Ôl Olbia pour que cela soit ainsi : d'ailleurs ses me- 
sures portent son Argenteas fliwius à la plage d'Ar- 
gentière et à la rivière de ce nom '. La colonie qui 
fut établie à Forum Julii en l'an 710, et le port 
de cette ville , qui fut très fréquenté , font que 
Pline ajoute à son nom le titre ôi Octavanorum 
colonia j quœ Pacensis appellatur et Classica. Ta- 
cite la nomme Navale Augusti et Colonia vêtus et 
illustris \ 

§. II. Gaule cisalpine. 

C'est dans la Gaule cisalpine que, pendant cette 
courte période , les divers partis se livrèrent les prin- 
cipaux combats qui devaient décider des destinées de 
l'empire ^ romain ; mais le récit de ces événemiens 
ne présente rien de nouveau pour la géographie. 
Nous observerons seulement qu'après César la Gaule 
cisalpine fut toujours une province séparée de la 
transalpine, et ne fut plus accordée à un seul. Dans 
une lettre de Galba à Cicéron, il est aussi fait men- 
tion , pour la première fois, d'un lieu nommé i^orwm 

' Voyez V Analyse des mesures de Ptole'mee pour les côtes méri- 
dionales de la Gaule, tom. m de cet ouvrage. 

" Plancus ad Cicer., x , i5, i6. — Plin., m, 5. — Mêla , ii , 5. — 
Ptolem., II, lo. — Tacit., Annal., ii, 63; iv, 5. — Hist., 343. — 
Agricol. r. — M. Texier a levé le plan des ruines antiques de 
Fréjus. 

' Plutarchus, in Bruto, p. 993. — Tit. Liv. , Epitome, lib. cxvii 
et cxix. — Velleius Paterculus , cap. 60 à 63. — Dionis Cassii 
lib. XLV. — Cicero , Philippica iv, p. 614. — Id., Philippica mm. — . 
Id. , Epistol. ad familiares , lib. vr , viu et x. — Plutarchus, in 
Cicérone, et in Marco Antonio. — Appianus, de Bclla cii'ili. 



12 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Gallorurriy près duquel le consul Hirtlus Pansa défit 
l'armée d'Antoine. Frontin et Appien confiraient 
aussi la lettre de Galba*. Forum Gallorum se trouve 
placé, dans la Table de Peutinger, sur la route di- 
recte et parfaitement droite qui conduit de Mutina , 
Modène, à Bononia ^ Bologne, et les mesures de 
cette route déterminent la position de ce Forum à 
San-Donino, et tout près de Castel- Franco ou 
Urbino '. 

' Epistola Galhœ ad Ciceronem , apud Cicero, Epistohfamiliar., 
epistol. 5o. — Frontinus, Stratagem. , lib. ii, cap. 5. — Appian., 
Civil, bellor., lib. m, 68 et suiv. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 13 



CHAPITRE IV. 

Depuis l'an 27 avant J.-C. jusqu'à l'an 8 après J.-C, ou depuis la 
première division de la Gaule par Auguste, jusqu'à la création des 
deux commandemens ou provinces militaires, nommées la pre- 
mière et la seconde Gei-manie. 



§. I. Préliminaires . 

Les nations les plus policées de l'univers , les plus 
belles, les plus riches et les plus fertiles contrées de 
l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, réunies, pen- 
dant quarante ans, sous un gouvernement juste et 
bienfaisant; tous les Etats qui s'étaient illustrés par 
des faits éclatans, ou par les productions du génie, 
autrefois continuellement divisés , désormais unis 
par les mêmes lois, et par la même volonté, ne for- 
mant plus que les branches diverses d'une même fa- 
mille; tels sont les caractères principaux qui distin- 
guent de tous les autres règnes le règne d'Auguste, et 
le rendent le plus mémorable de tous ceux que nous 
offrent les annales du genre humain. 

Cette époque est aussi , après celle de César, la 
plus importante que nous ayons à traiter. 

Toute la vaste chaîne des Alpes , auparavant con- 
nue seulem.ent dans les parties voisines des passages 
qui servaient de commimication entre les deux Gau- 
les, fut soumise , soit par les armées , soit par la sage 
politique d'Auguste. Les noms des petits peuples 
qui , depuis des siècles , étaient mystérieusement ca- 



14 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

chés dans les Tallées escarpées formées par ces mon- 
tagnes, paraissent, pour la première fois, au grand 
jour de l'histoire '. 

Les limites de la Gaule transalpine franchissent l'île 
des Bataves , et sont reculées jusqu'au bras septen- 
trional du Rhin'. 

Les frontières de l'Empire, marquées par ce fleuve, 
sont fortifiées et affermies par des forts établis de 
distance en distance ^. 

Les nations belliqueuses de la Germanie, autrefois 
toujours menaçantes, sont réduites à se défendre sur 
leur propre territoire ; et des colonies de Sicambres 
et de Germains sont transportées dans les Gaules, et 
consentent à \ivre sous la domination des lois ro- 
maines*. L'Aquitaine est domptée, ainsi que tous les 
peuples des Pyrénées ^. 

Toutes les séditions , toutes les révoltes qui trou- 
blaient la tranquillité des Gaules sont apaisées ou ré- 
primées, et l'on y envoie plusieurs colonies romaines 
qui contribuent à les rendre florissantes ^ ; mais Lyon, 
une de ces colonies, les éclipse toutes , et reçoit l'en- 

' Dio Cassius, lib. liv, p. 558. — Recueil des Hist. de Fr., toin. i, 
p. 522 et 536. — Paulus Orosius, cap. 12. — Recueil des Hist. de 
Fr., tom. I, p. 596. 

" Velleius Paterculus, cap. io5. — Recueil des Hist. de Fr., 
tom. I, p. 070. 

^ Florus, iib. iv, cap. 12. — Eutropius, lib. vu, p. 547. 

''Horatius, lib. iv, od. i4, vers. 49- — Tit. Liv., Epitome , 
lib. cxxxvn et cxxxix. — Suetonius, ia Tiberio, cap. g, et F'ita Cœ- 
sari jéugusti, cap. 21. — Tacit., Annal. ^ lib. xii, cap. Sg. — Eutro- 
pius, lib. VI, p. 571. — Aureliiis Yictor., August., cap. 1. 

' TibuUus, lib. i , eleg. 8, vers. i. — Appian., lib. iv, p. 61 r. 

* Dio Cassius, lib. lui, p. 528. — Suetonius, in Tiberio Nerone 
Cœsare, cap. 9. — Sti-abo, lib. iv, p. 178; trad. fr. , tom. u, p. 5 
et 92. — Dio Cassius , lib. r.iv, p. 5^7. 



PARTIE II, CHAP. IV. 15 

cens et les voeux de tous les peuples des Gaules en 
faveur d'Auguste ' . 

Des routes sont percées et pratiquées par les soins 
du sage Agrippa, et les provinces les plus reculées 
peuvent facilement communiquer entre elles et avec 
l'Italie \ 

Enfin l'administration des Gaules est définitive- 
ment organisée; des divisions nouvelles, et confor- 
mes à la géographie naturelle, sont établies d'une 
manière stable ^ 

Tels sont les détails qui distinguent les deux épo- 
ques qui vont suivre; la connaissance des peuples des 
Alpes en est le trait principal , et les nouveaux détails 
géographiques qu'elle peut nous fournir sont les pre- 
miers dont nous devions nous occuper, conformé- 
ment au plan que nous a\7ons adopté de déterminer 
d'abord l'emplacement des peuples d'après l'ordre 
des temps selon lequel Ils ont commencé à figurer 
dans l'histoire. Quoiqu'un grand nombre de ces peu- 
ples soient situés hors des contrées soumises à nos re- 
cherches, et auxquelles appartient spécialement le 
nom de Gaule, cependant les chaînes de montagnes 
qu'habitaient ces peuples renferment les Gaules dans 
leurs vastes contours, et devraient en faire partie si 
on ne consultait que ce que demande la géographie 
naturelle. D'ailleurs il est nécessaire de connaître ces 
montagnes pour fixer avec précision les limites des 

' Strabo, lib. iv, p. 192. — Dionysius Halicarnassius, ex Epitome 
lib. cxxxvii. — Suetonius, in Claudio Cœsare. 

" Strabo , lib. iv, p. 207; tom. n, p. loi, de la trad. française. 

^ Dio Cassius, lib. lui, p. 717. — Tit. Liv., Epitome, \\h cxxxiv, 
— Appian., de Bello civili , lib. v. 



16 GÉOGRAPHIE ANCIENJ^E DES GAULES, 

deux Gaules, qui avaient avec les liabitans leurs vallées 
escarpées des frontières communes. On sait qu'en 
géographie, une position n'est certaine qu'autant 
qu'on s'est aussi assuré de l'exactitude de celles qui 
l'avoisinent. 

Après avoir fixé l'emplacement des peuples alpins 
soumis, et, en quelque sorte, découverts par Auguste, 
nous ferons connaître les grandes divisions qu'il éta- 
blit dans les deux Gaules. 

Mais , avant tout, il est nécessaire de déterminer 
quels furent , non seulement pendant le siècle d'Au- 
guste, mais pendant toute la période de temps que 
nous traitons, les limites respectives des deux Gaules; 
c'est-à-dire d'assigner, parmi les peuples dont nous 
avons déjà fixé la position et l'étendue, ceux qui ap- 
partenaient aux deux Gaules et à l'Italie proprement 
dite; ceux qui appartenaient à la Gaule transalpine 
ou à la Gaule cisalpine; c'est-à-dire, à la Gaule dans 
la signification la plus ordinaire de ce nom, ou à 
l'Italie dans son sens le plus général. 

§. II. Limites des deux Gaules. 

Pline et Strabon ', ainsi quePtolémée % indiquent 
le fleuve Arsia, la rivière Arsa, comme une des extré- 
mités orientales de la Gaule cisalpine; l'autre extré- 
mité, de ce côté, se terminait autrefois à --^jîj^mwW^ 
ou l'Esino moderne, ou même à Ancône; mais nous 
avons déjà observé que, du temps de César et posté- 
rieurement, cette limite était fixée au Rubico ou 

■ Plinius, lib. m, cap. 5, 19 et 21. — Strabo, lib. iv. 
° Ptolemaeus, lib m, cap. i , p. 70 , édit. de Bertius : « Arsia flu 
« vins finis Italiae. » — Cohimella, de Re rustica , lib. vu, cap. 2. 



PARTIE II, CHAP. IV. 17 

Rigone, et nous avons cité en témoignage Cicéron 
dans sa sixième Philippique, Plutarque dans sa Vie 
de Jules César, Jules César même, Suétone, Appien, 
Lucain et Ptolémée ' : Strabon, surtout, nous dit 
par deux fois ' que les anciennes limites de la Gaule 
cisalpine étaient autrefois \ Msis flu^^ius , et qu'en- 
suite ces limites avaient été fixées au Riihico. Ce- 
pendant Mêla % qui écrivait sous Claude, met encore 
Ancona sur la limite de la Cisalpine ; et Pline , se 
contredisant lui-même, dit que le rivage de cette 
partie de la Gaule connue sous le nomi de Gaule 
togée, Gallia togata, commence à partir à' Ancona : 
Strabon dit aussi que la Celtique ou Gaule est entre 
les Alpes , la mier Adriatique et les Apennins , et 
s'étend jusqu'à Âriminum et Ancona '^. 

Pour expliquer ceci, il faut se rappeler ce que j'ai 
dit précédemment. Les Gaulois occupaient primi- 
tivement lowtle Picenuin, qui comprenait non seu- 
lement la marche d'Ancône , mais encore le duché 
d'Urbin. Polybe nous apprend que les Gaulois Se- 

• Cicero, Philippica 6. — Plutarchus, in Ccesarc. — Appianus , 
de Bello civili, lib. ii. — Suetonius, in Vita Cœsaris , cap. 3o. — 
Caesar, Comment, de Bello civUi, i. — Lucanus, lib. i. — Ptole- 
maeus, lib. ii. 

' Strabo, lib. v, p. iSy et i6o, ou p. 217 de l'édit. de Cas., tom. 11, 
p. 159, de la trad. fr. 

' Mêla, n, 4 = « Ancon inter gallicas italicasque gentes quasi ter 
« minus interest. » — Sui' Ancona, voyez encore César, de Bello 
civili, lib. 1. — Cicero, Episiol. adfamil., lib. xvi, epist. 12, in 
Philippica 12. — Tit. Liv., lib. xli — Tacitus, Annal., lib. m. — 
Silius, lib. VIII. — Lucanus, lib. 11. — Juvenalis, Satjr. 5. 

'' Strabo, lib. v, p. 211 ; et tom. n, p. iio, delà trad. fr. — Plin., 
lib. m, cap. i4 '■ « Ab Ancona gallica ora incipit, togatae Gallia; 
« cognomine; •» et lib. m, cap. i5, il place les lirailes de la huitième 
région près d'Ariminie. — Confère:; Procop., Rer. Got., 11. 
H. 2 



18 (iÉOGRAPHlE ANCIENNE DES GAULES. 

noues furent entièrement expulsés de ce pays par les 
Komalns, qui s'en emparèrent et le partagèrent entre 
eux. Il fut donc, par le fait, retranché de la Gaule 
cisalpine, ou des contrées possédées en Italie par les 
Gaulois. La limite septentrionale de ce territoire, qui 
leur avait été enlevé, et qui se trouvait près àHAri- 
niiîiiun, Rimini, fut aussi celle de la Gaule cisalpine; 
mais lorsque cette dernière contrée eut été entière- 
ment conquise par les Romains, et soumise à leur 
gouvernement, aussi bien que la portion qui avait 
appartenu aux Senones , elle ne changea point de 
nom ; de sorte que , par ce nom de Gallia cisalpina, 
on pouvait entendre tout le pays primitivement dé- 
signé ainsi, ou seulement celui qui fut possédé en 
dernier lieu par les Gaulois, et à l'exclusion du ter- 
ritoire des Senones. Dans le premier sens, la limite 
de la Gaule cisalpine était au Rubico; dans le second, 
h Ancona ou à \ JEsis, la rivière Esino, qui est à côté : 
en effet, Strabon nous apprend que le sénat tantôt 
resserra les limites de la Cisalpine jusqu'au Rubicon, et 
tantôt les prolongea jusqu'à Ancône ' . Ainsi l'histoire, 
les décisions de l'autorité suprême, l'usage, ayant 
souvent varié dans la détermination de ces limites, il 
n'est pas étonnant que les auteurs aient aussi varié, et 
se soient contredits en copiant différentes autorités, 
et en n'ayant pas soin de distinguer les temps. Cette 

' StraLo, lib. v, p. 22y ; tom. ii, p. 176, de la trad. fr. Strabon , 
dans cet endroit, se fondant sur ce que toute l'Italie (c'est-à-dire 
l'Italie romaine) est reculée jusqu'aux Alpes, ne veut pas qu'on 
s'occupe de ces limites, et semble ne plus vouloir admettre que des 
divisions fondées sur l'origiue des peuples ; il veut, par cette raison, 
placer Ravenne dans l'Ombrie, parce qu'elle est peuplée d'Om- 
briens. 



PARTIE II, CHAP. IV. 19 

erreur était d'autant plus facile à. commettre , que 
cette portion de l'ancienne Cisalpine, qui avait ap- 
partenu aux Senones , quoique réunie au Picenum, 
et ne faisant plus partie de la Gaule, forma cependant 
un district particulier qui, en mémoire de ses pre- 
miers maîtres, fut appelé la Campagne gauloise, ager 
Gallicus \ Or il paraissait peu naturel de ne pas 
comprendre dans la Gaule la Campagne gauloise ; 
mais, dès le temps de Jules César, la limite de la 
Gaule cisalpine resta définitivement fixée au Rn- 
hico. Lors donc que nous nous occuperons par la 
suite de la Senonie ou de la Campagne gauloise, le 
lecteur est prié de se souvenir que c'est par la raison 
que ce district fit autrefois partie de la Gaule cisal- 
pine, et non parce qu'il en dépendait aux époques 
dont nous traitons. 

Sur la côte occidentale , les frontières de la Cisal- 
pine, que nous avons vues du temps de César s'étendre 
jusqu'à l'Arno, se trouvèrent sous Auguste beaucoup 
plus resserrées, et prirent une limite déterminée par 
la géographie naturelle , en commençant au Macra 
fluvius, la Magra ^. Sur cette même côte, plus à l'oc- 
cident , le Var séparait la Gaule transalpine de la 
Ligurie ou de l'Italie ^ On doit observer que les Mar- 

' Cicero, in Catilin., or. ii, cap. 5 : « Delectum in agro Piceno 
<c et Gallico Q. Metellus habuit »; et cap. 12 : « In agrum Gallica- 
'( num Picenumque piaemisi. » — Varro, de Rc rust., lib. i, c. i4, 
et surtout cap. 2 : « Ager Gallicus Romanis vocatur qui viritim cis 
'( Ai-iminum datus est ultra agrum Picentinum. » — Colluraella, 
lib. III , cap. 3 : « Et in Faventino agro , et in Gallico , qui nunc 
« Piceno contribuitur, » 

' Plinius, lib. m, cap. 5 ou 6. 

' « Le Var sépare la Gaule de l'Italie. >> Strabon, liv. iv, p. i84; 
tom. II, p. 23, de la trad. fr;inç. — Mêla, lib. 11, cap. 4 : « Sed 



20 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

seillais, qui, du temps d'Auguste, avaient encore le 
droit de régir eux-mêmes les villes qui se trouvaient 
dans leur dépendance ', possédaient à l'orient du 
Var un petit territoire au pied des Alpes , compre- 
nant Nicœa, Nice, et Monœci portus , ou Monaco 
des modernes. Aussi Strabon a-t-il bien soin d'ob- 
server que Nice est dans l'Italie , quoique dans la 
dépendance des Marseillais , et faisant partie de la 
Province romaine dans la Gaule transalpine ' ; et Mêla 
s'accorde avec le géographe grec, lorsque, d'une part, 
il place Nice dans sa description de la province ou de 
la Gallia narbonnensis j tandis que, dans le chapitre 
précédent, il donne le Var pour limite à l'Italie, et 
renferme par conséquent Nice dans cette dernière 
contrée \ Mais par la suite, et lors de la création 
d'une province particulière sous le nom d'Alpes ma- 
ritimes, la Gaule fut prolongée jusqu'à l'extrémité de 
ce territoire des Marseillais, qui formait une sorte 
d'enclave en Italie; ainsi la Gaule eut pour limites, 
non le Var, mais les sommets les plus élevés de cette 
portion des Alpes qui commence à l'orient du Var, et 
prend sa direction vers le nord. Alors ISicœa, Nice , 
et Monœci portus, Monaco, firent réellement partie 
de la Gaule, mais ce changement est postérieur au 

« Varum quia Italia finit aliquando notius. » — Plin. , Hist. nat. , 
lib. iir, cap. 25; tom, i, p. 5oi , édit. de Brottier. — Ptolemaens, 
lib. m , cap. i , p. 67. 

' Strabo, lib. iv, p. 181 ; trad. franc. , tom. 11, p. i5 : « Ni Mar- 
« seille, ni les villes qui en dépendent, ne sont soumises aux gou- 
re verneurs que Rome envoie dans la Narbonnaise. » 

=■ Strabo , lib. iv, p. 180-184 ; tom. u, p. i5 et 25, de la trad. fr. 

'Mêla, lib. 11, cap. 5. — Etienne de Bysance répète la même 
chose, d'après Mêla; mais, du temps d'Etienne de Bysance, Nice 
était bien dans la Gaule, mais non dans la Narbonnaise. 



PARTIE II, CHAP. IV. 21 

règne d'Auguste. Pendant toute sa durée, le Varfut 
considéré comme la frontière de l'Italie et de la 
Gaule. 

Voilà tout ce que j'avais à dire relativement aux 
limites de la Cisalpine sur les côtes : il ne reste plus 
qu'à déterminer celles de l'intérieur des terres pour 
le période de temps dont nous traitons. 

Observons d'abord que lorsque les peuples des 
Alpes eurent été domptés par Auguste, ils ne furent 
point soumis aux magistrats qui gouvernaient les 
Gaules transalpines et cisalpines. Les uns, tels que 
ceux du royaume de Cottius , et même les Focontii , 
plus avant dans la Gaule, se gouvernaient, comme 
les Marseillais , par leurs propres lois ; d'autres 
étaient régis par des officiers particuliers choisis dans 
l'ordre équestre ' . 

Aussi Strabon et Pline décrivent-ils les peuples de 
la vaste chaîne des Alpes, comme formant en quel- 
que sorte une division à part qui n'appartient ni à la 
Gaule transalpine ni à l'Italie '. Cependant Strabon, 
Pline et Ptolémée placent le royaume de Cottius, 
les Centrones et les autres peuples des Alpes que 
nous avons décrits dans la période précédente , dans 
l'Italie ', et Ptolémée met la vallée Pennine dans la 
Gaule, puisqu'il place dans cette contrée les sources 
du Rhône. Ainsi donc, tout le pays occupé par les 
peuples indépendans des Alpes, sous Jules César, 

' Strabo, lib. iv, p. 2o5. * 

" Ibid., lib. IV, p. 204, 2o5, 28. — Plin., lib. xxxiv, cap. a, « ia 
« Centronum Alpiuo tractu; » lib. xi, cap. 97, « Centronicse Alpes 
« Vatusicuni caseum niiUunt. » 

'Ptolemaeus, Strabo, loc. cit., Plinius, m, 24. 



25i GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

jusqu'à l'extrémité de la vallée Pennine, fut, après 
la conquête d'Auguste, considéré, par les géogra- 
phes, comme faisant partie de l'Italie. Ces montagnes 
furent regardées comme d'immenses blocs dans la 
dépendance de cette contrée, et les plus hauts som- 
mets de cette vaste chaîne, bornes naturelles, et le 
point de séparation des eaux, ne furent point pris 
d'abord pour limites comme cela eut lieu depuis. 

A l'orient des sources du Rhône dans la Rhétie 
et dans la JSorique y un grand nombre de petits 
peuples habitans cette même chaîne des Alpes dont 
nous n'avons point encore parlé, avaient des limites 
communes avec la Cisalpine. Il faut donc, ainsi que 
je l'ai observé, pour compléter le tableau géogra- 
phique de cette contrée, présenter celui de la vaste 
chaîne des Alpes qui l'entourait. 

§. III. Peuples des Alpes , au temps d'yJuguste '. 

Malgré le grand nombre de guerres livrées aux 
montagnards de la Ligurie , et quoique ces Alpes 
eussent été les premières soumises à la puissance 
romaine , cependant Dion nous apprend qu'Auguste 
eut encore à subjuguer les Ljgies comati ou Ligures 
capillati ^ j ce qui se trouve coiiiirmé par Sextus 
Rufus , qui met au nombre des pays réunis par les 
empereurs à l'empire lomain, les Alpes maritimes 

' Conférez, pour la lecture de cette partie, la Carte des frontières 
de France en Dauphiné , par Bourcet ; celle de Cassini , celle de 
Bâcler d'Albe, pour les campagnes de Bonaparte ; Lombardie de 
Zannoni, quatre feuilles; et la carte de Raimond. 

' Dion. , lib. liv, cap. 24, p. Sa-i et 558, — Sextus Rufus, in Eu- 
troi)io : Yerheyk , in-B", 1762. 



PARTIE ir, CHAP. IV. 23 

et les Alpes cottiennes. Pline, qui parle des Ligures 
capillati y les place immédiatement au-dessus de 
Cenienelium , Cimiers', et de Nicœa ^ Nice; ils pa- 
raissent avoir occupé le val de Teniers et les vallées 
circonvoisines, tandis que les Ligures montaniy que 
Pline met non loin des Vagienni ou de la Citth di 
Bene, ont dû être situés au nord des Capillati et 
dans les environs du col de la Bochetta au-dessus de 
Gènes; mais, ainsi que je l'ai déjà remarqué, on 
donnait à ces surnoms de Capillati et de Montani 
une signification plus vague et beaucoup plus éten- 
due : les Capillati étaient les Ligiu'es qui habitaient 
près du rivage, lesquels portaient une longue che- 
velure, par opposition aux Montani qui vivaient plus 
reculés dans les montagnes et qui coupaient leurs 
cheveux '. Ces peuples , après avoir été domptés par 
Auguste, furent joints à l'état de Cottius \ 

Il est très remarquable que le puissant et sage 
Auguste , maître du monde civilisé, aima mieux faire 
alliance avec un des chefs principaux de ces peuples 
alpins, et se servir de son influence pour obtenir 
l'affection et les services de ces courageux monta- 
gnards, que d'avoir sans cesse à les combattre, ou de 
se mettre dans la nécessité de les exterminer. Ainsi , 

' Plinius, lib. m, cap. 7, p. 268; édit. de Brottier, cap. 20. 
' Lucanus, Pharsnlia, lib. 1, vers. 44^ : 

Et nunc tonse Ligtir, qiiondam per colla décora 
Crinibtts effusis loti prœlate Comalie. 

Pline emploie aussi ces noms dans ce sens; il dît, lib. iir, cap. 20 : 
« Capillatornmque plura gênera. » Voyez ci-dessus, part, i, ch. 7, 
lom. r , p. 162 et i63. 

^ Ammian. Marcellin., lib. xv. 



24 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

non seulement Auguste conserva à Cottius l'autorité 
dont il jouissait, mais il augmenta son petit Etat de 
plusieurs peuples circonvoisins. Il y eut donc entre 
la Gaule et l'Italie un royaume particulier qui dura 
depuis le temps d'Auguste jusqu'à celui de Néron , 
qui le réunit h l'empire romain après la mort de 
Cottius'. Cette singularité géographique et histori- 
que mérite toute notre attention , puisque non seule- 
ment une portion des Alpes reçut le nom du roi de 
ce petit Etat, mais que ce nom, comme portion de 
la Cisalpine, a subsisté jusque dans le xi^ siècle. La 
recherche de l'étendue et des limites de ce petit 
royaume appartient donc spécialement au sujet que 
nous traitons, et au période de temps dont nous nous 
occupons. 

C'est Cottius même, le premier et le seul roi de ce 
petit État '^ ( car son père Donnus n'en posséda 
jamais qu'une partie ) , qui nous fournit sur ce sujet 
le plus de détails. Cottius fit pratiquer, pour le pas- 
sage des Romains dans les Gaules, une route ^ par la 
vallée de Suse , plus sûre et plus commode que celle 
qu'on prenait ordinairement par le val de Fenes- 

• Suetonius, in Nerojiis vita, cap. 18. — Sextus Aurelius Victor, 
in Nerone. — Sextus Rufus, Eutropius , lib. vu. — Paulus Diaco- 
nus , Hist. miscelL, lib. viii. — Vopiscus, in Aureliano. 

' Conférez la Chronique grecque dont l'auteur n'est pas connu, 
citée par Cluverius, Italia aniiqua, lib. i, cap. 12, tom. i, p. gi , 
n" 3o. 

^ Ammian. Marcellin. , lib. xv, cap. lo : « Rex Cottius.... molibus 
« raagnis extruxit ad viceni memorabilis niuneris compendiarias 
(f médias inter Alpes. » Le même historien nous apprend que ce fut 
aussi à Suse que fut enterré le roi Cottius : « Hujus sepulcrum 
« quem itinera struxisse retulimus Segusione est , mœnibus proxi- 
" mum. )) 



PARTIE II, CHAP. IV. 25 

trelles, et il érigea au bas des Alpes un arc de triomphe 
près de Suse, où se trouvent mentionnés tous les 
petits peuples habitans des vallées voisines réunis 
sous sa domination ; cet arc existe encore , et il a été 
figuré et gravé par Muratori, MafFei, Massazza et 
Albanis Beaumont '. C'est d'après ce monument (un 
des plus intéressans qui existent pour la Géographie) 
que nous décrirons le royaume de Cottius; mais 
avant d'en donner l'explication géographique , re- 
cueillons les lumières que nous fournissent les auteurs 
anciens sur les limites de ce petit Étal, avant et après 
Auguste. 

Pline et Strabon * terminent les Alpes et l'Italie 
à un lieu nommé Scingomagus, situé dans l'Etat de 
Cottius, lieu qui est aussi mentionné par Agathemère. 
Stiabon nous dit que Scingomagus était h 27 milles 
à'Ocelo ; et en mesurant sur la carte , à partir 
d'Uxeaux , près de Feneslrelles % et en suivant la 
route par le col Servières, nous arrivons à Servières, 
pour Scingomagus f un peu à l'est et tout près de 
Briançon. Strabon nomme en effet Scingomagus , 
conjointement avec Briançon , Brigantio. Ainsi 
l'Italie se terminait à Ocelum, Usseaux , près de 
Fenestrelles, lorsque César entreprit la conquête des 
Gaules^. Mais après la pacification des Alpes, le 

■ Muratori, Novus thésaurus vetcrum inscriptionum , tom. 11, 
in-folio, 1740, p. 1095, tab. 2 et 3. — MaflFei, Musœum veronense. 

— Massazza, l'Arco antico di Susa dcscritto e disegnato, in-folio ; 
Torino, 1750, p. 10. — Albanis Beaumont, Description des Alpes 
grecques et cottiennes, tom. i, p. 264- 

' Strabo, lib. iv, p. 17g. — Plinius, Hist. nat., lib. 11, cap. 108. 

— Agathemerus, lib. i, p. 1 1 , Geogr. ininor. , edit.Hudson, tom. ii- 
' Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 

* Caesar, de Bcllo gallico , lib. i , cap. lo. 



26 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

territoire àe Donnas y père de Cottius, qui s'étendait 
jusqu'à Briançon, fut réputé appartenir à l'Italie. 
Ainsi Servières et Briançon paraissent avoir été les 
bornes de l'Italie et de l'Etat de Cottius , avant 
qu'Auguste n'eût réuni à cet Etat les Caturiges et 
d'autres peuples. En effet, nous savons qu'Auguste 
ne fit jamais la guerre au roi Cottius , et nous voyons 
les noms des Caturiges parmi ceux de l'inscription 
du trophée des Alpes que Pline nous a conservés, et 
qui renferme la liste des peuples alpins domptés par 
Auguste ' : ces mêmes Caturiges se trouvent d'un 
autre côté aussi m^entionnés sur l'arc de Suse , comme 
sujets du roi Cottius; donc, Auguste les avait réunis 
aux autres domaines de ce roi " : nous en avons 
encore une preuve dans Strabon, qui comprend Ebro- 
dununi, Embrun, ville des Caturiges , dans l'Etat 
de Cottius, et qui étend les frontières de cet Etat 
jusqu'aux limites des Vocontii^ . L'Etat de Cottius 
njant toujours été considéré comme partie intégrante 
de l'Italie, les Caturiges y furent par cette raison 
quelquefois compris, quoique leurs limites excédas- 
sent celles qui avaient été assignées à cette contrée. 
Voilà pourquoi Pline ne met pas les Octodurenses y 
les Centrones y les Caturiges, et les villes cottiennes, 
au nombre des peuples de la Gaule, mais qu'il les 
nomme avec les F'agiejini^ , au nombre des peuples 
des Alpes auxquels on avait accordé le droit de villes 

' Plinius, lib. m, cap. 20. 

' Muratori, Inscript., p. logS. 

' Strabo, lib. iv, p. lyg, 2o4- 

< Les Vagienui , peuple ligure , et évidemment en Italie , étaient 
issus des Caturiges suivant Pline; ce qui était encore un motif de 
]ilus pour placer les Caturiges en Italie. Voy. Plinius, lib. m, c. 20. 



PARTIE 11, CHAP. IV. 27 

latines, et c'est aussi par cette raison que Ptoléinée 
place en Italie ces mêmes Caturiges , auxquels il 
donne Ebiodunum, Embrun , pour capitale ' . Lors 
de la formation d'une province dans la Gaule trans- 
alpine, sous le nom d'Alpes maritimes et long- 
temps après le période dont nous traitons , les limites 
de l'Italie furent définies avec plus d'exactitude. On 
ne leur attribua plus une aussi grande étendue vers 
l'orient, mais elles ne furent pas aussi restreintes à 
l'occident qu'elles l'étaient du temps de César, ni 
même du temps de Pline et de Strabon. L'Itinéraire 
d'Antonin, celui de Jérusalem et la Table, nous dé- 
montrent que ces limites furent fixées au passage de 
la Durance, à Rama^ aujourd'hui Casse-Rom''. Quant 
à l'État de Cottius, avant les concessions faites par 
Auguste , il paraît représenté par les Segusiani de 
Ptolémée ^, et avoir renfermé le Briançonnais, le 
val de Fenestrelles, et les vallées d'Oulx et de Suse; 
dans cette dernière vallée, un lieu nommé Fines 
dans les Itinéraires, dont les mesures déterminent 
la position à Avigliana moderne ^ , marque quelles 
ont toujours été les limites orientales de ce petit État 
dans cette vallée ; ces limites étaient encore celles 
des diocèses de la Maurienne et de Turin, en 5SS , 
ainsi quele constatent des titres authentiques cités par 
Durandi et Besson ^ . Telle était l'étendue de l'État 

' Plolemaeus, lib. m, cap. i. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires, tome m de cet ouvrage. 

'Ptolemaeus, Geogr., lib. m, cap. i. 

'^ Voyez V Analyse des Itine'raires, toin. m de cet ouvrage. 

'' Durandi, Notizia dcli anlico Pienionle traspadano, o sia inarca 
di Torino o d'Italia, p. 86. — Besson, des divers Diocèses de Sa- 
voie , p. 478. 



28 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

dont Cottius hérita de son père Donnas, et que Stra- 
bon ' désigne sous le titre de domaine de Donnas. 
Examinons actuellement , d'après l'inscription de 
Suse, quelles furent les limites de ce même État, 
après les concessions faites par Auguste, et tâchons 
de déterminer l'emplacement des difFérens peuples 
qui en faisaient partie. 

L'inscription de Suse commence ainsi : 

IMP. C;ESARI AUGUSTO. DIV. F. PONTIFICI MAXUMO TRI- 
BUNIC. POTESTATE XV IMP. XIII M. JULIUS REGI DONNI 
F(iliuS)'' PRiEFECTI CEIVITATIUM QU^ SUSCRIPTiE SUNT. 

Suivent ensuite les noms des peuples que nous 
nommerons, et dont nous déterminerons les posi- 
tions selon l'ordre que nous donne l'inscription. 

Segoçioninij Seguginorum. — On s'est imaginé que 
les Segovii et les Segusini ou Segiigini étaient le 
même peuple répété deux fois , mais c'était supposer 
que Cottius ne connaissait point ses propres Etats. 
Les Segusini habitaient la vallée de Suse , et nous 
avons vu que de ce côté le domaine de Cottius se 
terminait à Avigliana. Ptolémée les nomme Segii- 
siani et leur donne pour capitale Segusio % dont 
la position à Suse moderne est démontrée par les 
mesures de l'Itinéraire et de la Table pour la voie 
romaine qui part de Turin , et qui aboutit à Vienna 
ou à Dea, Die , ou enfin à Ebrodunum, Embrun '*. 
Cependant il faut observer que, dans l'inscription de 

' Strabo, lib. iv, p. 204 ; tom. n, p. ga, de la trad. fr 
' « Marcus Julius, régis Donni filius. » Ainsi Cottius prend le nom 
de Julius en mémoire de Jules César, et se dit fils du roi Donnas. 
' Ptolemœus, Geogr., lib. m , cap. i. 
^ Voyez YÂ/ialyse de; Itinîraivts, tom. m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 29 

Cottius, les Segusini sont pris dans un sens plus 
restreint que dans Ptolémée, et dans d'autres auteurs, 
qui ont fait abstraction de beaucoup de petits peuples 
mentionnés ici. hes Segusini de l'inscription doivent 
être strictement renfermés dans la vallée de Suse , et 
paraissent s'être étendus seulement à l'ouest , à un 
lieu nommé Finll, qui était la limite de trois peuples 
différens, les Segusini ^ les Segoçiiet \tsSavincatii. 

Les Segoçini ou Segovii, qui sont les premiers peu- 
ples mentionnés dans l'inscription , occupaient la val- 
lée de Sésane et le col Sestrières; leur nom, et l'empla- 
cement de leur chef-lieu, se retrouvent dans Seguin, 
Segouin ou Segovin moderne. C'est à tort que d'An- 
ville a voulu placer dans cet endroit le Scingomagus 
de la Table, qui était près de Briançon, ainsi que le 
prouve la mesure donnée par Strabon. Seguin ou 
Chamlas-Seguin , est nommé villa Segomia y ou Se- 
goUna, dans les anciens titres du Daupliiné; on 
trouve aussi dans le val di Sesana un lieu nommé 
Sause, qui est Siga dans les anciens titres; mais Ro- 
villier , dès le commencement du viii^ siècle , avait la 
suprématie dans cette vallée, et villa Segoiina et 
Sisa sont mentionnées comme étant du ressort de 
RaudenoQillianum \ 

Belacorum. — Les Belaci étaient situés dans la val- 
lée de Bardonache, à l'ouest de celle de Suse; on re- 
trouve le nom des Belaci dans un lieu de cette vallée 
nommé Belac ° dans les titres du xi'' siècle, dont on 
a fait depuis Beulas; dans des titres postérieurs _, on 
a mal latinisé ce nom, et il s'est converti en celui de 

' Durandi , Piemonte traspadnno, p. 3i, part, i, iti-4°; i8o3. 
° Ibid., p. 59.. 



30 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Bedularium, ou Beolarium ; il se nomme aujom'- 
d'hui Beaulard ou Bolard ' . 

Caturigum. — Les Caturiges , proprement dits, 
se trouvaient renfermés dans la vallée de Chorges et 
d'Embrun ; nous avons précédemment déterminé 
leurs limites, qui se terminaient à l'ouest, à Blaynie^ 
le Fines de l'Itinéraire, et à l'est, à Casse-Rom ou 
Rama ". 

Medullorum. — Il est impossible d'indiquer plus 
exactement que ne l'a fait Strabon la position des 
Medulli ' : (f Après les T^ocontii , les Iconii , les Tri- 
« corii, dit-il, sont les Medulli. Ils occupent la partie 
a des montagnes la plus élevée, qui forme, dit-on, 
« une montée de loo stades; il faut en parcourir au- 
« tant pour descendre ensuite jusqu'aux frontières 
(( de l'Italie. Dans les endroits enfoncés du sommet 
(f de ces montagnes , il se forme un grand lac, et l'on 
f( y trouve de plus deux sources h peu de distance 
(f l'une de l'autre. L'une de ces sources donne nais- 
u sance à la Diuias, » Strabon ajoute ailleurs que les 
Medulli sont fort au-dessus de la jonction de l'Isère 
avec le Rhône. Enfin Ptolémée place les Medulli im- 
médiatement au nord des Allobroges ^. Toutes ces 
indications nous démontrent que les Medulli étaient 

' Durandi écrit Beaulard, et Bâcler d'Albe, sur sa carte, Bolard. 

* Voyez ci -dessus, tom. r, p. 227, SBg, 54 1 à 543. — Caesar, 
Comment, de Belln ^allico , lib. 1, cap. 10. — P!in., lib. m, cap. 17. 
— Ptolemaeus, Geogr., lib. 11. 

' Strabo, lib. iv, p. 2o3; tom. 11 , p. 90 , de la trad. française. En 
nous servant de cette traduction , nous avons été obligé de la recti- 
fier. Les savans traducteurs ont commis un contresens en faisant 
dire à Strabon que les montagnes des Medulli ont 100 stades de 
hauteur perpendiculaire. 

" Ptolemœus, Gengr., lib. 11, cap. 5, p. 55, de l'édit. de Bertius. 



PARTIE II, CHAP. IV. 31 

dans la Maurieiine : dans la partie nord de cette vallée 
est un lieu nommé Miolans, appelé castrum Medullum 
dans le moyen âge ' ; c'est dans cette partie de la 
vallée, qui se dirige du nord au midi, que l'on doit 
restreindre les Medulli proprement dits, tandis que 
les Garoceli de César, ou les Adunates de notre in- 
scription, occupaient cette autre partie de la Mau- 
rienne qui se dirige de l'ouest à l'est, dans un sens 
contraire au premier, depuis le village de Saint- 
Michel, jusqu'aux sources de l'Arc. Les lacs dont 
parle Strabon sont évidemment ceux qui se trou- 
vent sur le mont Cenis; la montée et la descente des 
Alpes, dont Strabon donne la mesure, est celle du 
Petit-Saint-Bernard; et on mesure juste 200 stades 
olympiques, à partir de Scez jusqu'à la fin de la des- 
cente, à 7 milles à l'ouest d'Aoste. Vitruve " a aussi 
parlé des Medulli , en remarquant les goitres que 
leur font contracter les eaux dont ils font usage. Il 
est à peine concevable que d'Anville, qui avait si 
bien reconnu et assigné l'emplacement des Medulli 
dans sa carte de Gallia antiqua, publiée en 1760 ^, 
ait, dans sa Carte gravée en 1777 pour l'édition du 
Strabon de Bréquigny et pour celui d'Oxford ^ , 
placé ce peuple à Meuillon , un peu à l'est de Vaison, 
dans le district autrefois nommé les Baronies* : rien 

' Il est appelé castrum Medullionis clans Vltalla medii œvi de 
Caréna, carte manuscrite de ma collection qui décèle dans son 
auteur une grande érudition. 

" Vitruvius, lib. viii, cap. 5. 

^ D'Anville, Notice, p 45o, et carte de Gallin antiqun. 

■^ Voyez le Strabon de Bréquigny, in-4", tom. i. — Strabon d'Ox- 
lord, tom 1. 

' Meuillon se nommait aussi Medullum dans les titres anciens du 
Dauphiné. On peut voir l'étendue et les limites du district nommé 



32 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

n'est plus contraire au texte même de Strabon que 
celte opinion : elle contrarie également le texte de 
Ptolémée, qui place à la vérité les Medulli dans la 
Gaule et non en Italie , parce qu'ils habitaient sur le 
penchant de la vallée formée par le Rhône , et qu'ils 
étaient près des Allobroges. 

Tebaviorum. — Les Tebacii étaient à l'ouest des 
Medulli j dans la vallée formée par la petite rivière qui 
se rend dans l'Isère, et qui passe à AUevard. On 
trouve dans cette vallée les noms de Tueve , Thyes 
et Tavio, qui conservent évidemment le nom des 
Tehaviones ; ils avaient au midi les Brodontii de 
l'inscription du trophée des Alpes, ainsi que nous le 
prouverons bientôt. 

Adanatium. — Les Adanates étaient à l'est des 
Medulli y et occupaient cette autre moitié de la Mau- 
rienne qui se dirige de l'est à l'ouest. Modana, le 
chef-lieu de cette partie de la vallée , a été appelé 
Adana dans le moyen âge. Ces peuples des Alpes 
ne possédaient souvent qu'un seul petit canton , et 
peut-être les Garoceli , que nous avons démontré ' 
être situés encore plus à l'est, aux environs d'Auxois, 
ou d'Ocelum et de Lans-le-Bourg, habitaient-ils la 
Maurienne en même temps que les Adanates et les 
Medulli, formant, sans se confondre, trois tribus 
ou peuplades différentes. 

Sai^incaiium. — Les Sai^incatii habitaient le val 
d'Oulx, où leur nom se retrouve encore dans celui de 

les Baroaies dans la Carte du Daujohiné, par Jaillot, en ijaS. — 
Sanson avait très bien vu que les Medulli devaient être dans la Mau- 
rienne. Voyez sa Description de la France, tirée de Ptolémée , p. 7, 
in-folio ; Paris, 1661. 

' Voyez ci-dessus, part. 11, cli. 2, toni. i, p. 542. 



PARTIE II, CHAP. III. 33 

l'ancienne terre de Sauvenceaux ' , à la droite de la 
Doria, ils occupaient tout le haut de la vallée, où on 
lit les noms de Sapet et de Salbetram. 

Egdinorum. — Les Egdini sont évidemment les 
mêmes que les Eciini du trophée des Alpes, et doi- 
vent être placés dans le val Saint-Etienne , formé par 
la rivière Tinea ou Tinier; ils s'étendaient depuis 
les sources de cette rivière, jusqu'à l'endroit où le 
Var reçoit un torrent considérable, nommé le Chaos, 
qui sépare le diocèse de Glandèves de celui de Nice. 
Au nord des Ectlni , et de l'autre côté de la chaîne, 
habitaient les Veneni , mentionnés par Pline ", dont 
on retrouve le nom et la position dans Vinadio 
moderne, aux sources de la Stura. 

Veaminoriim. — D'Anville ^ place les Veamini 
dans le haut et bas Toraraeneos 't, dont le nom, sui- 
vant lui, est Torearaina dans les titres. Ces peuples 
sont aussi mentionnés dans le trophée des Alpes ^. 

ï enicamorum. — Les T^enicamori étalent placés 
dans la vallée formée par les sources de la Vraida et 
de la Maïra , aux environs du col Morin ou Maurin 
et du col Lautaret. Une bulle du pape Callxle II , 
en 1 120, du cartulaire de l'église d'Oulx, fait men- 
tion d'une paroisse nommée Santa Maria di Comerio, 
près du col Lautaret ^ . 

' Durandi , Notizia del antico Piemonte traspadano , p. 47. 

' Plinius, Hist. nat., lib. lu, cap. 7, tom. i, p. 149, édit. Hard. 

^ D'Anville, Notice, p. 682. — Papon , dans son Hist. de Provence, 
tom. I, p. HT, adopte l'opinion de d'Anville. 

* Ce lieu est écritïhorame sur nos cartes, dont Bâcler d'Albe a fait 
Thoraine. On dit dans le pays Thorames haute et Thorames basse. 

"• Plinius, lib. m, cap. 20 (24), tom. i, p. 177, édit. Hard. 

" Durandi, Piemonte cispadano antico, p. 54- 

II. 5 



34 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Dans les vallées formées par la Série et la Sasse, 
qui se jettent dans la Diirance un peu au-dessus de 
Sisteron, des monumens historicpes qui remontent 
à l'âi^e romain , nous font connaître un peuple 
nommé Jemerii, dont le nom ne figure pas dans 
l'inscription telle que Pline l'a rapportée. Vaumielles- 
lès-Jaumes, et surtout un lieu nommé Saint-Jemmes, 
retracent le nom et la position des Jemerii. Ils étaient 
au midi des Caturiges. Dans une charte citée par 
Durandi, il est question d'un certain Guido de Car- 
rieris , qui vend un pré près du lieu nommé de 
Jemmis y vers Villarium y et près de la rivière ' : 
Jemmis est Saint-Jemmes, Pillarium est Valluvoire, 
et la rivière est la Durance ou la Sasse. 

Kesuhianorum. — Les T~esubiani , qui paraissent 
les mêmes que les Esubiani de Pline , occupaient la 
vallée formée par la Vesubia, rivière qui prend sa 
source près du col Finestre , et qui se jette dans le 
Var près de Livenza. 

Quadiatium. — 11 paraît que c'est faute d'avoir 
obser\é une partie de la première lettre du nom de 
ce peuple, que plusieurs antiquaires ont luOvadatium, 
mais qu'il faut lire Quadatium. Les Quadiatii étaient 
les habitans de la vallée de Queyras : dans les an- 
ciennes chartes, la vallée à la gauche de la Guille 
est appelée Quadratium, 

Les Quariates de Pline " ne doivent pas être con- 
fondus avec les Quadatii ou Quadiates de l'inscrip- 

■ Durandi, Piemonte cispadano , p. 54- — Cette charte est de 
l'an iSuS : « In loco ubi dicitur de Jemmis, versus Villarium et prope 
n flumen. » 

' Plin., lib. m, cap. 5, tom. i, p. 147, édit. Hard., in-folio. 



PARTIE II, CHAP. III. 35 

tion de Cottius ', ni, comme le veulent quelques 
auteurs, avec les Quari ou Canari de Strabon % qui 
sont les C avares , et on ne doit pas leur attribuer la 
vallée de Quejras, comme le veut d'Anville \ Pline 
nomme ce peuple immédiatement après les Suetri et 
avant les Adunicaies . On doit, je crois, d'après cette 
indication , les placer dans les environs de Forcal- 
quier; j'ai prouvé ailleurs que ce lieu ne pouvait 
être \e forum Neronis , comme on le prétend **; son 
nom me parait provenir àe forum ou de fons Qua- 
riatium , les plus anciens titres le nomment ^o/i^ 
Calquerius. 

On voit, d'après ce détail, que l'État de Cottius 
renfermait toutes les vallées qui se trouvent entre la 
Vesubia et les sources du Var, et qu'il s'étendait 
jusqu'à la source de la rivière d'Arc, qui arrose la 
Maurienne. A l'est , les plus hauts sommets des Alpes, 
et en général la ligne tracée par la séparation des 
courans d'eau, lui formait une barrière naturelle. 
Sous ce point de vue , le rojaume de Cottius était en 
grande partie situé dans la Gaule transalpine; mais 
il anticipait sur l'Italie , puisqu'il comprenait aussi 
le val de Pragelas , jusqu'à Ocello, et le val de Suse 
jusqu'à Avigliana, et une partie du val de Blino et de 
Maïra , près du col Lautaret. A l'ouest, les frontières 
de ce petit rojaume étaient formées par les mon- 
tagnes qui bordent l'Isère, la Drac et la Durance; 

' Durandi, délie Antiche città di Pedona, di Caburro, etc., p. 65. 
— Id., Piemonte cispadano antico, p. i5et i5. 

' Strabo, lib. iv, p. i85, édit. Cas.; tom. n, p. 25, de la trad. fr. 

' D'Anville, Notice de la Gaule, p. 556. 

" Voyez ci-après, et VAnalyse des Itinéraires , tom. m de cet 
ouvrage. 



36 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

celles qui bordent au midi la vallée de Barcelonette , 
et celles qui accompagnent le Verdon h l'ouest , jus- 
qu'aux sources du Var, achevaient la limite. Ce ter- 
ritoire comprend presque toute la province connue 
depuis sous le nom. d'Alpes maritimes, à la réserve 
de quelques districts au midi et à l'est , et renferme 
en entier les diocèses modernes de Glandève et d'Em- 
brun , et les parties septentrionales de celui de Nice 
et de Senez ' . 

Pline dit qu'on ne trouve pas, dans l'inscription 
du trophée des Alpes, les douze villes ' ou peuplades 
de Cottius, parce qu'elles n'étaient point ennemies ; 
mais nous voyons que, dans l'inscription de Cottius, 
il y a quatorze peuples au lieu de douze, et que 
les Caturiges y les Medidli et les Egdini , se retrou- 
vent dans les deux inscriptions : ce qui prouve, ainsi 
que je l'ai déjà observé, qu'ils sont au nombre des 
peuples qu'Auguste avait domptés, et qu'il réunit au 
royaume de Cottius. D'autres petits peuples, non 
mientionnés dans l'inscription de Cottius, mais dont 
on retrouve les noms dans celle du trophée des Alpes 
et dans d'autres , ont évidemment fait partie de ce 
petit État. La fin même de l'inscription de Cottius, 
etcwitates quœ sub eo prœjecto fuerimt^ prouve que 
les cantons les moins considérables sont passés sous 
silence, et que le dénombrement n'est pas complet. 

De ce nombre sont les Brigiani, mentionnés dans 
l'inscription des Alpes % et placés dans cette inscrip- 

' Voyez , pour ces limites , la carte insérée dans le tome m de la 
Gallia christiana , p. io5i , 1240 et i25o de ce volume. — Instru- 
menta, p. 178. 

' Plinius, Hist. nat., lib. m, c. 20 (24); mais une édition porte xv. 

' Plin., Hist. nat., lib. m, c. 20 (24), tom. 1, p. 177, édit. Hard. 



PARTIE II, CHAP. III 37 

tion près des Caturiges; ils paraissent avoir occupé 
une partie de la vallée de Briançon , en tirant vers 
l'ouest. Une inscription avec ces mots, obd. bric, 
confirme cette position '. Si les Nemaloni ou Ne- 
maloîies occupaient les environs de Miolan , dans 
la vallée de Barcelonette, où on les place par con- 
jecture, ils étaient sujets du roi Cottiusj il en était 
de même des Oratelli , qui doivent être mis à l'est 
d'Embrun, entre la montagne d'Orel ou Aurel, et le 
lieu nommé Orres, dans le vallon de Boscodon et de 
Crevouls ' : peut-être aussi faut-il comprendre parmi 
les peuples dépendans de Cottius \esAcitavones, qui 
paraissent avoir habité la montagne de La Yanoise, 
aux sources de l'Isère \ Les autres peuples de ce côté 
des Alpes étaient presque tous limitrophes de l'État 
de Cottius. 

Au nord-ouest de cet Etal, se trouvaient les Siconii 
ou plutôt Sconii de Strabon , que ce géographe 
nomme deux fois '^ , et dont il Indique très bien la 
situation entre les Tricorii et les Medulli, et au nord 
des Caturiges et des Kocontii : ce qui nous porte 

' Bouche, Chorogr. de Provence , iv, c. 3. — Wesseling, Itinér., 
p. 541. 

"Durandi, Piemonte cispadano aniico , p. 27 et 62, ainsi que 
Papon, Hist. de Provence, tom. i, p. ii5, placent les Oratelli à 
Utel ou Hutel , au-dessus du confluent de la Vesubia et de la Tinea ; 
mais cet emplacement les rapproche trop des Vesubiani, avec les- 
quels alors ils se confondent. 

^ L'ordre géographique serait troublé, si l'on retournait vers le 
nord pour placer les Acitavones dans le Faucigny, comme le veut 
d'Anville, et d'après lui Albanis Beaumont, tom. i, p. 53. — C'est à 
tort qu'on a voulu confondre , sur l'autorité d'un seul manuscrit , les 
Acitavones et les Centrones. 

<Strabo, lib. iv, p. i85 et 2o5 ; trad. franc., lib. iv, cap. 1 et 6, 
tom. II, p. 25 et 90. 



38 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

dans le val d'Oysans pour la demeure des Siconii. 
Honoré Bouche , le président de Boissieu , et après 
eux d'Anville , ont été conduits à placer les Uceni 
dans le val d'Oysans, d'après une certaine analogie 
qu'ils ont cru trouver entre le nom ancien et le nom 
moderne; mais ils ont oublié que le nom d'Ojsans, 
en latin , dans les titres du xii^ siècle *, est Asincium 
ou. Sincium , à l'ablatif Sincio : ce nom et celui de 
la rivière Vincon, qui traverse cette vallée, ont un 
rapport évident avec le nom (VIconii ou Siconii. 

LjCS Uceni, que Pline ' indique aussi, entre les Me- 
dulli et les Caturiges , me paraissent avoir habité la 
vallée au nord des Siconii , dans la petite vallée d'Oz , 
et aussi celle de Huez. 

Mais au nord de cette vallée d'Oz, je détermine 
avec plus de certitude la demeure d'un peuple dont 
jusqu'ici la position a été inconnue , ce sont les Bro- 
dontii de Pline, qu'on a voulu à tort confondre avec 
les Bodontici , parce qu'on ne savait où les placer. 
Je retrouve leur nom dans celui d'une montagne 
nommée Brodon ^, une des plus considérables qui for- 
ment la vallée d'Olle : ainsi les Brodontii occupaient 
tout le haut de cette vallée et celles qui en sont 
voisines. 

' Durandi , Picmotite cispadano antico , p. i4- 

' Plin., Hist. nat., lib. ni, cap. ao (24), tom. i, p. 177, édit. Hard. 

^ Voyez la Carte des limites de la France et de la Sardaigne, levée 
sous Bourcet, maréchal-dc-camp , et dressée par Villaret, 1760. — 
La feuille qui donne le nom de Brodon , et sur laquelle on trouve 
écrit montagne de Brodon et cime de Brodon, est la feuille vue; 
elle est intitulée : Carte ge'ome'trique de la montagne et combe 
d'Olle , pour servir à la limitation des territoires de Vaujany en 
Dnuphine' , et de Saint-Cùlomhan-des-Villards en, Maurienne . 



PARTIE II, CHAP. III. 3Î) 

Au nord des MeduUi , c'est-à-dire au nord de 
l'État de Cottius , étaient les Eguituri; ils occu- 
paient, je le présume, le district nommé Entre-Deux 
Gujers ' : c'est au nord de ces Egiuturi que je pense 
qu'il convient de placer les Edenates % dans le val 
d'Ejnan; c'est à tort qu'on a voulu confondre ce 
peuple avec les Adanates de l'inscription de Cottius. 
Les Magelli étaient, à l'est, limitrophes de l'Etat 
de Cottius; ils habitaient le val de Saint-Martin, 
entre le Pelice , la Ghison et la Lemina , dans le val 
Dubiasca, au midi de cette portion de l'État de Cot- 
tius qui s'étendait dans la vallée de Suse. Deux lieux 
très anciens, nommés, dans les chartes du ix*^ siècle, 
curte Macello et loco Macello , et dans d'autres, 
Magedellum, ont conservé le nom de ce peuple. 
Macello se trouve encore sur nos cartes modernes un 
peu à l'est de San Martino , ainsi que Majers, qui est 
Magellum % près de Prali. Si les Sogiontii de Pline 
étaient, comme je le présume, possesseurs du terri- 
toire aux environs de Sigonce, au nord-est de For- 
calquier , ils se trouvaient situés à l'ouest de l'Etat 
de Cottius. Une inscription trouvée en 17^7, dans 
les environs de Vienne '', fait mention de civitas 

' Peut-être vaudrait-il mieux placer les E^uituri aux environs 
d'Egouares, au confluent de la Durance et de l'Ubaye, à l'ouest de 
Savines; alors ils se trouveraient renfermés dans le territoire des 
Caturiges, et feraient partie de l'État de Cottius. — Durandi, Pie- 
monte cispadano , p. ay, place ces peuples dans le territoire de 
Gatters, à quatre milles de l'embouchure du Var ; ce lieu est nommé, 
dans les titres de 1200, casirum de Guatteriis. 

' Ptoleraa;us, lib. ni, cap. i. 

^ Majers ou 3Iagers se trouve sur la Carte de Bâcler d'Albe, près de 
Piali ; Macello est placé dans la Carte de la Lombardie , par Zannoni. 

' Plin., lib. III, cap. 20 (24), édit. Hard., tom. i, p. 177. — Donali, 
Suppl. veter. inscript., p. 54^. 



40 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

SOGIONTIORUM. Les PedjU ' de Strabon occupaient, 
je le présume, les environs de Piégu, un peu à l'est de 
Taîlard. Les éditeurs du Strabon ont chance ce nom 
de Pedfli en celui de Medidli, sans même avertir 
de cette variante ; mais l'édition de ce géographe 
dernièrement publiée à Oxford a conservé la leçon 
des meilleurs manuscrits. Dans les pays de hautes 
montagnes, un village, séparé par des hauteurs pres- 
que inaccessibles de tout le territoire qui l'environne, 
forme souvent un petit peuple à part , qui a un 
nom distinct, des mœurs, et des habitudes, qui lui 
sont particulières. 

Enfin , au midi des sources du Var, et par consé- 
quent aussi au midi du royaume de Cotlius , habi- 
taient les Briganiii et les Beriiini ; ils faisaient pro- 
bablement partie des Vediantii et des Nerusii : la 
position et l'existence des Briganiii est prouvée par 
plusieurs inscriptions trouvées à Briançonnet, qui en 
font mention; c'est donc à Briançonnet, près des 
sources de l'Esteron, et à l'est de Castellane, au sud 
d'Entrevaux, qu'il faut placer ces Briganiii , diffé- 
rens des Brigiani précédemment mentionnés'. Les 
Beriiini habitaient la vallée de Saint-Pierre et de 
Pêne, où a été trouvée l'inscription antique qui con- 
state leur existence , et dès lors on a connu l'origine 
véritable du surnom de Leis Beritins ^ , donné de 
temps immémorial aux habitans de cette vallée qui 
est située au sud-est d'Entrevaux, et qui a la vallée 
de Seroz à l'est. 

' Strabo, lib. iv, tom. i, p. 206, édil. d'Oxford, in-folio; tom. n, 
p. 25, de la trad. franc., et p. a85 de l'édit. d'Almeloween. 

" Papon, Hist. de Provence, tom. i , p. 80; et ci-dessus, p. 36. 
' Papon, tom. i , p. 108 et 109. — Voyez ci-dessus, p. 36. 



PARTIE II, CHAP. III. 41 

Il n'y a aucun doute sur la position des Vergunni ', 
que l'on place avec raison à Vergon , à l'ouest d'En- 
tre vaux-sur- Va ix , et qui est nommé de J^era^unnis 
dans les actes du moyen âge ''. 

Les Nemanturi , qui ne nous sont connus que par 
rénumération rapide de Pline, peuvent se placer aux 
environs de Demandols ^. Les Adunicates^ possé- 
daient peut-être les environs d'Alglun, nommé 
AgUduno dans les titres du moyen âge ^, ou les envi- 
rons de la montagne d'Andon. Les Triulatti parais- 
sent avoir habité les bords du \ar, entre Guillaume 
et Entrevaux, où l'on trouve les rivières Tueli , 
près de Guillaume, et la cime d'Alette , près d'En- 
trevaux ^ . Les Gallitœ paraissent avoir occupé le 
confluent de l'Esteron et du Var, aux environs de 
l'endroit nommé Gillette '. Les Velauni étaient, 
suivant moi, plus a l'ouest, aux environs du lieu 
nommé Vevelause , sur les bords du Verdon , au 
nord de Castellane ; ils se trouvent ainsi placés 
au nord des Suetri , comme le demande le texte de 

' Plin., Hist. nat., cap. 20 (24), tom. i, p. 177, édit. Hai'd. — 
Strabo, lib. iv, p. 180. — Tit. Liv., xxviii, 46; xi, 4, epit. 4o. — 
Plut., Fit. Paul. JEmil. , cap. 6. — Dion. Cass. , apud Tzetz, ad 
Ljcophr., V. i3i2. — Florus, 11, 3. 

' Honoré Bouche, Choi'ographie de laProvence, in-fol-, 1. 1, p. 176. 

' Plin., Hist. nat., lib. 111, 20 (24), tom. i, p. 177, édit. Hard. — 
Demandols est au-dessus de Castellane ; c'est aussi le sentiment de 
Durandi, Pienionte cispadano , p. 27. 

*Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 5, tom. 1, p. 147, édit. Hard. — 
Papon, tom. i, p. 118, place les Adunicates à Audaon et Caille. 

' Gallia christiana, tom. in. — Instrum., p. 187. 

* Durandi , Piemonte cispadano, p. 26, les place à Triola, dans la 
vallée formée par la Roya. Je ne trouve Triola sur aucune carte, 
mais seulement Aivola ; cette position nous ferait entrer en Italie , 
et Pline ne paraît pas franchir la chaîne des Alpes. 

' Plin., loco cit.; Durandi, Piemonte cispadano antico, p. 26. 



42 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Pline '. Les Ligauni , que le même auteur place au- 
dessus des Oxyhiiy se trouvent occuper les environs 
de Saint- Vallier, de Callian et de Fayen '. 

C'est en décrivant la Province romaine que Pline 
nomme les Af^antici et les Bodiontici ^ ; mais il ob- 
serve lui-même qu'ils furent ajoutés par Galba à la 
liste des peuples des Alpes , et il leur donne Dinia 
pour capitale. Comme Dinia est devenu chef-lieu d'un 
diocèse, son identité de position avec Digne mo- 
derne se trouve prouvée par une suite de monumens 
historiques, au défaut des mesures des itinéraires an- 
ciens , où ce lieu ne se trouve pas mentionné. Les 
Avantici et les Bodiontici réunis sont donc repré- 
sentés par le diocèse de Digne, qui détermine leurs 
limites. L'autorité de Pline, au sujet de ces deux peu- 
ples, à.<yciX Dinia était la capitale , est ici irréfragable, 
puisque cet auteur cite un rôle dressé sous l'empereur 
Galba ; mais ces petits peuples sont tellement en- 
tassés les uns sur les autres, que cela ne détruit pas 
le texte de Ptolémée "*, qui donne Dinia pour capitale 
aux Sentii ; car à l'époque où il écrivait, les Avan- 
tici et les Bodiontici auront été renfermés dans le 
territoire des Sentii; mais , primitivement au temps 
de Pline, on doit restreindre ces derniers au diocèse 
de Senez, et leur donner Sanitiuniy Senez, pour 
capitale. 

■ Plin., Hist. nat., lib. m, c. 5, t. i, p. 147, édit. Hard. — Honoré' 
Bouche, et d'Anville d'après lui, Notice, p. 684, placent ces peuples 
dans le comté de Beuil ; mais sans aucune vraisemblance , puisque 
Beuil est nommé Bellio dans les anciennes archives de Provence. 

" Plin., lib. III, cap. 5, tom. i, p. 146, édit. Hard. — Voyez ci- 
dessus, tom. I, p. 557. 

' Id., lib. III, cap. 5, tom. i, p. 148, édit. Hard. 

* Ptolema'us, lib. 11, cap. 5, p 5i, édit. Merc, ou p. 56, édit. Bert., 



PARTIE II, CHAP. m. 43 

Si à tous les peuples que je viens de nommer on 
ajoute les Suetri , les Nerusii^ les Pedantii , dont 
j'ai déjà fait connaître la position , qui habitaient le 
rivage, et occupaient en entier les diocèses de Grasse 
et de Vence , et la partie méridionale de celui de 
Nice, on aura, dans un très grand détail, le tableau 
complet de toutes les nations ou peuplades qui for- 
mèrent depuis une province particulière sous le nom 
^ Alpes maritimœ ' . 

Il s'agit actuellement de faire connaître les autres 
peuples qui habitaient le nord et Test de la vaste 
chaîne de montagnes qui fait l'objet de nos recher- 
ches. L'empereur Auguste, après avoir soumis tous 
ces peuples, avait élevé un monument sur le rivage de 
la Ligurie, où se termine la chaîne des Alpes; ce 
monument, connu sous le nom de tropœa Augustiy 
était placé dans le lieu nommé La Turbia ; ce monu- 
mient figure comme position géographique dans les 
Tables de Ptolémée ', et subsistait encore en partie 
du temps de Cluvier. Cet auteur rapporte le commen- 
cement de l'inscription qu'on montrait de son temps 
à La Turbia : elle a été donnée en entier par Pline % 
et les dates qu'elle renferme prouvent que ce monu- 
ment fut érigé un an après celui de l'Arc de Suse. 
L'inscription qui s'y trouvait contenait une liste 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 1 85 et 1 85. Je n'ai point parlé des 
Caudellenses , que Papon mentionne d'après une inscription trouvée 
à Cadenet, en 1778. — Voyez Papon, Histoire de Marseille, tom. 1, 
p. \'i%. — J'ai des doutes sur cette inscription. 

" Ptolem., Geogr., lib. m, p. 68 (61), édit. Bert. 

'Plin., lib. III, cap. 20. — Cluverius, Italia anliqua, tom. i, 
p. 64. — 11 devient évident qu'il y a un i effacé dans l'arc de Suse, 
et qu'il faut lire Tribunic. Potestate xvi Holstenius, Honoré Bouche 
et autres, ont confondu ces deux inscriptions. La méprise est forte. 



44 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

complète des peuples des Alpes domptés par Augusle, 
liste que Pline nous a conservée. Elle nous donne 
les peuples selon un ordre presque géographique, et 
par cette raison nous allons la rapporter en entier, 
de même que nous avons fait pour l'arc de Cottius. 
Comme le plus souvent une des plus fortes preuves 
de la position des peuples mentionnés dans cette in- 
scription est le rang et la place qu'ils tiennent dans 
l'ordre de la nomenclature, ce serait affaiblir ces 
preuves que de déranger cet ordre pour en adopter 
un plus rigoureusement géographique. Le lecteur 
voudra donc bien se transporter de la partie occiden- 
tale des Alpes que je viens de faire connaître dans la 
partie orientale; et comme je me verrai forcé pour 
expliquer, sans en rien omettre, cette inscription, 
de franchir les limites de la Gaule cisalpine, je pas- 
serai rapidement sur chaque peuple. 

IMPERATORI CtESARI DIVI F. AUGUSTO 

PONT. MAX. IMP. XHII TRIBUNIC. POTEST. XVII 

S. P. Q. R. 

QUOD EJUS DUCTU. AUSPICIISQUE 

GENTES ALPINE OMNES. QU^ A MARI 

SUPERO AD INFERUM PERTINEBANT. 

SUE IMPERIUM P. R. REDACT^ SUNT '. 

« GENTES ALPINyE DEVICT^. » 

' Tout ce commencement est figuré ici comme dans Cluverius , 
Italia antiqua, tom. i , p 64 ; mais cet auteur judicieux observe que 
cette inscription était moderne, et aura été refaite, d'après Pline, 
lorsque l'ancienne s'est trouvée détruite. Alors, c'est peut-être cette 
inscription qu'il faut corriger, et il faut lire Tribun. Potest. xvi au 
lieu de xvu; car Pline a omis l'année. Je laisse ce point à débattre 
aux chronologistes ; le reste est semblable à Pline. L'ancienne in- 
scription a été détruite par les Lombai'ds ; ce qui restait de la nou- 
A'elle l'a été par le maréchal de Villars. Il ne reslo plus actuelle- 



PARTIE II, CHAP. III. 45 

Ensuite les peuples sont nommés dans l'ordre 
suivant : 

Triumpilini. — Les habitans du val Troppia ou 
Trompia, à l'est du lac d'Iseo. On a trouvé dans cette 
vallée des inscriptions qui constatent qu'elle fut le 
séjour des Triumpilini , et que l'idole adorée par 
ses peuples, se nommait Tjllinus '; le culte de cette 
idole a sans doute donné naissance au nom de val 
Telline que porte une des vallées voisines. La res- 
semblance du nom des Triumpilini, avec le nom mo- 
derne de Trompia, est évidente. On a découvert à 
Labone , dans le val Trompia , une inscription qui 
constate que, du temps des Romains, les mines de 
fer qui sont près de ces lieux étaient exploitées 
comme elles l'étaient encore il y a un siècle; cette in- 
scription est ainsi conçue : C. Montoerio M. Laboni 
METALLARiORUM pREFECTis; ainsi l'originc romaine du 
nom, et la position du village de Labone, se trou- 
vent constatées \ Une inscription, trouvée à Brixia, 
Brescia (tom. ii, p. 1089, n° 2), fait mention des 
Triumpilini et des Benacenses ; il est évident, d'a- 
près cela , que ces derniers habitaient les petites val- 
lées à l'ouest du lac Garda ou Benacus lacus , dans 



ment qu'une partie du nom des Triumpilini. — Voyez Millin , 
Voyage dans les de'partemciis méridionaux , tom. ii , p. 58i. — 
Joffred, Hist. de Nîmes, et Honoré Bouche, Chorographie de Pro- 
vence, tom. I, p. 99. — Plin., Hist. nat., lib. ui, cap. 24 (20). 

' p. Gagliardi , Parère intorno ail antico siato dci Cenomanni ed 
a' loro confiai , dans le Recueil de Sambuca , Raccolte di Memorie 
sobra gli Cenomanni , p. 114. 

^ Sambuca, p. 000. — La lettre du P. Gagliardi, qui contient un 
voyage à pied aux sources de la rivière Mella, est curieuse même 
pour la géographie moderne. 



46 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

le district nommé, sur nos cartes modernes, Ri- 

viera, depuis Riya jusqu'à Salo. 

Camuni. — Les habilans du val Camonica, au- 
dessus du lac Iseo. Deux inscriptions, trouvées dans 
levai Camonica, l'une à Civeda, et l'autre à Eseno, 
sur lesquelles se trouve le nom de Camuni y ne laissent 
aucun doute sur la position de ce peuple '. On obser- 
vera que cette énumération commence par le centre 
même des Alpes, probablement selon l'ordre de la 
conquête. Strabon fait aussi mention des Camuni i 
il les place avec raison près des Lepontii y et les met 
au nombre des nations rhétlques =". 

Venostes. — Dans le val di Venosta des Italiens, 
le Winthgau Thaï des Allemands^. Une inscrip- 
tion, trouvée à Parenzo, mal lue et mieux rapportée 
par Slauve, semble indiquer, sous le nom de Ma- 
janis , le lieu nommé aujourd'hui Marano, à l'entrée 
de cette vallée, comme la limite de la Gaule cisalpine. 

' Cluverius , Italia nntiqua , tom. i , p. 104. 

'Strabo, Geogr. , lib. iv, p. 206; trad. franc., lib. iv, cap. 6, 
tora. II, p. 96 — Dion., lib. liv, cap. 20 , p. y49' 

'Voyez Siauve , Lettera sopra l iscrizione di consulo Mutiano , 
p. 21. — Cluverius, en transcrivant le texte de Pline pour l'in- 
scription des Alpes, en a retranché le mot Venostes comme un 
double emploi, quoiqu'il se trouve dans tous les manuscrits de 
cet ancien. Cluverius ne fait donc nulle part mention des Ve- 
nostes dans son Italia antiqua. — D'Anville, à l'exemple de Clu- 
verius, dans sa carte à'' Italia antiqua, avait confondu les Vennones 
avec les Venostes, et avait placé, de même que Cluverius, les 
Vennones dans le val di Venosta. Je possède une épreuve de son 
Italia antiqua qui est ainsi, et où les Suanetes se trouvent placés 
dans le val Telline; mais ensuite d'Anville changea d'avis, et plaça 
les Vennones dans le val Telline , en effaçant le nom de Suanetes , 
qui n'existe plus sur sa carte; il effaça pareillement le mot de Ven- 
nones dans le val de Venosta, et y fit graver celui de Venostes. Ces 
variations, dans une des cartes les phis importantes de d'Anville, 



PARTIE II, CHAP. III. 47 

Vennones ou Vennonetes. — Un passage de Dion ' 
nous apprend que les Vennones étaient à côté des Ca- 
muni. Il nous dit que ces deux nations prirent les 
armes contre les Romains, et qu'elles furent vain- 
cues et subjuguées par Publius Sirius; d'un autre 
côté, Pline nous apprend ailleurs qu'ils étaient voi- 
sins des sources du Rhône et des Sarunetes : toutes 
ces indications déterminent la position des Vennones 
dans le val Telline. Strabon la confirme lorsqu'il 
nous dit que les Vennones sont au-dessus de la ville 
de Côme, vers l'orient ^ Ptolémée ^ nomme les Ven- 
nones ou Vennonetes au nombre des nations rhéti- 
ques; il s'accorde en cela avec Pline. Mais Strabon "^ 
et Dion semblent les considérer comme un peuple 
à part et distinct des Rhœti et des 'V endelici. A l'o- 
rient des Camuni étaient les Stœni et les Stunici de 
Tite-Live, et les Bechuni de Ptolémée, dont nous 
avons déjà déterminé l'emplacement : les premiers , 
dans le val Vestone, les seconds, dans le val Stenico, 
oii était Sarraca y leur capitale, qui est Sarca mo- 
derne ^. 

Breuni. — C'est ainsi qu'ils sont nommés dans 
Strabon, qui les place à tort dans l'Illyrie^, mais 
qui a raison de les nommer avec les Genaunes. Ho- 

n'ont point été remarquées par M. Barbier du Bocage, qui a publié 
UD Catalogue de ses œuvres. 

' Dion. , lib. liv, cap. 20, p. 749- — Dans Pline, "Vennonetes. 

» Strabo, lib. iv, p. ao4. — Plin., lib. m, cap. i\ (20). 

^ Ptolemaeus, Geogr., lib. 11, cap. 12, p. 61 (55), édit. Bert. 

* Strabo, Geogr., lib. iv, p. 204 et 206; tom. 11, p. 92 et 96. — 
Dion., loco citato. 

' Voyez ci-dessus , part, i , ch. 7, tom. i , p. 169 à 174. 

'' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 206; trad. franc., liv. iv, chap. 6, 
tom. II , p. 96. 



48 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

race s'accorde avec l'inscription et avec Strabon ; et 
au sujet des peuples des Alpes domptés par Drusus , 
il mentionne les Breuni avec les Genaunes et les 
T indelici ' ; Florus, parlant de la même expédition, 
désigne les Preuni sous le nom de Brenni , et les Ge- 
naunes ou Genones , sous celui de Senones^. Ces 
peuples barbares étaient si peu connus des Romains 
avant la conquête _, qu'il n'est pas étonnant de trou- 
ver leurs noms différemment prononcés par les dif- 
férens auteurs, et il n'est pas besoin de corriger ici le 
texte de Florus pour l'accorder avec les textes d'Horace 
et de Strabon \ car nous verrons bientôt que les lieux 
habités par les Genaunes offrent aussi des indices du 
nom de Senones. Du reste , Florus , de même qu'Ho- 
race et Strabon , nomme aussi les Vindelici avec les 
Breuni et les Genaunes. Jornandes ^, Cassiodore ^, 
Fortunatus et autres auteurs du moyen âge, donnent 
aux Breuni le nom de Breones. Il n'est pas douteux 
que les Breuni ou Brenni n'occupassent les environs 
du grand Brenner, au-dessus de Trente, entre Ster- 
zingue, Inspruck et Brixen , entre l'In et Merano. 
Dans les actes de saint Corbiniens , écrits par Aribon , 

' Horatius Od. , lib. iv, ode 4- 

' « Noricis aninios dabant Alpes , atqnc nives quo bellum posset 
« ascendere. Sed omaes illius cardinis populos, Brennos , Senones 
« atque Vindelicos , per privignum suum Claudiuni Drusum perpa- 
(c cavit. )) Florus, Hist., lib. iv, cap. 12. 

' En parlant des troupes auxiliaires qui combattirent Attila, sous 
la conduite d'Aétius: « His enim adfuere auxiliares Franci, Sarniatae, 
« Armoricani , Litiani, Burgundiones, Saxones, VdyAv'ioW, Briones 
« quondam milites romani. » Jornandes, de Relus ^eticis. 

* <t Ut si rêvera mancipia ejus Breones irrationabiliter cognoveris 
« abstulisse , quia militaribus officiis assueti, civilitatem preraere 
<( dicuntur armati , etc. » Cassiodor., F'arice, lib. i, epist. 2. 



PARTIE II, CHAP. IV. 49 

il est dit ' que « l'homme de Dieu, se rendant à Rome, 
(( parvint d'abord chez les Breones, et peu après dans 
« le château de Trente. » Ainsi donc, les Breones 
étaient situés au nord de Trente. Venantius For- 
tunatus nous indique encore mieux la situation des 
Breones ou Breuni dans les vers dont voici la traduc- 
tion ' : « Si vous avez dessein de vous rendre dans la 
« contrée voisine des Breones, traversez les Alpes, si 
« le Bavarois ne vous empêche pas ; ensuite , entrez 
« dans la vallée où l'Inn roule ses ondes avec rapidité : 
<( de là vous irez visiter le temple où repose saint Va- 
« lentin. » C'est à Merano ou Marano qu'on voyait 
le tombeau de saint Valentin ^ : ainsi c'est donc im- 
médiatement au nord de Merano et dans les vallées 
formées par l'Eisack et par l'Inn que se trouvaient 
les Brenni. Venantius Fortunatus dit encore, dans sa 
préface de Grégoire de Tours , que l'Inn passe à 
Breonium; le nom de Brenner '^, que porte cette 
partie de la chaîne des Alpes, est évidemment celui 
des anciens Breuni, ou Brenni, suivant Florus, qui 
paraît se conformer avec plus d'exactitude à l'étymo- 
logie tudesque du nom de ce peuple. Cette position 
s'accorde avec la marche que Drusus a tenue dans son 

' Cap. 10, II et 12 : « In ipso autem itinere Romam pergendo cuni 
« in Breones pervenit ; » et plus bas : <c cum autem ad Tridentanum 
« castrum vir Dei pervenit. » 

* Si vacat ire 'viam , neque Bajoarius obstat , 

Qiia wcina sedent Breonum loca , pergp per Alpeni , 
Iitgrediens rapido qaa gurgile volvilur ^nus , 
Inde Valentini bertedicli templa require. 

' Voyez Tartarotli, Memorie antiche di Roveretto , 1754. 
♦ Voyez la Carte du Tyrol , par le Dépôt de la guerre , en six 
feuilles, u"" i , 2, 5 et 4- 

II. 4 



50 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

expédition , et avec les textes d'Horace , de Strabon , 
de Florus et de Ptolémée , qui tous se réunissent pour 
nous faire considérer les Brenni comme occupant 
les plus hauts sommets des Alpes , et comme situés 
près des Tendéliciens . La position assignée aux 
Breuni par d'Anville , au-dessus du lac Majeur, et 
dans le \al Blegno ', qu'il nomme val Braunie, ne 
saurait soutenir un instant d'examen : elle n'a pas 
besoin d'être réfutée, puisqu'elle contrarie égale- 
ment l'histoire, et les textes de tous les auteurs anciens 
qui ont parlé de ces peuples. Ptolémée n'a point con- 
fondu , comme on l'a prétendu , les Bechuni et les 
Brenni ; il les mentionne séparément *. Il faut se 
garder aussi de confondre les Breuni, ou Brenni , 
ou Brioni , ou Breoni , avec les Breuci, mentionnés 
par Ptolémée % Pline ^, Strabon ^ et Suétone % €t que 
tous ces auteurs s'accordent à placer dans laPannonie. 
Terminons en observant que dans les diverses vallées 
attribuées aux Brenni, on trouve à l'est de Brixen le 
lieu nommé Brunecken ou Prunecken , qui rappelle 
sensiblement cehii de Breuni ". 

Jsarci. — Ils étaient situés entre les deux rivières 

' D'Anville, G e'ogr-aphie ancienne, Table, p. 226, écrit val Brau- 
nia ; mais il est écrit val Blegno sur les cartes modernes ; voyez la 
Carte de la Suisse, par Weiss. — D'Anville, au reste, a pris cette 
opinion à Honoré Bouche, qui peut-être l'a empruntée d'un autre. 

' Ptolem., Geogr., m, i ; 11, i5, p. 61, et 70, édit. Bert. 

' Ptolemaeus, lib. 11, cap. 16. 

* Plin., lib. III, cap. 28, tom. i, p. 180, édit. Hard. 

* Strabo, lib. vni. 

^ Sueton. , in Tiberio, cap. 9. 

7 Si l'on se déterminait à considérer comme des peuples differens 
les Brenni el les Breuni, les Sciiones et les Genauncs , leurs posi- 
tions feraient de même exactement assigner les Breuni à Brunecken, 
les Senones à Zénone. 



PARTIE II, CHAP. IV. 51 

Sarca , dont l'une se rend dans le lac Garda , et l'au- 
tre dans la petite rivière Arno, qui coule dans le 
lac Idreo. 

Genaunes. — Tous les manuscrits de Pline que 
le père Hardouin' a consultés portent Genaunes. 
Dans quelques éditions de cet auteui-, les deux pre- 
mières lettres se trouvent retranchées, et on lit 
Naunes. D'Anville fait un autre peuple de cette 
variante, et place les Naunes dans le val di Non % et 
les Genaunes au-dessus du lac Lugano. Enfin, dans 
sa Carte de VOrbis romanus^ il substitue le nom 
à'Anaunes à celui des Naunes. La vérité est qu'il 
n'est question dans aucun auteur ancien des Naunes 
ni des Anaunes ; mais ces diverses altérations du 
mot Genaunes qui ont eu lieu dans le moyen âge et 
qui se sont glissées dans quelques éditions de Pline, 
nous indiquent la position de ces peuples d'une ma- 
nière certaine. Nous savons, par les actes des Mar- 
tyrs et autres documens historiques , que \ Anagnis 
castrum ^ est Nano , dans le val de Non , au nord de 
Denn^, et que le val de Non a formé un district 
sous le nom ^Anaunia ^ ; enfin par contraction on 

' Plinius, lib. m, cap. 24, tom. i, p. 177, édit. Hard. 

'Voyez d'Anville, Italia antiqua, carte, et Ge'ogr. ancienne, 
nomenclature. 

' D'Anville, Orbis romanus, pars occidentalis , carte, et tom. 11 , 
p. 706, de ses OEuvres , Paris, i834, in-4°. 

* Voyez la feuille 5 de la grande Carte du Tyrol. 

' Paul Diacre , dans son Histoire des Lomljards , parle aussi de 
l'Anagnis castrum , Langobardicar. rerum , lib. m , cap. g : « His 
« diebus, advenientibus Francis, Anagnis castrum, quod super Tri- 
« dentum in confmio Italis positum est. » — Voyez aussi Cluverius, 
Italia antiqua, tom. i, p. 106, n° 4o- 

' Tartarotti, Memorie antiche di Rovevetto, p. 5 , 7 et 8, in-4° ; 
Venezia , 1754. 



52 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DÉS GAULES, 

a dit Naunia, et Je château de Nano a aussi été 
appelé NauTiumen latin : ainsi donc les Genaunes^ 
qui sont les Anaunes et les Naunes du moyen âge, 
occupaient le val de Non. Ils faisaient partie, ainsi 
que nous le verrons bientôt, des peuples compris 
sous le nom de Bechuni dans Ptolémée % et VAnau- 
nium de cet auteur, qu'il faut placer à Castel Nano, 
était leur capitale. Mais, je le répète, aucun auteur 
classique n'a parlé des Anaunes ni des Naunes , 
tandis que les Genaunes de Pline, ou de l'inscription 
des Alpes, sont aussi mentionnés par Horace, dans 
ces vers remarquables relatifs à cette même expédition 
qui fit connaître les peuples des Alpes et les réunit à 
l'empire romain. 

Vindelici didicere nuper 
Quid Marte possis ? Milite nani tuo 
Drusus Genaunos , implaciduni genus, 
Brennosque veloces , et arces 
Alpibus impositas tremendis , 
Dejecit acer plus vice simplici. 
Major Neronum mox grave prœlium 
Commisit , imvianesque Rlicelos 
Auspiciis pepulit secundis. 

HoRAT., lib. IV, od. i4- 

« Auguste ! les Vindelici ont éprouvé à quel 
« point est redoutable la puissance de tes armes, que 
(( Mars favorise. Drusus avec tes légions a abattu 
« les belliqueux Genaunes , les agiles B rennes , et 
(( leurs citadelles qui couronnaient les sommets les 
« plus escarpés des Alpes. Ensuite, sous tes heureux 

* Ptolemaeus, Geogr., lib. ui, cap. i, p. 70, édit. Bert. 



PARTIE II, CHAP. IV. 53 

« auspices, Tibère a livré encore aux Rhœtes de plus 
« terribles combats '. » 

J'ai déjà observé que les Senones de Florus' étaient 
les Genaunes d'Horace et de l'inscription , puisque 
cet historien parle de la même expédition qu'Horace 
et que l'inscription , et que , de plus , il place de même 
qu'Horace et que l'inscription , les Senones entre 
les Breuni ou Brennij et les Vindelici. En effet, 
au nord de Nano, on trouve un lieu nommé Zenone 
ou Senone, qui justifie le nom de Senones , préféré 
par Florus à celui de Genones , de même que le nom 
du mont Brenner autorise la leçon de Brenni pour 
Breuni qui se trouve dans son texte ^ Mais j'avoue 
que je ne puis revenir de mon étonnement lorsque 
je vois les plus savans commentateurs de Florus et de 
Velleius Paterculus ^, confondre les Senones de Florus 
avec les Semnones des bords de l'Elbe, mentionnés 
par Patercule, au sujet de l'expédition de Tibère en 
Germanie. Une telle méprise démontre combien cette 
partie de l'intéressante histoire du siècle d'Auguste a 
été jusqu'ici mal connue , faute d'avoir approfondi 
suffisamment la géographie ancienne des Alpes. 

La position des Genaunes ^ dans le val de Non , 

' Horat. Od. , lib. jv, ode 4 , dit encore : 

Videre Rhceti bella suit Alpibus 
Drusum gerentem , et /■'indelici. 

C'est celte ode que Scaliger regarde comme la plus belle d'Horace ; 
c'est la première qui fut faite sur l'expédition de Drusus. Horace 
chante, dans Tode i4, l'expédition de Tibère, qui eut lieu après. 
Ces deux odes sont précieuses pour l'histoire. 

' Florus. 

' Quelques éditeurs d'Horace , dans l'ode que je viens de citer, 
lisent aussi Brennns au lieu de Breiinos. 

* Velleius Paterculus. 



54 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

s'accorde avec le récit de l'historien Dion, le plus 
détaillé, et le plus exact, de tous les auteurs anciens 
pour ce qui concerne le siècle d'Auguste; il nous dit 
que Tibère s'embarqua avec une flotte sur le lac 
Garda , épouvanta ces peuples barbares , et ensuite 
(( que Drusus mit en fuite les nations rhétiques près 
des Alpes tridentines ' . » Or c'est précisément Drusus 
qu'Horace célèbre comme le vainqueur des Ge^ 
naunes '. On sait aussi, par Dion, que ce fut Publius 
Silicus (et non pas Tibère, ni Drusus) qui fut 
chargé par Auguste de soumettre la partie occiden- 
tale des Alpes septentrionales, dans laquelle se trouve 
le lac Lugano '. Il subjugua de ce côté les Vennones 
et les Camuni ; mais dans le récit de son expédition , 
qui eut lieu à la même époque que celle de Drusus , 
il n'est nullement question des Genaunes ( ni des 
Naunes y ni des Anaïuies). Drusus, aussitôt après 
avoir dompté les peuples de la Rhétie et de la l^in- 
délicie, au nord de Trente, vers l'an i5 de J.-C. , 
fit pratiquer une route qui conduisait jusqu'au Da- 
nube, route qui fut depuis nommée via Claudia 
Augusta, parce qu'elle fut consolidée par l'empe- 
reur Claude, fils de Drusus ; ceci est prouvé par deux 
inscriptions , dont l'une a été trouvée à Maretsch , 
près Bolzano , dans le Tyrol , et l'autre dans un 
village nommé Cismaggiore, à 6 milles au nord-est 
de Feltre'*. Cette dernière inscription nous apprend 

' Dio, Hist., lib. Liv. 

' Et aussi des Rhaetes ; voyez la citation de l'ode 4, l'b. 'V- 
' Dio, lib. Liv, cap. 20, p. 749» édit. de Reimar. 
' Il conte Aurelio Guarnieri, Dissertazione intorno al corso dell 
antica via Claudia délia ciltà di Attirw , fino al fi unie Danubio , 



PARTIE II, CHAP. IV. 55 

encore que la réparation de cette route par Claude 
eut lieu l'an 4? de J.-C, et qu'elle avait 55o milles 
romains depuis Altinum jusqu'au bord du Danube ; 
or cette mesure est exactement celle que fournit 
l'Itinéraire romain pour la route qui, ai Altinum, 
Attino, conduisait à Opitergium , Oderzo, Feltre , 
Tridentuniy Trente, pons Dritsi , Botzen, et Mar- 
Ireio , Martrey, et qui aboutissait enfin à Jugusta 
Vindelicorum y Ausbourg ' : si nous en croyons 
Orosius , ce fut Pison qui acheva la conquête de la 
Vindélicie '. 

Diverses inscriptions ont aussi été trouvées dans 
le val de Non % qui nous révèlent la position et 
l'existence de plusieurs bom^gs ou forteresses, du temps 
des Romains, renfermés chez les Genaunes. Tels 
sont les Vettiani, qui nous sont connus par un mo- 
nument découvert à Vezzano. C'est encore d'autres 
inscriptions trouvées sur place qui nous apprennent 
que nous devons inscrire chez les Genaunes , le 
castellum Kervassium y à Vervo, et le castellum 
Tuhlinatium , àToblino. J'ai déjà observé qu'^^/iaw- 
nium, aujourd'hui Castel Nano, était la capitale de 
tout ce district"^. 

Focunates. — Aux environs de Focogna, au con- 

in-4'* ; Bassano, 178g, p. loi et 106, tab. 1, p. 27. — Voyez encore 
Novelle letterarie di Firenze ; 5 novembre 1786, n° 44? P- 695. — 
Giornale veneziano di Formalconi , n" 25 ; mese di décembre 1786. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 

* Orosius , lib. vi , cap. 21 . 

' Tartarotti , Memorie antiche di Roveretlo, p. 5o et 52. 

" Une inscription mal lue d'abord , mais mieux rapportée par 
Siauve , LeUera sopra l iscrizione de! console Muciano . p. 2 1 , 
semble démontrer que la Gaule cisalpine s'étendait jusqu'à iVIerano, 
à l'entrée du val Venosla. 



56 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

fluent de la Tosa et de la Lanza , un peu au midi de 
Duomo d'Ossola , et entre les deux branches du lac 
Majeur. La conjecture de ceux qui placent les 
Focunates dans le Faucigny, au midi du lac de 
Genève, ne saurait se soutenir, et trouble l'ordre 
géographique que conserve ici l'inscription ; nous 
avons d'ailleurs prouvé que le Faucigny était habité 
par les Nantuates. 

Viennent ensuite dans l'inscription les nations 
mndéliciennes , vers lesquelles l'ordre de l'énumé- 
ration des peuples nous a toujours dirigé : elles sont 
au nombre de quatre. 

J^indelicoriun gentes quatuor : Consuanetes , Ru- 
cinates, Licates, Catenates. 

La position des Licates sur les bords de la Lech 
et dans les environs d'Augsbourg ne saurait être 
douteuse puisque Ptolémée ', non seulement s'ac- 
corde avec l'inscription pour les placer dans la Vin- 
délicie y mais il nous dit qu'ils habitaient près du 
Lfcunijluvium, qui bien certainement est la Lech. 
Ptolémée attribue Augusta Vindelicorum aux Li- 
cates : la position de cette ancienne villeà Augsbourg 
modei'ne se trouve démontrée par les mesures d'une 
route de la Table, qui part de Mediolanum^ Milan''. 
11 est même probable que la ville de Damasia , 
attribuée par Strabon aux Licatiiy est la même que 
celle qui prit depuis le nom d'Auguste ^. 

' Ptolemaeus, Geo^r., lib. ii , cap. i5, p. 6i. 

" Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

' Et par cette raison l'opinion de M. Leichtlen, qui place les Licatii 
dans le Wallgau, près de Likyajliun., la petite rivière Enis, et de 
Oamasia, Hohen-Ems, ne nous paraît pas fondée. Voyez Schwaben 
untcr den Roc me m , p. 206, et la carte. 



PARTIE II, CHAP. IV. 57 

Sous le tilre générs^ de Licaiii, l'inscription com- 
prend aussi les JEsiiones de Strabon ' ; ce géographe 
donne Campodunum pour capitale à ces peuples. 
Celte ville se trouve mentionnée sur la route dont 
j'ai parlé, et les mesures qu'elle nous fournit déter- 
minent la position de Campodunum à Kempten ^ : 
c'est donc aux environs de Kempten et sur les bords 
de riUer qu'habitaient les Mstiones ou Hestiones. 

Il en est de même des Brigantii , que Strabon 
nomme avec les Mstiones : il leur donne Brigantium 
pour capitale, et la position de cette ville à Bregentz, 
à l'extrémité du lac Constance, est mathématique- 
ment prouvée par une suite non interrompue de 
mesures données par la Table et l'Itinéraire, pour 
les routes qui se rattachent à Argentoratura , Stras- 
bourg, Geneva, Genève, et Vesontio , Besançon ^ 
Les Brigantii occupaient toute la vallée formée par 
le petit fleuve Bregenz, et le Bregenzer Wald-Thal; 
mais nous reviendrons sur ces peuples, dont Plolé- 
mée, aussi bien que l'inscription, a parlé sous un 
nom peu différent. 

Les Consuanetes me paraissent devoir être placés 
dans le comté de Kœnigseck, au nord du lac Con- 
stance, entre ce lac et l'Iller; Ptolémée'* en fait men- 
tion sous le nom des Consuantoï, et s'accorde avec 
l'inscription pour les placer dans la Vindélicie ; ils 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 206; trad. franc. , tom. 11 , p. 96. 

* Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

' Voyez \ Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvra t;c. — 
Conférez S. Leichtlen, Schwabcn iinter dcr Rœnicrn ; iSaS, in-12, 
p. 2o5, et la carte. 

* Ptolemaeus, Geogr., lib. m , cap. i4 , p. 61. 



58 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

sont bien les mêmes que les Cotuatitii de Slrabon ', 
quoique cet auteur les place dans la Rhœtie , parce 
qu'il écrivait h une époque où la T^indélicie ne for- 
mait avec la Rhœtie qu'une seule province, qui por- 
tait le nom. de cette dernière '. 11 en est de même des 
Rucantiiy que Strabon ^ place aussi dans la Rhœtie; ce 
sont les mêmes que les Rucinates de l'inscription et 
les Runicatœ de Ptolémée ^ , qui , d'accord avec 
l'inscription, les place dans la Vindélicie. Je crois 
qu'on doit placer les Rucinates aux environs de 
Reusach , de Rauneset, de Reuthe, près Wertach ; près 
de là se trouve aussi Reuti , non loin d' Aschau : ces 
peuples ont dû occuper le territoire qui s'étend depuis 
Kempten jusqu'à Aschau, entre le Leck et l'IUer. A 
côté des Runicatœ , Ptolémée^ place les Leuni , qui 
paraissent avoir été situés aux environs de Leutkirch; 
Ptolémée nomme les Benlauni à côté des Con- 
suanetes ou des Consuantoï, ce qui les place aux 
environs de Buchau et du lac Felder. C'est après ces 
peuples que Ptolémée nomme les Breuni et les 
Licatii , dont nous avons assigné la position, et qui , 
avec les précédens, complètent dans cet auteur la 
liste des nations vindéliciennes. A l'ouest du lac 
Constance, étaient aux environs de Stheulingen et 
de Bregge , près Donaueschingen , les Tulingi et les 
Latobrigi ^ ; deux autres nations vindéliciennes dont 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 206; trad. franc., tom. u, p. 96. 
' Cette cause lui a fait confondre les nations rliétiques et les vindé- 
liciennes ; mais dans ce passage cependant il cherche à les distinguer, 
^ Strabo, Geogr., lib. iv, p. 206; trad. franc., tom. n, p. 96. 
* Ptolemaeus, Geogr., cap. i3, p. 61 (56), édit. Bert. 
' Ptolemaeus, Geogr., loc. cit. 
^ Csesar, de Bello gallico, lib. 1. 



PARTIE II, CHAP. IV. 59 

César a parlé et sur lesquelles nous aurons bientôt 
occasion de revenir. 

Les Catenates de l'inscription sont évidemment 
le même peuple que les Clautinatii de Strabon ', et 
cette fois cet auteur se trouve d'accord avec l'inscrip- 
tion , en les plaçant parmi les nations vindéli- 
ciennes et à côté des Licatii; il est difficile de leur 
assigner une position précise. On sait seulement 
qu'ils étaient peu éloignés de la Lech : ils habitaient 
probablement les vallées qui fournissent les sources 
de riser et de la Zojza, aux envrrons de Charnitz et 
au nord d'Innsbruch. 

L'ordre géographique, jusqu'ici assez bien con- 
servé dans l'inscription du trophée des Alpes, se 
trouve dérangé par le nom des Amhisuntes , à la 
suite de celui des Catenates. En effet, Ptolémée ' fait 
mention des Amhisuntes ou Amhisontii, mais il les 
place dans la Norique; cependant, comme il nous dit 
qu'ils occupaient la partie occidentale de cette pro- 
vince, on pourrait conjecturer qu'ils habitaient au 
nord de la montagne ai Ainhrizzola % dans le district 
du Tjrol nommé Ampezzo Haydn , et dans la 
vallée formée par la Boita , vers sa source. 

Viennent ensuite dans l'inscription les Rugusci , 
les SuaneteSy les Calucones et les Brixentes. Pto- 
lémée , qui fait mention de ces différens peuples , 
nous indique leurs positions, «hes Brixentes ^ dit-il, 
sont les peuples les plus septentrionaux de laRhœtie^; » 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 206 ; trad. franc. , tom. 11 , p. 96. 

* Ptolemaeus, Geogr., lib. 11, cap. i4, p. 61 (56), édit. Bert, 
^ Voyez le u° 4 de la grande Carte du Tyrol. 

* Ptolemaeus , Geogr., loc. cit. 



60 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

ils ne peuvent donc avoir occupé la vallée de 
Brixen ', où on les a placés. Nous avons vu d'ailleurs 
que cette vallée, où se trouve aussi Brunecken, était 
occupée par les Brenni ou les Breuni. En outre , 
Brixen est une ville récente. Sàben , nommé Sabione 
dans Paul Diacre, était primitivement le siège de 
l'évéché qui depuis a été transporté à Brixen '. 
Nous venons d'observer que Strabon , en énuraérant 
les nations vindéllciennes, fait mention des Brigantii, 
dont l'inscription et Ptolémée ne parlent pas. Ce qui 
doit faire d'abord présumer que les Brixentes de 
Ptolémée et de l'inscription sont les mêmes que les 
Brigantii de Strabon , la racine de ces deux noms 
est la même , et dérive évidemment du mot hrigg, 
qui signifie pont, nom dont l'emploi est si fréquent 
dans toute la géographie ancienne de l'Europe occi- 
dentale. Si Strabon place les Brixentes ou Brigantii 
dans la Vindélicie , c'est qu'en effet ils touchaient la 
frontière des Vindéliciens, ainsi que l'indique Pto- 
lémée. Ce qui achève de prouver ceci , c'est qu'au 
nombre des villes appartenant aux difïërens peuples 
de la Rhaetie , Ptolémée nomme Brigantium , qui 
est la capitale des Brigantii , selon Strabon. Ainsi 
donc les Brixentes de l'inscription et de Ptolémée 
sont les mêmes que les Brigantii de Strabon , qui , 
comme nous l'avons dit, occupaient les environs de 

' Cluverius, lialia antiqua, tom. i , p. m. — D'Anville, Geb^r. 
ancienne, tom. r, p. io6, de ses OEiivrcs, i834, in-4°, et sa Carte 
de Vltalia antiqua. — Sanson , dans son Allemagne , in-folio, i65i, 
p. 5, a très bien vu que les Brixanlœ de Ptolémée étaient les mêmes 
que \cs Brigantii ; cependant sa carte indique \es Brixentes à Brixen. 

'' Tartarotti , Memorie antichc di Rovcretto , p. 83. — Cluverius , 
lialia antiqua, tom. i , p. 122. 



PARTIE II, CHÀP. IV. 61 

Bregentz, le Brigantium de Strabon et de Ptolémée, 
à l'extrémité occidentale de la vallée qui porte ce 
même nom. 

Ptolémée ' nous apprend encore que les Suajiitœ 
ou Suanetes et les Bugusci sont les peuples les plus 
méridionaux de la Rhœtie , et que dans le milieu, 
c'est-à-dire entre ces derniers et les Brixentes , se 
trouvent les Calucones et les f ennones. Nous avons 
démontré la position de ces derniers dans le val Tel- 
line. Non loin de cette vallée , à l'ouest , s'en trouve 
une autre qui porte le nom de val Calenca ' ; elle se 
rapproche des Brixentes ^ et est par conséquent si- 
tuée entre ceux-ci et les Vennones. C'est dans cette 
vallée et dans les deux vallées voisines , à l'ouest et au 
nord, que l'on doit placer les Calucones : dans la 
vallée qui est au nord, ou dans le Rheinthal, se 
trouve un lieu noramé Ebi ou Ebo , qui est , selon 
nous, V Ebodurum que Ptolémée ^ mentionne au 
nombre des villes appartenant à ces peuples. 

Les Suanetes me paraissent devoir être placés 
dans le val Seriana ^ et par conséquent au midi des 
T^ennones et des Calucones , selon l'indication de 
Ptolémée. 

Les Rugusci ont dû occuper les environs de Ro- 
goreto, dans la vallée de Bellinzone, au midi des 
Calucones ou du val Calenca. 

L'inscription, ainsi revenue par l'ordre de son énu- 
mération à cette position des Alpes par où elle avait 

' Ptolemaeus, Geogr., lib. ii, cap. 12, p. 61 (56), édit. Bert. 
' Voyez la Carte de la Suisse, par Weiss. 

^ Ptolemaeus, Geogr. — Leichtlen met ce lieu à Saint-Banduren 
sur le Rhin. Schwaben, p. 206, et la Carte. 



62 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

commencé, nomme ensuite les peuples de la partie 
ouest de ces montagnes , peuples dont nous avons 
eu précédemment occasion d'assigner la position : 
mais , avant de rappeler leurs noms et les noms mo- 
dernes qui j correspondent , il est nécessaire , pour 
ne rien omettre de ce qui concerne les Alpes que 
nous venons de parcourir , de parler d'un peuple 
inscrit sur la Table de Peutinger ' sous le nom de 
Mesiates. On les place avec raison dans la vallée 
formée par la rivière Moeso ou Maesa , nommée val 
Misox ou val Mesaccine \ Ils étaient par conséquent 
à l'orient des Calucones , et limitrophes de ces peu- 
ples. C'est au midi des Mesiates, et chez les Rugusci, 
que se trouvaient les Canini cainpi mentionnés par 
Ammien Marcellin ^ En effet, Grégoire de Tours'* 
nous indique que ces Canini Cainpi étaient situés 
dans les environs de la ville de Bilitio , qu'on sait 
être Bellinzone, près du lac Majeur^. 

Qu'il me soit permis de faire remarquer que comme 
mon but n'a été que de présenter un tableau général 
des Alpes, et de déterminer, autant que le permet 
l'incertitude des notions qui nous ont été transmises 
par les anciens, la position de chacun des peuples qui 
les habitaient, je n'ai pas du entrer dans le détail des 
limites de la Vindélicie et de la Rhaetie. Je dirai seu- 
lement que , quoique les Vindéliciens fussent entiè- 

■ Tabula peutinger. 

' Cet heureux rapprochement se trouve d'abord dans Cluverius, 
Italia antiqua , tom. i , p. loo , n° i5. J'ignore s'il a été précédé par 
un autre. 

^ Amniian. Marcelliu., lib. xv. 

•* Gregorius Turonensis, hb. x, cap. 3. 

' Cluverius, Italia antiqua, lib. i, tom. i, p. loi. 



PARTIE II, CHAP. IV. 63 

rement différens des Rhaetes , cependant Auguste , 
lorsqu'il eut poussé ses conquêtes jusqu'au Danube, 
réunit ces deux grandes divisions en une seule pro- 
vince, à laquelle il donna le nom de Pihœtia. Pto- 
lémée ' décrit avec une grande précision les limites 
de cette province d'Auguste, n La Rhétie ( et sous ce 
(( nom , ajoute Ptolémée, on doit comprendre aussi 
« la Vindélicie) est bornée, à l'occident, par le 
« mont Adula , et par une ligne tracée entre les 
(( sources du Rhin et du Danube,* au nord, par le 
H Danube jusqu'à son confluent avec l'Inn; à l'orient, 
(( par l'Inn, et, au midi , par les Alpes, qui la sépa- 
« rent de l'Italie. )) Dans les derniers temps de l'em- 
pire d'Occident , cette province fut , ainsi que nous 
le verrons ci-après , réunie au vicariat d'Italie , qui 
comprenait toute la Gaule cisalpine. La Rhétie fut 
ensuite divisée en deux provinces : la Rhétie première 
ou Rhétie proprement dite , et la Rhétie seconde, 
c'est-à-dire la Vindélicie. Ainsi , quoique la Rhétie 
et la Vindélicie ne fussent point, à l'époque dont 
nous traitons, considérées comme parties intégrantes 
de l'Italie , cependant , comme elles y ont été réunies 
administrativement , je ne m'écarte point de mon 
sujet en déterminant la position des peuples ou cités 
qui s'y trouvaient. D'ailleurs , ainsi que je l'ai déjà 
observé, la vaste chaîne des Alpes, physiquement 
parlant, a toujours été, et sera toujours, considérée 
comme une dépendance de l'Italie, dont elle est la 
barrière naturelle. C'est ainsi que Pline pensait , 
puisqu'à la suite de cette même inscription du tro- 
phée des Alpes , et après avoir parlé des peuples qui 

' Ptolemaeus, Geogr., loc. cit. 



64 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

composaient le royaume de Cottius , il ajoute : « Telle 
« est l'Italie , chère aux dieux , telles sont les nations 
H qui l'habitent , telles sont les villes que l'on y 
H trouve. ' » 

Dans le reste de l'inscription du trophée des Alpes, 
les peuples de l'ouest, limitrophes entre l'Italie et la 
Gaule , dont nous avons déjà déterminé la position , 
se trouvent nommés dans l'ordre suivant : 

Lepontii y les habitans de la vallée Leventine; ils 
avaient pour capitale Domo d'Ossola, VOscelum de 
Ptolémée '. 

J^iberiy dans les environs de Wispach, dans le 
Valais ^ Ils faisaient partie des Lepontii. 

Nantuates , dans le Chablais, capitale Tamaia 
ou Tarnadœ y Saint-Maurice ^. 

Seduniy les habitans du Valais, ayant pour capi- 
tale Sedunum , Sion ^. 

J^eragriy dans la partie inférieure du Valais j capi- 
tale, Octodurus y Martinach ^. 

Salassiy dans le val d'Aoste; capitale, Augusta 
prœtoria ' . 

' Pliaius, Hist., lib. iit, cap. 20 (24), tom. i, p. 177, édit. Hard. 

'Voyez ci -dessus, tom. i, p. SS% , et Caesar, de Bello gallico, 
lib. IV, cap. 10. — Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 69 (G4), édit. Bert, 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 542, et Plin., lib. m, cap. 20. 

* Voyez ci-dessus, tom. i, p. 548, et p. ii4 et ii5. — Caesar, 
Comment, de Bello gallico , lib. m et lib. iv. -^ Strabo , lib. iv, 
p. 192 et 204. — Bochat, Me'm. sur l'hist. ancienne de la Suisse , 
tom. I, p. 3o5. — D'Anville, Notice, p. 632. 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 555 a 555, et Caesar, de Eello gallico, 
lib. m , cap. i. — Muratori, Inscript., tom. 11, p. 1080, n° i. — 
Bochat, tom. i, p 299. 

® Voyez ci-dessus, tom. i, p. 55 1 et 553, et p. 116. 

' Strabo, lib. iv, p 2o5, et ci-dessus, tom. i, p. 167 et iG8. 



PARTIE II, CHAP. IV. 65 

Acitavones, dans le val de LaVanoise, aux sources 
de l'Isère. Nous observerons qu'on aurait tort de 
changer le mot ^ Acitavones en celui de Centrones, 
qui y a peu de rapport , comme ont fait quelques 
auteurs , parce que Chifïlet a assuré avoir vu ce mot 
Centrones en marge de son manuscrit '. 

Medidli, dans le val de Maurienne ; capitale , 
Darantasia y Moutiers en Tarentaise '. 

Vceniy dans la vallée d'Oz et aux environs de Uez ^. 

Caturiges, les environs à^ Ehrodunum , Embrun, 
et de Caturiges , Cliorges ^. 

Brigiani, dans le Briançonnais; capitale, Brigan- 
tiuniy Briançon ^. 

Sogiontiij aux environs de Sigonce , au nord-est 
de Forcalquier ^. 

Brodontiiy dans les environs du mont Brodont , 
dans la vallée d'Olle '. 

N emaloni y dans les environs de Miolans, dans la 
vallée de Barcelonette ^. 

Edenates , dans le val Egnan et sur la rivière 
Egnan, au-dessus de Voiron. 

Esuhianiy dans la vallée formée par la Vesubia. 

J^eamini , dans le haut et bas Toramenos 9. 

Gallitœy aux environs de Gillette, au confluent de 
l'Esteron et du Var '". 

' Tom. 11, p. 37. — ' Tom. 11, p. 3o. — ' Tom. i, p. 272, et tom. 11, 
p. 38. — * Tom. I, p. 539 à 541. 

' On a trouvé à Embrun une inscription relative à Brigantium , 
qui a été publiée, pour la première fois, par Millin, Voyages dans 
les de'partemens méridionaux de la France, tom. iv, ch. 108, p. i84- 
— Voyez ci-dessus, tom. 11, p. 56. 

•^ Tom. 11, p. 39. — ^Tom. 11, p. 38. — * Tom. 1, p. 557. — »Tom. 11, 
p. 33, — "' Tom. 11, p. 4i. 

II. 5 



66 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Triullati % près de la rivière Tueli et de la cime 
d'Alette '. 

Ectini, dans le val Saint-Etienne '. 

Vergunni , dans les environs de Vergons. 

Eguituri y dans le district Entre-Deux-Guiers. 

Nementuri y aux environs de Demandols '*. 

Oratelli y à l'est d'Embrun, entre la montagne 
d'Oret et le lieu nommé Orres. 

Nerusi ^ ; c'est dans l'inscription des Alpes que ce 
peuple se trouve mentionné pour la première fois. 
Ptolémée , qui place tous les peuples des Alpes en 
Italie, a donc eu raison, dans son système, d'y com- 
prendre aussi les Nerusi; il leur donne pour capi- 
tale Vintium , et la position de cette ancienne ville 
à Vence moderne se trouve prouvée par l'histoire du 
diocèse dont elle est le chef-lieu, et par des inscrip- 
tions qui y ont été trouvées et qui en font mention^. 

Velauni, dans les environs de Vevelause, sur les 
bords du Verdon, au nord de Castellane '. 

Suetri , au midi des V^elauni, dans la partie septen- 
trionale du diocèse de Fréjus ^. 

Pour compléter cette longue énumération des 
peuples des Alpes , il faut encore y joindre ceux qui 
se trouvaient renfermés dans la dixième région de 
l'Italie, selon la division établie par Auguste, et ceux 

■ Tom. II, p. ts,\. 

' Pour tous ces peuples, conférez Pline, Histor. nat., iib. m, 
cap. ao (24), tom. i, p. 1^7, édit. Hard. ; tom. 11, p. 191, édit. Lem. 

' Tom. I, p. 537. — ''Tom. n, p. 41. — ' Tom. i, p. i85. 

* Millin, Voy. dans les départ, mérid. de la France, tom. m, 
p. 6. — Papon, Hisl. de Provence, tom. i, p. 102, et ci-dessus, 
tom. I, p. 557. — Ptolem., Geogr., Iib, m, cap. i, p. 64 (71). 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 62 et 255. 

" Plin., Hist, nat., Iib. m, c. 20 (24), tom. i, p. 177, édit. Hard. 



PARTIE II, CHAP. IV. 67 

que Pline nomme en commençant sa description de 
ristrie et de la chaîne des Alpes de la Dalmatie ' . Les 
premiers sont : 

Les Tridentini , ceux du Trentin, ayant pour ca- 
pitale Tridentum % dont la position à Trente moderne 
se trouve démontrée par les mesures de l'Itinéraire 
et de la Table pour une route qui part de J^e- 
rona, Vérone, et aboutit à Augusta Kindelicorum, 
Augsbourg ^. 

Les Fertini, ou , selon quelques manuscrits , les 
Feltriniy dont la capitale, Feltria, nous est connue 
par les inscriptions et par les itinéraires , et qu'il 
faut placer à Feltre moderne ^. 

Les Berunenses ou Belunenses, dansleBellunèse; 
leur capitale, nommée par Pline BelunuTn, est Bel- 
luno moderne ^. 

Quant aux peuples au nord de l'Istrie et des mon- 
tagnes de cette presqu'île , comme Pline les nomme 
par ordre alphabétique, nous ne sommes aidé dans 
nos recherches que par la considération du district 
peu étendu dans lequel ces peuples ont dû se trouver 
resserrés , puisque les peuples environnans sont con- 
nus. C'est peut-être par cette raison que Pline n'a 
pas cru devoir s'astreindre à un ordre géographique 

' Pour ces peuples et tous ceux qui suivent, il faut avoir sous les 
yeux la belle Carte du duché de Venise, en quatre feuilles, 1802 , 
par Zach ; et celles de Bâcler d'Albe, pour les campagnes du général 
Bonaparte. 

" Plin., Hist. nat., 23 (ig), 1. 1, p. 1^5, Hard. ; 1. 11, p. i8y, Lem. 

^ Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. iri de cet ouvrage. 

< Plin., lib. m, cap. a3 (19)- — Cassiodor. , v. 9. — Gruter. 

' Plin., lib. m, c.2 3(ig). — Ptoleni., Geogr., m, c. i, p. 63 (70). 
Inscripl., p. 409, n° 8. — Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m 
de cet ouvrage. 



68 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

difficile à conserver ou à présenter avec clarté entre 
des cités si rapprochées, et par le même motif nous 
conserverons aussi l'ordre que Pline a adopté. 

Alutrenses ; ils me paraissent devoir être à Ala , 
sur la rivière du même nom, à l'endroit où elle se 
jette dans l'Adige , dans le Lagarna. 

A s sériâtes , dans le val d'Arsa et aux environs 
d'Arserio et d'Asiago, à l'est de Roveredo. 

Les Ausuganei, capitale ^w^w^wm de l'Itinéraire, 
dont Pline ne fait pas mention, étaient au nord des 
Asseriates y et occupaient le val Sugana, où l'on a 
trouvé une inscription relative h ce peuple '. 

Les Flamonienses , aux environs de Falmassons 
etFlambro, aux sources de la Stella , et entre Palma- 
nova et Valvasone '. 

Les Tanienses me paraissent devoir être placés à 
Venzone, dans les environs de Gemona. Ils n'ont cer- 
tainement aucun rapport de position avec le lieu 
noimnè.V' annia, que Ptolémée place chez les Bechuni. 

Observez que tous ces lieux font partie d'un groupe 
nommé encore aujourd'hui les Sette Comuni ; Pline 

• Plusieurs auteurs ont rapporté cette inscription; voyez Tartarotti, 
Memorie antiche di Roveretto, p. 1 1 . — Gudius, xi. — Dans la même 
vallée oùje place les Ausuganei, d'Anvillemet les Medoaci (d'Anville, 
Geogr. ancienne, p. 216), au lieu de les placer aux environs de 
Padoue, entre le Medoacus minor et le Medoacus major. — Je n'ai 
pu découvrir, ni dans les anciens, ni dans les modernes, ni dans le 
rapprochement des noms inscrits sur les cartes, rien qui piit me 
faire présumer ce qui a porté d'Anville à adopter cette étrange po- 
sition ; il ne s'en explique nulle part dans ses ouvrages. Les Medoaci 
sont mentionnés par Strabon avec les Cenomauni , les Symbrii , les 
Heneti; ils sont des peuples de la plaine. — Paul. Diac, lier. Long., 
lib. III, cap. 5p, nomme Alsuca. — Itiner., Wessel., p. 280. 

' Plin., Hisi. nat., lib. m, cap. 23 (19), tom. i, p. 176, H. 



PARTIE II, CHAP. IV. 69 

nomme ces peuples ensemble ; et quoiqu'il suive 
l'ordre alphabétique, il ne les confond point avec 
d'autres qu'il nomme ensuite. Ces peuples étaient si 
peu considérables qu'il dit : u II n'est pas besoin de 
les énumérer scrupuleusement, dein quos scrupu- 
lose dicere non attinet. » Aussi , après avoir recher- 
ché la situation de ces petites peuplades qui se rédui- 
saient à une seule ville, ou à un seul bourg, avec leur 
territoire, on regrettera moins de ne pouvoir assi- 
gner la situation de ceux encore moins considérables 
par lesquels il termine son énumération , et qu'il 
comprend sous le nom général de Culici. Pline con- 
tinue ensuite le catalogue des peuples des Alpes par 
ordre alphabétique. 

Les Forojulienses , surnommés Transpadani ' 
pour qu'on ne les confondît pas avec les Foroju- 
lienses qui se trouvaient dans l'Ombrie '. Capitale, 
Forum Jul'iiy placé au rang des colonies romaines 
par Ptolémée, et dont la position à Cividale di Friuli 
est démontrée par les monumens historiques; ainsi 
les Forojulienses habitaient la vallée formée par le 
Natisone. 

Venidates ou Nedinates , aux environs d'Udine, 
que les Allemands nomment Weiden ; dans l'an- 
cienne orthographe des Italiens, on écrivait Vdine. 
Quelques manuscrits de Pline portent Nedinates j 
mais à tort. 

Quarqueniy au midi des Feltrini ou de Feltre, 
dans les environs de Quer, nommé ad Quercum 

' Plin., lib. m, c. iS (ig), tom. i, p. 176, édit. Hard.; tom. n, 
p. 187, Lem. — Ptolem., Geogr., p. 63 (70). — Paul Diac, lib. 11, 14. 
'Plin., lib. ni, cap. 19 (14), tom. 11, p. 168. 



70 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

dans des inscriptions romaines qui ont été trouvées 

dans ce lieu même ' . 

Taurisani ou Tai>risani , dans les environs de 
Tawisium, leur capitale, auquel des inscriptions 
donnent le titre de municipe, dont la position à 
Tarvis moderne est démontrée par les mesures des 
Itinéraires ". 

Togienses y peut-être à Conegliano. 

Varbari ou Varvani, aux environs de Valvasone. 
Cluverius voudrait rapporter ce peuple à Varmo, et 
corriger Varamani dans le texte de Pline ; mais il 
avoue que ce n'est qu'une conjecture ^ . 

Enfin, dans les Alpes istriennes, entre Pola et 
Trieste'' {a Pola ad Tergestis regionem), Pline place 
encore les Secussesj, qui me paraissent avoir habité 
aux environs de Saguria, au sud-ouest du lac Cirkniz. 

Les Subocrini , qui ont dû occuper, ainsi que leur 
nom l'indique, les environs du mont Ocra, dont 
Strabon ^ nous donne la position avec beaucoup 
d'exactitude , en nous disant que c'est par ce mont 
qu'on voiture les marchandises à^Âquileia à Nau- 
portus. Aquileia est nommée sur des inscriptions, 
et ses ruines se voient encore à 7 milles de la mer, 
sur les bords du Natisone, le Natiso des anciens ^, et 

' Cluverius, Italia antiqua , lib. i, p. 118. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — • 
Plin., III, ig. — Cassiodore, x, 27. — Procop., Rer. Got., 11. 

' Voyez Cluverius, tom. i, lib. i, p. 178. — Hardouin, tom. i, 
p. 176, lit Varhari, et plus haut, Nedinates. 

* Voyez, pour les peuples suivans, la Carte de l'Istrie, en une 
feuille, par Cappellara, et Plin., Hist. nat., cap. 20 (24), tom. r, 
p. 176, édit. Hard. 

' Strabon, lib. iv, p. 207; trad. fr., tom. 11, p. 100. 

^ Filiasi, Memorie storiche dei Feneti, 1796, in-S", tom. 1, p. 122. 



PARTIE II, CHAP. IV. 71 

JSauportus est Neustadt, au sud-est de Lubiana ' . Les 
Subocrini ont donc dû par conséquent occuper les 
environs d'Adelsberg et de Loitsch , à l'ouest et au 
nord du lac Cirkniz. 

Les Catali , aux environs de Castua, au fond du 
golfe de Quarnero. 

Les Monocalini , à Montona. 

Pline retourne ensuite vers le nord pour remarquer 
qu'au-delà des Garni sont les peuples nommés No- 
rici , et qu'on appelait autrefois Taurusci ; et ici se 
présente une grande question géographique, dont la 
solution terminera cette description des peuples des 
Alpes. En effet, la position des Norici et de leur ca- 
pitale se lie , ainsi qu'on a pu le voir précédemment, 
aux premiers temps de l'histoire des Gaules '. César 
nous apprend que c'est parmi eux que se fixèrent une 
partie des Boii qui émigrèrent de la Gaule transal- 
pine, et qu'ils assiégèrent Noreja, leur capitale. Plu- 
sieurs autres auteurs anciens, après César, ont parlé 
de ce peuple et de Noreja, sa capitale , et ce sujet cu- 
rieux réclame de notre part une discussion appro- 
fondie. Je conviens que je sors ici des limites qui me 
sont prescrites par mon sujet; car si la Rhœtie a, dans 
les derniers temps de l'empire d'Occident, été réunie 
administrativement à l'Italie, jamais le Noricum ne 
l'a été, et cette contrée faisait partie du diocèse d'Il- 
lyrie, et non du vicariat d'Italie. Mais j'ai déjà ob- 
servé que la description des Alpes qui sont au nord 
de la Gaule cisalpine était intimement liée au sujet 

' Strabon dit aassi que les Albii montes commencent près du mont 
Ocra; or, près du lac Cirkniz , se trouve un lieu nommé Alben. 
' Conférez lom. i , p. 76 à 77, et p. 4i i- 



72 GÉOGRAPHIE AINCIENNE DES GAULES, 

que je traite ; or Noreja était situé dans ces Alpes. 
Il s'agit aussi de retrouver la capitale de ces Boii y 
dont on cherche l'emplacement dans les Gaules, d'où 
ils émigrèrent, et qu'on retrouve avec certitude vers 
les embouchures marécageuses du Pô, et dans les ré- 
gions élevées des Alpes noriques. Plusieurs auteurs 
modernes , d'un grand mérite , ont d'ailleurs pré- 
tendu qu'il y avait deux villes nommées Noreja, 
l'une dans la Norique, et l'autre chez les Garni , or 
les Garni appartiennent à la Gaule cisalpine. Il faut 
donc bien prouver qu'il n'y avait, de ce côté, qu'une 
seule ville nommée Noreja , et qu'elle n'était pas 
située chez les Garni '. 

Les peuples qui , ainsi que les Boïens , entrèrent 
dans la confédération des Helvétiens pour faire une 
irruption dans les Gaules, étaient, selon César* , les 

' D'Anville , dans sa Carte de l'Empire romain , a placé Noreja 
dans la Styrie, à un endroit nommé Saint- Léonhard, dans le Yoigt- 
berg ; mais il ne dit nulle part les motifs qui l'y ont engagé ; il se 
contente, dans sa Gto^r. ancienne (p. l\i et 235 de l'édit. in-folio, 
1. 1, p. i5o, et t. m, p. i88, de l'édit. in-T2; t. ii, p. 712 des OEuvres, 
1854, iQ-4°)j <le nommer JNoreja comme un endroit remarquable 
sous le rapport historique. — Ortelius, dans son Thésaurus geogra- 
phicus, dit que la Noreja de César lui paraît différente de celle qui 
a été mentionnée par Pline et Strabon, et il place cette dernière à 
Goertz ou Goritzia , dans la Carinthie , d'après Leander. 

Le savant Cellarius paraît seul avoir bien compris la difficulté; il 
y revient à deux fois dans son ouvrage (voyez Geographia antiqua , 
tom. I, p. 454 et 565, 5" edit. Lipsiae, 1773), et il reste dans le doute 
si l'on doit réellement distinguer deux Noreja : l'une dans la No- 
rique , l'autre chez les Carnutes. 

Davis, nn des annotateurs de Jules César (édit. d'Oudendorp, 
in-4°, 1737, p 12), dit que l'on doit faire cette distinction. 

* Caesar, de Bello gallico, lib. i, c. 5 : « Persuadent Rauracis, et 
« Tulingis et Latobrigis fmitimis, uti eodem usi consilio, oppidis suis 
« vicisque exustis, una cum iis proficiscanlur ; Bojosque qui trans 



PARTIE II , CHAP. IV. 73 

Rauraci de ce côté-ci du Rhin , habitans du diocèse 
de Bâle, ayant pour cdi^\\.2\ç^ Augusta Rauracorurriy 
Augst ; les Tulingi y qui occupaient le district de 
Tilengen et de Stuëlingen : ce dernier lieu était pro- 
bablement l'emplacement de leur capitale ', et son 
nom primitif s'est perdu, parce qu'il prit sous la do- 
mination romaine le nom de Juliomagus, ainsi que le 
démontrent les mesures des Itinéraires romains pour 
la route qui part ai Avenlicum , Avenches, et qui 
aboutit à Augusta V^indelicorum, Augsbourg. Les 
Latohrigi y qui habitaient les environs de Donaues- 
chingen, où la Brigach et la Bregge, se réunissent 
au Danube : sur les bords de la Bregge est un petit 
lieu nommé Brugge, qui occupe le même emplace- 
ment que le Brigohanne de la Table, ainsi que le 
prouvent les mesures de la route dont je viens de par- 
ler; et depuis que ceci a été écrit, diverses ruines 
d'antiquités, trouvées sur les bords de la Bregge, ont 
confirmé l'emplacement de Brigohanne , qui s'ac- 
corde ou même se confond avec celui que nos cartes, 
et nos mesures, nous avaient indiqué *. L'emplacement 
de ces ruines est entre deux lieux très rapprochés , 
nommés Hufingen et Breûnlingen , au sud-ouest de 
Donaueschingen, au nord-ouest de Bella \ Après les 

« Rhenum incoluerant , et in agrum Noricum transierant Nore- 
« jamque obpugnarant, receptosque ad se socios sibi adsciscunt. » 

' Conférez Julius Leichtlen , Schwaben unter den Rœmeni , Fri- 
burg in Breisgau, 1825, in-12 , p. 87. — Haller, Helve'tien, tom. 11, 
p. 488. — Muller, Gescht. der Schweizer, i, §.59. Leipsick, 1806. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage, et 
J. Leichtlen, p. go et g5, et ci-dessus, tom. i, p. Sog à 3 17. 

^ Conférez Charte von Schwaben unter den Rœmern, bearbeitet 
von ï. Julius Leichtlen. — Je ne retrouve pas sur cette carte le 



74 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Latohrigi, viennent les Boii : ainsi donc, en relisant 
avec attention César, qui, dans son énumération, 
conserve un ordre strictement géographique , on 
s'aperçoit d'abord que ces mêmes Boii^ qui s'étaient 
emparés àeNoreja, étant entrés dans la ligue helvé- 
tique , devaient être voisins des peuples qui s'étaient 
joints à cette confédération , c'est-à-dire des Lato- 
hrigii ; car, s'ils en avaient été séparés par d'autres 
peuples, ceux-là ne les auraient pas laissé passer tran- 
quillement en armes sur leur territoire. La nomen- 
clature de César comprend presque toute l'étendue 
de terrain située au nord du lac Constance ', la partie 
la plus voisine est la haute Carniole et le Saltzbourg; 
c'est donc dans ce district et non dans la Styrie , que 
l'on doit chercher Noreja. Le texte de César ne nous 
apprend rien de plus. 

Passons actuellement à Strabon , qui est le plus 
ancien après César qui ait parlé de Noreja. « Après 
« ces peuples, dit-il (c'est-à-dire après les nations de 
« la Rhœtie et de la Vindélicie, dont nous venons de 
« nous occuper) , viennent ceux qui occupent le fond 
H du golfe Adriatique et les environs d'Aquilée; ce 
H son t quelques peuples appartenant à la nation des 
« Noriciy et les Garni; aux Norici appartiennent en- 
ce core les Taurisci ' . » Ceci est clair, et nous dit que 
les Taurisci étaient un peuple de la Norique, qu'ils 
étaient \oisins des Garni , et qu'enfin les uns et les 
autres étaient voisins de la mer Adriatique : par 

Brugge de ma carte ; mais il se confond évidemment avec la position 
de Hiifingen. 

' Strabo, lib. iv, p. 206, B, et p. 3i6, de l'édit. d'Almeloveen j 
trad. franc., tom. 11. p. py. 



PARTIE II, CHAP. IV. 75 

conséquent, on doit déjà présumer que Noreja, 
l'ancienne capitale du Noricum, a pu exister près 
des Garni, et qu'il n'est pas besoin de supposer 
l'existence d'une ville de ce nom chez ces derniers. 
Or on place avec raison les Taurisci dans la Car- 
niole supérieure ou haute, et dans le Saltzbourg, 
au nord des Garni , qui occupaient le Frioul. Cette 
portion de la Norique est en eflfet la plus voisine du 
golfe Adriatique. Les Taurisci étaient les habitans 
des montagnes de la Norique; en effet, le mot taur 
et taurn, dans la langue primitive de ce pays, rem- 
place celui àe penn et dialp , pour désigner les plus 
hautes élévations d'une chaîne de montagnes; il se 
trouve joint à presque tous les noms des montagnes 
qui séparent le Saltzbourg de la haute Carlnthle , et 
l'on trouve successivement Krumler Taurn, Felber 
Taurn, Kalfer-Taurn , Rauris -Taurn, Nassfelâr- 
Taurn ' ; et comme ces dénominations ont princi- 
palement lieu dans l'étendue du Saltzbourg, H y a 
lieu de croire que c'est dans cette partie qu'il faut 
placer les Taurisci , et la suite de cette discussion 
achèvera de démontrer que cette position est exacte. 
En effet, Strabon nous apprend encore « que les 
(c Gaulois Boii qui avaient passé en Italie , chassés 
« des bords du Pô, s'étaient emparés du pays des Tau- 
« ris ci , et s'y étalent fixés ". w Dans plusieurs autres 
endroits de son ouvrage, il nomme toujours les Boii 
et les 7«Mmc/ ensemble, et, dans un passage relatif à 
ces peuples, il dit que leur territoire atteint le plus 

' Voyez la Carte de la Bavière , publiée par Rheinwald en 1 806. 
" Strabo, lib. v, p. 212-326. 



76 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

haut sommet des Alpes, et qu'ils en occupent le re- 
vers du côté de l'Italie. 

Il résulte donc de tout ceci que les Boii dont 
parle César, qui se joignirent à la ligue helvétique , 
habitaient le pays des Taurisci ou la haute Carniole; 
que leur capitale, Noreja, doit être le même que 
celle des Taurisci; que par conséquent , Noreja doit 
être placée dans la haute Carniole. 

Rapportons encore un passage de Strabon , qui 
doit nous aider à déterminer la position de cette 
ville. (( Aquileia, dit-il, est hors des limites des He- 
K neti , dont le pays est borné par un fleuve qui sort 
« des Alpes, et que les navires peuvent remonter — 
« 1 , 200 stades, jusqu'à la ville de Noreja, près de la- 
(( quelle Cn. Carbo, ayant attaqué les Cimbres, fut 
(( complètement défait '. » Tous les éditeurs et com- 
mentateurs de Strabon se sont aperçus qu'après ces 
mots «peuvent remonter, » il manquait quelque chose 
au texte. En effet, si on mesure le cours du Taglia- 
mento , le plus grand fleuve qui se trouve entre le 
territoire des J^eneti et celui à'Aquileia, on verra 
que depuis sa source jusqu'à son embouchure, en 
suivant toutes les sinuosités, on n'a qu'une longueur 
de 72 milles géographiques, ou 85o stades environ 
de 700 au degré, et seulem.ent 710 stades de 600, 
ou stades olympiques. Il y a donc ici une erreur évi- 
dente dans les chiffres, mais il n'en résulte pas moins 
que Noreja devait se trouver non loin des sources 
du Tagliamento'*. Ce qui confirme ceci, se sont les 

' Strabo , lib. v, p. 214 ou 328 ; trad. franc., tom. 11 , p. \i5. 
^ Nos mesures sont prises sur la Carte du duché de Venise, en 
quatre feuilles , par le baron de Zach. 



PARTIE II, CHAP. IV. 77 

détails de cette mémorable bataille qui signale la pre- 
mière apparition des Cimbres en Europe , détails 
précieux qui nous ont été transmis par Appien ' . Nous 
voyons que Papirius Carbo , craignant que les Cim- 
bres, qu'il appelle Teutons, ne pénétrassent en Italie, 
et ayant appris qu'ils avaient déjà envahi le terri- 
toire des Norici , amis du peuple romain , fit mar- 
cher son armée dans les Alpes , et en occupa les dé- 
filés les plus étroits. Ce fut après cette marche qu'il 
reçut leurs ambassadeurs ; et pendant qu'il cherchait 
à les amuser par de vaines négociations, il conduisit 
son armée par des défilés inconnus pour tomber 
à l'improviste, et pendant la nuit, sur les Teutons. 
Cette circonstance, jointe h ce qui précède, démontre 
bien que la bataille eut lieu dans les montagnes des 
Alpes; et ce que Appien ajoute, Tite-Live le con- 
firme; car il dit que les Teutons, après avoir détruit 
presque entièrement l'armée romaine, passèrent en- 
suite dans la Gaule. Cependant il ne paraît pas qu'ils 
poussèrent loin leurs conquêtes ; et comme ils 
a\aient demandé seulement aux Romains la permis- 
sion de s'établir sur le territoire des Norici, il est 
probable qu'ils y restèrent. 

Noreja, suivant Pline % était déjà détruite de son 
temps , cependant les restes de cette ville subsistaient 
encore bien long-temps après , puisqu'on la retrouve 
dans la Table de Peutinger. Les mesures qu'elle nous 
fournit ^ nous serviront à déterminer la position 

' Appiani Alex. Roman, histor., toni. i, p. 85, édit. de Schweig- 
haeuser; Lipsiae, 1785. — Tit. Liv. , Hist. , tom. vi, p. 56, édit. de 
Drakenborch. — Supplem. Freinshemii. 

• Plin., Hist. nat., lib. m, cap. aS (19). 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tome m de cet ouvrage. 



78 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

de Noreja d'une manière certaine. Depuis un lieu 
nommé Celeia y qui est incontestablement Cilli , 
dans le Cillier Kreis , la Table , sur une route qui 
conduit au nord, vers le Danube, nous fait compter 
114 milles romains jusqu'à Noreja. Sur la Carte 
moderne de Bavière, dressée en 1806, la distance 
en ligne droite, entre Cilli et un lieu nommé No- 
ring, près de Gmund, en remontant vers le Danube, 
est de 80 milles géographiques, ou 100 milles ro- 
mains, et par la route qui passe par Valkenprark et 
Klagenfurth , qui est la plus courte et la plus pra- 
ticable, on mesure juste ii4 milles. La position 
de Noreja à Nôring se trouve donc prouvée par 
l'examen de ce qu'en ont dit les historiens et les 
géographes de l'antiquité , par les mesures de la 
Table , et par le nom moderne qui retrace le nom 
ancien '. En effet, Noreja, ainsi placée, est dans la 
Norique, mais dans sa partie la plus méridionale et 
la plus proche Ôl Aquileia , et du golfe Adriatique : 
ainsi que l'indique Strabon % son territoire n'est 
séparé des Carni que par les Alpes carniques ou 
juliennes. Noreja est dans la partie occidentale de 
la Norique, ou la moins éloignée du lac Constance, 
c'est-à-dire la plus rapprochée des nations confédé- 
rées avec les Helvétiens , conformément au texte de 
César ^. Enfiii elle est à la distance indiquée par la 

' Ce lieu est nommé Nahring sur la Carte du Saltzburg , dans la 
feuille intitulée : Um^ebungen von Gmund in Kaernlhen. Ainsi 
Nôring serait dans la Carniole moderne. La montagne qui est auprès 
se nomme Nahringer Hohe; il y a des mines, PSahringer Graben, 
du même nom, et un ruisseau du même nom. Noreja a pu être placé 
à Gmund même. Sur presque toutes les cartes on lit Nôring. 

'' Strabo, loco citato. 

' Caesar, de Bello gallico , loco cilato. 



PARTIE II, CHAP. IV. 79 

Table, et dans la direction de la route qui s'y trou\e 
tracée. Strabon ' termine le dernier passage que nous 
avons cité, et où il indique la situation àeNoreja^ par 
une circonstance qui mérite une grande attention. 
« Il y a, dit-il, dans cet endroit, des mines d'or 
et de fer faciles à exploiter. » Il est remarquable 
qu'à côté de la montagne au pied de laquelle Nô- 
ring se trouve située , il y en a une autre qui se 
nomme Gold Berg ' ou montagne d'Or, ou montagne 
aux Mines-d'Or ^ ; le mot allemand pour les mines 
d'or exploitées, est goldhergwerk , composé de trois 
mots : or, montagne, travail. Strabon ne dit dans 
cet endroit qu'un mot sur ces mines, parce qu'il 
en a parlé précédemment beaucoup plus au long, 
d'après Polybe ^, qui rapporte que, « de son temps, 
c< on trouva des mines peu éloignées à'Aquileja , 
(( chez les Taurisci-Norici , » ce qui démontre que 
Polybe, aussi, regardait les Taurisci et les Norici 
comme le même peuple , et savait que ce peuple 
était proche à'Aquileja. Polybe ajoutait qu'on trou- 
vait dans ces mines de l'or natif en abondance , sur 
lequel il n'y avait qu'un huitième de déchet, et que 
des Italiens s'étant associés aux Barbares pour les 

' Strabo , loco citato. 

' Nôring est au bas du Stang-Alpen ; un peu à l'ouest est le Kolben- 
berg , et à côté, vers l'ouest, est le Goldberg. Marcel de Serres nous 
apprend qu'il y a des mines d'or dans le Goldberg, et que ce métal 
y est mêlé avec le gneiss : « Plusieurs mines du Saltzbourg paraissent 
« avoir été connues depuis une antiquité reculée, et les monumens, 
<f comme les traditions du pays, semblent indiquer que les Romains 
« avaient eu connaissance des mines d'or de la vallée de Gastein. » 
Marcel de Serres, Annales des Voyages, tom. xx , p. 63 et -^yS. 

' Yoyez la Carte de l'Italie, en deux feuilles , par Zannoni. 

* Polyb. apud Strab. , lib. iv, p. uo8 ; trad. franc., tom. ir, p. lo-i. 



80 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

exploiter, le prix de l'or baissa dans toute l'Italie; 
que les Taurisci, s'en étant aperçus, chassèrent leui's 
collaborateurs étrangers et vendirent seuls ce métal. 
«Aujourd'hui, dit Strabon, ce sont les Romains 
qui possèdent toutes ces mines. » Les voyagem's 
modernes confirment tout ce que nous dit Strabon : 
il y a en efïet des mines d'or dans le Gold Berg, et à 
l'ouest , dans le Kolben Berg , ainsi que dans la vallée 
de Gastein : ce précieux métal y est mêlé avec le 
gneiss. Ces mines portent des traces évidentes d'an- 
ciennes exploitations , et la tradition du pays veut 
qu'elles aient été connues des Romains'. 

D'après l'exactitude des mesures , la similitude 
des noms, l'accord des circonstances locales, je crois 
avoir démontré que Nôring, près de Gmund , est 
l'ancienne ville de Noreja, du moins la Noreja de 
César et de Strabon. 

Voyons actuellement si la Noreja de Pline est la 
même que celle de ces deux auteurs. Pline, décrivant 
ristrie et les contrées voisines, dit : «De ce côté, 
« et sur le rivage, ont disparu Iraniine , Pellaon, 
V. PalsatiuTii; chez les Veneti , Atina et Cœlina ; 
«chez les Carni , Segeste et Ocra; chez les Tau- 
« riscif Noreja ". » Nous voyons, sur-le-champ, que 
la Noreja de Pline est la même que celle de César et 
de Strabon, puisqu'elle était de même située chez 
les Taurisci. Enfin , de même que ces deux auteurs , 
Pline place les Taurisci et leur capitale , Noreja , 

' Marcel de Serres , Essai statistique sur le Saltzbourg , Annales 
des Voyages, tom. xx, p. 38 et 65. 

' Plin., lib. ïii, cap. 23(19), tom. i, p. 724, del'édit. deFranzius: 
« In hoc situ interiere per oram Iramine.... Ex Venetiis, Atina et 
« Caelina : Garnis, Segeste et Ocra; Tauriscis , Noreja.» 



PARTIE II, CHAP. IV. 81 

dans le voisinage des Garni et des Veneti. Veut-on 
actuellement une preuve bien directe que Pline 
aussi plaçait les Taurisci dans la haute Carniole , et 
qu'il les renfermait dans la Norique; je la trouve 
dans le passage même qui a donné lieu à toute cette 
discussion , et que voici traduit en entier : « Près des 
a Garni, sont les peuples autrefois connus sous le 
«nom de Taurusci , et qu'on nomme aujourd'hui 
« Norici; ils sont voisins des PJiœti et des Vinde- 
« liciiy et tous ces peuples sont divisés en plusieurs 
« cantons '. » Que l'on jette les jeux sur une carte 
de l'Empire romain et sur une carte moderne, on 
verra qu'il n'y a absolument que la haute Carniole 
et le Saltzbourg qui remplissent ces trois conditions, 
d'être à la fois limitrophe des Garni , de la Rhœtie, 
et de la Pindélicie. Dupinet, et plusieurs autres, 
avaient sans doute oublié ce passage de Pline, lors- 
qu'ils voulaient placer les Taurusci dans laCarinthie. 

Ainsi donc nous avons prouvé que Noreja, l'an- 
cienne capitale des Taurisci norici , depuis devenu 
le chef-lieu des Gaulois boïens , qui a été men- 
tionnée par César, est la même ville que Strabon et 
Pline ont désignée sous ce nom , et qu'enfin elle était 
située dans la haute Carniole , à l'endroit où se 
trouve aujourd'hui Noring, près de Gmund. 

Avant de terminer cette discussion, remarquons 
que la haute et basse Carniole n'ont jamais fait 
partie du territoire des Garni. La haute Carniole 
faisait , ainsi que nous venons de le prouver, partie 

' Plin. , lib. m, cap. 20 (24), tom. i , p. 726 : « Juxtaque Caraos 
« quoadam Taurusci appellati , nunc Norici. His contermini suut 
« Rhseti et Vindelici, oranes in multas civitates divisi. » 

II. 6 



8^ GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

du pays des Boii nommés Taurisci. La basse Car- 

niole et le Cillier Kreis faisaient aussi partie du 

Noricum. L'ancien territoire des Garni se trouve 

aujourd'hui représenté par le Frioul vénitien, par 

le Goerzer Kreis , et par la Carniole proprement 

dite. 

On demandera, peut-être, pourquoi la ville de 
Noreja, détruite du temps de Pline, se retrouve en- 
core dans la Table ; je répondrai qu'elle ne fut dé- 
truite qu'en partie , ou qu'elle a été rétablie depuis. 
Personne n'a , je crois, observé qu'elle existait encore 
au milieu du vi^ siècle, comme le prouve un passage 
de Procope de la Guerre des Goths ^ où il est dit : 
«( Que l'empereur Justinien donna aux Lombards la 
« ville de Noreja et les forts les plus considérables de 
« la Pannonie ' . » Den js-le-Périégète , du temps 
d'Auguste , fait aussi mention de Noricia ou Noreja, 
comme d'une ville forte '. 

^. II. Gaule cisalpine. 

Ces plaines fertiles qu'environnent l'Apennin, les 
Alpes et les mers, ont été dessinées par la nature 
avec des traits si prononcés, qu'il s'est établi un 
accord presque identique entre les différentes divi- 
sions que l'histoire, les gouvernemens, et les géogra- 
phes, leur ont fait subir dans les différens temps. 

' Procop., de Bellis goihicis, lib. iri, cap. 35. 

* Yoyez Dionysius Perieg., v. Sai ; Geogr. minor., to.ni. i, p. 24' 
et tom. IV, p. 56, édit. Bcrnhardy. — Voy. Cluverius, Itaiia antiqua, 
tora. T, p. ii'i et suiv. — Cet auteur veut changer le mot ■p«i7c»5 
mais cette correction ne me paraît pas nécessaire. 



PARTIE II, CHAP. IV. 83 

Strabon ' distingue dans la Gaule cisalpine les 
Henetes ou les habitans de la Vénétie , d'avec les 
Liguriens et d'avec les Celtes. Il regarde ces der- 
niers comme la même race d'hommes que les Celtes 
transalpins, c'est-à-dire les Gaulois; mais il paraît 
pencher pour le sentiment de ceux qui donnent 
aux Henetes , ainsi qu'aux Istri, une origine asia- 
tique : telles sont les divisions historiques de cet 
auteur ''. 

Quant aux divisions géographiques, il sépare d'a- 
bord entièrement la Gaule de la Ligurie. La Celtique 
ou Gaule cisalpine est, dans Strabon, la première 
des divisions de l'Italie; la Ligurie est la seconde; la 
Tyrrhénie la troisième, et ainsi de suite ^ 

La Ligurie n'est point sudivisée ; mais la Celtique 
cisalpine se di\ise , d'après Strabon, en deux por- 
tions nommées transpadane et cispadane ou en 
Celtique au-delà du Pd, et en Celtique en deçà 
du Pô 4. 

Strabon comprend toute la Kénétie et VIstrie 
dans la Celtique transpadane''^ mais fidèle à sa divi- 
sion historique, il a soin de nous faire observer que 
cette partie de la Gaule est occupée par des Celtes 
et desHénètes. Au nord, la transpadane de Strabon 
s'étend jusqu'au pied des Alpes ; à l'est, jusqu'à Pola, 
c'est-à-dire jusqu'au fleuve Arsia, la rivière Arsa, qui 

' SU"abo, lib. V, p. 211 ; trad. fr., tom. 11, p. 214. Voyez ci-dessus, 
tom. 1, p. I et 2. 

' /f/. , lib. V, p. 212 ; trad. fr., tom. 11, p. ii5. 

' Id., lib. V, p. III. 

* Id., loco citato. 

^ Id., lib. V, p. 112 et 2165 trad. franc., tom. 11, p. 128 et i5o. 



84 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

est un peu au-delà. En effet, Pline ' et Ptolémée ' s'ac- 
cordent également à faire de ce fleuve la limite orien- 
tale de l'Italie : ce qui semble prouver que Strabon 
ne s'exprime pas dans un sens rigoureux , et qu'il 
indique seulement Pola comme la dernière ville de 
l'Italie de ce côté. Ptolémée nomme cependant en- 
core celle de Nesactiim , sur le fleuve même Arsia. 
Peut-être que l'Italie, du temps de Strabon, ne 
s'étendait que jusqu'à Po/a^ et qu'elle aura depuis été 
prolongée jusqu'au fleuve Arsia. L'exemple de ces 
variations, dans les divisions établies par l'autorité, 
est fréquent dans tous les temps et dépend de cir- 
constances particulières d'administration , ou même 
souvent de vues privées ou du caprice des gouver- 
nans. L'histoire dédaigne presque toujours, mais à 
tort, d'en conserver le souvenir; Strabon lui-même 
en fait la remarque. On doit observer encore que 
Strabon parle de l'Istrie plutôt comme d'une annexe 
que comme d'une partie intégrante de l'Italie^, et 
que Pomponius Mêla '^, qui écrivait sous Claude, 
ignorait encore que cette presqu'île avait été pres- 
qu'en entier réunie à la Gaule cisalpine, puisqu'il 
termine dans son ouvrage l'Italie à Trieste. 

« La Cispadane ( continue Strabon ) , se compose 
« de tout le pays renfermé entre la rive droite du Pô, 
(( les Apennins et la Ligurie, » c'est-à-dire les Alpes 
jusqu'à Genua, Gênes, et à vada Sabatorum, Vado. 

Strabon nous avait dit, en commençant sa descrip- 

• Plin., lib. m, cap. 22 (18). 

' Ptolem., Geogr., lib. m, cap. i, p. 65 (70), édit. Bert. 

' Strabo, lib. v, p. 21 5. 

" Pomponius Mêla, lib. 11, cap. 5, tom. i, p. 5-], édit. Tzschuck. 



PARTIE II, CHAP. IV. 85 

tion , que la Cispadane était peuplée par les Celtes 
habitans des plaines , et par les Ljgiens ou Li- 
guriens habitans des montagnes; après il observe 
«qu'autrefois c'étaient les Lfgiens , les Boiens , les 
(.( Senones , les Gesates (c'est-à-dire les Celtes ou 
K Gaulois de la Gaule transalpine) , qui en occupaient 
H la plus grande partie ; mais que depuis l'expulsion 
a des Boiiy et l'entière destruction des Gesates ^ il 
« n'y reste que des Ljgiens a^ec des colonies ro- 
« maines entremêlées de quelques tribus d' Ombriens, 
« et, en certains endroits , de tribus de Tjrrhé- 
{( niens ' . n 

Strabon comprend aussi dans la Cispadane toutes 
les plaines renfermées entre les montagnes de la 
Ligurie et le Pô jusqu'à sa source. Ceci se trouve 
prouvé par le passage où il est dit que Derthon , 
Tortona, et Aquœ Statillœ , Aqui, font aussi partie 
de la Ligurie. 

Il est donc évident que la Ligurie de Strabon, ou sa 
seconde division de l'Italie, se réduitaux mon tagnescfui 
s'étendent depuis Gênes ou Vado jusqu'au Var. Aussi 
Strabon trouve-t-il cette portion de l'Italie si peu con- 
sidérable et si misérable, qu'il dit qu'elle ne mérite pas 
d'être décrite ". Cependant Strabon n'a point ignoré 
entièrement les véritables limites de la Ligurie , telles 
qu'elles existaient de son temps , puisqu'il observe 
que le territoire de Macra, c'est-à-dire l'embou- 
chure de la Magra, est, selon plus d'un auteur, la vé- 
ritable limite de la Tyrrhénie et de la Ligurie ^ Mais 

' Strabo, lib. v, p. 212 et 216; trad. fraaç., tom. 11, p. 117 et i3i. 
' Id., lib. V, p. 218; trad. franc., tom. 11, p. 142. 
^ Id., p. 222; trad. fr. , tom. 11, p. i56. — Strabon commet, dans 
cet endroit, une petite errem- dont j'expliquerai bientôt la cause. 



86 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Slrabon n'a eu égard dans ses divisions qu'à l'état 
physique des lieux, au mouvement et à la direction 
de la côte : voilà pourquoi il prolonge la Celtique 
cispadane jusqu'au fond du golfe, c'est-à-dire jusqu'à 
Genua f et qu'il restreint d'autant la Ligurie. Plu- 
tarque ' suit la division établie par Strabon, puis- 
que, dans sa Vie de Marcellus, il place Clastidiuni^ 
Casteggio '', dans la Gaule , tandis que Tite Live , 
et tous les auteurs latins % mettent ce lieu dans la 
Ligurie. 

Si on fait attention à cette seule circonstance de la 
configuration des cotes, et qu'on excuse la grande 
inégalité du partage, on conviendra que la division 
de Strabon est claire, précise, et conforme à l'histoire 
et à la géographie physique; qu'elle est l'ouvrage 
d'un savant qui décrit d'après de bonnes études et de 
bonnes cartes, mais elle n'est point conforme aux 
idées des Romains de son temps , et pour les con- 
naître, il faut avoir recours à Pline , car Pomponius 
Mêla ne fournit rien sur les divisions intérieures de 
la Cisalpine. 

Pline "* nous apprend que l'empereur Auguste avait 
divisé l'Italie entière en onze régions; il en donne le 
détail , et nous voyons par sa description que la 
Gaule cisalpine renfermait quatre de ces régions qui 
se suivaient dans l'ordre adopté par Auguste, et que 
Pline a eu grand tort de changer pour les ranger, 
comme dans un périple, d'après leur situation res- 
pective le long de la côte. 

' Plutarchus, de Marcello. 

' Voyez ci-dessus, part, r, ch. vu, tom. i, p. i55. 
' Conférez Cluveriiis, Italia antiqua , tom. i , p. 79. 
^ Plin., lili. ut, rap. 6. tom. r, p. i4, edit Hard- 



PARTIE II, ClUP. IV. 87 

D'après la division d'Auguste , la sixième région 
de l'Italie était l'Ombi-ie, Umbria ., et la campagne 
Gallique ', ager Gallicus; elle s'étendait sur la côte 
depuis Ancona, Ancône, jusqu'au fleuve Aprusa , 
ou l'Ausa, qui est à l'est de Rimini. Elle avait été 
autrefois renfermée dans la Cisalpine, ou la Gaule 
togée; mais la preuve que Pline ne la considérait pas 
comme en faisant partie de son temps, c'est, qu'ainsi 
que Strabon et Ptolémee, il reconnaît que VUmbria, 
cette sixième région d'Auguste, s'étendait au midi 
dans l'intérieur des terres jusqu'à //zieram/za^ Terni, 
et au-delà de Nar Jluvius , la rivière Néra des mo- 
dernes, jusqu'à Ocriculum, Ocricoli, par conséquent 
bien au-delà du territoire conquis par les Gaulois 
Senonais. Strabon * renferme aussi dans l'Ombrie la 
campagne Gauloise ; mais comme la partie de l'Om- 
brie qui s'étendait au-delà des Apennins et au midi 
de cette chaîne , n'a jamais été dans aucun temps 
considérée comme portion de la Gaule cisalpine, il 
s'ensuit que cette sixième région cesse d'appartenir, 
au moins en partie, au sujet que nous traitons^. 
La portion située au nord des Apennins , ayant 
été envahie par les Senonais, ne cessa jamais d'être 
considérée comme gauloise, et Pline a bien soin de 

■ Plia., lib. III, cap. ig (i4), tom. i, p. 170, edit. Hard. ; tom. 11, 
p. 166, edit. Lem. : « Jungitur liic sexta regio Umbriam coniplexa, 
« agrumque Gallicum , circa Ariminum, Ab Ancona gallica ora 
« incipit, togatœ Galiiae cognomine. » 

' Strabo, lib. v, p. 217, tom. 11, p. iSg, de la Irad. franc. 

' Toutes nos descriptions de limites sont faites sur la Carte de la 
Lombardie, en quatre feuilles, par Zannoni; sur la Carte de l'État 
de Venise, par le baron de Zach , en quatre feuilles , et sur la Carte 
du royaume d'Étrurie , de Eordigera , en six feuilles , publiée à 
Florence, en 1806. 



88 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

remarquer, en parlant de cette sixième région, que, 
sur le rivage, la Gaule togée commence à Ancône. 

La huitième régioîi d'Auguste est donc réellement 
la première de la Gaule cisalpine; c'est la division 
nommée par Strabon Celtique cispadane, si ce n'est 
qu'Auguste rétablit la Ligurie dans ses véritables et 
antiques limites. « La huitième région, dit Pline, est 
« terminée par la côte de Rimini, par le Pô et par 
« l'Apeiinin '. )) Et il dit qu'elle renferme, sur le ri- 
vage, la rivière ai Ariminum et la rivière Aprusa, la 
Marecchia et l'Ausa, c'est-à-dire qu'elle était bornée 
par la côte de l'Adriatique qui s'étend depuis l'Ausa, 
près de Rimini, à l'est, jusqu'à la principale embou- 
chure du Pô, à porto di Goro; qu'au nord le Pô, 
jusqu'au Tidone, formait la limite; que le Tidone, à 
l'ouest, séparait cette région de la Ligurie, et qu'enfin 
les Apennins, qui, à partir de la INIagra et des sources 
de la Secchia, s'étendent obliquement de l'ouest à 
l'est, formaient par leurs plus hauts sommets la ligne 
de démarcation entre cette huitième région et la 
sixième et la septième, ou l'Étrurie et l'Ombrie. 

La neumème région, ou la Ligurie d'Auguste ', 
s'étendait depuis le Var jusqu'à la Magra % et depuis 
Vado, au midi, jusqu'à Asta, Asti, Augusta Va- 
giennorum ( città di Benè) , Alla pompeia (Alba), 

' Plin., Hisi. nat., lib. m, cap. 20 (i5), tom. i, p. 172, edit. Hard. : 
« Octava regio determinatur Ariminio, Pado , Apennino, in ora flu- 
« vius Crustujiiium, Ariniinum colouia, cum amnibus Arimiuumet 
« Aprusa. » — Yoyez encore Florus, lib. 11, cap. 5. 

' Plin., Hist. jiat., lib. m, cap. 7 : « Haec regio ex descriptione 
« Augusti nona est. Patet ora Liguriae inter amnes Varum et 3ia- 
« cram ccxxi m. p. » 

' Plin., III, 7, t, II, p. 74, éd. Lem. : '< Flumen Macra, Liguriae finis. » 



PARTIE II, CHAP. IV. 8» 

au nord. Cette division avait pour limite, au nord^ 
le Pô, depuis sa source au mont Viso jusqu'au Ti- 
done; à l'ouest, la chaîne des Alpes à partir de l'em- 
bouchure du Var jusqu'au col Albingier et le mont 
Viso; à l'est, une ligne oblique tirée depuis la source 
du Tidone jusqu'à celle de la Secchia ; au midi , 
toute la côte , depuis l'embouchure du Var jusqu'à 
celle de la Magra ; ensuite la petite branche des Apen- 
nins, qui s'étend depuis les rources de la Magra jus- 
qu'à celles de la Secchia du Panaro. Pline, en donnant 
le fleuve Macra pour limite commune à la Ligurie et 
à l'Etrurie, ou à la neuvième et septième région, 
accorde Luna à cette dernière ; Strabon ' et Pto- 
lémée ' sont d'accord en cela avec Pline, quoique 
Strabon commette plus bas une légère erreur, en 
confondant un petit district à l'est de la Macra , 
nommé le territoire de Macra , avec l'embouchure 
même de la Macra. En effet, les mesures de l'Itinéraire 
nous portent, pour Luna, aux ruines mêmes de cette 
ville, nommée encore sur nos Cartes Luni diruta ^, 
sur la rive gauche ou à l'est de la Magra , et près des 
carrières de Carrare ^. Mêla n'est point contraire, 
ainsi qu'on l'a cru, à Strabon, Pline etPtolémée, 
lorsqu'il dit Luna, ville des Ligures, LunaLigurum. 

' Strabo, lib. v, p. 222 ; trad. franc. , tom. 11, p. i55. 

' Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 61 (68), edit. Bert. 

' Sur civitas Lunensis, voyez une inscription de 3Iuratori , tom. 11 , 
p. io55, n" 3. 

* Luni diruta est marquée sur la Carte de Lonibardie, en quatre 
feuilles, par Zannoni ; lygS, et sur la feuille douze (la Spezzia) de 
la Carte de Raymond. — Le savant Du Theil , dans ses Notes sur 
Strabon, tom. n, p. i55, cite un Voyage de Targioni Tozzetti, qui 
a décrit les ruines de cette ville. ïarg. Tozz., Saggio del topogr.fis. 
dellaLunig., part. 11, sect. 3; Relaz. d'alcun. viagg., etc., t. x, p. 4o8. 



90 gêo:;raphte ancienne des gaules 

Luna pouvait être considérée comme ville ligurienne, 
puisqu'elle devait son origine aux Ijguriens , et que, 
immédiatement avant la division d'Auguste, elle 
faisait partie de la Ligurie qui s'étendait jusqu'à 
l'Arno. Strabon observe que les Grecs appellent le 
port et la ville de Luna, Selene, ce qui n'est que le 
nom latin traduit en grec '. 

La Gaule transpadane de Strabon comprend la 
dixième et la onzième région de l'Italie , selon la 
division d'Auguste, ou la troisième et la quatrième 
de la Gaule cisalpine considérée à part. 

La dixième région comprenait la Vénétie et l'Is- 
trie \ Cette région était bornée, à l'est, par la côte 
de l'Adriatique , qui s'étend depuis l'embouchure du 
Pô , près d'Hadria , jusqu'à l'embouchure du fleuve 
jirsia, la rivière Arsa, et ensuite par le cours même 
de cette rivière. Pline a bien soin d'observer que 
ce n'est que depuis peu de temps que le fleuve Arsia 
forme la limite de l'Italie : plus haut, il nous apprend 
que cette limite se trouvait auparavant restreinte 
au fleuve Formio , qui est à 6 milles de Trieste, 
et à 189 milles de Ravenne; et j'ai déjà remarqué 
que le concours de ces deux mesures nous porte à 
l'embouchure de la rivière qui coule à Muja ou à 
Musa Vecchia \ A l'ouest, et dans l'intérieur, cette 
dixième région s'avançait jusqu'au fleuve Serio, dont 
le cours formait la limite qui se trouvait continuée 

■ Strabo, lib. v, cap. 4, p- 222, tom. 11 ; p. 255, de la trad. franc. 

'Plin., lib. m, cap. 22 (18), tom. 11, p. 182, édit. Lemaire : 
« Sequitur décima regio Italise , Adriatico mari apposita : cujus 
'( Venetia. » 

' Conférez Plin., lib. m, cap. xi et 25 fiS et 19), et ci-dessus, 
part. I, cap. 1, tom. i, p.. 4- 



PARTIE II, CHAP. IV. 91 

par l'Adda. Au nord, la limite de cette région remon- 
tait, dans l'intérieur des Alpes, jusqu'à Tridentum, 
Trente, et jusqu'à Julium, carnicurriy aujourd'hui 
Zuglio ' . Un lieu nommé , dans l'Itinéraire , Ha- 
drante^, à la suite duquel il est écrit finis Italiœ , 
fin de l'Italie, nous prouve, par les mesures qui y 
ont rapport, que cette région s'étendait au-delà 
d'JEmona ou de Laybach et des montagnes qui bor- 
dent la Carniole ; mais primitivement , ainsi que le 
démontre le texte de Ptolémée, les limites de l'Italie, 
de ce côté, ont été celles de la Carniole et les plus 
hauts sommets de la chaîne des Alpes, dans la direc- 
tion d'Idria et de Lobitsch. On voit que cette dixième 
division étoit très étendue, et comprenait, outre 
l'ancienne J^enetia , primitivement bornée au Ba- 
chiglione Vecchio , tout le vaste et fertile district des 
Cenomanni , à la réserve de Bergomum, toute l'Is- 
trie et une partie des peuples des Alpes situés au 
nord. Comme la Vénétie était la portion principale 
de ce vaste département, on la confondit quelquefois 
avec lui , et, dans la dernière division qui eut lieu 
sous Constantin , ce nom de Vénétie fut étendu à 
toute cette dixième région d'Auguste. Voilà pour- 
quoi Servius, commentateur de Virgile , qui écrivait 
dans le sixième siècle, dit, à l'exemple de Pline, que 
Mantiia, Mantoue, est située dans la Vénétie ^. 

■ Voyez V Analyse dex Itinéraires , tora. m de cet ouvrage , et le 
détail des ruines trouvées dans cet endroit, décrites dans une feuille 
in-4'' de six pages, publié par Ricchieri, sous-préfet de Tolmezzo, 
avec Hes Notes de Siauve, imprimé à Udine , en i8o8, intitulé . 
Scavi di Zuglio in Carnia. 

' Voyez VAnalyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 

^ Servius, apud Virgii. 



92 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

La onzième région d'Auguste, tout intérieure, 
dit Pline , et qui porte à la mer les eaux des fleuves 
qui la fertilisent, comprenait le reste de l'Italie ' 
Transpadane; elle avait, au midi, le Pô, depuis sa 
source jusqu'à l'embouchure de l'Adda; le Serio et 
l'Adda à l'est; à l'ouest, les Alpes jusqu'à leurs plus 
hauts sommets , et au nord ces mêmes montagnes 
jusqu'à la hauteur du Grand-Saint-Bernard et l'ex- 
trémité septentrionale du lac Garda. 

Ptolémée n'adopte aucune autre division que celle 
des peuples : on doit observer cependant qu'il donne 
à la huitième région d'Auguste le nom particulier de 
Gaule logée '. L'on se rappelle qu'en effet cette por- 
tion a été la première arrachée par les Romains aux 
Gaulois , et que , pendant un certain temps , le nom 
de Gaule logée a dû lui être exclusivement attaché. 
On ne doit pas douter que cette division, particulière 
à Ptolémée , n'ait une origine très ancienne ; mais , du 
temps du géographe grec , le nom qu'il lui donnait 
avait chez les P^omains une tout autre signification , 
puisqu'il était synonyme de Gaule cisalpine. 

Comme , en Italie , les limites des peuples n'ont 
point été conservées dans la création des diocèses , 
et ne se trouvent pas non plus représentées par les 
comtés et autres petits États qui se formèrent dans 
le moyen âge , nous devons , pour déterminer ces 

' Plin., lib. III, c. 21 (ij) : « Transpadana appellatur ab eo regio 
« undecitna, tota in mediterraneo, cui maria ciincta fructuoso alveo 
« important. Oppida : Yibi forum , Segusio , Colonia ab Alpium 
« radicibus, Augusta Toiùnorum , antiqua l.igurum stirpe, inde 
« navigabili Pado. Dein Salassorum Augusta praetoria, juxta gemi- 
« nas Alpium fores, Graias atque Penninas. » 

" Ptol., Geogr.. m, i, p. 64 (71, par faute d'impression 69), ed, Bert. 



PARTIE II, CHAP. IV. 93 

limites avec autant de précision qu'il est possible , 
donner la liste et assigner la position des villes qui 
sont attribuées à chaque peuple par les auteurs an- 
ciens. Nous ferons concorder les divisions d'Auguste, 
ou de la carte d' Agrippa, avec celles de Strabon et 
de Ptolémée. 

La sixième région de V Italie d'Auguste ', qui est 
celle que Strabon ' nomme Omhrie, n'appartient pas, 
ainsi que nous l'avons déjà dit, tout entière à notre 
sujet , mais on peut y rapporter le territoire que 
Ptolémée ^ attribue aux Senones ou Semnones , ce 
qui répond à \ager Galliciis ou campagne Gauloise 
de Pline, qui faisait, ainsi que je l'ai déjà observé, 
partie de la Gaule avant Jules César. Ptolémée donne 
aux Semnones , dans l'intérieur des terres : 

SuasŒf dont la position à castel Leone, à l'est de 
Saint-Lorenzo, se trouve déterminée par des inscrip- 
tions trouvées dans ce lieu , qui font mention de 
cette ancienne ville '*. Castel Leone est situé sur la 
rivière Cesino. Pline nomme SuasaniXes habitans de 
Suasa. 

Ostra, dont les habitans sont nommés Ostrani 
par Pline, ville que l'on place à Cormaldo, mais 
dont la situation est inconnue. 

Sur la côte , Ptolémée donne aux Semnones : 

Jïsis ou JEsis jiiw. Ostia. — L'embouchure de 
l'Esino , dont Silius Italiens a parlé ^, disant que le 

' Plin., lib. m, cap. 19 (i4), tom. 11, p. 166, édit. Lemaire. 
' Strabo, Geogi'., lib. v, p. 227; trad. franc., tom. 11, p. lyS. 
' Ptolemaeus, Qeogr., lib. m, cap. i, p. 69 (62). 
■* Cluverius, lialia antiqua, tom. i, p. 620. 

* Silius Italicus, vui, 445, tom. i, p. 5ii, édit. Lemaire. — La 
Table corrompt ce nom à^Msis en celui de Misus. 



94 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 

peuple qui habite ses bords a reçu le nom ôH Asili^ 
d'JEsis^ héros pélasge qui aborda à l'embouchure 
du fleuve et lui donna son nom. 

Sena GalUca. — Sinigaglia , qui , selon la remar- 
que de Siliusltalicus, a dû son nom aux Gaulois seno- 
nais; Polybe, Pline, Appien, Strabon , Mêla, Tite 
Live, ont aussi fait mention de ce lieu ' ; il est nommé 
une fois par ce dernier, simplement Sena, et en- 
suite Senogallia. 

Fanum Fortunœ. — Fano , dont il est fait mention 
dans César et dans Sidoine Apollinaire , sous le seul 
nom de Fanum, mais auquel Strabon et Tacite don- 
naient, comme Ptolémée, le nom de fanum For- 
tunœ, et qui devint, sous Auguste, colonie romaine, 
et reçut le nom de colonia Julia Fanestris ". 

Pisaurum. — Pesaro. 

Ariminum. — Ri mini, que nous avons déjà eu 
occasion de mentionner, et dont le nom se repré- 
sente si souvent dans Tite Live, Velleius, Paterculus, 
Poljbe, Strabon, Appien, Plutarque ^. 

Les positions de tous ces lieux se trouvent démon- 
trées par les mesures que fournissent les Itinéraires 

' Polyb. , II, ig. — Tit. Liv., xxvii, 46 et suiv. — Strabo, v. -— 
Plin., lib. m, cap g. — Silins Italicus, xv, 553, tom. 11, p. 263, 
édit. Lemaire. — M. Cramer (Geogr. and hist. descript. of Italy, 
tom. I, p. 258) rapporte au Misusjluv. de la Table la rivière Nigola 
qui coule à Sinigaglia; mais Misus est le nom d'jEsis corrompu. 

» Caesar, de Bello civili , 1,8. — Sidon. ApoUin. , i, ep. i5. — 
Strabo, v. — Tacit., m, 00. — 3Iela, 11, 4- — Vitrnv. , v, i. — 
Front., de Col., eh diverses inscriptions par Gruter, 4i6, 8. — 
Ptolem., p. 6g. 

' Plin., m , 14. -- Epit. , xv-xxiii , 5i. — Velleius Paterc, i , i5. 
— Strabo, v. — Polyb., 11 , 25 ; m , 77. — Appian., de Bello civili, 
lib. IV, cap. 5. — Plolem., Geogr., lib. in, cap 1, p. 6g (64). 



PARTIE II, CHAP. IV. 95 

romains , pour la route qui suit le rivage et qui 
part à'Jncona, Ancône, et aboutit à Ravennaf 
Ravenne '. 

Strabon, qui ne distingue pas YOmbrie de Yager 
Gallicus y place dans l'Ombrie fanum Fortunœ , 
l'jEsis, et Sena Gallica, Ptolémée % qui sépare 
rOmbrie, qu'il nomme Olombriej du pays des Sem- 
nones, s'accorde avec Strabon en plaçant dans cette 
division Sentinum \ qui est Sasso Ferrato, sur le Sen- 
tino ; Camerinaj Camerana moderne ; et avec Pline '', 
pour TiJernuTYiy qu'on rapporte à San Angelo in 
Vado sur le Teferno; iponr forum Sempronii^ ^ Fos- 
sombrone. Ptolémée et Pline nomment encore plu- 
sieurs autres lieux dans l'Ombrie, tels que Sarsina, 
illustrée par la naissance de Plaute, qui a conservé 
le même nom chez les modernes ^; Mevania ', Be- 
vagna , célèbre par ses riches pâturages et lieu de 
la naissance de Properce*; Sestinates , Sestino; les 
Urhanates metaurenses , qui paraissent avoir occupé 
l'emplacement d'Urbania , tandis ^u! Urbinum hor- 
tense est la ville même d'Urbino ^ ; et enfin Ocricu- 
lum, Ocricoli. Mais ces villes sont au sud de l'Apen- 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , toni. m de cet ouvrage. 

* Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 65 (72), edit. Bert. 

' Cette ville fut assiégée par Auguste. Dio Cass., xlvui , i3. 

* Plin., Hisi. nat., m, 19 (i4), tom. 11, p. 170, edit. Lemaire. 

' Plin., m, 19 (i4), t. II, p. 227. — Strabo, v, 175, 227, edit. Lem. 

*Plin., ni, 14 — Polyb., u, 24. — Plaut , MoscelL, act. m, se. 1. 

'' Strabo, V, 227; tom. ii, p. 177, de la trad. franc. 

' Columell., ni, 8. Tit. Liv., ix, 4i. — Tacit.', HisL, 55. — 
Plin., XXXV, 14. — Silius Italiens, vi, 645 ; vni, 258. — Lucan., i , 
475. - Propert., Elef^., lib, iv, eleg. i, 121. 

3 Plin., lib. Mi, c. 14 — Tacit., Hisi. , lib. ui, c. 62. — Ptoleiu., 
lib. m, cap. 1, p. 72 , 75(64, 65). 



96 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

iiin, et cette partie de l'Ombrie, ou de la sixième 

division, n'appartient pas à notre sujet. 

La huitième région de V Italie % appelée Gaule 
cispadane par Strabon, et Gaule togée par Ptolémée, 
renfermait, suivant ce dernier, les villes suivantes, 
dont les positions sont déterminées par les Itiné- 
raires % à la réserve de deux que nous indiquerons : 

Placentia y Plaisance, si célèbre, et dont le nom. 
revient si souvent chez les historiens et les géographes 
de l'antiquité '', 

Fidentia, Borgo San Donino*. 

Brixellum, Bressello^* 

P arma y Parme. 

Rhegium Lepidum colonia, Reggio. 

Nuceria, queCluverius°, Sanson', et d'après eux, 
d'Anville ^, placent à Luzzara. 

Tannetum, ou le Canetum des Itinéraires, placé 
par les mesures qu'ils nous donnent à San Ilario. 
Pline '° appelle les habitans Tanetani y lieu devenu 
célèbre par la retraite du préteur Manlius , battu par 

' Plin. III, cap. 20 (i5), tom- 11, p. 172, édit. Lemaire. 

" Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. iij de cet ouvrage. 

5 Polyb., III , 40, Q^. — Tit. Liv., xxi , i5 ; xxvii , 3g, 56 ; xxxi , 10 ; 
XXXIV, 21. — Velleius Paterc, i, i4. — Appian., de Bellohann., 7. — 
Strabo, V. — Tacit., Hist., 11 , 17. — Suet., Cœs., 9. — Plut., Oth. — 
Silius Italicus, vin, 5çf>. — Cicero, Or. in Pis. 

< Velleius Paterc, 11, 28. — Tit. Liv., Ëpit. 88. 

' Voyez Muratori, Inscript., p. 44i •, n° 4 5 P- io54, n"' 6 et 7; 
p. io55, n°5. 

* Cluverius, lialia anti^jua , tom. 1, p. 281. 
' Sanson, Italie, p. 14. 

* D'Anville, Ge'ogr. anc, p. 235, édit. in-folio ; dans ses OEuvres, 
tom. Il, p. 212. 

9 Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage.- 
'° Plin., lib. lii, c. 20 (i5}. — Ptolem., lib. m, c. 1, p. 64 (71)- 



PARTIE II, CHAP. IV. 97 

les Gaulois Boii. Polj'be et Tite Live ont plusieurs 
fois nommé Tanetum \ 

Bononia, Bologne, l'an tique i^e/^m« des Étrusques, 
dont le nom se retrouve si souvent dans les écrits des 
anciens historiens, géographes, orateurs et poètes, 
et sur les inscriptions '. 

Claterna, Quaderna, qui offre encore quelques 
vestiges de la ville antique^. 

Forum Cornelii. — Comme les lieux précédens et 
ceux qui suivent, placé sur la voie Émilienne , et 
déterminé par les mesures des Itinéraires à Imola 
moderne ^. 

Cœsena j,Céscne, dont le nom, dans l'ordre où il est 
inscrit, prouve le dérangement que subissent les Itiné- 
raires dans les combinaisons de Ptolémée, et nous ré- 
vèle la cause du désordre de ses cartes dans l'intérieur; 
celte ville, étant la plus occidentale de cette division, 
aurait dû être nommée avant les deux qui suivent. 

Fm'entia. — Faenza, dont les habitans sont nom- 
més Favenlini par Pline, et où l'on fabriquait des 
toiles d'une éclatante blancheur^. 

' Plin., III, 20 (i5). — Polyb., m , 4o. — Tit. Liv., xxi, 25. 

' Voy. Muralori, Inscript., io55 et io54, n" i. — Plin , m, 20 (i5). 

— Tit. Liv., xxxiii , 07 , xxxvii, 67. — Tacit., Hist., 11, 55. — Strabo, 
V, 216. — Cicer. , Epist. ad fnm. , xi, i5; xii, 5. — Silius Italicus, 
vin, 600. — Appian., iv, 2. — Mêla, 11, 4- — Pomp. Fest., voc. Mu- 
nicipium — Uio Cassius, 1, 6. — Voyez ci-dessus, tom. i, p. 12. 

' Voyez V Analyse des Itine'raires , tom. 111 de cet ouvrage. — 
Plin. III, i5. — Slrabo , v, 216. — Cicero, Philos., vin, 2. — Ad 
fam., XII, 5. — Plolem., lib. m, cap. i, p. 64 (71). 

* Voyez V Analyse des Itinéraires, loni. m de cet ouvrage — 
Strabo, v, 216. — Paul. Diac, m, 18. — Cicero, Ad fam., xii, 5. 

— Procop., Goth. rer. ii. — Martial., ni, 5. —Prudent., Hyni. 12. 

* Plin., m, 20 (i5); XIX, c. 2. — Varr., He rust., i, 2, — Tit. Liv., 

II. .7 



98 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Forum Lwii. — Forll , mentionné par Pline et les 
Itinéraires '. 

Sur la côte, Ptolémée place les Boii, auxquels 
il attribue : 

Rubiconis jluv. ostia. — Embouchure du Fiumi- 
cello , qui reçoit le Pisciatello, le Rubico dans l'in- 
térieur. On voit par-là que Ptolémée suit ici la division 
antérieure à Auguste , puisqu'il termine la Gaule 
cisalpine au sud-est par le Rubico '. 

Ravenna. — Ravenne, dont la fondation remonte 
aux premiers temps de la colonisation de l'Italie, par 
des peuples venus d'Orient, qui fut par son port, 
dans l'antiquité , la reine de l'Adriatique , comme 
Venise chez les modernes ^ ; comme elle , aussi , en- 
tourée de marais et de lagunes. 

Padi jiuv. ostia. — L.e Pô , à son embouchure 
principale , au nord de laquelle commençait la Ve- 
netia. 

On voit d'après cette énumération, où l'ordre géo- 
graphique se trouve un peu dérangé pour suivre 
celui de Ptolémée, que Placentia, Plaisance, était 
la ville la plus occidentale de cette division de Ptolé- 
mée, ce qui prouve qu'elle s'accorde avec celle d'Au- 

Epit., 88. — Yell. Paterc, ii, 28. — Appian., de Bello civili, i, gi. 

— Silius Italicus, viii, 096. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , toni. m de cet ouvrage. — 
Plin., III, 20 (i5). 

" Appian. , de Bello civili , 11, i55. — Suet. , Cœs., 5o. — Plut., 
Cœs. et Pomp. — Strabo, v, 225. — Plin., m, i5. — Cicer., Phil., 
VI, 3. — Lucan., i, i83. — Ptolera., m, 2, p. 69 (64), edit. Bart. 

' Claudian. , vi. — Cons. Hon., 494- — Strabo, v, 214 et 217. — 
Plin., III, i5 ; XIV, 2. — Sii. Ital., vin, 602, — Mart., xiii, ep. 18. 

— Sidon. ApoU., cap. 9. — Procop., de Bello vandal., lib. i, cap. 2. 

— De Bello goth.. lib. i, cap. i, tom. i, p. 178 et ôog. 



PARTIE II, CHAP. IV. 99 

guste. M. Duiandi ' a tort de vouloir conclure, 
d'après le fragment du marbre trouvé à Autun , cité 
de mémoire , que Placentia était hors des limites de 
la Gaule , et par conséquent dans la Ligurie; car en 
supposant même que l'on ait rapporté exactement 
le contenu de ce fragment, les conséquences qu'en 
tire M. Durandi seraient faciles à détruire. Ptolémée 
attribue aux Boii un territoire qui , selon le témoi- 
gnage de Poljbe , avait été occupé par les Lingones ; 
mais comme dans ce dernier auteur, et selon Tite 
Live , les Boii et les Lingones se trouvaient réunis et 
formèrent à eux seuls la cinquième et dernière inva- 
sion des Gaulois, que ces peuples firent cette con- 
quête en commun , Ptolémée a pu désigner cette 
confédération par le peuple principal ''. 

Pline ^ met Ariminum, , Rimini , dans la huitième 
division d'Auguste , parce que , d'après cette division, 
l'Ausa, \ Aprusa jiuvius près Ariminum, formait la 
limite de la sixième et de la huitième division, et que 
le Rubicon ne formait plus la démarcation de la Gaule 
cisalpine ; aussi Pline , lorsqu'il mentionne le Ru- 
hico , a-t-il soin de dire : Ruhico , quondam finis 
Italiœ y le Rubicon , autrefois la borne de l'Italie. 
Ptolémée attribue, ainsi que nous l'avons déjà dit, 
Ariminum aux Senones , et Strabon met aussi cette 
ville dans sa division de VOmbrice : on voit que 
cet auteur se trouvait, ainsi que Pline, embarrassé 
pom- classer le territoire des Senonais, ou cette partie 
de rOmbrie qui, après avoir si long-temps appartenu 

' Durandi, Piemonte cispadano antico, p. 260. 

' Voyez ci-dessus, partie i, chap. 5, tom. r, p. 81 à 87. 

' Plin., lib. m, cap, i5. 



100 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
à la Gaule, n'y était plus comprise selon les nou- 
velles divisions; car, après avoir fait mention de 
fanum Fortunée y Strabon ajoute : (f C'est vers ce 
(( lieu que se trouvent les bornes qui , du côté de la 
fc mer Adriatique, séparaient l'ancienne Italie delà 
« Celtique (Gaule cisalpine) ; il est vrai que les limites 
« de la Celtique ont pu changer plus d'une fois, au 
« gré des chefs de l'État, puisque, par exemple, après 
« avoir été d'abord fixées aux bords de Y A!^sù, elles 
« ont été ensuite restreintes à ce\xx(\{\Riibiconj deux 
« fleuves qui se jettent dans la mer Adriatique, l'un 
« entre Ancona et Sena gallica, l'autre entre Jri- 
u minum et Ravenna. Mais aujourd'hui que l'Italie 
H comprend tout le pays jusqu'aux Alpes, il ne faut 
« plus s'occuper de ces limites : et d'ailleurs, quelque 
« différentes qu'elles aient été à diverses époques, on 
(f ne convient pas moins que Y Omhrice doit s'étendre 
«jusqu'à Ravenne, puisque celte ville est peuplée 
« à'Ombrici. » Ainsi Strabon confondait les divisions 
ethnographiques avec les divisions de géographie 
physique, et les divisions administratives : choses 
qu'il faut soigneusement distinguer '. 

Aux villes mentionnées par Ptolémée,, dans cette 
huitième région, Pline* ajoute encore : 

Forum P opilii y ou \d forum PopuliAe la Table, 
qui est Forimpopoli , comme le démontrent les 
mesures de l'Ilinéiaire , et le nom encore existant 
presque sans altération^. 11 y avait deux autres villes 

' Strabo, Gengraphia , lib. v, cap. 5; fora, ii , p. ijS, de la trad. 
franc. — Voyez ci-dessus, partie i , eh. 5, tom. i, p. gS et94. 
' Plin. , m , ao (i5), tom. n , p. 172, édit. Lemaire. 
' Voyez y Analyse des Itinéraires, tom. tii de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 101 

de ce nom dans l'Italie, l'une dans la Campanie , 
l'autre dans la Lucanie , mais une seule dans la Gaule 
cisalpine. 

Forum Cloclii, dont la situation n'est pas connue , 
qu'il faut se garder de confondre avec le forum 
Clod'ii que Ptolcmée nous donne dans la Tuscia " 
ou l'Étrurie. Par une conjecture assez vague, mais 
fondée sur quelques rapprochemens, nous plaçons 
celui de la Gaule à Lojano , sur la route de Bologne 
à Florence. 

Forum Truentinorum ou Brintanorum , comme 
le portent quelques manuscrits, qui parait devoir être 
placé à Bertinoro, entre Césène et Forli, mais écarté 
de la voie Émilienne. Ce lieu est considéré , non sans 
raison , comme le même que le Forodruenliorurrij 
d'une inscription rapportée par Gruter \ 

Les Otesini. — Une inscription trouvée près du 
Panaro et du Pô, à Bondeno , sur la rive droite du 
Panaro , porte Respubllca Otesinorum. 

Padinates. C'est dans les environs de Bondeno 
qu'il faut placer la ville de Padinum, non loin de 
la ville Olesia ou des Otesini, peut-être à Miran- 
dola , comme le conjecture Cluverlus ^. 

hes Solonates, dont la ville, Solona, paraît devoir 
être placée à Solaria ou terra del Sole, sur la Mon- 
tone , un peu au midi de Forli , à l'entrée des 
Apennins. 

Les défilés gaulois ( saltes ou saltus Galliani ) , 
et les Aquinates. — M. Pasquali Amati '♦j à très bien 

• Ptolem., lib. m, cap. i, p. 62 [ÇtS). 

' Gruter, Inscript., p. 492, n° 5 ; p. 1094, n" 2. 
' Cluverius, Italia antiqua, p. 282. 

* Pasquali Amati , Dissertazione sopra il passagio deli Apennins 



102 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
prouvé que les saltus Galliani devaient être placés 
à Galliata, sur l'ancienne route d'Arezzo. Les Aqui- 
nates me semblent avoir occupé les environs de 
deux petites rivières, dont l'une descend de castel 
Alpi, et se nomme Acqua Viva, et l'autre découle 
de San Benedetto, se nomme Acqua Cheta. Ces deux 
rivières sont peu éloignées de Forli. Cette position 
n'a aucun rapport avec celle ^ Aquinum de Ptolé- 
mée, placée chez les Latins par ce géographe. 

\uesKeliates ' surnommés Kecteri. — Ces Veliates 
étaient sur les confins de la Ligurie, et sont aussi 
mentionnés par Pline pour cette division : ils ne 
paraissent pas différens, quoi qu'on en ait dit, des 
Veleiaci mentionnés ailleurs par Pline "^ , comme 
étant voisins de Plaisance : leur position entre Maci- 
nesso, et Livela au midi de Plaisance, près de la mon- 
tagne de Bobblo , sur la rive droite de la rivière Nura , 
est prouvée par la célèbre inscription connue sous le 
nom de Table alimentaire de Trajan ^, et par les 
ruines mêmes qu'on y a découvertes. Quant aux 
Regiates, que Pline mentionne immédiatement après, 
à moins qu'on n'adopte la correction du père Har- 
douin ^, qui lit Velejates , ils me sont inconnus^. 

fatto da Annibale ; Bologna, l'J'jQ , p. 54 et 35. — Il Dante, nell' 
canto i6. — Morgagni , nella Epistola emiliana iv, n" 6. 

' Plin., Hist. nat., lib. m, c. 20 (i5), tom. 11, p. 174» edit. Lem. 

' Plin., Hist. nat., vu, 5o, tom. m, p. 191, edit. Lem. 

' Pitarelli, Tavola alimentnria di Trajano ; 1790, in-4°. — P. de 
Lame, Tavola alimentaria ; Velejate, i8oQ, in-4°. — Cara , dei 
Paghi deW agio Vcllejate nominati nella Tavola trajana, Vercelli. 
1788. — Voyez ci-dessus, part, i, ch. 7, tom. i, p. i54. 

* Harduini Plinius , p. 172. 

"^ Hardouin propose de lire : cognominc veteri Réglâtes ; alors 
Regiates aurait été l'ancien nom des Velejales. — Voyez Plin , edit. 
Hard., tom. i, p, 172. 



PARTIE II, CHAP. IV. 103 

Les Urhanates ou Uinhranates étaient peut-être à 
Marano, sur le Panaro. Strabon nomme encore dans 
cette division un lieu nommé Acara, qui me paraît 
devoir être placé à Casadico, vers la source de la 
rivière nommée Cara : ce lieu est mentionné dans 
Strabon ' immédiatement avant Rhegimn lepidum, 
Reggio , et la rivière Cara traverse aussi la route qui 
conduit à Reggio. C'est donc à tort que l'on a voulu 
changer ce nom à! A cara en celui àiAcerra, qui est 
Gherra, près de Pizzighetone, dans la Gaule transpa- 
dane. Les Macri campi , d'après l'ordre conservé 
ici par Strabon % ont dû exister entre Reggio et 
Quaderna, et s'étendaient probablement au midi de 
Mutina, Modène, et de Parnia, Parme. Strabon 
nous apprend qu'on y tenait chaque année une foire 
célèbre, et il est probable que c'était une foire de 
bestiaux, d'après ce que dit Columelle '\ qui indique 
très bien la position des Macri campi, entre Parme 
et Modène. Il est aussi très souvent question de ces 
plaines dans Tite Live '*. 

' Strabo, Geogr., lib. v, p. 216; trad. franc., t. 11, p. i32; t. i, 
p. 3o5, de l'édit. d'Oxford, in-folio, 1807; Carte de Bâcler d'Albe. 

• Strabo, Geogr., lib. v, p. i32. 

' Golumella, de Re rustica, lib. vu, cap. 3. — Varro, de lie 
rustica, in Praefatione, lib. 11. — Tit. Liv., lib. xli, 18; lib. xlv, 12 ; 
et ci-dessus, partie i, ch. 7, tom. i, p. i58. 

^ Les récits de cet historien sont conûi-més par les paroles remar- 
quables de Pline, qui termine ainsi l'énumération des cités de cette 
région : « Dans ces lieux périrent les Boii, qui se composaient de cent 
« douze tribus, selon Caton, et les Senonais qui prirent Rome. 
« In hoc tractu interierunt Boii, quorum tribus cxii fuisse auctor 
« est Cato : item Senones qui cepetant Romam. » — Plin., Hist. nat., 
lib. in, cap. 20 (i5), tom. ir, p. 174, édit. Lemaire. — Voyez ci- 
dessus, part. I, chap. 8, tom. 1, p. 85 et 88. 



104 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Observons que Stiabori, oubliant les limites exactes 
qu'il a données précédemment à la Cisalpine , qu'il dit 
être bornée par les monts Apennins ', place Luca % 
Luc(jue, qui se trouvait au midi de cette chaîne, 
dans cette division, parce qu'en effet, peu aupara- 
vant, et du ttmps de César, cette ville avait fait partie 
de la Gaule cisalpine: cependant quelques lignes 
après, Slrabon^ confiime encore ce qu'il avait dit 
précédemment, et répète que la chaîne des Apennins 
forme les limites de la Cisalpine; c'est que Strabon 
trace les limites générales d'après celles qu'Auguste 
avait établies, et telles qu'elles existaient de son 
temps, et que, dans la description des villes, il se 
conforme à la division qui a précédé celle d'Au- 
guste. Ces confusions d'époques sont fi équentes dans 
les géographes anciens comme dans les modernes, et, 
pour les bien comprendre, il est nécessaire de distin- 
guer ce qui appartient à chacune. 

La neuvième région de V Italie , selon la division 
d'Auguste, ou de la Carte d' A grippa, se composait 
de la Ligurie , qui était pres((ue le double de la Li- 
gurie de Strabon. Ce géographe a compris dans sa 
Gaule cispadane toute la Ligurie orientale, et en cela 
il se trouve en partie d'accoid avec Ptolémée '^, qui 
attribue aussi aux Taurini une partie de la Ligurie 
située dans la plaine. 

Ptolémée, après tous les peuples des Alpes, du 
royaume de Cottius, dont nous avons parlé, indique 

' Strabo, Geogr., lib. v, p. 211 ; trad. franc., tom. 11, p. 114. 

' Id., lib. V, p. 217 ; trad., p. i35. 

' Jd., trad., p. iSg. 

* Ptolemaeus, Geogr.. lib. m, cap. i, p. 64 (71), edit. Bert. 



PARTIE II, CHAP. IV. 105 

d'abord les Nenisii, dont la capitale, Ventium, est 
Vence dans les Alpes maritimes ; et diverses inscrip- 
tions trouvées sur les lieux, qu'ont publiées Scaliger 
et Spon, portent : marti vintio, ordo vîntensiiim, 
civiTAs viNTiuM ' ; cnsuilc Ptolémée nomme les 
Suectrii , qui sont les Suetri de Pline, à l'ouest du 
Var \ Ptolémée * leur donne pour capitale6V?/m«'^qui, 
comme l'avait dit Honoré lîouche '^, doit être placée 
à Castellane, dans le diocèse de Senez, non pas préci- 
sément dans l'emplacement de la ville actuelle, mais 
un peu plus à l'occident, dans un quartier qui porte 
encore le nom de Saillon, et où l'on a Irouvé plu- 
sieurs inscriptions portant : civitas salin. \ 11 faut se 
garder de confondre ces Suectrii de Ptolémée men- 
tionnés dans linscription du trophée des Alpes , 
rapportée par Pline, avec les Suelleri du même au- 
teur, qui faisaient partie de la Nar}3onnaise et non 
de l'Italie, et qui habilaient le district qui porte le 
nom de l'Esferel, en Provence^. Ptolémée nomme 
encore les P^edianti i (hns ces Alpes maritimes, et il 
leur donne pour capitale Cemenelium'' , Cimiers, 

' Spon, MiscelL, p. V402. — Galliœ antiquœ quœclam selecta, 
p. 65. — Honoré Bouche, tom. i, p. ^83. 

' Voyez ci-dessus, partie i, ch. 8, tom. i, p i83. 

' Ptolpmaeus, Geogr., lib. m, p. 64 (71). 2ot/)iTfic»v ou lovKTfimi. 

* Bouclie, Hisi de Provence, m , c. 2. — Spon , MiscelL, p. 198. 
— Orell., Inscript., tom. r. p. 10 r. — Menard , Me'm. de [ Académ. , 
tom. xxviii, p. i522. — Durandi, Piemunte aiiticn, p. 128. — Pa- 
pou, Hi.st. de Provence, tom. i, p. 192 — D'Anville, Notice, p. 168. 
D. J. Henri , sur la Géoç^r. ancienne du de'jjartenicnt des Basses- 
Alpes ; Forcalquier, 1818, iu-S", p. 69-71. — Zacharie, Excursus, 
p. 55. 

^ Voyez ci-dessus, partie i, ch. 2, tom. i, p. 61 et 62. 

'' \ oyez V Analyse des Itinéraires, tome m de cet ouvrage, et 
ci-dessus, part. 1, ch. 7, tom. i, p. 161 et 162. 



106 Ttéographie ancienne des gaules. 

et Sanitium , Senez, que Pline nous apprend avoir 
été la capitale du peuple particulier nommé Sentii. 

Ptolémée fait ensuite deux divisions de la Ligurie : 
l'une très petite , intitulée 

Territoire des Marseillais , auquel il attribue : 

Nicœ Massiliensium^ j Nice, que Ptolémée nomme 
encore ailleurs comme une des principales villes de 
l'Italie '. 

Herculis portas ^ , qui n'est pas le même lieu que 
Herculis Monœci poi tus , et que les mesures de l'Iti- 
néraire maritime, et celles de Ptolémée, portent à Eza. 

Trophœa Augustin la Turbia^. 

Monœci portus , Monaco^. Ce n'est pas seulement 
le texte de Ptolémée et l'Itinéraire maritime^ qui 
distinguent Y Herculis portus du Monœci portus , ou 
Monaco. Pline fait encore cette distinction, et l'on 
trouve dans les anciennes éditions et dans les ma- 
nuscrits de cet auteur, portus Herculis et Monœ- 

* Voyez ci-dessus, p. 27-102, et Spon, Miscell. erudit., p. 192. 
— Strabo, tom. iv, p. 180, 184 — Steph. Byzant. , voy. N»x*i«. — 
Suidas, voy. n/k*»*. — Tit. Liv. , Epit. xlvii. — Amm. Marcell., 
XV, II. — Spanheim, de Usu, etc., tom. i, p. 180. — Graevius, Thés, 
ital., tom. IX, p. 6. Papou, Hist. de Provence, tom. 1, p. 10. — 
Millin, Fojages , tom. 11, p. SSy. — Ptolem., lib. m, cap. i. 

' Plolem., lib. m, cap. i, p. 61 (68} ; lib. viii , p. 194 (227). — 
Plin. , lib. III, cap. 7, tom. 11, p. ya. 

^ Honoré Bouche, Clwrographie de Provence, tom. 1, p. i55, 
s'est très bien aperçu qu'il ne fallait pas confondre V Herculis portus 
avec \e Moiiœci portus ; Stunica pensait de même. Voyez V Analyse 
des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 

* Ptolem., Geogr., lib. m, cap. i, p. 61 (68). — D'Anville, Notice, 
p. 660, et Millin, Voyage en Italie, tom 11, p. i56. 

' Voyez \ Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
Ptolem., 61 (68). 

* Itiner. mnritim., dans Wesseling, p. 5o5, et t. m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 107 

eus '. Toutes ces positions sont déterminées par 
les mesures des Itinéraires. 

L'autre division de Ptolémée ' comprend le reste 
de la Ligurie ou de la neuvième région , selon la des- 
cription d'Auguste. C'est, dans Ptolémée, la Ligurie 
proprement dite : c'est celle qu'il intitule Ligustica. 
Elle comprend sur le rivage : 

Alhingaunum, Albenga % près de laquelle Xinsula 
Gallinaria, dont Varron vante les volailles, et qui 
servit de retraite à Saint-Martin de Tours, retient 
encore son ancien nom avec une légère altération 
dans celui de Gallinara ^. Alhium intemelium est 
Vintimille. 

Genuay Gènes ^. 

Tigulia, Trigosa. Pline fait aussi mention de Ti- 
gulia, et lui attribue Segeste^ Sestri di Levante, 
sur la côte ^. 

Entellaflu^. ost, probablement l'embouchure de 
la rivière Lavagna, qui coule à Chiavi. 

' Outre les auteurs cités ci-contre sur Monœci portas , voyez 
Tacit., Histor., lib. m, c. 42- — Mamertinus, in Genethliaco Maxi- 
miani ^ugusti. — Stephanus. — Le passage d'Ammien, lib. i , cap. 6, 
paraît être relatif à VHercuUs portas, ainsi que celui de Julius Ob- 
sequentius, in Prodigiis. — Valer. Maxim., i, 6. — Silius Italiens, 
I, 585. — Lucan., Phars., i, 4o5. 

' Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 6i (68), édit. Bert. 

' Voyez ci-dessus, partie i, ch. 6, tom. i, p. i43. — Sti'abo, iv, 
202. — Plin., ni, 5. — Pomp. Mel., ii, 4- — Tacit. , /Tw/., n, ï5. — 
Flav. Vopisc, Vit. Procli. 

* Varro, de Re rustica, ui , 4- — Columell., vi, 2. — Sulpicius 
Severus , in Vita sancti Martini , c. 6. 

' Voyez ci-dessus, partie i, ch. 7, tom. 1, p. i65. — Pomp. Mel., 
H, 4. — Plin., m, 5. — Val. Maxim., i, 6. — Tit. Liv., xxvni, 46; 

XXX, I. 

^Plin., III, 7, tom. II, p. 174, edit. Lem. 



108 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Macrajlw.y la Magra, qui formait la limite à 
l'ouest auprès de son embouchure. Ptolémée men- 
tionne encore Erj-cis portus et sinus , le porto 
Lerici, et le golfe de Spezia, et enfin Veneris portus, 
porto Venere '. 

Dans l'inlérieur : 

Sahdta, Savone : c'est la ville nommée Savo par 
Tite Live, et qui était sur la hauteur, ce qui a causé 
l'erreur de Pioicmée, qui met celte ville dans l'inté- 
rieur des terres. Le Vada de Cicéi'on est Vado : et 
Vada, portus Sabatorum, et vada Sabalia dans 
Pline et dans Strabon , dans l'Ilinéraire, désignent 
tantôt le port de Savone, tantôt le port de Vado 
qui se trouvait auprès '. 

PoUentia , Polenza, près Bra, un peu au-dessus 
du confluent du Tanaro et de la Sture. Celte posi- 
tion est confirmée par des inscriptions trouvées dans 
cet endroit même , et par les ruines encore existantes 
de la ville ancienne, célèbre par ses laines ^. Piine,^ 
Suétone, Orosius et Silius Italicus, en font mention. 
La position de cette ville se trouve encore démontrée 
par les mesures de la route tracée dans la Table de 
Peulinger, qui part de Turin , et aboutit à Alba 
Pcmpeia, en passant par PoUentia ^. 

Jsla colonia, Asti. Sa position est démontrée par 

' Ptolem., lib. m, p. 64 (71). 

' Sirabo, iv, 202, et lib. v, p. 217, trad. franc., tom. 11, p. 157. — 
Tit. Liv , xxviii, 46. — Cicero, Epist. ad fani. — Pliii., m, 5 — 
Ponip. Mcl. , II, 4- — •î»l- Capitol., l^ita Post. Cliabrol, Stntist. 
de Monteiiolte, t. ir. — Conférez la Carte, beau travail géodésiqiie. 

^ Pliu., 111, 7 (5). — Coliini., VII, 2. — Orosius, vu, 57 — Silius 
Italicus, viii, 599. — Claud., de Bello geiic, 6o5. — Cassiodor. , 
Chron. 

* Voyez V Analyse des Itine'raires , tom. m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 109 

la route romaine dont je \iens de parler. Cette yillç 
est aussi mentionnée par Pline et Claudlen '. 

jélba pompeia, Alba. Pline nomme ses habitans 
Àlhenses pompeiani. Ce lieu est connu comme ajant 
donné naissance à l'empereur Pertinax'. La position 
de celte ville, ainsi que celle de la précédente, se 
trouvent démontrée par la route qui part ^ /esta. 
Asti ou de Derthona, Tortone, et aboutit à Turin, 
en passant par Pollentia. Alba doit son surnom au 
grand Pompée, comme le prouve une inscription 
publiée par Spon. 

Libaina, Lavezzara , près de Declmo , aussi men- 
tionnée par Pline ^ 

La position de ces dififérens lieux se trouve démon- 
trée par les mesures des Itinéraires ^. Je dois seule- 
ment observer que le nombie de milles qui , d uis la 
Table , exprime les distances de tous les lieux qui se 
trouvent entre Geniia, Gênes, et vada Sabbat la y 
Vado, est trois fois plus grand que la distance réelle qui 

' Ptolem., p. 64 (71). — Plia., m, 7 (5). — Claud., Sextus consul. 
Hon., V. 2o5 : 

.... Hai-tensis humus Jlnret et Àlhinganus. 

Voyez Duranfli, Dissert, sopra Erricn d' Asti ,.tom. 1. — Mémoires 
de r Académie impe'iinle de Turin, lom. iv, p. 65o. 

' Plin., m, 7, loin, it, p 76, édit. Lemaire. — Ploloni., lib. irr, 
cap. I, p (J4 (71): eclit. ïîeit. — Dio Cassius, 83. — Zon., Ann. 11. 

— Nous avons diverses itisciiptions jolalivcs à Alba pompeia, qui 
prouvent que cette ville avait le titre de munici|)e. Voyez Durandi, 
Piemniite cispndano, p 198, et Spon, Miscell. ant., i65. 

' Plin., m, 7, toni. m, p. 76, édit. Lemaire. 

* Voyez toni. m de cet ouviage — Durandi, Vicmnnte cispndano 
aniico, p. i45, et Franchi, Pont' deli antichilà di Pollenza, dans les 
Me'm- de l' Académie de Turin pour les années i8o5 à 1808, p. 52 1 ; 
Turin, i8og, partie des beaux-arts et de la littérature. Voyez p. 425. 

— Cicero, lib. x, epist. 55. 



110 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
existe entre ces deux points extrêmes'. Aussi tous 
les auteurs qui ont écrit avec le plus de succès sur la 
géographie ancienne de ces contrées ont regardé 
comme entièrement fautive cette partie de la Table , 
et en ont rejeté les données comme erronées et inu- 
tiles '. Cependant elles sont exactes; personne n'a 
vu qu'il y avait dans cet endroit trois Itinéraires mé- 
langés ; lorsqu'on les a démêlés et séparés , toutes 
les distances se trouvent conformes à ce qu'exige le 
terrain ; les noms et les positions modernes corres- 
pondent parfaitement avec les noms anciens et les 
positions anciennes ^ ; et cette partie de la Table 
fournit alors, plus qu'aucun autre monument, des 
moyens de démontrer mathématiquement la position 
de tous les lieux anciens situés sur ce rivage , et dont 
les historiens et les géographes de l'antiquité ont fré- 
quemment fait mention. 

N'oublions pas de remarquer que, dans l'énumé- 
ration des villes de la Ligustique ou de la Ligurie, Pto- 
lémée ne suit point l'ordre indiqué par la géographie 
naturelle; il paraît au contraire s'être laissé guider 
par des origines historiques , lorsque d'une part il 
attribue aux Taurini le district d^ Augusta Vagien- 
norum, ou città di Benè, et ceux àilria, Voghera, 
et de Derthona, Tortone ; tandis qu'il donne aux 
Ligures y Asta, Asti, Alha pompeia, Alba, Pol- 
lentia, Pollenza'*, c'est-à-dire toute la plaine qui sé- 
pare les Vagienni et les Taurini du territoire de 

• Tabula peutin^ci'., §. 2, F; §. 3, D. 

' Durandi, Piemnnte cispadano, p. 97. — G. L. Odorico, Lettere 
iigusfiche, p. 56. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

* Ptolernaeus, Geogr., lib. m, cap. i, p. 61 (68). 



PARTIE II, CHAP. IV. 111 

Derthona, Tortone, et â^Iria, Vo£»hera '. Cette di- 
vision de la Ligurie, en Ligurie propre, et en terri- 
toire des Marseillais, donnée par Ptolémée, se re- 
trouve aussi indiquée dans Pline. Cet auteur ', après 
avoir mentionné Nicœa, Nice, les peuples des Alpes 
nommés Capillati, Chevelus, les Vediantii, auxquels 
il donne Cemenelion , Cimiers, pour capitale, et le 
portus HercuUs, et le portus Monœci, ajoute incon- 
tinent Ligustica ora, (( les rivages de la Ligurie, » 
indiquant par-là que ces rivages ne commencent qu'à 
partir de ces lieux, qui étaient à l'ouest du Tropœa 
Augustl , et ceci est conforme à Ptolémée; mais 
Pline ^ mêle une division historique avec une division 
géographique , en faisant mention des Liguriens les 
plus célèbres '* au-delà des Alpes , qui sont : les Sal- 
luvii, les Deciates et les Oxyhii, dont la position est 
reconnue à l'ouest du Var. Cependant ceci est encore 
conforme à Ptolémée, et indique que les limites de 
la Gaule transalpine et cisalpine étaient mal détermi- 
nées, indécises, et qu'on continua long-temps après 
Auguste à renfermer dans l'Italie les peuples des 
Alpes. En combinant ce que disent Strabon et Pline ^ 
dans leur description de l'Italie, il résulte évidem- 

■ Pline a bien soin de nous apprendre que les Taurini étaient 
d'origine ligurienne : « Augusta ïaurinorura antiqua Ligurum 
« stirpe, M lib. m, cap. 21, tom. 11, p. 180, édit. Leniaire. 

' Plin., lib. m , cap. y, tom. 11 , p. ya, édit. Lemaire. 

' Plin., lib. m, cap. y. — Sur Cemenelium , voyez Cluver , Italia 
antiqua, tom. i , p. 66. — La position de Cemenelium à Cimiers , ou 
Saint-Pons, est prouvée, ainsi que je l'ai observé, par les mesures 
des Itinéraires. — Sur les antiquités qui s'y trouvent encore , con- 
sultez Millin, Voyage dans les départ, méridionaux, tom. u, p. 548. 

■* Yoyez ci-dessus, part, i , cli. 2 , tom. 1, p. 56. 

' Strabo, lib. ui, 7, et Plinius, lib. iv, p. 202, et lib. v, p. 218. 



112 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
ment que cette nation des Ligures, qui autrefois 
avait habité avec les Ibères tout le rivage méridional 
de la Gaule, occupait encore du temps d'Auguste, et 
dans le siècle qui suivit, tout le district moiilagneux 
compris entre la livière d'Argens, dans la Gaule 
transalpine, et les sources de l'Arno : division histo- 
rique qui comprenait une partie de la Province ro- 
maine ou de la Gaule narbonnaise, ainsi que toute la 
Li^urie et les montagnes qui appartenaient à la fois 
à rÉlrurie et h la Gaule cispadane '. 

Mais nous ne nous occupons ici que de la Ligurie 
considérée comme division géographique et conte- 
nue , ainsi que nous l'avons prouvé, entre le Var et 
la Macra. 

Pline commence l'énumération de cette partie par 
l'intérieur ' des terres, en conservant l'ordre géogra- 
phique et en se dirigeant d'occident en orient; et 
comme il vient de mentionner les Oxyhii et les 
Deciates au-delà des Alpes, il ajoute : « Citra (de ce 
côté-ci des Alpes), » sont : 

Les T^eneni , que je crois devoir placer, avec Du- 
randi ', dans le val de Yinadio, près du val de Stura. 

Les J^agienni, issus des Tarini ou Taurini. Il y a 
dans les éditions de Pline a et Catiirigibas orti T'a- 
gicnni , » mais Catun'gîbas est une conjecture d'Her- 
molaûs, et Hardouin ^ nous apprend que tous les 

' Conférez ci-dessus, pnrt t, cap. 7, tom. i, p. iGi. Suv Albiutn 
intemeliuni, la capitale des Inlcnirlii, dont \ intiniille conserve en- 
core le nom et la position, voyez Mura'.oii, Inscript., p. 10, 21 et 22. 

^ Plin. , iib. iir, cap. 7 (5), toni. ir, p. ^5, edit. Len). 

' Durandi , Disseitazinne délie antiche ciltà cli Pedona, Ca- 
burrn, e(c ; Torino, 1769. 

^ Hardouin. apud. Pliu., m, 7. Conférez t. 11, p. 75, édit. Lena. 



PARTIE II, CHAP. IV. 113 

ïïiailuscrits portent ex Turrls orti Vagienni , et il 
faut corriger ex Taurinis orti Vagienni. En effet, 
Ptolémée qui, ainsi que je l'ai remarqué', n'admet 
pas la division d'Auguste , et qui décrit chaque peuple 
isolément , sépare les Taurim, de la Ligurie propre- 
ment dite; et outre Augusia Taurinorum, Turin, 
leur capitale, il leur attribue encore Augusta fa- 
giennorum, città di Benè; Iria, Voghera; et Der- 
thonay Tortone ' ; une communauté d'origine a pu 
seule, ainsi que je l'ai dit, engager Ptolémée à établir 
cette division qui contrarie l'ordre géographique : 
son texte confirme donc la remarque de Pline, et 
justifie la manière dont je rétablis le texte de ce 
dernier auteur. 

La capitale des V^agienni , Augusta Vagienno- 
rura > a été mal placée par d'Anville ^ à Vico , près 
Mondovi. Durandi à très bien prouvé '^, d'après des 
monumens du moyen âge et des débris d'antiquités 
trouvés sur les lieux, (\vi Augusta T^agiennorum 
occupait l'emplacement de cittk di Benè, un peu à 
l'est de Fossano. Dans le moyen âge , au lieu di Au- 
gusta Vagiennorum j on a dit Bagiennorum ; ce 
nom s'est converti en celui de Bagienna , et depuis , 
par corruption, on a fait città di Benè. Il y a peu 
d'exemples d'un mot dont l'étymologie soit mieux 
démontrée , et cependant plus éloignée du mot pri- 

' Voyez ci-dessus, p. 109, et Ptolem., Geogr., lib. m, cap. i, 
p. 64(71). 

■ Voyez ci-dessus, part, i, eh. 7, tom. i, p. i65 et 164. 

' D'Anville, Geogr. anc, p. 48, édit. in-folio, tom. i, p. 176, de 
l'édit. in-i2. 

■'Durandi, Dissertazioni sopra le antiche città di Pedona, etc. , 
p. 81 , et Piemonte cispadano antico, p. 180 et i8r. 

II. 8 



114 GÉOGRAPHIE ANCIENI^E DES GAULES, 
mitif. Des inscriptions rapportées par Durandi font 
voir qu'à une époque postérieure à Pline , et par- 
conséquent au siècle d'Auguste , cette ville a pris le 
nom de Jidia Augusta Kagiennorum. Les preuves 
de Durandi, à cet égard, paraissent positives; mais 
l'abbé Oderico ' observe cependant qu'il eût été à 
souhaiter que Durandi se fût donné la peine de ré- 
futer Holstenius , qui regarde comme la Julia Au- 
gusta Kagiennorum la même ville que celle dont 
il est fait mention dans Hjginus % sous le nom de 
colonia Augusta , et dont la situation entre ^cw^a^, 
Asti , et Opulentia, se trouve indiquée par cet auteur. 
Holstenius et l'abbé Oderico, d'après lui, pensent 
qu'au mot Opulentia on doit substituer Pollentia. 
11 s'en suivrait , dit Oderico , qvL Augusta J^agien- 
noruTïi ne serait ni à Saluées, ni h Ostana , ni à Benè, 
et serait situé entre H as ta , Asti, et Pollentia ^ 
PoUenza. Mais dans notre édition d'Hjginus on ne 
trouve ni le nom di Opulentia, ni quatre autres noms 
géographiques que cite Holstenius comme existant 
dans la sienne, et qu'il corrige, selon nous, à tort; 
il n'a pas fait attention que les lieux qui formaient 
les limites d'une commiune devaient être des lieux 
obscurs, et qu'il n'est pas étonnant de ne les trouver 
mentionnés nulle part ailleurs. En effet, en con- 
sultant la neuvième feuille de la belle Carte des Alpes 
de M. Raymond, nous trouvons du côté des mon- 
tagnes, sur ce qui a dû former la limite à' Augusta 
Vagiennorum, ou citta di Benè, Cisone, qui corres- 

' Oderico, LeUere ligustiche, p. 64 et 65. 
■ ' Hyginus, de Limit. Const., p. 166, édit. Goez. — Holsten., 
Annot. in Ital. ant., p. 12. — Oderico, LeUere Ligustiche, p. 64. 



PARTIE IT, CHAP. IV. 115 

pond aux Cesienses d'Hjginus; Mulazzano, à mons 
Masuinus , Somano, à Geminus. \^e Jumarus flu^fius 
est le Tanarus jiuvius , comme le conjectiue avec 
raison Holstenius; le mons Mica qui se trouve dans 
l'édition d'Holstenius , comme dans la nôtre, est 
Moncucco, et fines y iruxentinorum , qui se trouve 
dans notre édition , et n'est pas mentionné par Hol- 
stenius, sont les deux petits hameaux contigus de Fre 
et de Sciandini sur la rivière Pelio. Enfin, Opulentia 
est Puloti ; mais si l'on préférait corriger ce nom, et 
lire Pollentia, qui empêche d'appliquer ce nom au 
Potentia ou Polentia de certains manuscrits de Pline, 
surnommé Carrea ' , qui paraît devoir être placé 
à Carrù '? De cette manière, la situation àiAugusta 
Vagiennoruni, ou de la co/o/^m^w^w^-to, mentionnée 
par Hjginus, à città di Benè, se trouve d'accord avec 
l'indication qu'il nous donne, avec les monumens 
trouvés sur les lieux, et avec les textes de tous les au- 
teurs qui ont parlé de cette ville. Durandi a pareille- 
ment très bien démontré ' par plusieurs inscriptions 
romaines trouvées à terra di Bennette ou Benne, que 
Bagiennœ ou V^agiennœ était différent des Vagien- 
nenses ou ^ Augusta J^agiennorunx. Cette terra di 
Bennette ou di Benne est à l'ouest de Cuneo, et était 
nommée dans plusieurs actes Bagienna superior. Il 
serait très possible que ce lieu, qui avait conservé le 
nom du peuple, fût l'ancienne capitale des Vagienni, 
qui aurait ensuite été effacée par la colonie romaine 
appelée Augusta T^agiennoruni , nom qui semble 

' Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 7, tom. ir, p. ^5, edit. Lem. 
' Durandi, Piemonte cispadano antico, p. 172, 3i4. 
' Id., p. 172, 



116 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
indiquer une fondation récente. Tout le pays qui 
était occupé par les Kagienni est nommé Yiozena 
encore aujourd'hui , et dans les actes du xi^ siècle , 
Vigenna in Viziennis , et postérieurement Via- 
%enis et Viagena. Durandi ' a donné, dans un grand 
détail, les limites modernes du canton qu'on nomme 
Viozena '. 

Parmi les lieux dépendans des Vagienni, on doit 
citer trois "villes ou monumens mentionnés sur une 
inscription trouvée en lySo, dans la chapelle de 
San Lorenzo, près de Garaglio, et publiée par Du- 
randi. Ces trois lieux sont Pedona, qui estBorgo, 
di San Dalmazzo; Cahurre , qui est Cavor, château 
près de Bagnolo, dans la vallée de Lucerna ; Ger- 
manicia '*, qui est Caraglio. A ces trois villes on doit 
encore ajouter colonia Bredulensis , dont l'existence 
et la position sont démontrées par une inscription 
trouvée à Brolongo , que l'on sait être le Bredulum 
du moyen âge, et avoir été la capitale du fameux 
comté de ce nom ^. 

A la suite de Pedona ou de borgo di San Dalmazzo, 
il est encore question, dans une inscription rapportée 
par Durandi , d'un lieu nommé forum Céréale. Le 

' Id., Mémoires de l Académie impériale de Turin, lova., iv, 
p. 196. 

' Id. , délie Antiche contese di Pastori, di val Tanaro e di val 
d Arosio ; Mémoires de l Académie des Sciences de Turin pour 
les années 1809 et 1810, littérature, p. ig6. — D'Anviile, Gaule, 
p. 2i5. — Yoyez ci-dessus, tom. i, p. i65. 

' Id. , délie Antiche ciiià di Pedona, Caburro, Germanicia, etc. ; 
Torino , 1 769 , p. 3. 

* Id. , Piemonte cispadano antico , p. 126. 

' Durandi, Piemonte cispadano., p. 81. 



PARTIE II, CHAP. IV. 117 

savant géographe piémontais place ce lieu, avec beau- 
coup de vraisemblance, entre Cartignano, Paglières 
et Dronero '. 

Les T^agienni , dont la capitale était située dans la 
plaine, s'étendaient donc, ainsi qu'on vient de le 
voir, vers le midi, dans les vallées des Alpes ligu- 
riennes; voilà pourquoi Silius Italicus dit : a Les 
Kagienni épars sur les flancs des rochers ' . n 

Suivant Pline ^, ces peuples s'étendaient jusqu'au 
Vesulus raons ou le mont Vise , célèbre dans l'an- 
tiquité comme renfermant les sources du Pô. Pline 
vante la vue de ces sources, et parait avoir connu le 
petit lac qui est entre le grand pic du Viso et le petit 
pic, nommé Visoletto, c'est là le Padi fons de l'an- 
tiquité; mais l'existence de l'autre source du Pô , ou 
le petit lac qui est immédiatement au pied du grand 
pic , et se trouve plus élevé , parait avoir été ignorée 
des anciens. Virgile parle dans ses vers des pins du 
mont Vésule ''^ Ceva ^, renommée par ses fromages, 
était située sur le territoire des T^agienni , ainsi que 
nous le démontrerons ci-après. 

Les Statyeïli. — Nous avons déjà fait mention de 
ce peuple et de la destruction de son ancieime capi- 
tale, Carfstiun, située à Cartosio. Pline, dans l'énu- 
mération des villes de la Ligurie , mentionne la 
nouvelle capitale, qui est aquœ Statyellœ ; la position 
de cette ancienne ville est, ainsi que nous l'avons dit, 

' Duraadi, Piemonte cispadano , p. ii6. 

' « Spai-si per saxa Vagienni, » Silius Italiens, viii, 607. 

' Plin., III, -20 (16), lom. u, p. 174, edit. Loin. 

* Viig., .Encid., X, 708, tom. iv, p. 170, edit. Lein. 

' Plin., lib. XI, 97 (4-?.); tom. iv, p. 56q, edit. Lemaiic. 



118 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
déjà prouvée par les mesures d'une route de la 
Table ^ Les Statfelli s'étendaient jusqu'à la rivière 
Orba, et confinaient aux J^cllejati^. 

V^ihelli. — D'après l'ordre qu'observe Pline, nous 
devons chercher les Vibelli ^ à la gauche des T^a- 
gienni et du Pô : non loin de la source de ce fleuve, 
nous trouvons des traces de leurs noms dans ceux 
de Bibiana , d'Envie et de Revello , aux environs de 
Saluzzo , et une inscription trouvée à Revello et 
rapportée par Durandi '* détermine dans ce lieu la 
position de Vibii forum. Pline ^ et Solin ^ disent que 
c'est dans les environs des Forovihienses que le Pô 
se cache sous terre et qu'il renaît ensuite; ce phéno- 
mène n'a précisément lieu, suivant Durandi, qu'aux 
environs de Revello. Tout porte à croire i\vie forum 
V^ihii était la capitale des Vibelli , et on doit con- 
sidérer le Pô , jusqu'à sa source , comme formant la 
limite de la neuvième et de la onzième région : la 
neuvième région remontait vers le nord par une 
partie de la bande des Alpes qui lui appartenait. 
Vibii forum se trouvant limitrophe de ces deux 
divisions, on ne doit pas s'étonner de voir Pline 
faire ici mention des Vibelli, qui s'étendaient au 
midi du Pô, et, parconséquent, dans la neuvième 

' Tabula, §. 2 ; et V Analyse des Itine'r. , tom. m de cet ouvrage. 

' Voyez Strabo, lib. v. — Brutus apud Gicero, Epistol., lib. xi. 
— Plin., lib. XXXI, cap. 2. — Paulus Diaconus, Rerum langobardi- 
lar., lib. 11, cap. ly. 

' Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 7. — Brottier a préféré, à tort, 
la leçon de quelques manuscrits qui portent Bembelli. 

•* Durandi, Piemonte cispadano anlico, p. 122. 

^ Plin., lib. m, cap. 20 (16); tom. ii, p. 170, edit. Lem. 

"^ Solinus, cap. 8. 



PARTIE II, CHAP. IV. 119 

l'égion qu'il décrit, tandis qu'il mentionne f^ibii 
forum j situé au nord du Pô, dans sa description de 
Ja onzième région où elle se trouvait réellement. 
Nous aurons occasion de remarquer encore qu'Au- 
guste, dans sa division de l'Italie, a eu plutôt égard 
aux limites naturelles qu'à celles des peuples. 

Après les Vibelli , Pline nomme les Magelli^ , qui 
se placent naturellement aux environs de Macello , 
dans la -vallée de Pignerol. Pline est le seul auteur 
qui parle des Magelli ^ et c'est contredire son texte 
que de les placer, comme a fait d'Anville % dans les 
Apennins de l'Étrurie, dans le val de Mugello, au 
nord-est de Florence^, et d'en faire un peuple con- 
sidérable'^. Depuis que Pline a indiqué par le mot 
citra (de ce côté-ci des Alpes), qu'il repassait en 
Italie, il ne sort pas un instant , dans sa description , 
des limites de la Ligurie ; c'est donc d'abord entre le 
Var et la Magra , et ensuite vers les rivières qui con- 
tribuent à former le Pô à sa naissance, que nous 
devons chercher les Magielli , puisque c'est entière- 
ment de ce côté que nous porte l'ordre de la des- 
cription de Pline. Ainsi que nous l'avons déjà ob- 
servé, deux lieux très anciens, situés de ce côté dans 
le val San Martino, nous font retrouver le nom et 

' Plin., lib. m, cap. 27, tom. 11, p. ^5, edit. Lem. 

' D'Anville, Gebgr. ancienne, p. 5i, del'édit. in-folio, ou tom. r, 
p. i8g, de l'édit. in-12. 

' Cramer ( Geogr. andhist. Descript. ofanc. Italy, tom. i, p. i84] 
considère comme une corruption du mot de Magiclli le mot d(; 
Mugialla, que l'on trouve tlans Piocope [de Bello gelicn, iir), et 
place ces peuples, à l'exemple de d'Anville, dans le val de Mugello. 

* D'Anville, Gcogr. anc. abvc'^e'c, p. i5i de l'édit. in-fol. ; tom. 11 , 
p. i5i, de ses œuvres, publiées par de Manne, i854, in-4". 



120 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
la position de ces peuples. C'est Macello et Majers, 
nommés clans les chartes du ix* siècle curie Magello 
et loco Macello y et dans d'autres, Mazadelem et 
Magedellum \ 

Eburiates '. — Il a déjà été fait mention de ce 
peuple dans une des époques précédentes % et après 
avoir placé tous les autres , il ne leur reste plus que 
le comté d'Asti : le lieu nommé Eburias , dans 
le moyen âge, aujourd'hui Burio, situé à 6 milles 
géographiques au midi d'Asti, convient à cette po- 
sition. 

Les Casm.onates'* habitaient la partie inférieure 
de l'antique territoire d'Acqui, qui forme aujourd'hui 
celui de la ville d'Alexandrie. Au-dessus de cette 
ville , entre la Bormida et l'Orba , était l'ancien lieu 
appelé Casmonium dans le moyen âge, ensuite Gas- 
Tnonium, et dans des temps plus modernes, Gasmun- 
diuiïi; ù ce lieu a succédé celui de Castellazzo ^. 

Au nord-^est des Casmonates habitaient les Marici 
et lesZcew. \iÇ,?>Lœviy étant au nord du Pô, font partie 
de la Gaule transpadane, mais les Marici qui ont 
bâti Ticinurriy Pavie , font partie de la Ligurie ^. 
L'antique lieu de Marengo, nommé petra Marazzi, 
près la rive gauche du Tanaro, entre Pavone et Mon- 
castello, conserve encore le nom de ce peuple, qui, 
avec les Z^w, occupait aussi la partie du diocèse 

' Durandi , Piemonte cispadano antico, p. 46. — Notizia dell'an- 
tico Piemonte traspadano , p. 22. 

' Plin., Hist. tiat., lib. m, cap. 7, tom. ir, p. 74, édit. Lem. 
' Conférez part, i, ch. 7, tom. 1, p. i6i. 

* Plinius, lib. m, cap. 7, tom. 11, p. 74, édit. Lem. 
^ Durandi, Piemonte cispadano antico , p. 47- 

* Plin., Hist nnt., lib. m , c. 21 (17). Voy. ci-dessus, t. i, p. 127, 



PARTIE II, CHAP. IV. 121 

de Pavie qui s'étendait à la droite du Pô, entre Casale, 
Alexandrie et Tortone. 

Enfin, les Vellejates ou T^eliaies ' dont Pline fait 
une seconde fois mention comme fournissant des 
exemples remarquables de longévité, habitaient, ainsi 
que nous l'avons déjà dit, les collines et les montagnes 
des Apennins , au midi de Piacenza , jusqu'où s'étend 
le diocèse de cette ville et celui de Bobbio. La décou- 
verte de la Table alimentaire Veleiene, dite de Tra- 
jan, et les autres antiquités déterrées en 1760, prou- 
vent que le siège de l'antique Velleja occupait le 
même emplacement que le lieu moderne nommé villa 
Macinesso \ Mais nous reviendrons encore sur ces 
F~ellejates , lorsque nous serons arrivés à l'époque 
de Trajan. 

Pline ajoute dans sa description de la Ligurie 
le nom de plusieurs villes que Ptolémée n'a point 
mentionnées, telles sont : 

Segesta, Sestri di Levante; cette position est dé- 
montrée parles Itinéraires % et Pline attribue cette 
ville aux Tigiilli , et dit : Segesta Tigulliorum. 

Barderale , dont la situation est inconnue. Cluve- 
rius place cette ville à Pancrana , entre Voghera et 
Pavie; mais il n'apporte aucune preuve de son 
opinion , qu'il propose même comme très douteuse '*. 
La conjecture de M. Mannert ^ pour Veriua ne 

' Plin., Hist. liât., lib. m, cap. 7, tom. 11, p. 74 , edit. Lem. ^ 
lib. VII, c. 5o, tom. m, p. igi, edit. Lem., et ci-dessus, 1. 1, p. \5\. 

' Voyez ci-dessus, part, i, ch. 7, tom. i, p. i54. 

' Voyez V Analyse des Itine'rnires, tom. m de cet ouvrage. 

^ Cluverius, Italia antuiun, tom. i, p. 86. 

'Mannert, Gcogr. tler (iricrhrn und Rcemci, Ilalin , ut, (j, 
♦om. I, p. 5oo. 



122 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
peut se soutenir : Barderate, ainsi placé, se confon- 
drait avec la position à' Industria. Bardetti, en choi- 
sissant Bra, a pour lui la ressemblance du nom, 
mais ce lieu est bien près de Pollenda; c'est cepen- 
dant encore la conjecture la plus probable '. 

Industria, nommé autrefois, dit Pline, Bodin- 
coTiiagiiSy c'est-à-dire la forteresse située sur le fleuve 
Bodincus (ou le Pô); c'était son nom gaulois. La 
position de cette ville se trouve démontrée par les me- 
sures des Itinéraires, pour la route qui part de Turin 
et qui va le long du Pô. On a découvert les ruines 
de cette ville sur le penchant de la colline du lieu 
nommé Monteu di Pô, ou Montedo au midi du Pô, 
entre Yerrua etChivasso. Durandi" a prouvé que dans 
le commencement du xiii" siècle ce lieu conservait 
encore des traces de son ancien nom, sous celui 
A' Allustria y et des pièces authentiques démontrent 
que la pieve di Montedo ou di Monteu, se norai- 
mait encore dans le xiv^ siècle plehs Dustricœ. Clu- 
verius ^ a rapporté une inscription relative à Bodin- 
comagus, qui a été trouvée k Odolingo, sur les bords 
du Pô, dans le Montferrat. 

Après Pollenda '*, Pline nomme Potentia, qui est, 

' Bardetti, clclla Lin^itn dci primi abitatoii d'Italia, p. io8. 

' Durandi , Piemonte. cispadano aiitico , p. 3i4. — Ricolvi et Ri- 
vautella, il Sito dcW antica città d^ Industria scoperio cd iUustrato ; 
Torino, in-4°. 

' Claverius, lialia anliqua, tom. i, p. 86. 

* Sur PoUentia , outre la dissertation de Franchipont {Mem. de 
fAcad. de Turin, i8og, in-4°, p. 021 à 5io), il faut consulter celle 
<le Du)-andi, intitulée dclV Collegio degli antichi caccintori Pol- 
Icntini. — Sueton., in Tib., cap. 57. — Cassiodorus, in Chron. — 
Orosius, lib. vu, cap. ay. — Claudian. , Cnrm. de BcUo s^oth., in 
/*ancg., lib. vi. — Paul. Diac, lih v, c. 07, et lib. vi, c. 58. — La 



PARTIE II, CHAP. IV. 123 

dit-il, surnommée Carrea, — C'est Carrù, à l'est de 
Fossano, près de la jonction du Peso et du Tanaro ' ; 
l'analogie du nom moderne avec le nom ancien 
n'avait point échappé à d'Anville : il est fait mention 
de Cairugum dans le xi*" siècle , et on y a trouvé une 
inscription que Durandl a rapportée ^ 

Foro Fulvii^ quod Valentinura. — Cluverius et 
d'Anville regardent comme le même lieu \e Jbnim 
Fulvii et forum Valentinmn. Cependant le texte de 
Pline peut s'entendre de deux manières, et permet 
de les considérer comme deux lieux dlfférens. Je 
trouve en effet un petit lieu nommé villa del Foro, 
qui semble justifier cette opinion, déjà adoptée par 
Dellsle. Ainsi forum Fuhii se trouverait placé à 
villa del Foro , tandis que forum J^alentinum occu- 
perait l'emplacement de Valenza, où le fixent la res- 
semblance du nom, et l'ordre d'énumération con- 
servé par Pline. Si cette opinion est exacte , la Table 
de Peutinger et la Notice font aussi mention de 
forum Fulvii y mais Pline est le seul qui ait parlé de 
forum Valentinum. Comme les chiffres de la route 
où e&t forum Fulçii se trouvent omis dans la Table , 
on ne peut, par son moyen, en déterminer la situa- 
tion; mais on doit observer seulement que villa del 

laine des troupeaux des environs de cette ville était fameuse, ainsi 
que nous l'apprend Pline, lib. viii, et Martial, Epi^ramm., lib. ix. 

' M. Cramer place ce lieu à Chieri , près de Turin, et cite M. Du- 
randi; je crois qu'il y a erreur de la part de ce savant. Conférez 
a Geogr. and hist. Descript. of ancicnt Italj; 1826, in-S", tom. t, 
p. 3o, et ia carte intitulée : Italiœ antiquœ et riovœ pars septen- 
trionalis. — Voyez ci-dessus, p. ii5. 

' Durandi, Piemonlc cispadaiw antico , p. iy8. 

' Plin., Hisl. na(., lib. m, cap. 7, tom. 11, p. 75, edit. Lcm. ; Nol. 
ili^niL i/npcr., p, 184, odit. Pane, in-fol , §. 65; p. laD, edit. Lelb. 



124 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Foro se trouve exactement dans la direction des 
deux points extrêmes de cette route, qui sont : Der- 
thoiia, Tortone, etAsta, Asti. 

Pline ' , faisant l'énumération des meilleurs fro- 
mages, mentionne celui de Ceba, dans la Ligurie 
{cehaniun hic Liguria mittit). Le nom et la position 
de ce lieu ancien se retrouvent dans le lieu moderne 
nommé Çeva , sur les bords du Tanaro , et à l'em- 
bouchure du fleuve et du torrent de Cevetta , ainsi 
que nous avons déjà eu occasion de le dire '. Ceva 
était, dans le commencement du xii^ siècle, chef- 
lieu de ce comté % et la vallée était alors célèbre par 
ses fromages : ils se fabriquaient principalement dans 
un lieu nommé Qiiarrgina , nommé aujourd'hui 
Quarrzina, et situé près d'Olmea. Quark ou Quarrg 
signifie fromage en allemand, et ce rapprochement 
semble prouver que la population primitive de ces 
contrées est d'origine teutonique^, ce que des in- 
scriptions confirment ^. 

■ Plin., lib. XI, cap. 97 (42), tom. iv, p. 56g, edit. Lem. 

^ Voyez ci-dessus, p. ii5. 

' Durandi, Picmonte cixpadano antico , p. 192. 

■'Durandi, delle Anliche contesi dei pastori di val Tanaro e di 
val d' Aroica ; Mémoires de l Académie de Turin, tom. iv, p. 19g. 
— Yoyez aussi 3Iuratori, Inscriptions, tom. 11, io43, ii°3, et to45, 
n°* 4 et 5. 

^ Durandi, tom. iv, de l'Académie de Turin, p. 198 , cite le titre 
où le seigneur de Ceba, en 1121, s'exprime ainsi : « Ab unaquaque 
« domo caseatrica in Quargina sex formellas casei et totidem casea- 
« tas. » — On a découvert en 17 18, dans cette vallée, une inscription 
ainsi conçue : 

L. Pacico 

IN .ETIIERA SOLUTO 

Adesto Teutates. (Dur. , ibid., p. 24y. ) 

Cette insojÉution prouve l'identitc d'origine des Ligures, des 
Gaulois et a«r Germains. 



PARTIE II, CHAP. IV. 125 

Slrabon ' nomme au nombre des ailles de la Lii^u- 
rie, vada Sabatia, le Savo de Tite Live, et la position 
de ce lieu à Savone moderne est , ainsi que je l'ai dit , 
démontrée par les mesures des Itinéraires anciens , 
quoique la combinaison de ces mesures nous reporte 
plus souvent à Vado qu'à Savone, pour vadis Saha- 
tis. Vado est \eportus Vadis de l'Itinéraire maritime , 
et la réunion des noms de ces deux lieux en un seul , 
nécessaire pour faire distinguer ce vadum ou gué , 
ou embouchure guéable de rivière, si voisins l'un de 
l'autre, a occasioné dans les Itinéraires et les auteurs 
anciens beaucoup de confusion ^. Pline parle dans 
cette division de Derthona comme d'une ville con- 
sidérable; Velleius dit que la date de sa colonisation 
est inconnue. Plusieurs inscriptions nous prouvent 
qu'elle reçut aussi par la suite le nom de Julia; 
nous avons déjà eu occasion de la mentionner comme 
une des villes dont les Itinéraires ^ déterminent le 
mieux la position , et comme ayant occupé l'empla- 
cement de Tortone m.oderne. Il a déjà été question 
aussi de Litubium et de Carystum, qui est la même 
ville qui se trouve mentionnée dans la vie de Mar- 
cellus, dePlutarque, sous le nom de Cassidio, sans 
doute par erreur du copiste. La position de Libarna, 
de Pline, le Libarnum des Itinéraires, se trouve fixée 
à Lavezzara, par la route qui conduit de Genua à 
Derthona, Tortone, et9.Aquis, Acqui. Durandi nous 
donne connaissance, dans cette division, de trois lieux 

' Strabo, lib. iv, p. 217 ou i56. 

' Voyez ci-dessus, p. 107, et V Analyse des Itinéraires , toni. m 
de cet ouvrage. 

^ Voy. VAnal. des Itinc'r., t. m ; et ci-dessus, p. 85 ; et 1. 1, p. iTi. 
— Conférez Plin., m, 5. — Yelleius, i, i5. — Cicero, Epistol. ad 
fam., XI, ï5, •— Steph. Byzant. ; Cassiodorus, Epist., x, 27. 



126 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
anciens nommés Sedula, Testona, Pedona : le pre- 
mier se place avec assez de probabilité à pozzo di san 
Evasio, au sud-est de Casai ; le second, à Moncaglieri ; 
la position du troisième a déjà été indiquée h borgo 
di San Dalmazzo. A l'ouest était la ville àts Auriates j 
pi4s de Démonte '. 

Pline, en décrivant le rivage, nomme successive- 
ment Albiwn intemeliuni, Vintimille, et \^ jiuv. 
Kutuha, la rivière Rotta , qui coule auprès; Alhium 
ingannum, Albinga, avec la vWihre Merula, l'Aro- 
soja des modernes; Genua, et sa rivière Porcifera, 
le Polcevero ; portus Delphini , porto Fino, et sa 
rivière jiiwias Feritory le Bisagno des modernes ; 
puis enfin Tigidlia, Segesta Tigidliorum, etjlumen 
Macra, Liguriœ finis , c'est-à-dire les ruines de 
Tregosa, Sestri , et la rivière Magra, si souvent men- 
tionnée comme la limite de la Ligurie. 

Voilà toutes les villes de la Ligm^e ou de la neu- 
vième division d'Auguste , nommées dans les géo- 
graphes et les historiens de l'antiquité, à la réserve 
de celles dont les noms ne se trouvent mentionnés 
que dans les Itinéraires, et dont les positions sont 
indiquées dans l'analyse que nous en avons faite , et 
qu'on trouvera à la suite de cet ouvrage '. Quant aux 
Apuani , aux Briniates , aux Friniates , et autres 
peuples dont il a été parlé dans les époques précé- 
dentes , lors de la conquête de la Ligurie par les Ro- 
mains , et dont nous avons déterminé la position , il 
n'en est plus question dans les écrits des géographes 

' Durandi , Picmonlc cispad. antico , p. 107, 019, 552, Pedona, 
Cahurro , etc. Caburro est Cavour, lieu situé au nord du Pô, et 
dans la onzième région. — Voyez ci-dessus, p. 114. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. iir de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 127 

et des historiens de l'antiquité; soit qu'ils aient été 
détruits et dispersés, soit qu'ils aient été incorporés 
dans d'autres peuples et d'autres divisions '. 

L'ordre géographique me force de décrire la on- 
zième région a^ant la dixième, puisqu'elle se trouve 
entre cette dernière, qui est laVénétie, et laLigurie 
que nous venons de quitter. La onzième région , 
ainsi que nous l'avons observé, est nommée Trans- 
padane dans Pline % mais elle ne formait que la 
moitié de la Transpadane de Strabon ^ Comme elle 
est entièrement située dans l'intérieur des terres , 
la description de cette portion de la Cisalpine n'est 
point séparée en deux parties , comme dans Plolé- 
mée , dont l'usage constant est de placer d'abord les 
lieux qui doivent dessiner les côtes d'un pays , et de 
passer ensuite dans l'intérieur. 

Trois peuples , dans Ptolémée , se partagent la 
onzième région ou la Gaule transpadane dans le 
sens le plus restreint. 

Les Insuhres , qui sont à l'ouest des Cenomanni , 
et dont les villes sont ^ : 

No^^ariay Novarre, bâtie par les Vocontiens, sur- 
nommée V^ertacomicorii y selon Pline. Tacite nous 
apprend que cette ville avait le titre de municipe ^ ; 

' L'abbé Oderico, dans ses Lettere ligustiche, p. 29, s'éloigne à 
tort des meilleurs critiques, relativement à Dacuista et lelleia de 
Strabon. 

' Plin., lib. ui , cap. 21 (17) , tom. i, p. 7i3, de l'édit. de Franz : 
« Transpadana appellatur régie undecima. » 

' Strabo, lib. v, p. 212 (254), edit. Alm. ; tom. 11, p. 11 4, trad. fr. 

* Voyez ci-dessus sur Milan, et Muratori, Inscript., loSj, n" 5, 
et io58, n° I. 

* Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. ni de cet ouvrage , el ci- 
dessus, part. 1, ch. 2, tom. i, p. Sg, 60, 62. — Tacit, Hist., i, 70. 



128 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Mediolanum y Milan ', qui s'accrut eu splendeur 
sous la domination des Romains , de manière à riva- 
liser avec Rome elle-même '^ ; 

Conium, Come ^ ; 

Ticinujiiy Pavie, bâtie par les Lœ{>i et les Marici, 
suivant Pline '*. 

La position de toutes ces villes se trouve déter- 
minée par les mesures des Itinéraires; on doit y 
ajouter : 

Laude Pompeia, Lodi Vecchio^, qui était bien 
situé dans le territoire des Insubres, selon que le 
concevait Ptolémée , et d'après les limites qui furent 
déterminées par les Romains, mais qui, selon Pline, 
a été bâti par les Boïens lors de leur première in- 
vasion. 

Pline ^, qui parait avoir bien étudié les antiquités 
de la Gaule cisalpine, nous appiend que Comum 
n'appartenait point aux Insubres , miais aux Orohii, 
auxquels il attribue encore deux autres villes, qui 
sont Bergomuniy Bergame, et Licinii forum ^ que 
je crois être Lissone, à g milles géographiques au 
nord de Milan '. Nous avons déjà observé que Pline 
dit que Bergomum a succédé à Barra ^ ville plus 
ancienne et capitale primitive des Orobii. Nous avons 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage, et ci- 
dessus, part. I, ch. 2, p. 74- 

* Conférez Polyb., ii, 34. — Auson. — Plut. , Vit. Cl. Marcell. — 
Tacit., Hist., i, 70. — Sueton., Aug., no. — Plin., Episiol., iv, lO. 
— Strabo, v, 210 (526), edit. Alm. ; tom. 11, p. 118, delà trad. fr. 

^ Voyez ci-dessus, part, i, ch. 2, p. 70 et 566. 

* Voyez ci-dessus, tom. i, ch. 2, p. 70 et 71. 

* Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 
' Plin., lib. III, cap. 21 (17), tom. 11, p. 181, edit. Lem. 

' Voyez ci-dessus, part, i, ch. 2, tom. i, p. 74. 



PARTIE II, CHAP. IV. 129 

découvert la position de cette a 111e antique, déjà 
détruite du temps de Pline, et qui se trouvait située 
où est aujourd'hui Barra vico, entre Bartesate et le 
lago d'Annone'. Le territoire des Orohii a été par- 
tagé, par Ptolémée, entre les Insuhres et les Ceno- 
mani; il a donné Conium, Côme , aux premiers, et 
Bergomura, Bergame, aux seconds. Mais Pline, en 
nous apprenant que Bergomuni, Bergame, était si- 
tuée dans la onzième région , et Brixia dans la 
dixième , nous montre en même temps que la rivièie 
Serio formait , à l'est, la limite des deux régions, 
selon la division d'Auguste ; par conséquent , pour 
cette partie, ces divisions ne correspondent plus à 
celles que Ptolémée a établies entre les peuples *. 

Pline, traitant des différentes espèces de laine, 
nous parle de la regio Alliana, située entre le Pô 
et le Tessin ( inter Paduni Ticinumqiie amnes^ , et 
de la laine nommée reiovina, qu'on recueille dans 
son voisinage. Les commentateurs, ne retrouvant 
pas cette région nommée Alliana, ont proposé de 
corriger Pline; mais ils ont été arrêtés par les ma- 
nuscrits ^, qui tous leur ont présenté la même leçon. 
Durandi a très bien prouvé que le texte de Pline 
était exact par la découverte de plusieurs titres du 

' Voyez ci-dessus, part, i, ch. i, tom. i, p. i6. 

' Tout ceci démontre combien est erronée l'opinion du savant 
Gagliardi (voyez Parère inlorno ail aniico slato dci Cenoniani , 
p. 79), qui veut que Comum, Côme, fît partie des Cenomani , 
ainsi que le territoire des Orobii, sous le prétexte que les Orobii 
n'étaient point un peuple particulier, mais qu'ils étaient les Ceno- 
manni montagnards, ou Orobii cenomanni. Dans quel auteur ancien 
Gagliardi a-t-il vu que les Cenomani aient été surnommés monta- 
gnards , orobii ? 

' Plin. , lib. XIX, cap. 2, tom. vi, p. 36, de l'édit. Lemaire. 

n. 9 



130 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
ix^ siècle ', qui constatent l'existence d'une terre 
et d'un village nommés Allia ou Halia, h quelques 
milles au midi de Laumello, et non loin de Retovio 
ou Rebbio, qui est Retonnum de Pline ''. 

Continuons l'énumération des peuples de cette 
onzième région d'après Ptolémée; le second des trois 
peuples qui , dans cet auteur, se partagent cette 
onzième région, se nomme 

Les Salassi^, et leurs villes sont : 

Augusta prœtoria. — Aoste, que Pline définit très 
bien, lorsqu'il dit Augustay surnommée prcetoria, 
située près des deux passages des Alpes. Les routes 
du Petit-Saint-Bernard , Alpis graia^ et du Grand- 
Saint-Bernard, Alpis pennina , se joignent, en effet, 
à cette ville. Strabon nous apprend que trois mille 
Romains, envoyés par Auguste, fondèrent Augusta 
dans le lieu même où Varron avait campé '♦. 

' Darandi , Marca d'Ivrea, p. 94 et gS. 

' Le passage est curieux pour la géographie des deux Gaules, et 
nous le transcrivons en entier : 

« Cadurci, Caleti , Ruteni , Bituriges, ultimique hominum existi- 
« mantur Morini, immo vero Galliœ universaj vêla texunt.... Similiter 
« in Ilalia regionc AUiana, inter Padum Ticinumque amnes, ubi a 
« Setabi tertia in Europa lino palma : secundam enim in vicino Al- 
« lianis capessunt retovina , et in jEmilia via faventina. Candore 
« allianis seniper crudis faventina praeferuntur; retovinis tenuitas 
« summa densitasque , candor aeque ut faventinis. » 

Plin., lib. XIX, cap. 2, tom. 11, p. i55, edit. Hard. 

^ Ptolem., lib. m, cap. i, édit. de Bertius, p. 64 (71) : il y a 69, par 
faute d'impression. 

*Strabo, lib. iv, c. 6, tom. n, p. 206. — Plin., lib. m, c. 21 (17), 
tom. II, p. 180, édit. de Lemaire. — Die Cassius, Hist. rom. , 
lib. 1, c. 53. — Orose, v, 4- — L'espace occupé par la cité d' Aoste 
est au fond d'une vallée produite par la réunion du torrent impé- 
tueux qu'on nomme le Butier, avec la Doire. Selon le général 
de Locbes, l'emplacement des portes de cette ville décèle un camp 



PARTIE II, CHAP. IV. 131 

Eporediay Ivrea. — Pline nous apprend que cette 
ville fut bâtie par le peuple romain d'après les ordres 
des livres sybillins , et que le nom qu'elle porte 
désigne, en langue gauloise, un homme habile à 
dompter les chevaux '. 

Nous avons déjà vu que tous les auteurs anciens , 
et les mesures des Itinéraires , prouvent d'une ma- 
nière non douteuse la position de ces deux villes. 
Les Taurini , qui ont pour capitale : 
Augusta Taurinoruni y Turin '. — Turin est la 
seule ville , mentionnée par Ptolémée chez les Tau- 
rini, qui appartienne à cette onzième division d'Au- 
guste ; car Augusta Batienorum ou Vagiennorum , 
qui est cittk di Benè; Iria, qui est Voghera , et 
Derthona, Tortone, qu'il attribue aux Taurini , 
faisaient aussi partie de la Ligurie, ainsi que nous 
l'avons démontré précédemment ^. Pline'* ajoute au 

romain. La ville ancieane paraît n'avoir été que le camp de Varron 
agrandi. L'arc d'Auguste n'est pas la seule ruine que l'on voie à 
Aoste ; il y a encore les débris d'uil amphithéâtre. Yoyez Mémoire 
sur la vallée d Aoste , dans le Recueil de l Académie de Turin , 
tom. XXV, p. 27. 

' Plin., lib. III, cap. 21, p. 714, ou tom. ir, p. 180, edit. Lem. — 
Eporedia a été successivement appelée Eporegium, Eborea, Evo- 
reggia et Evorea ; c'est sans doute d'après une de ces altérations 
que Cluvier a imaginé un lieu nommé Lamporeggio, nom que le 
P. Hardouin a adopté ; mais ce nom ne se retrouve sur aucune carte, 
et n'a jamais été celui d'une ville de ce canton. — Voyez Muratori, 
Inscript. , p. io45, n°' 4 et 5; et tom. 11, p. io85, n° 3. — Voyez 
ci-dessus, tom. i, p. 164. 

'Sur Turin, voyez Muratori, tom. 11, p. iigo, n° 3. — Voyez 
ci-dessus, part, i, ch. i, tom. i, p. 18. — Tacit., Hist., 11, 66. — 
Appian., Hannihal, c. 5. — Polyb., m, 60. 

' Conférez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage, et 
ci-dessus, part, i, ch. 7, tom. i, p. i63 et 164. 

'' Plin., Hist. nat., lib. m, c. 21 (17), tom. ii, p. 179, edit. Lcm. 



132 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
nombre des villes comprises dans cette région Se- 
giisio , Suse , et Kihi forum , Envie , ou Revello ' 
selon Durandi. Quoique Suse appartînt, du temps 
d'Auguste, au royaume de Cottius, il n'est pas impos- 
sible que dans sa description de l'Italie , qui paraît 
avoir été entièrement géographique, ce géographe 
empereur n'ait reculé jusqu'au pied des Alpes les 
limites de la onzième division; alors Segusio, Suse, 
s'y trouvait nécessairement comprise. De même, si 
le Pô, jusque près de sa source, formait la lim^ite de 
la onzième et de la neuvième région, une partie des 
Vihelli, située au midi de ce fleuve , aura été renfer- 
mée dans la neuvième région, tandis qu'ainsi que 
nous l'avons observé % J^ibi forum , la capitale de 
ces mêmes Vihelli , se trouvait dans la onzième ré- 
gion ; alors le Cahurro de l'inscription citée par 
Durandi , qui est Cavour, tout près de castel 
Fiori , où plusieurs placent Vihi forum , appartien- 
drait à la onzième région , et ces deux lieux seraient 
situés sur l'extrême frontière de cette région , proche 
des limites de la neuvième. 

Le troisième peuple de Ptolémée, qui se parta- 
geait la onzième région, ce sont 

Les Libici j placés sous les Insubres, que Tite 
Live et Pline font sortir des Salyes ou Salluvii , 
et dont les villes sont : 

Vercellœ, Verceil , que Tacite nomme un des plus 
forts municipes de la région transpadane. 

Gaumellum, le Laumellum, des Itinéraires, ou 
Laumello. 

' Durandi, deW Antica condizione délie Vercellese , p. 53. 

" Voyez ci-dessus, p. n 4 et 117, et Durandi, Pedona, p. 2 et 7. 



PARTIE II, CHAP. IV. 133 

Nous devons ajouter encore le bourg des Ictimuli, 
au milieu des mines d'or, bourg que Strabon nous 
apprend avoir été, de son temps, dans la dépendance 
de Verceil , et dont nous avons précédemment dé- 
montré la position au confluent du torrent de la 
Vienne et de l'Elvo, entre Biella et Ivrea '. 

Reste la dixième région, qui est la plus étendue 
de toutes, qui comprenait la Vénétie de Strabon et 
une partie de la Transpadane; elle renferme, dans 
Ptolémée, cinq des divisions ou peuples, savoir : 

Les Cenomani , limitrophes des Insubres ou de 
la onzième région. 

Ptolémée ' les place sous les Veneti , et on doit 
retrancher de leur territoire la première ville qu'il 
leur attribue , qui est Bergomunif Bergame. Nous 
avons déjà fait voir que cette ville était la capitale 
des Orobii; mais Ptolémée , qui ne connaît point 
les Orohii , ne commet pas d'inexactitude. Nous 
voj'ons seulement, par son texte, qu'il renfermait 
le territoire de ces peuples dans celui des Cenomani, 
dont les autres villes , suivant lui , sont : 

Forum Jutuntorum ou Diuguntorum , dont la 
position m'est inconnue , et que Cluverius ^ place à 
Crema, sur la Serio et sur l'extrême limite de cette 
division; mais par quelle raison, on l'ignore*, puis- 
qu'on n'a pour cette position que les convenances 
du sol. Chiari , ou Urago sur l'Adda, qui en sont 
tout proches, me paraissent devoir être préférées. 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. i68. i 

' Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 63 (70), edit. Bert. 
'' Cluverius, Italia antiqua , tom. 1, p. 243. 

* Sur la carte de France des ponts et chaussées, Grema {sic) est 
sur la rive occidentale de la Serio. 



134 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Brixia, Brescia, que Tite Livc désigne comme la 
capitale des Cenomani, que Strabon classe dans les 
villes de grandeur moyenne '. 

Cremona colonia. Crémone ''. 

Kerona, Vérone, le Beron de Strabon. 

Mantua^ , Mantoue. — Mantua, sur le Mincius^ 
le Mincio , célèbre par les vers et la naissance de 
Virgile ^ , que le grammairien Donatus et Silius Ita- 
licus ^ s'accordent à placer , près de cette ville , au 
village ai Andes ; mais la position de cet ancien lieu 
est inconnue : une tradition incertaine le place au 
village de Pietola. 

Tridentuniy Trente, que Pline, d'après l'origine 
de ses habitans, classe au nombre des villes rhé- 
tiques : ces Tridentini ont donné leur nom à toute 
cette partie de la chaîne majestueuse des Alpes ®, et 
sont mentionnés, ainsi qu'on l'a vu, dans l'inscrip- 
tion du Trophée. 

• Strabo, v, Saô, edit. Almeloveen (2i3}; tom. ir, p. ii8, de la 
trad. franc. 

' Plinius, lib. m, cap. 23 (19). — Voyez plusieurs inscriptions 
relatives à Crémone, dans Muratori, Inscript., p. 1042, n° 2, et 
p. 1098, n° 5. 

^ Nous avons déjà observé que si Servius place Mantoue dans la 
Vénétie , c'est qu'il confond le pays des Vénètes avec cette dixième 
région d'Auguste dont la Yénétie ne forme qu'une portion, mais 
qui, réunie aux Cenomanni, formait la province nommée Yénétie 
de son temps. 

* Yirgil. , Georg. , 11 , 198 ; m , 10. — Mneid. , x, 198. — Ed. , 
1, 47, IX, 27. 

' Sil. Ital., vni , 594. — Mart., xiv, ep. 193. — Hieron., Chron. — 
Euseb. , II. — Donati, Fiia Firgil., tom. vu, p. 266, de l'édit. de 
Yirg. de Lem. 

^Plin. , III, iZ (19), tom. II, p. 187, edit. Lem. — Strabo, iv, 
p. 3i3 (204), edit. Alm. ; tom. 11, p. 92 , de la trad. fr. — Dio Cass., 
Liv. — Ammian. Marcell., xvi, 10. — Voyez ci-dessus, p 55, 6j. 



PARTIE II, CHAP. IV. " 135 

Butrium. — Très probablement le Bedtiacum 
de Tacite ', que les mesures de la Table déterminent 
à Casai Romano ; mais ce Butrium n'a certainement 
aucun rapport avec le Butrium , Butrio moderne , 
situé près de Raveune. Si on excepte \q forum. Ju- 
tuntorum , la position de toutes les autres villes est 
déterminée par les Itinéraires. Du temps d'Auguste, 
Verona et Mantua, Mantoue, paraissent avoir été les 
villes les plus considérables des Cenomani , et ont 
éclipsé Brixia, Brescia , l'antique capitale de ces 
peuples. Catulle, qui était de Verona, dit qu'elle 
tire son origine de Brixia : 

.... Brixia , Cynœœ supposita in spécula ; 
Flavus quam molli percurritjlumine Melo, 
Brixia, Veronœ mater amata meœ '. 

Il est probable que Vérone dut seulement un 
nouvel accroissement à une colonie de Cénomans 
détachés de Brixia, leur capitale. Dans les vers que 
je viens de citer, la plupart des éditeurs de Catulle 
ont substitué Mêla à Melo, que portent les meilleurs 
manuscrits ; ce qui a occasioné de longues discus- 
sions sur l'exactitude géographique de ce passage et 
sur l'antique position de Brescia ; car le fleuve 
Mella, qui porte encore aujourd'hui le même nom, 
ne passe pas à Brescia, mais à un mille à l'ouest , et 

' Voyez ci-après. 

' Voyez Catulle, carni. 67, ad Januam, p. 517, edit. Naudet. — 
Toute cette élégie se trouve réimprimée d'après des manuscrits, et 
longuement commentée dans l'excellent recueil de Sambuca, inti- 
tulé : Memorie criiiche intorno al antico stato dei Cenomani , p- 1 1, 
21, 102, io3, i3i, 336, 337, 420, 677. — Voyez ftiuratori, Inscript., 
toni. I, p. 495, n° 4; p. io34, n« 6 et 7 ; p. io35, n" 3 ; p. 44'» "° 4- 
— Ces inscriptions sont relatives à Brixia , et le nom de cette ville y 
est mentionné. 



136 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
le percurrit de Catulle ne laisse aucun doute que le 
fleuve dont il parle ne traversât la ville de Brescia. 
Toutes les difficultés sont levées, lorsqu'on apprend 
que le fiume Garza , qui passe à Brescia, se nommait 
Melo ', et est encore aujourd'hui vulgairement appelé 
Melone \ Les copistes, ignorant la topographie de 
Brescia , ont substitué Mêla à Melo ^, et ont évi- 
demment confondu ces deux rivières , si proches 
l'une de l'autre; mais c'est Mella qu'il fallait écrire, 
et non Mêla, ainsi que le témoignent ces vers de 

Virgile : 

Tonsis in vallihus illum 

Pastores et curva legunt propejlumina MellfE^. 

Servius , qui écrivait au vi® siècle , a fait sur ces 
vers de Virgile un commentaire ridicule^, où l'on 
voit qu'il confond de même le fleuve Melo et le 
Mella, qu'il dit être aussi appelé Amello; ce qui 
prouve que cette erreur est très ancienne. Le nom 
et la position des Gottolengi, in agro Brixiano , 
mentionnés dans une inscription rapportée par Mu- 
ra tori, se retrouvent dans un petit lieu nommé Go- 
dolazzo sur nos cartes modernes ^. 

' Capreolo, de Rébus hrixian., lib. iv, p. 20. 

' Sambuca, p. aS et 129. — Comme on ne pouvait expliquer les 
vers de Catulle, on a prétendu qu'ils n'étaient pas de lui. 

^ Gagliardi [Parère iiit. ail. antico stato dei Cenomani, Padova, 
1724, in-12, p. 148) cite cinq manuscrits qui portent 71/e/o (voyez 
Sambuca, p. i3i); et p. 20, il dit que l'édition princeps de 1472 
porte aussi Melo. 

< Virgil., Georg., iv, 278. 

' Voyez Servius, apud Virgilium, edit. Burmanii, tom. 1 , p. 484- 

* Voyez Muratori, Inscript., tom. i , p. 480, n° i , et la Carte de 
la Lombardie, par Zannoni. Il place Godolazzo à viugt-six milles 
géographiques au nord de Brescia , et sur la même rivière : per- 
sonne avant Gagliardi n'avait, ce me semble, remarqué ni commenté 
cette inscription. 



PARTIE II, CHAP. IV. 137 

D'après une inscription qui existait, et qui existe 
peut-être encore sur le mur extérieur de Vobarno 
ou Bobarno, au nord de Brescia , et non loin de 
Salo ', il est évident que l'Italie et le territoire des 
Cenomani se terminaient dans cet endroit. L'in- 
scription fait mention de J^oherna, injinihus Italiœ; 
or le Vohema de l'inscription est bien évidemment 
Vobarno moderne : je remarque sur la Carte de la 
Lombardie par Zannoni, un peu au midi de Vobarno, 
un lieu nommé Termini qui indique une limite". 
Celte limite est encore celle qui est marquée sur 
cette carte pour le Brescian moderne. Sous Auguste, 
à l'époque dont nous traitons, les géographes englo- 
baient la plus grande partie des Alpes dans l'Italie ^ ; 
mais à î'époque plus rapprochée de nous, quoique 
déjà fort ancienne , de l'inscription romaine que 
nous avons citée, les limites de l'Italie, de ce côté, 
étaient les mêmes que celles du Brescian moderne et 
de la république de Venise dans cette partie. D' An- 
ville a oublié sur sa Carte de l'Italie ancienne ce nom 
important de Koherna^ , quoiqu'il n'ait point omis 
celui ôHEdrurriy qui ne nous est pareillement connu 
que par une inscription qui fait mention des Edrani^. 
On retrouve la position et le nom à'Edrum encore 

' Voyez Cluverius, Italia antiqua, tom. i, p. io8. — Sarabuca, 
p. 119, 174 6t 206. 

' Zannoni, Carta délia Lombardia, n" 2, quatre feuilles, et 
Zach, Duché de Venise, quatre feuilles. 

' Voyez ci-dessus, p. 21, i5i, i35. 

* Voyez Italia antiqua de d'Anville. — Gagliardi , dans la petite 
Carte des Cenomani, qui est à la p. 206 du recueil de Sambuca, et 
Cluverius, dans sa Carte (voyez tom. 1, p. 1 10, de son Italia antiqua), 
n'avait point omis Voberna. 

' Cluverius, Italia antiqua, tom. 1 , p. 108. 



138 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
€xistaiit daiis Idro moderne. D'autres inscriptions 
nous font également connaître de ce côté Sabiiim , 
qui est Sabio moderne, capitale des Sabini ou du val 
Sabbia ' ; Leuceris, mentionné dans la Table théodo- 
sienne, que d'Anville place à Lovere "^ ; et enfin Tuscu- 
lanum, dont Toscolano moderne, sur le lac Garda, 
conserve encore le nom et la position. Cluveriusdit, 
avec raison, que cette dernière ville a dû être le chef- 
lieu des BenacenseSy qui , ainsi c[ue nous l'avons déjà 
observé, occupaient tout le district nommé Riviera, 
le long des côtes du lac Garda ( ou Benacus lacus) , 
dans lequel se trouve compris Tusculanum ou Tosco- 
lano. Une inscription trouvée à Brescia ^ nous révèle 
encore l'existence de deux villes dans l'intérieui- des 
Cenomani , celle des V^ardacatensiuni et celle des 
Dripsinatium. Vardacatium doit être placée à Ga- 
vardo, au nord de Brescia, qui se nommait Gavai^- 
dalensiuin dans le moyen âge. MafFei place Dripsi- 
num à Tressino ; nous pencherions plutôt pour De- 
zenzano, nommée Decentianum dans le moyen âge. 
On a prétendu encore que le pagus Farraticanorum 
d'une autre inscription était situé dans le lieu même 
où cette inscription a été trouvée , c'est-à-dire dans 
la terra di Pedergnaga, dans le Brescian , à quatre ou 
cinq milles de l'Oglio , et que près de là était \ejines 

' CeUe vallée , nommée ainsi sur la carte de Bâcler d'Albe , est 
nommée sur d'autres cartes val di Sabbio et val Savallo. — Voyez 
Cluverius, Italia antiqua, toni. i, p. io8. — D'Anville a omis le nom 
(les Sabini sur sa Carte, comme celui des Bcnacenses. 

' Au-dessus du lac d'iseo; mais voyez V Analyse des Itinéraires , 
lom. III de cet ouvrage. 

' Sambuca, p. i4, ï'-^o et 244- — Gai^liardi, Padova, 1724, p 122. 
— MafFei, Vaona illustrata , liv. i. 



PARTIE II, CHAP. IV. 139 

Cremonensiuni ou les limites du territoire de Cré- 
mone ' ; mais on ne trouve aucune trace du nom 
dans les environs. Si cette inscription porte civibus^ 
comme le dit Gruter, au lieu àefinibus qu'on y sub- 
stitue, alors \q Farraticanus pagus est, suivant nous, 
la terra di Farra , h la gauche de l' Adige , ou Farra 
d'Alpajo dans le Frioul , près du lac de Santa Croce. 
Au sud de Brescia, Brixia^ entre cette ville et Cre^ 
monaj on prétend que des inscriptions ont été trou- 
vées au village de Manerbio, qui assurent à ce lieu 
la dénomination antique de Minervium '. 

L'auteur des Observations sur la Verona illustrata, 
de Mafïei , s'efforce de prouver, contre le témoignage 
de Tite Live ^, de Pline '^, de Ptolémée ^, de Justin ^, 
que Vérone n'était pas sur le territoire des Ceno- 
mani ; mais ses raisons sont si futiles, qu'on ne 
peut sans impatience en achever la lecture ' : il y a 
une classe d'érudits qui , trouvant trop difficile de 
débrouiller ce qui est obscur, passent leur vie à 
embrouiller ce qui est clair. Le territoire propre de 
Vérone s'étendait jusqu'au Pô , ainsi que semble le 
prouver un passage de Tacite ^, qui paraît placer 
Hostilia dans ce territoire : « Hostiliam , vicum 
(( Veronensium. » Mais peut-être que Tacite nous 

' Sambuca, p. 122. 

' Cramer, Ancient Ilàly, t. i , p. 64. Il cite Ital. ant., t. 1 , p. 295. 

^ Tit. Liv., V, 35, t. II, p. 190, edit. Leni., et ci-dessus, 1. 1, p. %Ç). 

* Plinius, lib. m, cap. 23 (19), tom. 11, p. 167, edit. Lem. 

' Ptolemaeus, lib. i, cap. i, p. 63 (70), edit. Bert. 

^ Justinus, XX, 4, p. 337, edit. Lem. — Voy. ci-de.ssus, 1. 1, p. Ç^. 

' Il a été, d'ailleurs, très bien réfuté par Gagliardi et par l'abbé 
Lazzarini. — Voyez le Recueil de Sambuca , p. 75 et 197 — Conférez 
Maffci, Verona illustrata. 

' Tacit., Hist., lib. m , cap. 9. 



140 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
apprend seulement, par ces mots, que Hostilia avait 
été fondé par les habitans de Vérone, et leur appar- 
tenait autrefois. Les mesures des Itinéraires, pour 
la route qui conduit de Verona , Vérone, h Mu- 
tina y Modène , déterminent la position dH Hostilia 
à Ostiglia moderne; et d'Anville même, qui met 
Vérone dans la Vénélie, place Hostilia chez les 
Cenomani \ On lit dans Pline ' que Vérone a été 
fondée par les Rhœti et les Euganei : c< Rhœtorum 
« et Euganeorum Verona. » Or, comme Pline était 
de Vérone, et qu'il se montre très savant sur l'his- 
toire et la géographie de la Gaule cisalpine, son 
autorité pour cette partie est très imposante; aussi 
beaucoup de ceux qui ont écrit sur les antiquités ^ de 
ce pays ont bâti sur ce peu de mots de grands sys- 
tèmes. Il semble, avec raison, extraordinaire que 
Pline donne une ville h deux peuples différens ; 
d'ailleurs Tite Live, qui était de Padoue, et qui, 
pour la Gaule cisalpine, ne mérite pas moins de 
confiance que Pline , attribue la fondation de Ve- 
rona , Vérone, ainsi que celle de Brixia, aux Ceno- 
mani : « V2fi jiunc Brixia et Verona urbes sunt 
K locos tenuere'*. » Ptolémée, ainsi que nous venons 
de le voir^, s'accorde avec Tite Live, et attribue 
aussi Vérone aux Cenomanni , et non aux Rhœti 
ou aux Euganei j mais dans les premières éditions de 
Pline, imprimées à Spire, en 1469 et en 1476, on lit : 
« Fertinij Tridentini, Bervenses , Rhœtica oppida. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 
' Plin., Hist. nat., lib. ni, c. 23 (19), toni. 11, p. 187, edit. Leni. 
' Voyez le Recueil de Sambuca, p. 21.2. 
* Tit. Liv., lib. v, cap. 56, et ci-dessus, lom. i, p. 66. 
Ptolem., lib. m, cap. i, p. 63 (70), et ci-dessus, p, i34- 



PARTIE II, CHAP. IV. 141 

(( Rhœtorum et Euganeorum. T^erona. Julienses 
(( Camorum . » En faisant disparaître, dans les éditions 
subséquentes, le point qui doit exister avant Verona, 
les éditeurs ont changé le sens de Pline. Le savant 
abbé Lazzarini ' a le premier, je crois, indiqué cette 
rectification , et interprété avec raison ainsi ce pas- 
sage : (f Fertini y Tridentini , Berceuses , Rhœtica 
« oppida. [^Oppida^ Rhœtorum et Euganeoriim. 
« J^erona. Julienses Camorum. -» Ainsi Pline, Tite 
Live, Ptolémée, n'offrent point de contradiction re- 
lativement à Veronay comme on se l'était imaginé. 
La première traduction italienne de Pline, faite par 
Landino, donne aussi à ce passage la même inter- 
prétation , et le savant Baïtelli ' , qui a discuté ce 
point avec érudition et sagacité, s'est aussi rangé du 
même avis; il cite nombre d'exemples de tournures 
semblables dans Pline , sur lesquelles les éditions et 
les manuscrits sont d'accord ^ 

En attribuant Tridentum, Trente, et P^erona , 
Vérone, aux Cenomani y il est évident que Ptolé- 
mée ^ recule les limites de ces peuples au moins 
jusqu'à l'Adige , et restreint d'autant celles de .'a 
Vénétie. Cette division est entièrement conforme à 
l'histoire , et se trouve d'accord , ainsi que nous 
l'avons vu précédemment dans la deuxième période ^, 
avec ce que disent Tite Live et Justin, que les Ce- 
nomani étaient au moins les seconds fondateurs de 

' Lazzarini, dans le Recueil de Sambuca, p. 21 3. 
" Baïtelli, dans Sambuca, p. 273. 

' Yoyez dans Muratori, Inscript., tom. 11, p. iog3, une inscription 
curieuse, x-elative à Vérone. 

* Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 63 (70). 

* Voyez ci -dessus, part, i, cb. 2, tom. i, p. 66 et 68. 



142 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Vérone et de Trente; il est évident, d'après cela, 
que les Cenoniani s'étendaient, vers l'est, jusqu'au 
pied des monts Euganéens , et que le torrent de la 
Gua , ou mieux le Bachiglione vecchio ( près duquel 
je trouve un petit lieu nommé Finali , au nord-ouest 
d'Esté), traçait leurs limites à l'est. Ce Bachiglione 
vecchio est nommé Reteno vers sa source ' ; c'est le 
même fleuve que YEretenus d'jï^lien ", et qui , dès le 
temps de Scylax , sous le nom à'Eridanus^ formait 
déjà la limite des Celtes (c'est-à-dire des Gaulois 
cénomans) et des Vénètes^. Tous les géographes et 
tous les auteurs anciens sont contraires à d'Anville, 
qui , dans l'intérieur, avance les limites de la Véné- 
tie, vers l'ouest, jusqu'au fleuve Tartaro ( Tartarus 
fluvius) , et comprend, par conséquent, J^erona 
dans cette division , contre le témoignage si formel 
de toute l'antiquité. D'Anville aura peut-être été 
induit en erreur par une remarque de Servius, dans 
Virgile, au sujet de YAthesis, l'Adige, où ce com- 
mentateur dit que n V Athesis est un fleuve de la 
« Vénétie, qui coule à Vérone, et qui se décharge 
« dans le Pô '^; » mais qui ne sait que, d'après la 
division de Constantin , et dans les derniers temps 

' Voyez ci-dessus, part, i, ch. 2, tom. i, p. 7 et 3i. 
' Il est question de ce fleuve sous le nom de Retenus , dès le vii° siè- 
cle, dans la F^ie de saint Martin, lib. iv, par Fortunatus : 

Si Patavina tibi pateat l'ia, pergis ad urbem. 

Hic tihi Brinta flueiis iter est Retenusque secundus , 

Ingrediens Athesin 

Voyez Cluverius, Italia antiqua, tom. i, p. \^i et 142. 

5 Scylax, 19, tom. i, p. 9.45, des Geograph. minor. , edit. Gail; 
tom. I, p. 6, edit. Huds. 

'* Servius (apud Virgil., Mneid.^ lib. ix) : « Athesis fluvius est, 
M Veronam civitatem ambiens et in Padum cadens. » 



PARTIE II, CHAP. IV. 143 

(Je l'Empire romain, la province qui prit le nom de 
Venetiay bien différente de la Venetia proprement 
dite, ou de la Venetia des auteurs classiques, s'éten- 
dit jusqu'à l'Adda '? Par conséquent, Servius avait 
raison de dire que l'Adige était un fleuve de la Vé- 
nétie, considérée comme province, parce qu'il en 
était ainsi de son temps; mais dans aucun temps les 
limites de la Vénétie antique n'ont été telles que les 
trace d'Anville. Cluverius était trop versé dans la 
lecture des anciens pour commettre cette faute; 
aussi ses cartes n'en offrent-elles aucune trace, et 
c'est l'Adige qu'il prend pour limite des V^eneti, des 
Cenomani et des Euganei \ Mais Vérone, ville des 
Cénomans, se trouve coupée en deux par l'Adige ; et 
le Retenus ou Bachiglione , ou plutôt les monts Eu- 
ganéens, forment une limite qui diffère peu de celle 
de Cluverius, mais qui s'accorde mieux avec les in- 
dications des auteurs anciens, à commencer par 
Scylax, et avec la topographie du pays et la géo- 
graphie naturelle, sur laquelle Cluverius ne pouvait 
avoir des renseignemens très exacts , parce que les 
cartes étaient encore trop imparfaites de son temps. 
N'oublions pas d'observer qn'en attribuant Tri- 
dentam aux Cenomani , Ptolémée se conforme à 

' Paulus Diaconus, Lan^ohard. rcr., lib. ii, cap. i4 : « Venetise 
n terminus a Panaoniae finibus usque Adduani fluvium protelatur. » 
— Voyez ci-après , troisième partie de cet ouvrage , où nous mon- 
trons l'influence qu'eurent ces divisions d'Auguste. Il est évident que 
la Vénétie du moyen âge n'est autre chose que la dixième région 
d'Auguste; nous avons déjà observé que c'est par cette raison que 
Sen'ius met Mantua dans la Vénétie. 

' Voyez sa Carte intitulée : Vcnetiœ , Hisirice et Canilci agri des- 
crlptio, et dans son Italia anliqua, t. i , p. 124 ; celle de Rbétie, etc., 
p. iio, et Summœ Italiœ descripiio, p. i. 



144 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
l'origine historique. Du temps de Ptolémée, et à 
l'époque dont nous traitons, Tridentum, ainsi que 
nous l'apprend Pline, n'était pas positivement ren- 
fermiée dans les limites des Cenomani , mais elle 
était la capitale des Trldentini , qui formaient un 
district séparé; de même que les Bechuni , dont 
Ptolémée fait mention à la suite des Cenomani j et 
qui , ainsi que nous allons le prouver, étaient préci- 
sément situés entre les Cenomani et les Tridentini, 
preuve évidente que ces derniers n'appartenaient 
pas aux Cenomani y dont la limite septentrionale 
doit être fixée par une ligne tirée au nord du lac 
Garda et du lac Iseo. 

Au midi des Tridentini ^ deux inscriptions nous 
révèlent l'existence des Arusnates dans le val Puli- 
cella, dans lequel ces inscriptions ont été trouvées : 
ces Arusnates ne formaient qu'un pagus ou un 
canton des Euganei. On a observé que le nom des 
Arusnates rappelle l'ancien nom des Etrusques, 
qu'on sait avoir pénétré de ce côté dans la Rhétie , 
lorsqu'ils furent chassés de leur pajs par les Gaulois. 
L« Arusnates étaient renfermés dans les limites du 
territoire des Cenomani et des Euganei, puisqu'ils 
se trouvaient dans les montacnes immédiatement au 
nord de Vérone. L'une des inscriptions relatives aux 
Arusnates a été trouvée à peu de distance de Fu- 
mane, petit lieu qui est h moins de deux milles géo- 
graphiques, à l'est de l' Adige et de Vobarno ; l'autre 
a été découverte à Sant Ambrogio '. Une inscription 
trouvée à Caldelio nous prouve ( comme le nom 
moderne l'aurait fait présumer) l'existence des eaux 

' Sambuca, p. 33 et i45. 



PARTIE II, CHAP. IV. 145 

minérales dans ce lieu , qui portait le nom dUaquœ 
Junonis ou Junonis fontes ' . 

Après les Cenomani ^ Ptolémée nomme ■ : 
Les Bechuni, à l'ouest des Veneti. — Il est douteux 
que ce nom appartienne à la période de temps dont 
nous traitons; il paraît avoir remplacé en partie, du 
temps de Ptolémée, celui à'Euganeij encore en usage 
dans le siècle d'Auguste, et qu'on ne retrouve pas 
dans Ptolémée. D'après les villes que cet auteur donne 
aux Bechuni, il est évident qu'ils habitaient la vallée 
au nord du lac de Garda, formée par la Sarca et le 
val Lazarina, ainsi que le val di Non. Ils avaient, à 
l'ouest, les Stoni, aux environs de Stenico, et à l'est 
les Tridentini ; ils comprenaient aussi les peuples 
nommés Genaunes dans Pline et autres auteurs clas- 
siques , que nous avons prouvé être les mêmes que 
les Senones de Florus ^. Voici les villes que Ptolémée 
indique comme étant situées chez les Bechuni : 

Vannia ou T^aunia , qui m.e paraît être le même 
lieu que le T^ennum de la Table ^ , se trouve dé- 
terminé par les mesures anciennes à Lavezine; ce 
T^annia n'a aucun rapport avec les Vanienses de 
Pline ^. Comme on a trouvé des restes d'antiquités à 
Cividado , dans le val Camunica , Cluverius y a placé 
Vannia, mais à tort, suivant nous ; d'Anville a suivi 
Cluverius, et place Vannia à Brena. 

' Il n'y a dans l'inscription que Junonis fontes. — Voyez Cluve- 
rius, Italia antiqua, tom. i, p. 117. 

' Ptolemaeus, Geogr., lib. m, cap. i, p. 63 (70). 

' Voyez ci-dessus, part, i, cap. 7, tom. i, p. 170 et 171. 

■* Tab. peuting., m, C, et V Analyse des Itiner., tom. m de cet 
ouvrage. 

* Voyez ci-dessus, p. 68, et Plin., lib. m, cap. 23 (tp). 
II. 10 



146 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Carraca ou Sarraca , à Sarche ou Sarcha , sur la 
Sarraca, près du lac Tobliiio. 

Bretina, à Brentonico, à l'est du lac Garda. 

Anonimn ou Aunonium , castel di Nan, dans le 
val di Non. — Le castel Nan est nommé Anagnis , 
et le \al di Non Anaunia, dans les actes du moyen 
âge '. Anoniiuiiy ainsi que nous l'avons démontré, 
était le chef-lieu des Genaunes ou Senones '. 

Les V^ettiani, à Vezzano, Tuhlinatiuni j à castel 
Toblino, et castellum F eivassium , à Vervo ^, nous 
sont connus par des inscriptions trouvées sur les 
lieux mêmes, dans le val di Non ^; ils étaient situés chez 
lesBechunîy selon la division de Ptolémée, qui réunit, 
en général , de plus grandes masses sous une même 
dénomination , et qui ne donne pas , comme Pline , 
à un seul canton, à une seule ville , le nom et l'im- 
portance d'un peuple. On voit, d'après les limites 
assignées aux Bechuni par Ptolémée, qu'au nord de 
la Vénétie la Cisalpine s'étendait jusque dans les 
montagnes des Alpes; et Pline attribue aussi à la 
dixième région d'Auguste les Fertini, les Tridentini, 
les Berunenses ^ , et les autres petits peuples nommés 
Alutrenses y Asseriates , Flamonienses , Vaniensès 
et les Culiciy dont nous avons précédemment fixé la 
position ^. Tout concourt donc à prouver que la 
Cisalpine comprenait, de ce côté, le "^"entin , le 
Feltrin, le Bellunese et le Cador, et était limitée par 
les montagnes qui bornent ces districts au nord. 

» Tartarotti, Memorie antiche di Rovereto , p. 7, 8 et Sa. 

* Voyez ci-dessus, p. Si. 

' Tartai'Otti, Mcm. aiit. di Rovei:, p. 11, 5i et Sa. 

* Plin., lib. III, cap. 20 (19), tora. n, p. 187, edit. Lein. 
' Voyez ci-dessus, p. 67 à 69. 



PARTIE II, CHAP. IV. W 

Ainsi la Carte de l'Italie ancienne de d'Anville, qui 
exclut de la Cisalpine ces trois derniers districts, ne 
s'accorde pas avec les descriptions des historiens et 
des géographes de l'antiquité. 

Ptolémée ' nomme encore , dans cette région : 

Les Veneti y dont les villes dans l'intérieur des 
terres sont ; 

Vicentia, Vicence ' Viceda de Pline. 

Belunum, Belluno ^ 

Aceduniy Azolo. — C'est évidemment YAceJum 
de Pline ^ et de Paul Diacre ^. 

Opitergium , Oderzo^. — Strabon ' nomme cette 
ville Epiterpwn ^. 

Atestey Este. — Colonie romaine dont Pline et 
Tacite ont fait mention, et dont les habitans sont 
nommés Atestini par Martial 9. 

Pataviuni, Padoue '°, qu'illustraient sa nombreuse 

* Ptolemaeus, lib. m, cap. i, p. 63 (70). 

' Voyez Muratori, Inscript., tom. ii, p. iog4, n» 5. — Strabo, 
lib. IV; V, 2i4- — jElian., xiv, 8. — Tacit., m, 8. — Plin., m, 25 (ig). 
' Plia., III, 20 (19), tom. ir, p. 186, edit. Lem. 

* Id., lib. m, cap. 25 (19). 

' Paul. Diac, Reruni laiigobardicar., lib. m, cap. 26. 

^ Vojez une inscription relative à Opitergium, Aquileia et He- 
mona, dans Siauve, Lettera sopra l'iscrizione del console Muciano, 
in-8°, Verona, 181 1, p. i5. — Wesseling, liiner., p. 280, et Tit. 
Liv., Epitome, lib. ex. — Lucan., iib. iv. — Florus, lib. iv, cap. 2. 
— Plin., lib. ni, cap. 25 (19). — Silvestri, Paludi Adriane, p. 198. 

1 Strabo, lib. v, p. 528 (214), edit. Al. ; 1. 11, p. i23, de la trad. fr. 

* Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
Wesseling, Itiner. roman., p. 281. — Voyez Muratori, p. 1029, 
n" 9, pour une inscription relative à Ateste. 

* Plin., m, aS (19); xvii, 17. — Tacit., m, 6. — Mart. x, 96, 
tom. II, p. 566, edit. Lem. 

'" Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
Mêla, lib. 11, cap. 4. — Solia., cap. 8. — iElian., Hist. anim., lib. xiv. 



148 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

et riche population , ses manufactures de drap et de 

laine, et son antique origine. 

Altininn, Altino '. — L'émule de Baies par les 
agrémens de son séjour, si l'on en croit Martial , et 
dont Strabon, Pline et Vitruve ont parlé. 

Atria, Hadria, Hatri sur les médailles, Adria 
moderne % dont nous avons fait ressortir la haute 
antiquité. 

Ainsi, le Vicentin et le Bellunese, dont la capitale 
est Belluno, faisaient partie de la Vénétie, et par 
conséquent de la Gaule cisalpine; ce qui confirme ce 
que je viens de dire sur les limites de cette grande 
division. A la réserve à'Acedum et de Belunurrif 
dont les positions paraissent suffisamment prouvées 
par la ressemblance des noms anciens et des noms 
modernes, celles de toutes les autres villes se trou- 
vent encore déterminées par les mesures des Itiné- 
raires. Près de Pataviuni, Padoue, était le bourg 
à' Aponus, célèbre par ses fontaines d'eau minérale, 
nommé par Pline Patavinœ aquœ ' : ce lieu est 

cap. 8. — Senec. , Consolât, ad Helviam^ cap. 7 Tit. Liv., lib. 1. 

— Virgil., ^neid., i, 242. — Martial., xi, 17; xiv, i43. 

' Sur Altinum, voyez Wesseling, Itinei., p. 126, 128. — Plin., 
Jib. m, cap. 22 (i8); lib. xxxii, cap. 55. — Slrabo, lib. v. — Vitruvius, 
lib. I, cap. 4, tom. i, p. ig, edit. Schneider. — Velleius Paterculus, 
lib. 11, 76. — Martial., Epigr., lib. xiv, epigr. i55; Aurelius Victor., 
Eutrop., Cassiod. — Voyez Muratori, Inscript., p. 1022, n° 6. 

" Voyez les Itinéraires , t. m de cet ouvrage. — Justinus, lib. xx. 

— Strab., lib. v. — Varro, de Lingua latina, lib. iv. — Plin., lib. m, 
cap. 16. — Horatius, lib. i , od. 3. — Tit. Liv., lib. v. — Stepbanus 
Byzantinus. — Silvestri, délie antiche Paludi Adriane, p. io5. — 
Voyez ci-dessus, tom. i, p. 5. — Ferro, Ist. di Comacchio, p. 55. 

' Plin., lib. II, cap. 106 ; lib. xxxi, cap. 02. — Silius, lib. xir. — 
Lucan., lib. vu. — Claudian., 8. — H y a une belle et longue des- 
cription des Aponi fontes, dans une lettre de Cassiodore, au nom 



PARTIE II, CHAP. IV. 149 

mentionné par Suétone ', dans la vie de Tibère, 
sous le nom ^ Aponus fons ^ c'est aujourd'hui Abano 
ou Ebeno , et les sources minérales portent encore 
le nom de bagni d'Albano. Une inscription trouvée 
non loin de Rome parle de Tarvisium , qui est Tre- 
viso, au nord-ouest d'Altino \ 

C'est dans la Venetia qu'étaient placés les Me- 
doaciy dont parle Strabon ^ D'après la description 
de ce géographe et le nom qu'ils portaient, ils ont 
dû habiter dans la plaine située à l'est de Vicence, 
entre la Brenta , qui est le Medoacus jluvius majora 
et le Bachiglione, qui est le Medoacus jluvius minor. 
D'Anville, ainsi que nous l'avons déjà observé, a 
placé ces peuples beaucoup trop au nord. 

Pline '^ mentionne encore au nombre des villes de 
la Vénétie détruites de son temps Atina et Cœlina. 
Cluverius ^ a placé cette dernière à monte Regale, où 
l'on a trouvé des antiquités au passage d'une rivière 
qu'il nomme Celina, et qui est nommée Zelline sur la 
belle Carte des États de Venise, par Zach. D'Anville 
a suivi l'opinion de Cluverius, et cette opinion est 
assez vraisemblable. Quant au Liquentice portas ^ 
que Pline place à l'embouchure de la rivière Liquen- 

du roi Théodoric. — Cassiodorus, in Variar. , lib. ii, epist. 5g. — 
Voyez ci-dessus, part, i , ch. i , tom. i, p. 7. 

' Suetonius, in Tiberio , cap. 14, tom. i, p. ByS, edit. Hase. — 
Conférez Cluverius, Italia antiqua, tom. i, p. iSa. 

" Procop. , lib. u. — Fortunatus, de Viia S. Martini, lib. iv, et 
Paul Diacre, font mention de Tarvisium, Trevigi. — Voyez Cluve- 
rius, Italia antiqua, tom. i, p. 162. 

' Strab., lib. v, 527-35o (2i3-2i6), edit. Al., tom. 11, p. 120, i3o. 

< Plin., lib m, c. 23 (ig), tom. 11, p. 188, edit. Lem., lisez Atina, 
au lieu à^Atia. 

'Cluverius, Italia antiqua, tom. i, p. 166. 



150 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
tia % comme cette dernière, que Pline fait sm-gir des 
collines près d'Oderzo, ex montibus Opiterginis, est 
évidemment la Livenza, il est certain que Liquentiœ 
portas doit être porto di Margharita, ou porto di 
Falconera, qui est auprès. Une inscription qui, selon 
Siauve, a été mal lue par Maffei, semble démontrer 
aussi que Merano, sur l'Adige, existait du temps des 
Romains sous le nom de Maiensis '. Outre les Arus- 
nati ou Arusnates f dans le val Pulicella, dont nous 
avons déjà parlé, Maffei nous fait connaître par des 
inscriptions les Dripsinati, qu'on doit placer à Tris- 
sino, dans les collines du Vicentin ^. 

D'après les limites assignées par Ptolémée à la 
Vénétie, les Fertini et les Berunenses , mentionnés 
par Pline *, doivent avoir été renfermés dans cette 
circonscription, sur laquelle, d'ailleurs, ces deux 
auteurs sont d'accord. 

J'ai observé précédemment que le nom de T^enetla 
fut, par la suite, appliqué non seulement au teiTi- 
toire des Veneti , mais encore à celui des Cenomaniy 
et que la province nommée Venetia eut pour limite 
l'Adda , à l'ouest : ce qui veut dire , en d'autres 
termes , que la dixième région d'Auguste prit le nom 
de V^enetia. L'empereur Julien observe très bien ^ que 
la Henetia ne fut nommée Venetia que depuis que les 
Romains s'en furent emparés, et qu'en transportant 
ce nom du grec en latin, ils ont changé Y H en V. 

' Plin., lib. III, cap. 22 (18), tom. 11, p. i85, cdit. Lem. 
' Siauve , Lettera sopra /' iscrizione del console Muciano ; Verona , 
în-8°, 181 1, p. 6. 

' Maffei, Verona illustrata. Voyez ci-dessus, p. i44- 

* Plin., lib. III, cap. 23 (19), tom. 11, p. 187, edit. Lem. 

* Julien, dans son Oraison sur Constantin. 



PARTIE II, CHAP. IV. 151 

A côté des Veneti Ptolémée place, avec raison : 

Les Cami , dont les -villes sont : 

Forum Julium colonia, Cividale ou città di Friuli. 

Il faut bien se garder de confondre ce Forum, qui 
répond à Cividale ou città di Friuli, avec Julium 
carnicum '^ dont la position à 'Zuglio moderne se 
trouve déterminée par les mesures des Itinéraires 
romains qui en font mention, et par les antiquités 
qui s'y trouvent'. Ptolémée^ a connu les deux; il 
mentionne le Julium des Itinéraires sous le nom de 
Julium carnicum, et dit qu'il est situé entre la 
Norique et l'Italie, ne l'attribuant en quelque sorte 
à aucune de ces grandes divisions. Pline ^ distingue 
aussi les habitans de ces deux villes; il appelle ceux 
de Julium, carnicum, Julienses Carnorum; et ceux 
àe forum Julium, Foro julienses cognomine trans- 
padani , ainsi que je l'ai déjà observé. Quoique les 
Itinéraires ne fassent pas mention Aç^ forum Julii , 
cependant la position de cette ville à Cividale, ou 
città di Friuli, n'en est pas moins démontrée, avec 
certitude, par une suite de monumens historiques. 
Paul Diacre ^ parle de forum Julii comme d'une 
ville encore existante dans le vn^ siècle, et il en 

' Je me serais dispensé de faire cette remarque, si le bulletin des 
fouilles faites au village de Zuglio, dont la Notice a été dressée par 
M. Siauve, qui a publié quelques écrits intéressans sur des insci'ip- 
tions, ne tendait pas à établir cette confusion. — Voyez Scavi di 
Zuglio, p. 5 et 6. 

' Voyez V Analyse des liiue'raires , tom. m de cet ouvrage. 

' Ptolemaîus, lib. m, cap. i, p. 63 (70). — Id., lib. ri, cap. i4, 
p. 57 (62). 

'' Plinius, lib. iii, cap. 25 (19), toni. 11, p. 187, edit. Lem. 

' Paul, Diac, lib. iv, cap. 58; lib. v, cap. 25; lib. vi, cap. 5. 



152 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
indique la position près du Natiso et près dUAqui- 
leia , ainsi que de plusieurs autres lieux qu'il 
nomme, et dont une partie subsiste encore sous les 
mêmes noms, aux environs de Cividale, ou città di 
Friuli '. Cassiodore ' dit que Forojuliensis était, de 
son temps, simplement nommée Cwitas ; de là le 
nom de Cividale qu'elle prit depuis, parce que les 
premiers souverains de ce pays y fixèrent leur rési- 
dence j et l'on sait assez que c'est du nom même 
de cette \i\\e , Jhrum Julii ^ qu'est dérivé, par con- 
traction, celui de Frioul. Si Cividale offre moins 
de débris d'antiquités romaines que Zuglio , c'est 
que cette dernière, étant située dans les montagnes, 
a éprouvé moins d'altérations et de révolutions de 
tous genres '. On doit remarquer que sur nos cartes 
modernes le district aux environs de Zuglio se nomme 
Cargna, évidemment dérivé de Carnicum; les autres 
villes des Garni sont, selon Ptolémée : 

Concordia colonia. — Concordia, à un peu plus 
d'un mille au midi de porto Gruero; lieu qui dut 
à sa colonie le nom de Julia ^. 

Aquileia. — Aquilée, la neuvième ville de l'empire 
romain, selon Ausone, mise au nombre des villes 
principales d'Italie dans Ptolémée. Poljbe, cité par 
Strabon , place des mines d'or dans son voisinage : 
son nom, comme le prétend Eustathe, dans son Com- 
mentaire sur Denys-le-Périégète , vient âHAquila; 

' Giornale Avcad. di Borna. — Litter. Gazette, Lond., janv. 1824. 

' Cassiodor., Vavior., lib. xii, epist. 26. 

' Voyez, sur les révolntions qu'a éprouvées Cividale, Quverius, 
lom. I. p. 201 et 202. 

< Plin. , lib. III, cap. 22 (18). — Silvestri, délie anliche Paliidi 
Adtiane , p. 198. 



PARTIE II, CHAP. IV. 153 

mais alors cette \ille, dit-on, fondée par les Gaulois, 
avant d'avoir reçu une colonie romaine, devait por- 
ter un autre nom '. Toutes ces villes ont conservé 
leurs noms jusqu'à nos jours, et l'exactitude des 
mesures des Itinéraires " anciens , qui en font men- 
tion , sur la route qui part de Tergeste , Trieste , et 
qui aboutit à Patavium, Padoue, prouve que l'iden- 
tité des noms s'accorde avec celle des positions. 

Strabon ^ s'accorde aussi avec Ptolémée, et ob- 
serve très bien (\a Acjleia (^Aquileia) , entrepôt du 
commerce des Romains avec les peuples d'Illyrie, 
est hors des limites des Heneti ou des Vénètes : donc 
Acfleia ou Aquileia se trouvait chez les Garni. 
Pline compte aussi ses mesures de l'Italie à partir 
ai Aquileia ; mais Strabon dit qu'après le Timavum ^, 
qui est le Timavo, près de castelDuino, commence 
la côte des Istriij ce qui s'accorde parfaitement avec 
Ptolémée ^, lequel , un peu plus haut , décrivant la 
côte des Garni, nomme en dernier lieu, vers l'orient, 
Natisonis jluvii ostia^ ou l'embouchure de l'Isonzo. 
Sur le rivage des Veneti , Ptolémée n'indique que 
l'embouchure de \ Atrianus fluvius qui , de son 
temps, était à Hadria, Adria. \J Atrianus flui^ius Ae 
Ptolémée paraît être le même que le Tartarus des 

' Tit. Liv. , XXXIX, 22, 45, 54; xl, 54- — Vell. Paterc, i, i5. — 
Strabo, 208. — Eustath. , Comment, in Dion. Pcrieg. ■ — Auspn. , 
de Clar. urb. Elle conserva sa prééminence dans le moyen âge. — 
Silvestri, délie antiche Paludi Adriane, p. 180. 

' Voyez M Analyse des Itinéraires, tome m de cet ouvrage. 

'Strabo, lib. II, p. i25 (i85); lib. iv, p. 207 (3i8); lib. v, p. 214 
(328), edit. Alm. ; tom. 11, p. i23 et 124, de la trad. franc. 

< Strabo, p. 214 (328), tom. 11, p. 128, de la trad. franc. — Voyez 
ci-dessus, p. 70 et 76. 

' Ptolemseus, lib. ni, cap. 1 ; lib. viii, p. 63 (70) et 194 (227). 



154 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
autres auteurs, le Taitaro des modernes '. Sur la 
côte des Garni , Ptolémée n'indique que l'embou- 
chure du Tïlavempd fluv. ou du Tagliamento. — 
Les sources chaudes que Pline place dans une île 
près du Timavo sont les bagni di Monfalcone. 

Pline, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, 
nomme encore sur ce rivage différentes villes dont 
il paraît difficile de déterminer les positions, puis- 
qu'elles étaient détruites de son temps : telles sont 
Segeste , Ocra , Iramine , Pellaon , Palsatiiim ' ; 
cette dernière pourrait être placée cependant, avec 
quelque degré de vraisemblance, à Pallaziola, sur 
la via Appia, au passage de la Stella ; peut-être 
est-ce aussi le Palatium de l'Itinéraire et de la Table, 
situé sur la route de Trieste ^. Strabon ^ mentionne 
VOcra mons comme la partie la plus basse des Alpes 
voisine des Alhii montes : la ville d' Ocra devait donc 
être située au passage des Alpes juliennes ou car- 
niques, et sur la route qui conduisait au Danube; et 
comme un lieu nommé Alben nous donne la position 
des Alhii montes, près du lac Cirknitz, \Ocra mons 
doit se trouver dans le voisinage, près de Rackig ou 
de Planna, sur la route de Laybach; c'est là qu'il 
convient de placer la ville ^Ocra. 

Pline ^ fait ensuite une longue énumération de 
plusieurs villes ou peuples déjà nommés dans notre 
descriplion des Alpes, mais dont nous devons ré- 

' Silvestri, dclle anticlie PahuU Adrinnc , p. 129. 
" Plin , III, 23 (19), t. II, p. 188, edit. Lem., et ci-dessus, p. 80. 
' Voyez V Analyse des Ilinéraives, toni. m de cet ouvrage. 
* Strabo, lib. vu, p. l\%-i.. Si la ville d'Ocra était dans ce voisi- 
nage, aloi's elle était située chez les Garni. 
^ Plinius, lib. m, cap. 22 (t8). 



PARTIE II, CHAP. IV. 155 

péter ici les noms, parce qu'ils servent à déterminer 
les limites des Carni, dans l'intériem^ desquels ils se 
trouvaient renfermés. Ce sont les Alutrenses ^ aux 
environs d'Ala et de la rivière de ce nom; les Asse- 
nâtes, dans le val d'Arsa et les environs d'Arseria ; 
les Flainonenses à Falmassons, aux sources de la 
Stella; les Vanienses à Venzone, ou dans la campagna 
d'Aviano ; les Culici, les Foretani, aux environs de 
Forforcano, sur leTagliamento, à l'est de Cordavado; 
les Vidinates , à Udine; les Qaarquines , à Quer; 
les Tawisani, à Tarvis , sur la route de Willach , 
dans les Alpes carniques; les Togrmses à Torsa, près 
de la Stella ; les Varf>>ani à Valvasone. 

D'après la description que Pline ' fait des fleuves 
qui coulent chez les Carni , son Romatinus fliwius 
doit être le fiume Lumino , et par conséquent le 
Romatinum portus doit être porto di Caorle ou di 
Falconera, vers l'orient. 

L'Itinéraire de Bordeaux ' à Jérusalemi nous marque 
avec exactitude quelles étaient, à l'orient des Carni, 
les limites de l'Italie dans les derniers temps de l'em- 
pire d'Occident. En décrivant une route qui aboutis- 
sait à Celeia , après avoir mentionné Hœmona ou 
j/^mona, que les mesures portent à Lajbach, l'Itiné- 
raire, à 25 milles plus loin, indique mansio Hadrante, 
finis Italiœ etNorici. Ainsi , d'après cette indication, 
les limites de l'Italie , de la Norique , de la Pannonie , 
étaient fixées à Hadrante. Ceci s'accorde très bien 

' Plinius, lib. m, cap. 11 (18). — Silvestri, délie antiche Palucli 
Adriaiie , p. igg. 

' Iliner. hierosoljmitanum , Wesseling, p. 56o j et V Analyse des 
Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 



156 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
avec Hérodien ' (historien peu éloigné de l'époque 
de l'Itinéraire), cjni, décrivant la marche de l'em- 
pereur Maximin, qui venait d'orient en Italie, dit ; 
(( Il parvint à la ville d'Italie située au pied des Alpes, 
'( que les habitans nomment Ejjiona.» Ptolémée com- 
prend la ville d'Emona dans sa description de la Pan- 
nonie, et non dans celle de l'Italie '; mais il s'exprime 
à l'égard de cette ville d'une manière remarquable. 
(( Entre l'Italie, ^it-il, est la Norique , et, appartenant 
« à la Pannonie, est Emona. n On voit par-là, que 
de son temps , qui est antérieur d'un siècle à celui de 
l'Itinéraire, ^<Tmo/za était considérée comme un lieu 
limitrophe entre l'Italie, la Norique et la Pannonie. 
Il est évident, d'après cela, qyi Hœmona ou Laybach 
n'a jamais fait partie des Carni , et les textes de 
Ptolémée et de Pline , réunis , concourent à prouver 
qu'au moins, avant la conquête et la soumission de 
l'Illyrie et de la Pannonie , sous Auguste , les limites 
de l'Italie étaient les mêmes que celles des Garni, 
c'est-à-dire les plus hauts sommets des Alpes qui sont 
à l'ouest d^ Hœmona ou de Laybach , dans la ligne 
d'Idria et de Lobitsch. 

La dernière contrée de la Cisalpine dont nous 
ajions à parler est l'Istrie, que Ptolémée "" décrit de 
la manière suivante : 

Histria. — Après la sinuosité, dit-il, que forme le 
fond du golfe Adriatique, on trouve sur la cote : 

Tergestum colonia. — Trieste '^, qui reçut une 

' Herodian., Hist., lib. viu, p. 437, edit. Bas., 1781. 

* Ptolemaeus, lib. n , cap. i5, p. 07 (63). 
' Ptolemaeus, lib. m, cap. 1, p. 63 (70). 

* \oyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage, et 
Muratori, p. 1086, n" 1 ( Tergeste civit. ). — ^Plin. m, 18. — Vell. 



PARTIE II, CHAP. IV. 157 

colonie romaine , donna son nom au golfe où elle se 
trouve située, et eut beaucoup à souffrir des incur- 
sions des Japides , peuple Uljrien , difficilement 
dompté par Auguste. 

Formionis fluv. Ostia , remarquable pour avoir 
été primitiA^ement la limite de l'Italie, et dont nous 
avons déterminé la position, par les mesures de Pline, 
à la petite rivière de Muja '. 

Parentium. — Parenzo % port de mer sur la côte 
occidentale de la presqu'île , dont la position est dé- 
terminée par les mesures de la Table ^. Une inscription 
relative à Parentium ^ trouvée à Parenzo , donne à 
cette ville le titre de colonie '♦. 

Pola. — Pola, que Pline nous apprend avoir été 
nommé de son temps , Pietas Julia ; mais les ha- 
bitans, ainsi que le témioigne une inscription, furent 
toujours nommés Polenses. Nous avons déjà vu que 
l'antiquité de cette ville remonte même jusqu'au 
temps des fables ^. Les îles Brioni , Conversara et 
SanNicolo, près de Pola, sont les insulœ Pullariœ 
de Pline ^, etStrabon en fait mention comme donnant 
un refuge assuré aux vaisseaux. 

Paterc, ii, no. — Mêla, ii, 4- — Strabo, v, 2i5 (33o) , et vu, 
3i4 (482). — Csesar, de Bell. gall. , viii, 24. — Appian., Illyr., 1%. 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 74- 

' Plin., III, 20 (19). — Stephanus Byzantinus, de Urbib. et Popul.^ 
p. 627, edit. Berkel. Voce Parentium, p. SaS, edit. Pinedo. 

^ Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 

^Siauve, Lettera sopra l'iscrizione del console Muciano , p. i5 
€t 21, iti-8'^; Verona, 1811. 

* Voyez ci-dessus, tom. i, p. 2. — Plusieurs auteurs ont fait men- 
tion de Pola ; tels sont : Strabon, Mêla, Pline, Ptolémée, Ammieu 
Marcellin, Stephanus Byzantinus, et un grand nombre d'inscrip- 
tions. Tous ces textes ont été rassemblés et transcrits en entier par 
Cluverius, Italia antiqua, tom. i, p. 211. 

'' Plin., III, 5o. —Strabo, v, 2x5 (33o); tom. 11, p. 129, trad. fr. 



158 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Nesactum ou Nesactium, que l'on place avec quel- 
que probabilité à castel Nuovo, à l'embouchure de la 
rivière Arsa \ 

Arsia Jluvius j finis Italiœ. — Arsa, rivière; limite 
de l'Italie. 

Pline ' nomme les mêmes villes ; il les nomme 
dans le même ordre , et termine de même l'Italie 
au fleuve Arsia. a P arentium , colonia Pola, mox 
« oppidum JVesactium j et nunc finis Italiœ filuvius 
« Arsia. » Ainsi l'Istrie, chez les anciens, ne com- 
prenait pas toute la presqu'île que nous désignons 
sous ce nom. L'Istrie des anciens commençait au 
Timave, près de castel Duino, et se terminait à la 
rivière Arsa. Toutes les villes que nous venons de 
mentionner sont situées sur la côte, et leurs posi- 
tions, indépendamment des rapports de noms, sont 
prouvées par les Itinéraires et par des monumens 
historiques; il n'en est pas de même de celles de 
l'intérieur nommées par Ptolémée, savoir : 

Pucinwn. — Ce lieu est Pisino vecchio ^, au midi 
et sur la route même que Piiiguente ^. Ce lieu ne me 
paraît pas différent du castellum Pucinum dont Pline 
fait mention après le Timave, et avant Tergeste, ce 
qui l'a fait placer au castel Duino des modernes , sur 
la côte. Pline nous apprend que c'est à l'excellent vin 
s^ui croissait dans les environs de Pucinum, que 
Julia Augusta dut le pouvoir de prolonger sa vie 
jusqu'à l'âge de quatre-vingt-deux ans. 

' Conférez Tit. Liv., xli, ii (i5), tom. vu, p. SS6, edit. Lem. — 
Piin., III, 25 (ig). 

* Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 23 (19). 

' Voyez la Carte de l'Istrie, par Capellari. 

" Plin., lib. m, cap. 18; lib. xiv, c. 6. — Ploleni., lib. m, cap. 1, 
p. 65. (70). 



PARTIE II, CHAP. IV. 169 

Piquentuni, qu'on place avec raison à Pinguente, 
sur la route qui traverse le milieu de la presqu'île du 
nord au sud. 

AhuTïi nous paraît être Albona, situé à peu de 
distance de la rivière Arsa, et par conséquent hors 
de la limite de l'Italie; mais par une erreur bien lé- 
gère, comparativement à celles que présentent la 
plupart de ses positions dans l'IntéiMeur, Ptolémée 
place Alçuni à l'ouest de XArsiaflinneriy et par con- 
séquent en Italie. 

Pline ne nomme aucune de ces deux dernières villes, 
mais il mentionne JEgidia, qui a été placée par Clu- 
verius et par d'Anville, d'après Gluverius, à Capo 
d'Istria, uniquement parce qu'on a trouvé dans ce 
lieu une inscription ^ qui constate qu'il occupe le 
même emplacement que la ville romaine nommée 
Justinopolis y et qu'on a présumé que cette ville se 
nommait jEgida avant l'époque de l'inscription, qui 
ne remonte pas évidemment au-delà de l'empereur 
Justlnien. 

Tels sont les peuples, les villes et les divisions de 
la Gaule cisalpine avant la dernière de toutes les di- 
visions qui eurent Heu sous l'âge romain, c'est-à-dire 
avant celle que l'on trouve dans la Notice des pro- 
vinces de l'Empire, et dont on croit que Constantin 
est l'auteur. 

On a observé, avec raison, que cette division de 
l'Italie , par Auguste , en onze réglons, ne paraît pas 
avoir duré long-temps, ni avoir été d'un usage univer- 
sel, puisqu'on ne la trouve mentionnée que par 
Pline. Je suis porté à croire qu'elle n'avait aucun 

' Voyez Cluveriiis, Itnlia autiqiia , toni. i, p. 210. 



160 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
rapport avec l'administration et le gouvernement, 
mais qu'elle était entièrement scientifique , et basée 
sur la géographie naturelle; qu'elle fut adoptée par 
Auguste , pour plus de précision et de clarté , dans 
une description géographique qu'il avait publiée 
de l'Italie, d'après les Mémoires d'Aggrippa. Ce qui 
me confirme dans cette opinon, c'est l'espèce d'éga- 
lité qui règne dans ces onze divisions, et l'ordre 
qu'on j trouve lorsqu'on rétablit celui que Pline a 
dérangé; ce sont enfin les expressions mêmes de Pline 
qui ne semblent laisser aucun doute à cet égard. « 11 
« est nécessaire (dit-il en commençant sa description 
« de l'Italie), de choisir pour auteur le divin Auguste, 
(( et de se conformer à la description qu'il a faite de 
«l'Italie en onze régions'. » Cependant cette divi- 
sion d'Auguste eut certainement quelque influence 
sur celle qui fut établie depuis , puisque , ainsi que 
nous l'avons déjà dit, la province nommée Venetia 
reçut les mêmes limites que celles qui avaient été 
assignées par Auguste à sa dixième région. 

Néanmoins les seules grandes diA'isions que l'on 
trouve employées dans les historiens anciens sont 
celles de Ligurie, de Gaule cisalpine ou de Gaule 
logée y et de Vénétie. 

Le mot de Ligurie , dans les auteurs grecs, se 
trouve souvent employé dans le sens restreint de 
Strabon , c'est-à-dire comme ne s'étendant que jus- 
qu'à Gênes, et nous en avons cité un exemple dans 
Plutarque ; mais les auteurs latins , plus exacts , 

' Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 6 (5) : « Qua in re praefari neces- 
« sarium est , auctorem nos Divum Aiigustum secuturos , descrip- 
« tionemque ab eo factara ItaMae totius in regiones xi, » tom. ri, 
p. 71 et 72, edit. Leni. 



PARTIE II, CHAP. IV. 161 

entendent toujours, par Ligurie, la région comprise 
entre le Var et la Magra, dont nous avons tracé les 
limites '. 

La Venetia, proprement dite, était, ainsi que nous 
l'avons vu, la dixième région d'Auguste, en retran- 
chant les Cenomani. On appelait plus particulière- 
ment Gallia cisalpina ou togata, toutes ces vastes 
plaines tant en deçà qu'au-delà du Pô , qui n'appar- 
tenaient ni à la Vénétie, ni à la Ligurie. Cependant 
on doit remarquer que des écrivains grecs, et entre 
autres Ptolémée , désignent, plus particulièrement, 
sous le nom de Gaule togée, la Gaule togée cispadane ". 

Lorsqu'on voulait avoir recours à des divisions 
moins générales, on se servait des divisions par peu- 
ples, que Ptolémée ^ range selon l'ordre suivant, qui 
est parfaitement géographique; Semnones (Senones), 
Boii, Histri, Carni, T^enetia, Cenomani , Bechuni, 
InsubreSy Salassi, Taurini, Libici; ensuite dans les 
Alpes grecques et cottiennes, où il place les Centrones, 
les Lepontii, les Catariges , les Segusiani; et, dans les 
Alpes maritimes, \es Nei-usii , les S iicirii (S uelriî^ , 
les J^ediantiiy- et, dans la descriplion des côtes, qui 
toujours dans cet auteur précède celle de l'intérieur, 
Massiliensium territorium, Liguria^, et enfin Gallia 
togata , qui ne comprend que la Gaule togée cispa- 
dane. 

Telles sont les divisions que Ptolémée admet, non 
seulement dans la Gaule cisalpine , mais dans tout le 
nord de l'Italie, qui, avant lui , et de son temps, 

' Voyez Plin., lib. m, cap. 5. — Florus, lib. ii, cap. 3. 

^ Voyez ci-dessus, p. 92. 

' Ptolemaeus, Geogi-. , lib. iir, cap. i, p. 65 (70). 

II. II 



162 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
comprenait une partie de la chaîne des Alpes, depuis 
réunie à la Gaule transalpine. Nous ayons déterminé 
les limites de ces divisions de Ptolémée , et assigné 
la position des villes qu'il y renferme; mais il était 
nécessaire de faire connaître aussi Tordre selon lequel 
ce géographe les a présentées dans son ouvrage. 

§. III. Gaule transalpine. 
Première division sous Auguste. — Agrandissement de l'Aquitaine. 

Après avoir réuni à l'Empire romain les peuples 
des Gaules que César n'avait pas eu le temps de sou- 
mettre ', Auguste voulut régler le gouvernement de 
cette importante province de son vaste empire. Il 
se transporta à Narbonne l'an 2y avant J.-C, et 
ii y tint les états de la Gaule. Il changea les grandes 
divisions de cette contrée , et établit entre elles plus 
d'égalité relativement à l'étendue de leurs territoires 
respectifs ; ce fait important est attesté par Strabon % 
et Dion Cassius ' ; mais Strabon est le seul auteur 
qui en ait parlé en détail. 

Il nous apprend qu'Auguste détacha plusieurs peu- 
ples de la Celtique (ou Gaule) pour les réunir à 
l'Aquitaine , et qu'il étendit jusqu'à la Loire cette 
dernière portion de la Gaule, autrefois si resserrée, 
tellement qu'elle renferma désormais tout le pays 

' Aurclius Yictor, de Cœsaribus , cap. i, p. 5o8, edit. Arntz. — 
Eutrop. , lib. vu, cap. g, p. 45o, edit. Tzscbuck. — Appianus, 
(le Bellis civil., cap. 75, tom. 11, p. 81 1, edit. Schweigh. — Tibull., 
lib. I, eleg. 7, p. 80, edit. Golbery. 

^ Strabo, lib. iv, p. 177 à 180 (267 à 270) t. ir, p. 5, de la trad. fr. 

^ Dio Cassius, lib. lui, c. 22, p. 717, edit. Reim. — Il est aussi fait 
mention de ce fait dans VEpitomc de Tit. Liv., pour le livre cxxxiv. 



PARTIE II, CHAP. IV. 163 

compris entre la mer, les Pyrénées, les Cévennes 
et la Loire, depuis sa somxe jusqu'à son embouchure, 
sauf cependant les irrégularités produites par les 
différentes limites des peuples, qui furent conservées 
par Auguste dans toute leur intégrité , et qui firent 
que les frontières de la Celtique s'étendirent souvent 
au-delà de la Loire, tandis que celles de l'Aquitaine 
atteignirent quelquefois les rives de ce fleuve, mais ne 
les franchirent jamais. 

Auguste donna à la Province romaine le nom de 
la capitale ou du chef-lieu du gouvernement où il 
tint les états de la Gaule, et elle fut désormais ap- 
pelée Gaule narbonnaise, Gallia narhonensis , au 
lieu de Gaule-à-Braies , ou Gallia braccata; les 
termes de Mêla et de Pline sont formels à cet égard '. 

Comme tout ce qui n'était pas proprementBelgique 
ou Aquitaine était appelé Celtique par les Grecs , 
ce changement, dans les dénominations de la C^//iC« 
braccata j a fait dire à Strabon , par une confusion 
d'idées peu excusable, qu'Auguste avait réuni la 
Celtique à la Narbonnaise; mais celte erreur de 
Strabon , et quelques autres semblables, n'infirment 
pas son autorité ^ sur les divisions de la Gaule, par 

' Mêla, lib. m, cap. 2 : « Pars (Galliae) nostro maii apposita, fuit 
« aliquando Braccata nunc Narbonensis. » — Plin., lib. m, cap. 5 (4) : 
« Narbonensis provincia, Braccata antea dicta.» — Mandajors, Hist. 
crit. de la Gaule narbonnaise, p. 470, cite deux passages de Cicéron 
{Epistol. ad Faniil., x, 26 et 53, tom. r, p. 517 et 555, edit. Lem) 
pour prouver que cet usage commençait à s'établir; mais il n'est 
question dans ces passages que du district de Narbonne. 

* Il fait même (lib. iv, p. 189, tom. 11, p. 57, de la trad. franc.) 
une remarque très juste sur cette province narbonnaise : « Les ha- 
« bilans de la Narbonnaise (dit-il) se nommaient autrefois Celtes, 
« et je présume que les Grecs n'ont été portés à donner à tous les 



164 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Auguste , <]u'il a très bien connues. Nous devons 
nous attacher à lui comme à l'auteur qui nous four- 
nit le plus de détails sur cet objet , et aussi parce 
qu'il a écrit à une époque plus rapprochée du temps 
où ces divisions ont été établies : rapportons donc 
ses propres paroles : 

1°. «Auguste, ditStrabon ', en divisant les Gaules 
«en quatre parties, réunit d'abord les Celtes à la 
« Narbonnaise. » Ceci veut dire que la Celtique , 
nommée par Auguste Narbonnaise , est la première 
des quatre divisions des Gaules formées par cet em- 
pereur. 

2°. «Auguste, continue Strabon , compte ensuite 
« pour deuxième partie l'Aquitaine, en lui conser- 
« vant le même nom. sous lequel César l'avait fait 
« connaître, si ce n'est qu'il en recule les limites en 
« y ajoutant les cantons de dix (quatorze) peuples 
« situés entre la Garonne et la Loire. « 

"5°. « Quant au reste de la Gaule, il le divise en 
« deux parties : l'une s'étend jusqu'au Rhin , il la met 
« sous la dépendance de Lyon. » C'est la Celtique. 

4°. « Il assigne l'autre aux Belges. » C'est la Bel- 
gique. 

On volt par-là qu'Auguste ne fit d'autres change- 

« Gaulois le nom de Celtes, que par la célébrité de ce dernier peu- 
« pie : le voisinage des Marseillais peut y avoir aussi contribué. » En 
effet , le nom de Celtes a dû être donné d'abord par les Grecs aux 
habitans de la côte qu'ils avaient découverte en premier, et la signi- 
fication de ce nom s'est étendue à proportion du progrès des décou- 
vertes; il s'ensuit que le basque a plus de titres pour être considéré 
comme l'ancienne langue celtique que le dialecte de la Basse-Bre- 
tagne, contrée entièrement inconnue aux premiers auteurs qui ont 
parlé des Celtes. 

' Strabo, lib. iv, p. 177 (268), edit. Alm. ; tom. n, p. 3, trad. fr. 



PARTIE II, CHAP. IV. 165 

inens considérables à la division établie dans les 
Gaules , lors de la conquête de César, que d'agrandir 
l'Aquitaine , de changer le nom de la Province ro- 
maine, et d'établir comme capitales, pour deux pro- 
vinces , la Narbonnaise et la Celtique, deux villes 
d'origine récente , fondées et peuplées principale- 
ment par des Romains, savoir : Narbonne et Ljon. 
Cependant on trouve dans Pline ' et dans Ptolé- 
mée ' que le vaste territoire des Sequani y et celui 
des Lingones , faisaient de leur temps partie de la 
Belgique; or, comme il est bien certain que du temps 
de César les Sequani et les Lùigones appartenaient à la 
Celtique^ presque tous les auteurs modernes, y com- 
pris d'Anville et Valois , ont attribué aussi ce chan- 
gement à Auguste, et ont dit qu'il avait réuni les 
Sequani et les Lingones à la Belgique : mais com- 
ment Strabon , qui détaille avec tant de soin les re- 
trancheraens faits à la Celtique par Auguste , au- 
rait-il oublié le plus important de tous? Auguste qui 
voulait favoriser l'accroissement de Lyon , où il 
réunit une assemblée des députés des différens peuples 
de la Gaule % après avoir ôté à la Celtique ou à la 
partie de la Gaule dont Lyon était la capitale , la 
moitié de son ancien territoire , pour le réunir à 
l'Aquitaine, aurait-il encore retranché les Sequani 
pour les annexer aux Belges? les Sequani ^ le peuple 
le plus voisin de Lyon ! Aurait-il tout à coup rendu 
la Celtique la plus petite division de la Gaule, tan- 

' Plin., lib. IV, cap. 3i (17), tom. 11, p, 364, edit,. Lem. 

' Ptolemseus, lib. 11 , cap. 4, p. 5o (54), edit. Bert. 

' Strabo , lib. iv, p. 192 (292), edit. Alm. ; tom. 11, p. 4^, de la 
trad. franc. — Tit. Liv., Epitomc, lib. cxxxvit. — Sueton., in Tiber. 
Cîaud. Cœsare, cap. 2, tom. 11, p. 80, edit. Lem. 



166 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES. GAULES, 
dis qu'auparavant elle se trouvait de beaucoup la 
plus étendue? Non seulement Strabon garde le 
silence sur ce grand changement, mais son texte dit 
précisément le contraire; car il a bien soin d'observer 
que la Celtique s'étend jusqu'au Rhin ' : donc les 
Sequani s'j trouvaient compris ; donc la Celtique 
conservait de ce côté les limites qu'elle avait du 
temps de César. 

Ceux qui ont soutenu le contraire ont été obligés 
de rejeter l'autorité de Strabon , qui est ici la plus 
décisive. Le savant Sclioepflin , qui a bien compris 
l'importance de ce que dit ici Strabon, est tombé 
dans un excès contraire , et , rejetant le témoignage 
réuni de Pline et de Ptolémée, il a nié que les Se- 
quani et les Lingones eussent jamais été réunis à la 
Belgique : ils l'ont certainement été, mais à une 
époque postérieure à celle dont nous traitons. Au- 
guste ne changea rien à la Belgique de César. En 
effet, Pomponius Mêla % qui vivait sous Claude, 
semble ne pas s'écarter de la division de César, et dit 
que les Celtes s'étendaient jusqu'à la Seine. Tacite, 
en racontant les événemens qui eurent lieu après la 
mort d'Auguste, dit ^ que (c Germanicus fit prêter, 
a en faveur de Tibère , le serment aux Belges, et aux 
« Sequani qui en étaient voisins ; » preuve évidente 
qu'après la raiort d'Auguste les Sequani ne faisaient 
pas partie de la Belgique. Le même autem-, en ra- 
contant la révolte des ^duens et de Sacrovir, dit 

' Strabo, lib. iv, p. ijy ; trad. fr., tom. ii, p. 5. 
' Mêla, lib. m, cap. 2 : « Ab eo (Aquitani) ad Sequanam Celtae. » 
'Tacit. , Annal., lib. i, cap. 54, tom. i, p. 78, édit. Lemaire : 
« Sequanos proximos et Belgarum civitates in verba ejus adigit. « 



PARTIE II, CHAP. IV. 167 

que le général romain SIlius dévasta les cantons des 
Sequaniy limitrophes des yË'c/ai , qui s'étaient alliés 
avec ces derniers, et avaient aussi pris les armes ; or 
Tacite ' nous apprend peu auparavant que ce furent 
les Andecavi et les Turonii que Sacrovir entraîna les 
premiers dans sa révolte ; c'est-à-dire les Celtes , 
Gaulois, ou peuples de la province lyonnaise d'Au- 
guste. Il nous dit aussi que Florus avait de son côté 
fait révolter les Belges , tandis que Sacrovir « avait 
« soulevé les Gaulois les plus voisins des Belges *. » 11 
est évident que, par ces derniers, l'historien désigne 
précisément les Sequani. On ne saurait fournir de 
plus forte preuve qu'alors, c'est-à-dire vingt et un ans 
après la naissance de J.-C, les S equajii n'étaient 
pas encore réunis aux Belges. 

Après avoir déterminé les grandes divisions de la 
Gaule sous Auguste, il ne nous reste plus qu'à passer 
en revue les peuples qui faisaient partie de chacune 
de ces divisions, en nous arrêtant seulement à ceux 
dont nous n'avons pas eu occasion de faire connaître 
l'étendue et les limites. 

I. Gallia narhonensis on Narbonensis pro(^incia, 
précédemment nommée proi^inciaRomana ou Gallia 
braccata. 

Deux peuples paraissent avoir été enlevés par Au- 
guste à la Province romaine pour agrandir l'Aqui- 
taine ; ce sont les Convenœ ou une partie des Conso- 
rajini, ou les habitans du diocèse de Saint-Bertrand- 
de-Comminges et les Helm, dont la capitale était 

' Tacit., Annal., lib. m, cap. 45, loni. i, p. 545, edit. Lem. 
* Tacit., Annal., lib. m, cap. lo, tora. i, p. 54o, ëdit. Lemaire ; 
« Florus Belgas, Sacrovir propiores Gallos concire. » 



168 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
ALhaHehiorum , Apt. Ces derniers furent ensuite 
restitués à la Province romaine; car Pline ' et Pto- 
lémée ' les y placent; ce qui a fait croire qu'ils n'en 
avaient jamais été détachés. Mais je ne vois aucune 
raison pour accuser ici d'erreur Strabon : il com- 
mence précisément son énumération des peuples 
réunis à l'Aquitaine par les Helvii ■', et, ainsi que je 
l'ai déjà dit, il est le seul auteur ancien qui nous ait 
fourni des détails circonstanciés sur ce partage fait 
par Auguste. J'observe que Strabon dit d'abord 
qu'Auguste avait réuni dix peuples à l'Aquitaine; et 
lorsqu'il en vient à cette description de la Gaule, il 
porte ce nombre à quatorze, mais il oublie évidem- 
ment les Bituriges mvisci , qu'il dit lui-même un 
peu auparavant avoir été étrangers à l'Aquitaine ; il 
s'ensuit que les Helvii sont nécessaires pour jus- 
tifier ce nombre de quatorze, que Strabon comprend 
dans son énumération. Ainsi que nous l'avons dé- 
montré "* , les Elicoci de Ptolémée sont le même 
peuple que les Helvii des autres auteurs. Ptolémée 
nomme leur capitale Alhaugusta, et Pline Alha 
Helvioruni et Alba hehia; il nous apprend que son 
canton était célèbre pour une espèce particulière de 
vigne ^. 

Dans le nombre des peuples réunis à l'Aquitaine, 
Strabon nomme les Ruteni ^; mais il s'élève la ques- 

' Plin., lib. III, cap. 5 (4), tosî. ii, p. 6i, edit. Lem. 
' Ptolem., lib. u, cap. 5, p. 5i (55), Albaugusta Elicoci. 
' Strabo, lib. iv, p. igo; tom. ii, p. 4i, de la trad. franc. 
■* Voyez ci-dessus, part, ii, ch. 2, tom. i, p. 2^5 à 2y6, et Strabo, 
lib. IV, p. lyy et 189; tom. 11, p. 5 et 38, de la trad. franc. 
* Plin., lib. XIV, cap. 4 (3)» tom. v, p. 297, edit. Lem. 
^ Strabon, lib. iv, p. 190; trad. franc., tom. 11, p. 4i' 



PARTIE II, CHAP. IV. 169 

tlon de savoir si les Ruteni prouîncîales ou ceux du 
diocèse d'Albi, qui antérieurement à cette époque 
faisaient, ainsi que nous l'avons dit ', partie de la 
Province romaine, furent aussi réunis à l'Aquitaine. 
Si on en croit Pline, ils continuèrent à rester en- 
clavés dans la Province romaine; car cet auteur 
nomme des Ruteni dans la Narbonnaise, mais il les 
nomme aussi au nombre des peuples de l'Aquitaine. 
Mais si l'on remarque que les Ruteni provinciales 
étaient au nord des Cévennes; que ni Ptolémée, ni 
aucun autre auteur, ne font plus mention des Ru- 
teni dans la Narbonnaise, mais que tous les placent 
unanimement dans l'Aquitaine,* qu'Albi ou civitas 
Alhiensium y capitale des Ruteni provinciales , fait 
aussi partie de l'Aquitaine, dans la Notice de l'Em- 
pire, on demeure persuadé que Pline % entraîné par 
la rapidité de son énumération , a fait un double 
emploi, et que l'ancienne existence des Ruteni pro- 
vinciales dans la Narbonnaise a causé son erreur, 
d'autant plus que Pline mêle souvent, dans la des- 
cription de la Gaule, la division du temps de César 
avec celle du temps d'Auguste, et qu'il semble flotter 
entre les deux. Pline offre, d'ailleurs, une répétition 
semblable relativement aux Canibolectri , qu'il place 
aussi dans la Province romaine et dans l'Aquitaine. 
Ainsi , en retranchant de la Province romaine , au 
temps de César, les Helvii et les Convenœ , compre- 
nant une partie des Consoranni , on a les limites de 

' Voyez part, i, ch. 8, tom. i , p. igo; et part, n, ch. 2, tom. 1 , 
p. 25o et 358. 

' Plia,, 111, 5; IV, 53; xix, 2, tom. n, p. &b et SjS, et tom. vi, 
p. 36o, edit. Lem. 



170 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
la promicia Narbonensis telles qu'Auguste les dé- 
termina. 

Nous avons vu que la prospérité de Narbonne 
avait amené quelques changemens dans les limites 
respectives des Volcœ tectosages et des Volcœ 
arecornici : examinons donc de quelle manière ces 
peuples se trouvent décrits dans Strabon, Pline et 
Ptolémée '. Ce dernier nous dit : 

(( T^olcœ tectosages , dont les villes sont dans 
« l'intérieur des terres : 

c( Illiberris ; » cette ville fut depuis nommée He- 
lena, aujourd'hui Elne. 

a Rhuscihum y » Castel-Roussillon. 

Voilà toutes les villes mentionnées par Ptolémée 
qui, à l'époque dont nous traitons, appartenaient 
aux Tectosages : à la vérité, il leur donne encore 
Tolosa colonia , Toulouse; Carcaso , Carcassonne; 
Cessero, Saint -Thyberj; Betirœ , Béziers ; Narbo 
colonia, Narbonne; et sur le rivage, Agatha, Agde; 
mais, ainsi que nous l'avons observé, plusieurs de 
ces villes formaient un district séparé qui composait 
le territoire de Narbonne. 

Pline % Mêla ^ et Festus Avienus '^, nous font con- 
naître, comme une subdivision de cette grande divi- 
sion de Ptolémée , les Sordones dont nous avons 
déjà eu occasion de parler ^ . Il faut leur attribuer 
Illiberris ou TIelena, qui paraît être la même ville 

' Ptolemaeus, lib. ii, cap. 5, p. 5i i^^)-, edit. Bert. 

" Plin. , Hist. nat., lib. m, cap. 5 (4), tora. ii, p. 5-2, edit. Leni. 

' Mêla, lib. n, cap. 5, totn. i, p. 65, edit. Tzschuck. 

* Festus Avienus, Ora marit., vers. 568, 570, 574, toiii. v, p. 472 , 
edit. Leni. 

* Voyez ci-dessus, part, i, ch. iv et vi , p. 108, log et i3i. 



PARTIE II, CHAP. IV. 171 

que Festus Avlenus nomme Pyrene. On ne voit pas 
pomxjuoi tous les éditeurs de Pline se sont obstinés 
à écrire Sardonura, au lieu de Sordonum que por- 
tent les meilleurs manuscrits , ainsi que l'avoue le 
père Hardouin. Dans les meilleurs manuscrits de 
Mêla , le plus ancien auteur qui ait fait mention de 
ce peuple, il y a aussi Sordonum , et c'est la leçon 
que le dernier et savant éditeur a choisie ' ; c'est 
aussi sous le nom de Sordi que Festus Avienus 
désigne ce peuple. Enfin Julien de Tolède fait men- 
tion d'un château nommé Sordonum ^ entre Clau- 
suras et Narbonne , qui est peut-être Sournia, 
dans le district de Prades '. Tant d'autorités réunies 
auraient bien dû empêcher d'Anville, et plusieurs 
autres, de défigurer le nom des Sordoiws. Mêla ^ a 
clairement indiqué la position de ce peuple sur le 
rivage ; mais comme Ptolémée n'en a point fait men- 
tion, il est douteux qu'il s'étendît autant dans l'in- 
térieur, et occupât un territoire aussi considérable 
que celui que d'Anville lui attribue dans sa Carte de 
l'ancienne Gaule ; du temps de Mêla , c'est-à-dire 
sous l'empereur Claude , Illiherri , si célèbre dès le 

' Tzschuck, édit. de Mêla, tom. ii, p. 4o6. 

" Ce district des Soi'dones subsista jusqu'à la fin du xv' siècle. Je 
trouve dans le procès-verbal manuscrit des états - généraux tenus 
sous Charles VIII, en i485 (Bibliothèque du Roi, collection de 
Dupuy, n° 52i, folio 17) , la Laiiguc-d' Oc et les provinces adjacentes 
désignées ainsi : « Quinta fuit portionum Lingua occitana cum suis 
« senescalliis, eique adhserentes fuerunt Delfinatua provincia, Rus- 
(t silio et Sardinia. » Sardinia est évidemment une faute de copiste, 
et est mis pour Sardonia ou Sordonia. 

^ Mêla, lib. 1, cap. 5; tom. i, p. 3o5, édit. de Tzschuck : « Inde a 
« Salsutae fonte est ora Sordonum, et parva flumina Tetis et Tichis 
« ubique accrevere persœva. » 



172 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
temps d'Annibal, et autrefois une grande \ille, n'était 
plus qu'un simple village. « Viens Illiherri ', magnœ 
« quondam urbis et magnarum opum tenue vesti- 
ii gium. » Pline s'exprime, à ce sujet, en termes si 
semblables^ qu'il paraît avoir copié JNIela dans cet 
endroit; la position ai Illiherri , Elneya ou Elne, est 
démontrée par les mesures de la route romaine qui 
y passe, et qui se rattachent d'une part à Narho , 
Narbonne , et de l'autre à Empinia , Empurias. 
Le nom dUHelena fut donné à Illiherri lorsque 
Helena, mère de Constantin , la rétablit. C'est sous 
ce nom que cette ville est mentionnée dans l'Epi- 
tome d'Aurelius Victor ^ , dans Eutrope , Saint- 
Jérôme, Orose^ et Zosjme '^. D'Anville a donc tort de 
croire qu'elle conserva toujours son ancien nom 
d^ Illiherri y parce qu'elle est ainsi nommée dans la 
Table théodosienne. Il aurait dû se rappeler que 
l'auteur de cette carte nomme presque toutes les 
capitales des peuples par l'ancien nom qu'elles por- 
taient non seulement avant Constantin , mais quel- 
quefois avant Auguste; soit par système, pour mon- 
trer son érudition, soit que réellement cette partie 
de sa carte ait été puisée dans des ouvrages antérieurs 
à ces deux empereurs. 

' Mêla, lib. ii , cap. 6, tom. i, p. 65, edit. Tzsch. Les meilleurs 
manuscrits de Mêla et de Pline portent Illiherri; on doit donc bien 
se garder de latiniser ce nom qui est national, puisque, encore au- 
jourd'hui, le mot berri, en langue basc[ue, signifie ville. — Voyez 
encore Tit. Liv., lib. xxxi, §. 22, — Strabo, lib. iv, p. 182. 

' Aurelius Victor, de Vita et morib. imperat., cap. lii, p. 576, 
edit. Arntz. 

' Paul. Oros., lib. vu, cap. 29, p. 543, edit. Havers. — Eutrop., 
lib. X, cap. 9 (5). 

^ Zosyni., lib. 11, cap. 42, p. T72. 



PARTIE II, CHAP. IV. 173 

L'Itinéraire d'Antonin fait mention de Ruscino ', 
et la mesure porte juste à Castel-Roussillon , où l'on 
sait qu'était cette ville , qui fut détruite par les Nor- 
mands peu de temps après Louis-le-Débonnaire. Pline 
dit': H Ruscino LatinoruTïiy » cest-li-dire Ruscino 
jouissant des droits des villes latines; et cependant 
on trouve dans Mêla colonia Ruscino % ce qui 
prouve que Ruscino avait reçu une colonie romaine. 
On ne doit donc pas s'étonner de voir souvent dans 
des inscriptions des villes qualifiées de colonies qui , 
dans Pline , ne figurent que comme villes latines. 
Une inscription qui a été rapportée par P. de Marca, 
et qu'on a trouvée à Perpignan, semble nous ap- 
prendre que cette ville , qui a succédé à Ruscino , 
était connue des Romains sous le nom de Flavium 
Ebusum.^. Ménard conjecture^ qiiEbusum prit le 
nom de Flavium, en reconnaissance de quelques 
bienfaits reçus de Vespasien ; mais Muratori ^ observe 
très bien que cette inscription a pu être apportée 
d'Ebusus insula ou de l'île d'Iviza à Perpignan. 
Ce qu'il y a de certain , c'est que l'histoire ne nous 
fournit aucun document relatif à Perpignan, anté- 
rieurement au commencement du xi* siècle. 

Le Cervaria locus , que Mêla ' indique chez les 
Sordones j devait être situé près de Cervera qui en 

' Yoyez Wesseling, Itiner., p. Sgy, et V Analyse des Itinéraires , 
lom. III de cet ouvrage. 
' Plin., lib. III, cap. 5 (4). 

^ Mêla, lib. ii, cap. 5, tom. i, p. 65, edit. Tzschuck. 
* Marca, Marca hispanica, p. 20. 

° IMenard, Me'moires de l'Acad. des Inscript., toni. xxv, p. 77. 
^ Muratori, Inscript., n° 1107. 
' Mêla, lib. n, cap. 5, lom. 11, p. 65. 



174 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
conserve encore le nom; c'était à la fois l'extrémité 
méridionale de la Gaule et celle des Sordones. Le 
portus Veneris y du même auteur, aussi mentionné 
par Ptolémée, est Port- Vendre. 

On doit regarder encore comme une sous-di\ision 
renfermée dans les limites des Tectosages les Tas- 
ct)«ï que Pline' indique près de l'Aquitaine, et dont 
le nom se retrouve dans celui d'une petite rivière 
nommée Tescon et TascGjium, en latin, ainsi qu'il 
est écrit dans la Vie de saint Théodard, archevêque 
de Montauban , publiée par Catel. Cette petite rivière 
en reçoit une autre nommée Tesconnet, laquelle se 
rend dans le Tarn , près de Montauban '. 

Quant aux Taracunonienses , ou, selon d'autres 
éditions, les Zûjrw.yco/îïV/î.jej' du même auteur, d' An- 
ville les place, avec quelque degré de vraisemblance , 
dans le comté de Foix , aux environs d'un lieu nommé 
dans les titres du moyen âge castram Tarasco ^ . 
Alors ils formaient un petit canton à l'extrémité 
méridionale des Tectosages , et près des frontières, 
et anticipant même sur le territoire des Consoraniii. 
Ces derniers, comme je l'ai déjà dit, sont mentionnés 
dans Pline comme appartenant à l'Aquitaine, ainsi 
que dans la description de la Narbonnaise. P. de 
Marca et Astruc ont voulu distinguer les Consuarani 
des Consoranni , mais leur opinion n'a aucune base 
solide, et ils ont été bien réfutés par d'Anville, 
qui observe qu'on ne saurait considérer ces peuples 

' Plia., lib. III, cap. 5 (4), tom. ii, p. 64, cdit. Lem. — Hardouin 
cite cinq manuscrits pour cette leçon. 

" D'Anville, Notice de la Gaule, p. 655. 

' Plin., lib. m, cap. 5 (4), tom. ii, p. 64- — D'Anville, Notice 
de l ancienne Gaule , p. 654- 



PARTIE IT, CHAP. IV. 175 

comme étant renfermés dans l'Aquitaine avant l'ar- 
rangement fait par Auguste, et qu'une partie même 
de leur territoire a du rester à la Narbonnaise. 

L'ancienne capitale des Tolcœ tectosages ^ était 
Tolosa , Toulouse, ville dont la juridiction était, 
par cette raison, fort étendue; c'est ce qui a porté 
Pline à considérer encore comme une sous-division 
des Tectosages le territoire de cette ville : u Tolo- 
'.( sani Teciosagum, Aquitaniœ conterinini ; )) mais 
il ne faut pas oublier que les Tolosani ne sont que la 
partie principale des Tectosages ; qu'ils ne forment 
point un peuple distinct; tandis que les Sordones , 
qui sont dans l'intérieur des montagnes, paraissent 
avoir eu une origine différente, et qu'ils ont peut- 
être précédé dans ce pays les Voicce tectosages. 

On ne sait où placer les JJmhranici-, dont le nom 
paraît pour la première fois dans Pline ', et dont l'exis- 
tence est confirmée par la Table de Peutinger % où 
on lit XJmhranicia. D'Anville, d'après de très légers 
indices, leur attribue la partie méridionale du dio- 
cèse d'Albi. Cette position serait probable si on pou- 
vait s'en rapporter à l'indication de la Table; mais 
comme presque tous les autres peuples dont elle fait 
mention sont hors de leurs places, il en résulte que 
cette indication contribue faiblement à diminuer nos 
incertitudes ^. 

IjC district de Narbonne, ou des Atacini, se trouve 
représenté par la province ecclésiastique de Nar- 

' Plin., lib. m, cap. 5 (4), toni. ii, p. 65, edit. Lein. 

' Tabula peutinger., §. i. F. 

* C'est aussi le sentiment de d'Anville ; voyez Notice de l'ancienne 
Gaule, p. yi'i. 



176 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
JDonne , et renfermait les villes suivantes , selon 
Ptolémée ' : 

Carcaso , Carcassonne. 

Betirœ, Béziers". 

Narbon colojiia , Narbonne. 

Agatha , Agde. 

Cette division ne se trouve pas précisément expri- 
mée dans Ptolémée, ni même dans Pline et dans 
Strabon; mais elle est indiquée par Mela^, et elle 
résulte nécessairement de la trop grande extension 
que Strabon donne au territoire des Arecomici , 
auxquels il adjuge ce district àç,sAtacim^ , tandis que 
Pline et Ptolémée ^ le donnent aux Teciosnges. La 
position de toutes les villes ici mentionnées se 
trouve démontrée par les mesm^es des Itinéraires 
et par les monumens de Thistoire. 

Nous avons déjà eu occasion de parler de Nar- 
bonne ^ ; nous observerons seulement ici que Strabon 
a raison de dire que « Narbonne est située au-dessus 
del'embouchure de l'Ataxetdel'étangNarbonnais; » 
alors le cours de l'Aude était différent de ce qu'il 

' Ptolem., lib. ii, cap. lo, p. 5i {55). 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. iio. 

^Mela, Geogi-., lib. ii , cap. 5. — Cette division du district de 
IVarbonne me paraît aussi clairement désignée par Asinius PoUion, 
qui, en écrivant à Cicéron (Cicero, Epist. , lib. x, epist. 53), se sert 
du mot Narbone pour exprimer tout le district de Narbonne; et 
par Cicéron {Epist., lib. x, epist. 26), qui, écrivant à Furnius, se 
sert du mot Narbonenses , non pour désigner les habitans de Nar- 
bonne seule, mais tous ceux du district de Narbonne. — Voyez 
Blandajors, Hist. critique de la Gaule narhonnaise, p. l^-jb. 

* Voyez ci-dessus, tom. i, p. i4o, 192 et igS. 

' Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. u, p. 54, edit. Lem. — Ptolem., 
lib. II, cap. 10, p. 5i {55); lib. viii, p. 192 (225). 

" Voyez ci-dessus, tom. i, p. 109, i4o, 197. 



PARTIE II, CHAP. IV. 177 

est aujourd'hui. Ce fleuve traversait le Rubresus 
laciis de Mêla et de Pline, qui est l'étang Narbon- 
nais de Strabon et d'Etienne de Bjzance. L'ancien 
cours de l'Aude se trouve représenté par le cours 
d'eau que l'on nomme le canal de la Roubine, qui 
se rend dans les étangs de Gruissan, de Bages ou de 
Sigean , et dont l'entrée est encore fort resserrée, 
comme du temps de Mêla. Sur la grande Carte du 
diocèse de Narbonne , comme sur celle de Cassini , 
on mesure exactement, depuis cette entrée jusqu'à 
Narbonne, 12 milles romains de 760 toises chacun; 
ce qui s'accorde avec Pline, qui dit que Narbonne 
est à 12 mille pas de la mer : la mesure doit être 
prise du fort de La Nouvelle, où était l'embouchure de 
l'Aude du temps des Romains. On a découvert les 
restes d'un canal et de deux fortes levées en pierres 
qu'ils avaient construits '. Le Rubresus lacus est 
donc l'étang de Sigean ' ou de Bages ; ceci prouve 
que depuis les anciens il n'y a pas eu d'atterrissemens 
de ce côté , tandis qu'il y en a eu d'assez considéra- 
bles à l'orient du golfe, depuis Agde jusqu'au Rhône. 
Tous les étangs de cette côte faisaient autrefois partie 
de la mer. Stiabon observe aussi, avec raison, que 
VAtax , l'Aude, VObrisy l'Orbe, et le Rauraris ou 
Arauris , l'Hérault, sont trois fleuves qui viennent 
des Cévennes, et se jettent dans la mer; que VOrobis, 
rOrbe, passe à Bœterray Béziers, place forte; et 
que YArauiis arrose la ville d'Agde. Les Romains 
avaient assuré, par la construction d'un canal large 

' Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tom. 11, p. 68. 
' On doit écrire Sigean j le nom latin du village de Sigean, dans 
le moyen âge, est Signa. 

II. 12 



178 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
d'environ loo pas et long de 2,000 ', dont on a 
retrouvé les vestiges , la navigation de l'Aude de- 
puis la ville de Narbonne jusqu'à la mer. Le ter- 
ritoire d'Agde s'étendait jusque sur les bords de 
l'étang de Tau, où Mêla mentionne un lieu nommé 
Mesua , qu'un capitulaire de Charles -le -Chauve 
nomme castriun de Mesoa in pago Agathense. Ce 
lieu n'a jamais formé une ile , comme le prétend 
d'AnvîUe, d'après Astruc \ Le passage de Mêla est 
mal ponctué dans toutes les éditions, même dans 
celle de Tzschuck % et a été mal interprété. Le mot 
collis doit être détaché de Mesua, et ne s'y rap- 
porte pas comme on l'a cru; on doit lire : u ZTltra 
(( sunt stagna T^olcarum ; Ledunijlumen ; castellwii 
(( Latera; Mesua ^ coUis incinctus mari pœne un- 
(( dique , ac , nisi quod angusio aggere continent i 
(f adnectitur, insula. n Cette collis incinctus, si bien 
décrite par Mêla, est le Setius mojis dont parlent 
aussi Strabon et Ptolémée, qui est nommé Sita dans 
un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de l'an SSy ; c'est 
aujourd'hui Sete. Cette colline, qui a donné son nom 
à la ville de Cette, bâtie en 1666, formait à l'orient 
la limite du territoire de Narbonne ; le castelhun 
Latera était entièrement chez les J^olcœ arecomici. 
Pline dif* : Agatha, quondam Massiliensium , 
Agde , appartenant autrefois aux Marseillais, En 

■ Sb'abon, lib. iv, p. 182 (276), tom. 11, p. 17, de la trad. frauç. 
— Georgest, Mémoire sur la Salubrité de la ville de Narbonne 
dans les temps anciens, p. 9 et lo. 

' D'Anville, Notice, p. 459. — Astruc, Hist. nat. du Languedoc . 
p. 56. 

^Voyez Mêla, lib. it, cap. 5, p 64, édit. de Tzschuck. 

*Plin., lib. m, cap. 5 (4), toni. 11, p. 54, edit. Lem. 



PARTIE II, CHAP. IV. 179 

effet, parmi les villes qu'ils avaient fondées sur toute 
l'étendue de ce rivage, Strabon nomme Rhode (le 
Rhoda Rhodiorum de Pline), Agatha , Tauroen- 
tium, Antipolis et Nicœa. Mais César dépouilla les 
Marseillais d'une partie de la jurisdiclion que le sénat 
romain leur avait laissée sur ces antiques colonies, 
parce qu'ils s'étaient déclarés du parti de Pompée '. 
Scymnus de Chio fait aussi mention ^Agathe '. Le 
lieu nommé Piscenœ , dans Pline, doit être évidem- 
ment placé à Pesenas, et fait partie du district inter- 
médiaire qui se trouvait placé entre les Tectosages 
et les Arecomici. Pesenas est un lieu ancien qui, dans 
les titres du mojen âge, est nommé Pesenatium. La 
petite rivière qui coule à Pesenas se nomme Pesne, 
et prend sa source près d'un lieu nommé Pezène; 
dans ce dernier lieu on trouve encore cette espèce 
de laine qui ressemble à du poil, dont parle Pline, 
qui ajoute qu'elle se trouve aussi en Istrie et en 
Liburnie ^ C'est à une époque postérieure à celle 
dont nous traitons , et dans les lettres de Sidoine 
Apollinaire '^y qu'il est fait mention de Liviana, situé 
dans ce district, dont les mesures des Itinéraires dé- 
terminent la position à Cassendou ^ . 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 180 ("272) ; tom. 11, p. 1 1, ti-ad. fr. 
. ' Voyez ci-dessus, part, i, ch. 2, tom. 1, p. 27. — Scymn. Cli., 
Perieg., v. 207, tom. ir, p. i3 , des Geogr. min., éd. Hudson. — Au 
tom. I, p. 28, note 4, j'ai cité d'Anville, sans avertir qu'il cite à 
tort, pour Agde, Denys-le-Périégète, qui n'a point parlé de cette 
ville. 

' Plin , lib. ni, cap. 5 (4); li^- ^'"'» cap. j3 (48), tora. 11, p. 64, 
et tom. III, p. SuS, edit. Lem. 

'' Sidou. ApoUin., lib. vni, epistol. 5. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 



180 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Volcœ arecomici, province ecclésiastique de Nî- 
mes. Ptolémée ' ne nomme dans ce district que deux 
villes, T^indoînagus et Nemaiisus. 

Je place par conjecture Tindornagus à Vendé- 
miase , à 8 kilomètres de Gigna , département de 
l'Hérault. Cette position me paraît préférable à toutes 
celles que l'on a proposées jusqu'à présent "". 

Quant à Nemausus, sa position à Nîmes moderne 
non seulement se trouve prouvée par l'histoire et 
par les Itinéraires de la route qui part à' Arelate , 
Arles, et qui aboutit à Narho, Narbonne, mais nulle 
autre ville en France, excepté peut-être Arles, ne 
conserve des restes aussi magnifiques de la grandeur 
romaine \ Les immenses travaux exécutés par les 
Romains , pour amener les eaux des sources de 
l'Airan et de l'Eure, sont démontrés par ce pro- 
digieux aqueduc , encore subsistant , qu'on nomme 
le pont du Gard : cette majestueuse construction 
frappe d'admiration tous ceux qui visitent le solitaire 
vallon où elle est placée. L'ancien nom de la source de 

' Ptolemaeus, Geogr., lib. ii, cap. lo, p. 5o(55), edit. Bert. 

' Jean Poldo d'Albenas, antiquités rie Nîmes, veut placer Vindo- 
mngus à Saint-Thibery, qui est bien certainement Cessero. — Catel, 
Mémoires sur l'histoire du Languedoc , p. 3i, place Vindomagus à 
Yigan, et d'Anville a adopté son sentiment; mais Catel et Hadrien 
de Valois ont aussi proposé Saint-Gilles ou Usez, — Astruc veut que 
ce soit la ville de Sausse ; voyez Mémoires sur l'histoire naturelle du 
Languedoc. — D'Anville, Notice, p. 708 , place ce lieu à Vigan, qui 
se nommait Vicanus dans le moyen âge. — ■ Menard, Hist. de Nîmes, 
tom. 1, p. 17, place Yindomagus au village de Londres. — D. Vais- 
sette rapporte Findomagus à Vindargius, à deux lieues de Mont- 
pellier. {Hist. ge'ne'rale du Languedoc, tom. v, p. 662.) 

' Conférez Clerisseau, dans l'ouvrage intitulé : Antiquités de la 
France, in-folio; Paris, 1778. — J.-C. Vincent, Topographie de 
Nîmes, in-4° ; 1802 , p. 8. 



PARTIE II, CHAP. IV. 181 

l'Eure, Urœjons, nous est donné par un aulel dédié 
aux lares d'Auguste; cette inscription, ainsi que les 
vestiges des conduits qu'on a trouvés, prouvent que 
c'est cette source qui, après avoir reçu celle d'Airan, 
versait ses eaux dans l'aquéduc du Gard ', d'où elles 
étaient conduites jusqu'à Nîmes par d'autres aque- 
ducs, en faisant, à partir des sources, un trajet de 
sept lieues, à cause des détours nécessités par les acci- 
dens du terrain. Avant d'arriver au pont du Gard, 
ces aqueducs passaient par le village de Saint-Maxi- 
min, près d'Usez; par celui de Vers; et après, par 
le pont du Gard; par Saint-Bonnet; ensuite près de 
Fargnac , entre les villages de Besousse et de Saint- 
Gervasi ; et enfin sur les collines où l'on a bâti les 
aqueducs de Saint-Gervasi '. Les médailles de Nîmes % 
les nombreuses inscriptions et les monumens trouvés 
dans cette ville , ceux qui y subsistent encore , sont 
connus de tout le monde, et ont été souvent gravés, 
quoique toujours imparfaitement ou mal '^. Pline et 
Strabon nous apprennent que Nîmes, qui avait le 
titre de colonie, dominait sui^ vingt-quatre villes ou 
bourgades qui jouissaient du droit de villes latines. 

' Lettre de M. M. Artaud à M. Miilia, Magasin eiicjclope'dique , 
juiD 1818. 

'Menard, Hist. de Nîmes, tom. vu, p. i52. 

' Mionnet, Descripl. des Médailles, tom. i, p. 77. — Supplément, 
tom. I, p. i44- 

'' Il faut cependant excepter l'ouvrage de Clerisseau sur la Maison - 
Carrée, Antiquités de Nîmes ; 1778, in-folio. — Conférez encore 
Caylus, Antiquités , tom. m, PI. 90, 91 et 9a, p. 332; et tom. v, 
PI. 98, p. 273. — Muratori, Inscript., tom. u, p. 1062; p. 1112, 
n°8. — Gruter, Inscript. , p. 325, 6; 467, 3.— Millin, f^ojages, 
tom. IV, p. 212 à 25o; et tom. i et vu de VHist. de Nime^ , ])ar 
Menavd, — Vincent, Topogr, de Nîmes, in-4''; 1802, p. 8. 



182 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Nous allons tâcher, d'après les auteurs et les mônu- 

raens, d'en retrouver au moins une partie. 

Le castellum Latera , mentionné par Mêla' comme 
un lieu situé sur le rivage , devait être de ce nombre. 
Son nom se retrouve dans le castrum de Lotis y 
du xiii" siècle, nommé depuis tour des Lates; il est 
aussi appelé dans les titres du moyen âge , castrum 
de Palude , et était situé près de l'embouchure de 
l'étang de Lez, dans l'étang de Maguelonne ou de 
Perols. L'étang voisin est le stagniim Latera de 
Pline % qu'il indique bien dans la province Narbon- 
naise et dans le district de Nimes : selon lui, les 
hommes, dans ce merveilleux étang, péchaient des 
poissons en société avec les dauphins. Mais la ville 
la plus considérable , après l^indomagus et Ne- 
mausus , a dû être Luteifa^ qui, depuis, a formé 
un évêché particulier, et qui , de tout temps , a dû 
appartenir aux Volcœ areconiici. Pline, suivant son 
usage, en fait mention par son ethnique au pluriel. 
Une route de la Table , qui conduit ai Jgatha, Agde, 
à Sigodunum, Rhodez, détermine la position de 
Luteva à Lodève moderne *. Pline dit : Lutevani, qui 
et Foroneronienses . Astruc a cru qu'il était ici ques- 
tion au Joruni Neronis des Merrdni, mentionné par 
Ptolémée, ce qui n'est guère présumable. Au reste, 
si on doit rapporter ces deux lieux à une même posi- 
tion qui ne soit ni Carpentoracte , ni Luteva ^ cette 
position est entièrement inconnue. Une inscription 

■ Mêla, lib. ii, cap. 5, p. 64, edit. Tzschuck. 
' Plin., lib. IX, cap. 9, tom. iv, p. 22, edit. Lem. 
' Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. 11, p. 64, edit. Lem. — Voyez 
\ Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 183 

trouvée à Ledemon , près de Nîmes, semble indiquer 
dans cet emplacement l'existence d'ufie petite cité 
dite des Lettinones ' . 

Une autre inscription romaine trouvée à An- 
duse% qui paraît avoir été une sorte d'Itinéraire 
gravé sur une borne milliaire % non seulement nous 
indique dans cet endroit même un lieu romain nommé 
j/indusia , mais nous révèle encore les noms de neuf 
autres lieux qui étaient dans la dépendance des 
Arecomici. 11 est encore question ai jlndusia dans 
une charte du ix" siècle '. Dans cette inscription 
figurent, en plus gros caractères et au génitif, Ugerni 
et Ucetiœ. Les mesures des Itinéraires, aussi bien 
que l'histoire , démontrent la position ^Ugernum 
à Beaucaire, et ^Ucetia h Uzez ^ ; cette dernière 
ville se trouve aussi mentionnée dans la Notice de la 
Gaule, quoiqu'elle ne soit qualifiée que de castriim; 
elle est cependant devenue le siège d'un évéché. 
La position de Sextantio aux ruines romaines près 
de Castelnau, non loin de Montpellier, et nommées 
Sostentio, se trouve fixée par les monumens de l'his- 
toire et par les mesures des Itinéraires : ce lieu est 

■ Orelli, Inscript, sélect., tom. i , p. loo. — SpoQ, MiscelL, p. 80, 
17; Reines., j). 1007, 2. 

* Menard, Histoire de Nîmes, tom. i , p. i-i , notes. 

' Cette conjecture devient bien vraisemblable depuis la découverte 
de la pierre de Tongres, en 1817, qui contient un pareil Itinéraire. 

* Astruc, Hist. nat. du Languedoc , tom. i , p. 55. — On a, dil-on, 
découvert près de Narbonne et d'Auch des inscriptions qui sont des 
e.r XH^to à Hercule , avec le surnom iX'Aiulosso et ({'Andosc. — Voyez 
les Me'in. de la Socie'lc nrclie'olos^iqur du midi de In France ; i834, 
in-4°, p. "^86. 

^ Voyez X Analyse des Ilinc'rnircs. tom. m de cet ouvrage. 



184 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
aussi mentionne dans cette inscription ' . Brugetiaj 
qu'on j trouve aussi , me parait devoir être placé à 
Brugnière, dans le diocèse d'Usez, nommé Brugeria 
dans les titres du xiv^ siècle \ Le nom de Tedusia, 
qui suit immédiatement celui de Brugetia, se re- 
trouve dans celui de la Tede ou la Taida , près 
Saint-Jean-de-Gardonenque, où l'on a découvert des 
antiquités. Vatrute est peut-être Valleraugue , à 
l'ouest d'Anduze. Briginn est fixé par Menard ^ à 
Brignon , sur le Gardon , à quatre petites lieues à 
l'occident d'Uzez ^ ; ce lieu est nommé Brienne ou 
Brinnonus dans les titres du xiv^ siècle. On y a trouvé 
d'ailleurs des médailles, des statues et des inscriptions 
romaines^. Le nom et la position de Statumœ me pa- 
raissent se retrouver dans Sumènes moderne, au midi 
de Valleraugue, et un peu au nord de G anges. Le nom 
de T^irinn se reproduit pareillement avec peu d'altéra- 
tion dans la petite rivière de Virinque ou Virenque , 
qui forme la limite moderne du district de Vigan (dé- 
partement du Gard), et de celui de Lodève (départe- 
ment de l'Hérault). L'ancien Virinn doit avoir été 
Luc ou Vissée, situés sur cette rivière. Je ne puis 
retrouver Seguston qui se trouve à la suite ô^Ucetiœ, 
mais je crois que ce lieu , renfermé comme les autres 
dans le territoire de Nîmes, n'a point de rapport 
avec Segusterone ou Sisteron, qui est beaucoup trop 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
Menard, Histoire de Nîmes, tom. i, p. 4 et 8, et p. 22 des notes. 

' Menard, Histoire de Nîmes, tom. vu, p. 227; et tom. m, p., 
p. 82, col. 2. 

^ Menard, Hist. de Nîmes, tom. 1 , p. 24 ; et tom. vu, p. 228. 

* Tout près de Boucairan. 

* Menard, tom. m, Preuves, p. 82. 



PARTIE II, CHAP. IV. 185 

éloigné : peut-être ce lieu est-il Sagriers, au midi 
d'Usez '. Trevidon , dont il est fait mention dans 
Sidoine Apollinaire ', était, ainsi que nous l'avons 
dit^, à Saint-Laurent-de-Trèves , canton de Florac , 
chez les Gabali; mais les deux autres maisons de 
plaisance que le même auteur nomme dans le même 
passage paraissent avoir été situées sur les bords du 
Gardon ou Vardo , et se trouvaient par cons'iquent 
chez les Volcœ arecomici. On place, avec beaucoup 
de vraisemblance , la première , nommée Vorincus , 
à Brocen, le Brocincus des titres du moyen âge; 
c'est aujourd'hui une paroisse inhabitée à 200 pas 
d'Alais : la seconde , Prusianum , seroit un lieu 
nommé Bresium dans le moyen âge, aujourd'hui 
Bresis : ces deux positions sont proches l'une de 

' D'Anville n'a fait emploi , ni dans sa Notice , ni dans sa Carte , 
d'aucun des lieux mentionnés dans cette curieuse inscription, si ce 
n'est d'Andusia. Voici comme les noms se suivent dans l'inscription : 

Andusia. 

Brugctia. 

Tedusia. 

Vairute. 

•Ugerni. 

Sextantio. 

Briginn. 

Statumœ. 

Virinn. 

.UCKTI.C 

Seguston. 

— Menard rapporte Seguston à Sostelle, près d'Alais, Vatrute à 
Cruviers, Virinn à Vesenobre, Brugetia à Brugnière, Tedusia à 
Thesiers, et cela sur les seuls rapports des noms : il n'y a que les 
deux derniers où ces rapports existent. Voyez Menard, Hist. de 
Nîmes, tom. vu, p. 6&j. 

" Sidonius ApoUinaris, Carmen 24. — Hist. de Fr., p. 814. 

' Vovcz ci-dessus, part. 11, ch. 2, tom i, p. 35o. 



186 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
l'autre, ainsi que le veut le texte de Sidoine Apol- 
linaire '. 

Ce qui restait des Volcœ areconiici , après en 
avoir retranché le district de Narbonne, avait, du 
temps d'Auguste, la faculté de se gouverner par ses 
propres lois; Nîmes et les vingt-quatre bourgades qui 
en dépendaient n'étaient point soumises aux gouvei'- 
neurs envoyés de Rome , et formaient une enclave 
dans la Province romaine. Cette particularité, qui 
nous est enseignée par Strabon % démontre l'exacti- 
tude de la classification que nous avons établie; mais 
continuons l'examen du texte de Ptolémée \ 

Les Anatili , aux embouchures du Rhône. 

Leurs villes sont : 

Maritima colonia, à l'embouchure du Rhône, dit 
le Vieux-Rhône. 

Cœni flui>. ostia. — Le texte grec signifie nou- 
velle embouchure du Rhône; par-là Ptolémée, ainsi 
que le prouvent ses mesures, désignait le canal ou 
l'étang de Ligagnan, le Gras-de-Foz. Les traducteurs 
latins en ont fait le Cœnus fliwius '*; mais, ainsi que 
je l'ai déjà remarqué ^, la découverte d'une médaille 
publiée par M. le marquis deLagoy*^ semble justifier 

' Mandajors, Mémoires de l'Acad, des Inscript., toni. m, p ■l'èo. 

' Strabon, lib. iv, p. i86 et 187 (285); tom. 11, p. 5o, de la trad. 

' Ptoleniaeus, lib. 11, cap. 10, p. 55. 

* Je croyais être le seul qui eût fait cette remarque; mais le sens 
de cette pbrase de Ptolémée n'avait échappé ni à Monet, ni à Honoré 
Bouche; voyez Choros^rapliic de Provence, in-folio, tom. 1, p. 166. 

' Voyez ci-dessus, t. i, p. 281, et dans le t. m de cet ouvrage, 
V Analyse des côtes méridionales de la Gaule., par M. Gossellin. 

^ Descriptions de qucUiues Médailles inédites de Massilia , de 
(ilaniim, des Ccniccnscs cl des Awtci ; Aix, i834, in-4", par M. le 
marquis de Lagoy. 



PARTIE II, CHAP. IV. 187 

le texte latin de Ptolémce, qui est peut-être plus 
ancien que les textes grecs que nous possédons, et 
ce texte nous révèle l'existence d'une cité ou d'un 
peuple nommé KMNlKHTfiN , qui a pu se trouver 
dans les environs du fleuve Cœnus , et qu'on peut 
rapporter aux Cenicenses ou Cœnicenses ' de Pline 
ou aux Secoani d'Artéraidore, donnés par cet auteur 
comme une nation qui habitait les bords du fleuve 
Secoojius, et qui était dans la dépendance des Mar- 
seillais'. Cette médaille, trouvée parmi beaucoup 
d'autres de Marseille, porte une tête jeune de Bacchus, 
à droite, avec une corne de bélier près de l'oreille 
et des pampres dans les cheveux. Au revers, Kaïni- 
ketouj une hyène ou un loup rugissant, à droite, la 
queue entre les jambes : sous le ventre, un mono- 
gramme. Cette médaille justifie en partie l'opinion 
d'Hardouin , rejetée par d'Anville , qui tend à placer 
les Cenicenses à cette embouchure du Rhône qui 
portait le nom de Cœnus. 

Les mesures de Ptolémée ^ pour Maritima colonia 
fixent donc les Anatili (dont cette ville était la ca- 
pitale) entre les embouchures du Rhône. Pline '^ 
parle aussi d'une région des Jnatili , et son énumé- 
ration rapide lui assigne le même emplacement que 
Ptolémée attribue h ce peuple; en effet, après avoir 

' Plin., Hist. tiat., lib. m, cap. 5 (4), 6; tom. i, p. 65, de l'édit. 
de Lemaire. 

' Stephanus Byzant. , edit. Berkelii; 1694, in-folio, p. 665 : edit. 
Pinedo ; 1678 , p. 594. — Lagoy» P- ^5 à 29. 

^ Voyez Gossellin, Analyse des côtes méridionales de la Gaule , 
tom. m de cet ouvrage. 

' Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. 11, p. 5^, edit. Leni. — Mêla, 
lib. 11, cap. 5, p. 65, edit, Tzschuck. 



188 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
mentionné les ccimpi Lapidei ou la plaine de la Craii, 
en procédant de l'orient à l'occident, Pline ajoute : 
Regio Anatiliorimij et intus Desu^fiatium, Cavarum- 
que; ce qui prouve que les jénatili étaient k l'ouest de 
la branche orientale du Rhin et près du rivage. Ptolé- 
mée ' qui, au contraire, procède d'occident en orient, 
dit : (( Après le Rhône , et sur le rivage de la mer, 
« sont les Anaiili et leur ville, Maritima colonia. » 
Il s'accorde donc avec Pline pour placer les Anatili à 
l'ouest de la branche principale du Rhône. Mais il se 
présente ici une difficulté : Pline attribue Maritima 
colonia à un peuple particulier, nommé Avatici, dont 
Ptolémée ne fait pas mention : Oppidum Maiitima 
Avaticorum ; et Mêla s'accorde avec Pline , et fixe 
même l'emplacement de Maritima avec précision ; 
car , après voir parlé de Marseille , il dit : « Entre 
u cette ville et le Rhône est Maritima , sur les bords 
(( de l'étang des Avatici. )) C'est d'après cette indi- 
cation de Mêla que d'Anville % dans sa Notice de la 
Gaule, a placé Maritima à Martigues, guidé par le 
rapport du nom ancien et du nom moderne; mais 
on n'a jamais trouvé dans ce lieu le moindre débris 
d'antiquités. Honoré Bouche, dans sa Chorographic 
de Provence, a proposé Berre ou Marignane * ; Papou 
veut que ce soit Cap-d'OEil '^, entre l'cmbouchuie de 
l'Arc et de la Durance, où ou a trouvé un grand 
nombre d'antiquités ^. La circulation de la route de 
l'Itinéraire à l'entour de l'étang de Bcrre et le beau 

• Ptolemaeus, lib. ii, cap. lo, p. 5o [55), cdit. Bert. 

" D'Anville, Notice, p. 65. 

' Bouche, C/iorogrnphie de Provence- 

'< Papon, Histoire générale de Provence, loin, i , p. 87. 

- Vovez ci-dessus, loni. i, p. 118. 



PARTIE II, CHAP. IV. 189 

monument qui existe au passage de la Touloubre ', 
près Saint-Chamas, viennent aussi à l'appui de l'opi- 
nion qui veut reconnaître une ville dans cet empla- 
cement; mais il est certain que, d'après Mêla et 
Festus Avienus, Mastramela, autre ville, que Pline 
nomme Astromela , doit aussi avoir été située sur 
les bords de l'étang de Berre ; et puisqu'on a trouvé 
à Citis ou Saint-Biaise, sur les bords de ce même 
étang, une inscription relative au curator Maritimœ 
Avaticorum , qui détermine dans cet emplacement 
Maritiina Avaticorum de Pline, c'est à Cap-d'OEil 
qu'il convient, ainsi que nous l'avons dit, de placer 
Mastramela d'Artémidore ou \ Astromela de Pline. 
Maridnia colonia de Ptolémée nous paraît diffé- 
rente de Maritima Açaticorum de Pline ', puisque 
cet auteur distingue les deux peuples ou cités, ou 
les nomme toutes deux : il nous semble donc qu'il 
ne reste plus sur cette côte, où les villes étaient très 
voisines les unes des autres, h cause du grand com- 
merce qui s'y faisait, qu'à nous confier aux me- 
sures que Ptolémée nous donne pour Maritima 
colonia y et à distinguer, à l'exemple des anciens, 
deux ports : l'un, colonie romaine, ou port des Ana- 
tili; l'autre, le port des Avatici. Quant à l'inscrip- 
tion relative aux Anatili, trouvée h Saint-Gilles, et 
sur laquelle d'Anville^ s'étend si complaisamment, 
elle a depuis long-temps été prouvée fausse par les 
savans ''. Au reste, 11 me paraît évident, d'après cette 

• Marquis de Caumont , Mém. de ï Acad. des Inscriyt. , Hist. , 
tom. xu, p. a53, et Y Analyse des Itine'r., tom. m de cet ouvrage. 

' Conférez ci-dessus, tom i, p. ii8 ; et Statistique des Bouches- 
du-Rhône, tom. ii, p. i88, 225 et 296, et Steph. Byzant., p. 54o. 

' D'Anville, Notice, p. 65. 

^ Voyez Durandi, dcll'Antico stato d'Italia, p. 211. 



190 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
discussion, que nous devons attribuer aux Ânatili 
tout l'espace compris dans le delta du Rhône, depuis 
son embouchure occidentale , qui était à Aigues- 
Mortes, jusqu'au canal de Marins ou le Graz-de-Foz, 
et qu'il faut donner aux Açatici les environs de 
l'étang de Berre. Soit que l'on admette ou non de 
ce côté deux villes avec le surnom de Maritima, 
je serais assez porté à croire que la Maritima colonia 
de Ptolémée est l'ancienne ville ai Heraclea , que 
Pline dit avoir existé à l'embouchure du Rhône , 
et qui, entre le temps de Pline et de Ptolémée, aura 
reçu une colonie romaine; de sorte que la cité des 
Anatili aura éclipsé celle des Açatici par l'impor- 
tance de son commerce, et reçu comme elle le nom 
de Maritima , comme étant le port principal de cette 
côte. J'ai déjà parlé de Rodanusia ou Rhoda, dont 
Scjmnus de Chio, Strabon et Etienne de Bjzance 
font mention ', ainsi que Pline, qui nous dit qu'elle 
était détruite de son temps; j'ai observé qu'il ne 
restait plus d'autre emplacement pour cette ville que 
l'embouchure la plus occidentale du Rhône, selon 
Ptolémée, à Aigues-Mortes. 

Ptolémée % en continuant sa description des rivages 
de la Gaule, nous fait connaître une autre grande 
division ; c'est celle des 

Commoni y dont les villes sont, suivant lui : 

Massilia , Marseille; 

Tauroentium y Taurenti (ruines); 

Olhia, qu'à l'exemple de d'Anville j'ai placé pré- 
cédemment à Eoube , mais que les mesures de la 

■ Voyez ci-dessus, tom. i, p. aS, 27, ii8 et 220. — Plin., lib. m, 
cap. 5 (4)i tom. II, p. 54, edit. Lem. — Steph. Byzaut., p. 654- 
^ Ptolemaeus, lib. 11, cap. 10, p. 5i (55), edit. Bert. 



PARTIE II, CHAP. IV. 191 

Carte do Ptoléraée mettent à Saint-Vincent-de-Car- 
(juairanne, et toujours dans le voisinage de Hyères '. 

Forum JuliuTYi colonia , Fréjus. 

Comme on ne connaît les Commoni que par la 
mention qu'en a faite Ptolémée, on a voulu corriger 
Ceiiomani, que Caton , au rapport de Pline ', disait 
avoir habité près de Marseille et chez les Volcœ : 
mais rien ne peut autoriser à faire ce changement. 
D'Anville, en admettant les Commoni sur sa Carte 
de l'ancienne Gaule, ne leur a point donné toute 
l'extension qu'ils doivent avoir. Le district des Com- 
moni me paraît être synonyme de celui de Grœcia 
(Gretia) , donné dans la Table de Peutinger % et de- 
voir être appliqué à toute la côte voisine de Mar- 
seille; parce qu'en eifet elle se trouvait peuplée par 
des Grecs '^. 

Dans cet espace se trouve comprise la regio Ca- 
m-atidlicorum de Pline, c[ue l'on place à Ramatuelle, 
et les Bormanni ^ du même auteur, dont la position 
à Bormes moderne n'est de même basée que sur la 
ressemblance des noms ^. Parmi les villes que Ptolé- 
mée indique dans le district des Commoni^ Massilia, 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 24, 27, 184, 186, et ci -après, V Ana- 
lyse des côtes méridionales de In Gaule , par M. Gossellin, tom. m 
tic cet ouvrage. 

' Cato, apud Plinium, lib. m, c. 20 (ig), t. 11, p. 187, edit. Lem. 

' Voyez Tabula Peutinger., §. 2, D. 

^ Voyez ci-dessus, part. 11, ch. 2 , tom. i, p. 24 et 279. 

' Plin , lib. III, cap. 5 (4J, p- 5g. 

*D'Anville, Notice, p. 171 et ig4. — Je trouve dans Honoré 
lîouche, tom. 1, p. 54o , cpie dans l'énumération des lieux du dio- 
cèse de Toulon, faite en 1200, il est question du castrum de Borma 
ou de Bormctta dans la viguerie d'Hyères. 



192 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Marseille, çX forum Julii, Fréjus, ont déjà été sufli- 
samment signalées comme des positions déterminées 
par les mesures des Itinéraires, par l'histoire, et par 
les antiquités romaines qui s'y trouvent encore. 
Strabon, après avoir décrit, très en détail, la consti- 
tution de Marseille , nous apprend que de son temps , 
c'est-à-dire du temps d'Auguste et de Tibère, les 
Marseillais avaient conservé leurs anciennes lois; u de 
« manière , dit-il ', que ni Marseille ni les villes qui 
« en dépendent ne sont soumises aux gouverneur» 
« que Rome envoie dans la Narbonnaise. » Et Stra- 
bon nous apprend ailleurs que les villes bâties par 
les Marseillais étaient Rhoda, à l'embouchure du 
Rhône , ^dgatha , Agde , Tauroentium , Taurenti , 
Olbia, Saint -Vincent- de -Carquairanne, près de 
Hjères. Ainsi les territoires de ces villes formaient, 
au siècle d'Auguste et antérieurement , autant de 
petits districts particuliers , qui ressortissaient à la 
juridiction de Marseille. Je ne nomme point ici 
Antipolis, Antibes ', quoique Strabon l'ait mise au 
nombre des villes bâties par les Marseillais, parce 
que lui-même observe peu après « q\i Antipolis avait 
« été mise au nombre des villes italiennes, et affran- 
(( chie de la domination des Marseillais par un juge- 
ce ment rendu contre eux ^. » Mais il paraîtrait, 
d'après Pline, qu'il faut ajouter à la liste de Strabon 
Atlienopolisy puisque Pline dit : « Athenopolis Mas- 

' Strabo, Gengr.. lib. iv, p. i8i (274)) edit. Alm., tom. 11, p. i5, 
de la trad. franc. 

" Voyez ci-dessus, part, i, ch. 8, tom. 1, p. i85. 

^ Strabo, Geogr., lib. iv, p. 184 (281), edit. Alm.; tom. u, p. 23, 
de la trad. franc. 



PARTIE II, CHAP. IV. 193 

siliensiuDi ' ; et que d'un autre côté , du temps du 
naturaliste romain, A^atha, Agde, de même i\<£ An- 
tipolis, avaient été enlevées à la juridiction des Mar- 
seillais , puisqu'il dit : a Agatha, quondani Massi- 
« liensiiun. » Nous apprenons par Mêla que le port de 
Marseille se distinguait par le nom particulier de 
Lacfdon; ce qui est confirmé par Eustathe, dans 
ses Commentaires sur Denjs-le-Périégète , et par les 
médailles. Strabon remarque l'entrée de ce port tour- 
née au midi ', tandis que l'ouvertm^e du port mo- 
derne est à louest ^. La vieille ville paraît répondre à 
la description de Strabon. Mêla, aussi bien que Pline, 
font mention à'Athenopolis ^^ que nous avons placée 
précédemment à Saint-Tropez. Quant à Olbia et 
Tauroentium *, leurs positions se trouvent déter- 
minées par les mesures de Ptolémée et de l'Itinéraire 
maritime ^ : l'une , à Saint-Vincent-de-Carquairanne 
ou à Giens, près Hjères; l'autre, aux ruines dites 
Taurenti. Mêla fait mention d' Olbia, mais non pas de 
Tauroentum; quoiqu'on trouve ce nom, ou celui de 
Glanum, dans plusieurs des éditions de cet auteur, il 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 198, et Plin., ILb. ni, cap. 5 (4); 
tom. Il, p. 5g, edit. Lem. 

' Strabo, lib. iv, p. 179 (270) , edit. Alm. ; tom. 11, p. 9, de la trad. 
franc., et ci-dessus, tom. i, p. 277. — Statistique des Bouches-du- 
Rhône , tom. 11, p. Q08. 

' Voyez ci-dessus, tom. 1, p. 9.5, 186, et 277 à 279. 

* Le port d'Agai , appelé Agathon dans le récit du martyre de 
saint Porcaire , abbé de Lei'ins , en 700, ne correspond pas à la posi- 
tion indiquée pour Athenopolis, ainsi que le veulent d'Anville et 
Papou , tom. I, p. 79. — Voyez ci-dessus, tom. i , p. i55. 

* Voyez ci-dessus, tom. i, p. i85, 186, 188, 189, 279. 

^ Analyse des côtes méridionales de la Gaule , par M. Gossellin , 
et V Analyse des Itinéraires maritimes, tom. m de cet ouvrage. 

II. i3 



194 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
n'a fait mention ni de l'un ni de l'autre de ces lieux; 
il y a Laurion ou Laureon dans tous les manuscrits de 
cet ancien. « Après Athenopolis , dit Mêla, et Olhia, 
« et Laurion (ou Laureon), et Cytharisten, est Lacy- 
« don, port de Marseille '. » Les commentateurs * et 
les éditeurs ont substitué les uns Glanum, les autres 
Tauroin : on n'a pas fait attention que Strabon fait 
aussi mention de Laurion^ en décrivant la Ligjstique 
ou Ligurie, et les limites du pays des Salyes. « A tout 
« ce pays, dit Strabon, appartenant aux Marseillais, 
« les anciens Grecs donnèrent le nom de Ligystique, 
<f et aux Salyes celui de Ligyes. Dans la suite, ils les 
« nommèrent Celtoligfes , et leur assignèrent toute 
(( la plaine qui s'étend jusqu'à Louerion et jusqu'au 
{( Rhône \ )) Les commentateurs et les éditeurs de 
Strabon ont aussi voulu substituer Douerion à Loue- 
rion ^ ; mais il résulte évidemment des passages de 
Mêla et de Strabon rapprochés, qu'il existait sur les 
côtes de la Provence moderne un lieu ancien nommé 
Louerion ou Laurion; et comme sur cette côte les 
positions se pressent, en quelque sorte, on aperçoit 
d'abord qu'il ne reste que Toulon, ou ses environs, 
pour l'emplacement du Louerion de Strabon, ou du 
Laurion de Mêla. Or je trouve précisément à 3,ooo 
toises, ou à une lieue et demie de Toulon au nord, 
un lieu nommé Lauron. entre les monts Faron et 

' n Tura post Athenopolim, et Olbiam, et Laurion (sive Laureon), 
« et Citharisten, est Lacydon Massiliensium portus, et in eo ipsa 
« Massilia. » Mêla. 

' Voyez Tzschuck, dans Mêla, vol. ii, part, «i, p. 38i. 

^ Strabo, Geogr., lib. iv, p. ao3 (3i i); tora. ii, p. 89, trad. franc. 

* Mannert ( (ïeogj-. der Ali., tom. 1, p. 85) propose de lire 
Avenion. 



PARTIE II, CHAP. IV. 195 

Caounii ' : c'est là, suivant nous, qu'il faut placer 
l'ancienne Laurion. Il est probable que le port de 
cette ville était Toulon ,* car ce n'est que long-temps 
après Strabon et Mêla, dans l'Itinéraire maritime et 
la Notice de l'Empire, que l'on trouve la première 
mention de Telo martius ou Toulon. Or, est-il pro- 
bable que l'on eût négligé jusqu'alors la position la 
plus sûre et la plus avantageuse de toute cette côte? 
Il résulte aussi de ce passage de Strabon que les Salyes 
ou Sallimi occupaient primitivement tout le pays 
situé entre le Rhône, la Durance et la côte, depuis 
l'embouchure orientale du Rhône jusqu'à Telo mar- 
tius ou Toulon : ce qui est d'accord avec toutes les 
indications de l'antiquité sur ce peuple. 

Quant à Tauroentium ou Tauroentum, le Tauroïs 
de Scyranus de Chio " , nous avons déterminé sa 
position à Tarento. Le peu de grandeur des ruines et 
des constructions qu'on y a découvertes n'est pas une 
objection suffisante contre l'exactitude des mesures, 
qui est confirmée par la ressemblance du nom actuel : 
d'ailleurs César ^ nous apprend que, de son temps, 
Tauroenta n'était qu'un simple castellum, et rien 
n'indique ensuite qu'il ait acquis plus d'importance ^. 

' Voyez la carte intitulée : Geometrical survey of the environs qf 
Toulon. Cette carte est très rare, et a été publiée par les Anglais, 
qui l'ont prise dans les archives de Toulon. Elle est sur une plus 
grande échelle et plus exacte que la feuille de la Carte de Cassini qui 
concerne Toulon, laquelle paraît avoir été faite, à dessein, d'une 
manière inexacte. 

' Voyez ci -dessus, tom. i, p. 27, 186 et 277. — Scymn., v. 214. 
Cccsar, de Btllo civili, lib. 11, cap. 4, tom. 11, p. 12g, edit. Lem. 

* Voyez, sur les ruines de ce lieu, Millin, Foyage, tom. m, 
p. 067. — Thibaudeau, tom. m des Mémoires de l'Académie de 
Marseille. — Marin, Mémoire sur l'ancienne ville de Tauroentum. 
— Id., Journal des savans ; 1782, tom. i, p. 34 et suiv. 



196 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Citharistes promontorium. Nous avons placé le 
port nommé Citharisten, dans Mêla, à la Ciotat, près 
de Ceireste; mais le promontoire de ce nom men- 
tionné par Ptolémée est le cap Cepet , à l'entrée de 
la £»rande rade de Toulon, ainsi que le prouvent les 
mesures de l'Itinéraire maritime '. 

Nous avons déjà eu occasion de parler de Forum 
Juin ou de Fréjus ; Pline ' le nomme Forum Julii 
octai^anoruvfi colonia, quœ Pacensis appellatur clas- 
sica. Nous voyons par-là que la huitième légion y 
avait établi une colonie , et Mêla ^ confirme ce sur- 
nom ai octavanorum colonia. Strabon ^ donne à 
Forum Julii le nom de port d'Auguste; il dit que 
cette ville est située entre Olhia et Antipolis, à la 
distance d'environ 600 stades de Marseille. La dis- 
tance en ligne directe de Fréjus à Marseille est en 
effet juste de 60 milles géographiques, ou 600 stades 
olympiques ^ . 

D'Anville, conduit par la ressemblance du nom, 
place, avec quelque degré de vraisemblance, Pergan- 
tium, ville des Ligures selon Etienne de Byzance^, à 
Breganson , petite île avec un château , qui est sépa- 

' Voyez Mêla, lib. 11, cap. 5. — Ptolem., lib. ii, cap. 5, p. 5o (55), 
et Marin, Hist. de Vilbt de dotai; Avignon, 1782, p. 174 * 181. 
' Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. 11, p. 59, edit. Lem. 
^ Mêla, lib. 11, cap. 5, tom. i, p. 63, edit. Tzschuck. 

* Strabo, lib. iv, p. 289 (184), edit. Alm. ; tom, 11, p. 22, de la 
trad. franc. 

* Pour les antiquités romaines trouvées à Fréjus, voyez Girardin, 
Histoire de la ville de Fréjus, i vol. in-12; 1779. — Millin, F'oyage 
dans les de'partcmcns méridionaux de la France, tom. 11, p. 477- — 
MafFei, Galliœ anliquitates , p. i53. — Muratori, tom. i, p. 461, 
n° 3 ; p. 642 , n" 6. — Bouche , Chorogr. de Provence , tom. i, p. 247 • 

* Steph. Byzant., p. 656, edit. Berkel., ou p. 542, edit. Pinedo. 
— D'Anville, Notice, p. 5 14. 



PARTIE II, CHAP. IV. 197 

i-ée par un canal étroit d'une pointe du continent qui 
regarde Mèse et Port-Croz , l'une des Stœchades ou 
des îles d'Hières. Si la \ille des Gaules nommée Jon- 
tora dans un fragment de Diodore de Sicile ' doit 
être, comme je le crois, placé à Jonquières, près de 
Brignole, département du Var, elle faisait aussi partie 
des Commoni. 

Au nord des Communi et des Camatullici , Pline 
indique les Sueltri , qu'il ne faut pas confondre avec 
les Suetriy que le même auteur nomme quelques 
lignes après, et qu'il mentionne une seconde fois 
dans l'inscription du trophée des Alpes. Ces derniers 
sont, ainsi que je l'ai dit, les Suetni de Ptolémée, 
qui les place en Italie; ils font partie des peuples des 
Alpes. Nous avons déjà déterminé l'emplacement des 
Suelteri dans le district de l'Esterel ^. (( Dein Suelteri, 
«dit Pline ^, supraque P errucini. n Les ferrucini 
étaient donc immédiatement au nord des Suelteri; ils 
ont dû occuper les bords du Verdon et les environs 
de Castellane et de Senez. C'est à tort , ainsi que je 
l'ai déjà observé, qu'en altérant le texte d'Etienne 
de Bjzance , on a voulu transporter en Gaule le 
Trœzenida regio, qu'il place en Italie. Le Massalia 
dont il est question dans ce passage est Marsallia , 
près de Bobbio, mentionné aussi par Poljbe; le 
Trœzenida regio est donc le district même de Bob- 
bio'*. Tretz, où l'on a voulu placer le Trœzenida 
regio, était connu des Romains sous le nom de 

' Diodore de Sicile, toni. m , p. 607. — Peut-être pourrait-on placer 
Jontora à Jort, département du Tarn, district de Castres. 
" Voyez ci-dessus, tom. i , p. 62 et 255, et tom. 11, p. 45. 
' Plin., lib. m, cap. 5 (4), tom. 11, p. 59, edit. Leni. 
< Voyez ci-dessus, part, i, ch. 5, tom. i, p. 128. 



198 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Trittia ou Trittis , ainsi que le prouve une inscrip- 
tion publiée par Spon ' . 

Mais continuons la description du rivage de la 
Gaule. Nous avons déjà vu qu'à l'orient de Fréjus les 
peuples de l'intérieur des terres faisaient, du temps 
d'Auguste, et postérieurement, partie des peuples des 
Alpes , et étaient censés appartenir plutôt à l'Italie 
qu'à la Gaule, mais que tout le bord de la mer jus- 
qu'au Var appartenait à cette dernière contrée; aussi 
tout le district maritime situé entre Fréjus et le Var, 
Ptolémée l'attribue aux 

Dédales , et il leur donne pour capitale , 

Antipolis , Antibes. 

La position à' Antipolis à Antibes est démontrée 
par les mesures et par l'histoire '. Nous avons déjà 
vu que Pline et Strabon , ainsi que Polybe, placent 
concurremment sur cette côte les Deciates et les 
Oxfbii : les premiers à l'orient , les seconds à l'oc- 
cident d' Antipolis , depuis les hauteurs de Grasse 
jusqu'à Agaye , qui est , ainsi que nous l'avons 
dit, VEgftnopolis de Poljbe; de même qu'Oppio 
est VOxjbiiun civilas d'Etienne de Byzance^. Au- 
dessus de la regio Oxybiorum , c'est-à-dire dans les 
environs de Saint- Vallier, Pline '♦ place les Ligauni. 
J'ai parlé des Albiœci et de leur ancienne capitale 

' Voyez Papon, Hi.st. de Provence, tom. i. — Le monument où 
se trouve cette inscription a été retrouvé en 1819. Voyez Toulouzan, 
Statistique des Bouches-du-Iihône , tom. n, p. 253 et 209. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. — Sur 
les monumens trouvés à Antibes, voyez Muratori , Inscript., tom. 11 , 
p. 1025, n° 5; et Honoré Bouche, tom. i, p. 288. — Millin, Foyage 
dans les departemens méridionaux de la France, p. Sog et 5i i . 

' Voyez ci-dessus, tom. 1, p. 182, 186. 

*Plin., lib. ni, cap. 5 (4), tom. 11, p. 60, edit. Lem. 



PARTIE II, CHAP. IV. 199 

Albiosc, ainsi que de leur nouvelle, Reii, Rez; j'ai 
aussi fait mention des Nerusiiy dont la capitale était 
Vintium , Vence '. J'ai pareillement fixé la position 
des autres peuples des Alpes de ce côté, qui, à 
l'époque dont nous traitons, formaient une division 
à part ou étaient compris dans l'Italie \ Le Ligirrus 
paguSy où était situé le dwus Navalis , selon une 
inscription publiée par Spon % a été placé dans les 
environs de R^.yrolles, où l'on trouve des collines 
qui portent , dit-on , le nom de Ljgourets ^ , et cette 
position rattachait le viens Navalu à la Gaule 
transalpine; mais il est bien plus probable que le 
vicus Navalis est le même lieu dont il est fait 
mention dans la Table ^, sous le nom de Navalia, 
et dont les mesures de la Table déterminent la po- 
sition à Noli moderne : c'est donc dans les environs 
de Noli, au sud de Savone et dans la Gaule cisalpine, 
qu'il faut placer le Ligirrus, ou plutôt Ligyris 
pagus, dont le territoire devait se terminer à Finale, 
nom qui indique une ancienne limite. 

Les 2>icom qui touchent aux peuples des Alpes , 
et qui même sont rangés parmi ces derniers par 
Strabon, doivent de nouveau nous arrêter. Nous 
avons déjà vu que la route d'Annibal , telle qu'elle est 
décrite par Tite Live ^, plaçait les Tricorii au midi 
de l'énorme montagne nommée Devoluy, et dans 
le val Goldemard. Strabon ', qui place les Tricorii 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. i83. 

" Voyez ci-dessus, tom. i, p. 256 à 258. 

' Spon, Miscellanea erudit., p. igi. 

* Toulouzan, Statistique des £ouches-du-RJiône, tom. ii, p. iç\{. 
Voyez V Analyse des Itinéraires anciens, t. m de cet ouvrage. 

* Voyez ci-dessus , part, i, ch. 7, tom. i, p. iSjct i58. 
' Strabon, lib. iv, p. i85 , 2o5 (282, 3i2), edit. Alm. 



200 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
au nord des Vocontii et en se dirigeant vers les 
Medulli , ou la Maurienne, s'accorde parfaitement 
avec cette position. Strabon mentionne deux fois 
les Tricorii , mais la première fois • , selon un ordre 
parfaitement géographique. « Au-dessus des Ca- 
V ares y dit- il, on trouve les Vocontii, les Tri- 
corii j les Iconii et les Medulli , » et ensuite ' , 
« après les Vocontii , viennent les Iconii , les 
Tricorii et les Medulli, » Un tel concours d'au- 
torités ne peut être troublé par une expression 
ambiguë ^ de Pline, qui nous force à placer, sur de 
légers indices , les Tricolli qu'il mentionne à la suite 
des Tricorii. Comme Segustero , Sisteron, n'est at- 
tribuée à aucun peuple, et qu'il se trouve près de là 
un lieu nommé Treschoux, j'y placerais les Tricolli 
de Pline, faute d'une indication plus précise. 

Nous avons déjà déterminé les limites des Vo- 
contii et des Allobroges ^y celles des divers peuples 
situés sur la rive orientale du Rhône demandent 
une discussion particulière : ces peuples sont les 
C avares , les Segalauni et les Tricastini. 

J'ai déjà observé ^ que, dans la Province romaine 

' Strabo, lib. iv, p. i85 (282), edit. Aliu. 

"" Id., lib. IV, p. 2o5 (3i2) , edit. Alm. 

^ M. Menard, dans les Me'm. de l'Acad. des Belles-LcUres, t. xxvu, 
p. 129, prétend que ces expressions de Pline : rursus a mari, signi- 
fient plus loin de la mer ; c'est le sens contraire qu'on leur attribue 
ordinaii'ement. Je crois en effet que cela est ainsi, mais qu'il y a 
un mot omis par les copistes ; alors la position respective des Tri- 
corii et des Tricolli se trouve d'accord avec le texte de Pline, lib. u , 
cap. 5 (4), tom. u, p. 58, edit. Lem., ainsi interprété : « Rursus a 
« mari Tricorium et intus Tricollorum , Vocontiorum , et Segau- 
(f vellanorum , mox AUobrogura. « 

* Voyez ci-dessus, tom. i, p. 258 à 275. 

* Voyez ci-dessus, tom. i, p. 240. 



PARTIE II, CHAP. IV. 201 

de même que dans la Cisalpine, les Romains, ayant 
éprouvé de grandes difficultés dans la conquête, 
s'étaient comportés en vainqueurs. Ils envoyèrent 
dans cette contrée de nombreuses colonies; et dans 
leurs lois comme dans leurs divisions administratives, 
ils respectèrent peu les droits des peuples et l'intégrité 
de leur territoire. De sorte que les anciens diocèses 
ne nous représentent qu'imparfaitement les nations 
primitives de cette portion de la Gaule, et nous indi- 
quent peu exactement l'étendue de leur territoire, et 
les villes qui lem- appartiennent. L'Itinéraire et la 
Table sont des monumens romains, qui nous four- 
nissent avec le plus grand degré de certitude le 
plus de noms de lieux ; mais seuls ils ne peuvent 
être d'aucun secours, parce qu'ils ne disent point à 
quel peuple, mais seulement à quelle route, appar- 
tiennent les noms des villes et des lieux dont ils 
font mention. C'est Ptolémée ' , qui donne à cet égard 
les renseignemens les plus détaillés, et qui les pré- 
sente dans le meilleur ordre. Voici son texte : 

(( Ensuite , à l'orient du Rhône , sont les Allo- 
hrygesy dont la ville est V^ienna, Vienne; 

« Et sous eux, et plus vers l'occident, sont les Sega- 
launiy dont la ville est Valentia colonia, Valence. » 

11 résulte de ceci que Ptolémée, qui oriente les 
peuples d'après les capitales, a su que Valentia, 
Valence, était un peu plus à l'occident que la ville 
de Vienne. La position de Valentiay à Valence mo- 
derne , est démontrée par les mesures des Itinéraires 
romains , pour les routes qui se rattachent à 

' Ptoleraœus, lib. ii, cap. 5, p. 5i [^^), cdit Berl. 



202 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Viennay Vienne^ At^enio ^ Avignon, etDiay Die '. 
Elle l'est encore par les monumens de l'histoire : le 
diocèse de Valence , qui n'a point subi d'altération , 
parait même représenter dans toute son intégrité 
l'ancien territoire des Segalauni ' : ce peuple est 
aussi mentionné dans Pline ^, sous le nom de Sego- 
i^ellauni; mais il n'est pas certain que cet auteur 
attribue T^ale?itia aux Cavares, comme on pourrait 
le croire d'après ses éditeurs. Et on peut croire qu'il 
y a , ainsi que l'a très bien observé avant moi d' An- 
ville '* , un défaut de ponctuation dans le texte im- 
primé de Pline, et qu'on doit placer la virgule immé- 
diatement avant Kalentia , et lire : Arausio secun- 
danorwn in agro Cai^aram, Valentia, etc. Ammien 
Marcellin % et la Notice de l'Empire, font aussi 
mention de Valentia : mais continuons l'examen du 
texte de Ptolémée. Après Valentia colonia, il dit : 

« Plus à l'orient sont les Tricastini, dont la ville 
est Nœomagus. » 

Ici se présente une difficulté qu'il est important de 
résoudre. 

Aucun auteur n'a hésité à placer les Tricastini 

' Voyez VAnalj$e des Itin&'raires , tom. m de cet ouvrage. — 
Wesseling, p. 558, Tabula Peut., §. ii, D. 

* Ptolemaeus, lib. ii, cap. lo, p. 5i [55). 

^ Plin., lib. iii, cap. 5 (4), tom. n, p. 56, edit. Lem. 

* D'Anville, Notice de la Gaule, p. 669; je ti'ouve que Cellarius, 
que d'Anville n'a point cité, avait aussi fait cette remarque avant lui ; 
mais il est possible cependant de justifier, à cet égard , les éditeurs 
de Pline. Voyez ci-après, p. 219. 

* Ammian. Marcell., lib. xiv, cap. 10, et lib. xv, cap. 11. — Papou, 
Leonis Epist. , Hist. de Fr., p. 777. — Prosper Tiro , Chron. hist 
de Fr., tom. 1 , p. 658. 

* Voyez ci- dessus, tom. i, p. 272. 



PARTIE II, CHAP. IV. 203 

dans le Trlcastin moderne ', sans autre preuve que 
l'identité du nom ancien et du nom moderne, et 
comme le chef-lieu de ce district est Saint-Paul-Trois- 
Châteaux, on l'a considéré comme le Nœoniagus 
de Ptolémée : d'un autre côté , comme Pline nomme 
Aiigusta Tricastinorum y la capitale des Tricastini , 
on a dit aussi que Saint-Paul-Trois-Châteaux était Au- 
gusta Tricastinorum. Cependant Valois était trop 
instruit sur l'histoire et la géographie de son pays, 
pour ignorer l'illustration moderne, et postérieure à 
l'âge romain, de Saint-Paul-Trois-Châteaux'. Il savait 
qu'il n'y a aucun monument historique qui constate 
que cette ville ait jamais été appelée ni Augusta , 
ni Noemagus. D'Anville , pour donner à cette po- 
sition l'appui des mesures , a supposé que le lieu 
nommé Senomagus dans la Table était le même 
que le Nœomagus de Ptolémée ^. On ne pouvait être 
plus malheureux dans le choix de sa preuve; car 
c'est précisément l'analyse de cette partie de la 
Table qui démontre que non seulement Nœo- 
magus n'est pas la même ville que Senom,agus , 
mais que la voie romaine ne passait pas par Saint- 
Paul-Trois-Châteaux. Nous renvoyons à cet égard 
le lecteur à notre analyse des Itinéraires , qui se 
trouve dans le tome m de cet ouvrage ; mais 
nous croyons, pour que l'ensemble des preuves sur 
ce sujet important se trouve réuni ici, devoir pré- 
senter un extrait de cet Itinéraire, concernant la 
route àe, Arausio , Orange, à Valentiay Valence. 

' Conférez ci-dessus, tom. i, p. i38 et 255. 
» Voyez Valesii Notitia Galliœ, p. 60. 

' D'Anville, Notice de la Gaule, p. lao. Par cette vaison , Seno- 
magus se trouve supprimé de son Dictionnaire et de sa Carte. 



204 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 



TABLE DE PEOTINGER. 


MILLES 

ROMAINS. 


CARIES DE CASSINI, 
NOS 8(), go, 92, 120 et 122. 


MILLES 

ROMAINS. 


Arciusionc ■ .... 


i5 
18 

12 

19 


Oran<''e 


i5 

18 
12 

19 


Senomagus 

Acunum 


Saint-Pierre-de-Senos. . . 

Ancône : jonction de la 
route d' Ancône à Mon- 


Batiana 


Bancs , vis-à-vis Baix. . . 
Valence 


Valentia 







Ainsi la position de Senomagus , qui jusqu'ici 
était restée inconnue ' , est déterminée avec pré- 
cision ; et comme toutes les mesures , qui sont 
presqu'en lignes droites, se trouveraient dérangées 
si l'on passait par Saint-Paul-Trois-Cliâteaux , il 
s'ensuit bien évidemment que jamais la route ro- 
maine n'a passé par cette ville : donc ce n'était point 
une capitale du temps des Romains, et elle ne peut 
être ni V Âugusta Tricastinorum de Pline , ni le 
Nœomagus de Ptolémée. 

\Jj4ugusta Tricastinorum de Pline est la ville 
nommée aussi Augusta dans l'Itinéraire et dans la 
Table, et les m.esures anciennes en déterminent la 
position à Aoste , sur la route de Die à Valence. 

' Il est vraiment étonnant que , dans le grand nombre d'auteurs 
c|ui ont écrit sur le comtat d'Avignon et pays voisins, et qui ont 
cherché à en éclaircir la géographie ancienne, il n'y en ait aucun 
qui ait trouvé cette position par le seul rapprochement des noms 
Sonos, Scno-magus. Je les ai en vain tous feuilletés avec attention. 



PARTIE II, CHAP. IV. 205 

On sait que le nom ôHAoste, à'Aoust oucVjéugst, 
est celui àAugustus, différemment abrégé ' . Ainsi la 
capitale des Tricastini était dans le district moderne 
de Crest, et non dans celui qu'on nomme aujour- 
d'hui Tricastin, et elle porte encore le nom qu'elle 
avait autrefois. Si Augusta n'est pas la même ville 
que Nœomagus de Ptolémée, alors l'existence très 
ancienne d'un évôché à Saint-Paul-Trois-Châteaux, 
les vestiges d'antiquités qu'on y a trouvés , pour- 
raient nous autoriser à y placer le Nœomagus de Pto- 
lémée, et nous donner à penser qu'entre le temps 
de Pline et celui de Ptolémée, la capitale des Tji- 
castini avait changé d'emplacement ; mais non seu- 
lement , au temps de Pline , les Tricastini n'occu- 
paient point le Tricastin moderne, mais le dis- 
trict de Crest est le seul qui, dans le moyen âge, 
ait porté le nom de Tricastinum j mal à propos 
appliqué depuis au district de Trois-Châteaux , qui 
se nommait Tricastrum. J'en tire la preuve de la 
Chronique de Robert, qui, à la lin du xii"" siècle % 

' M. Ai'taud a vu à Aoste, qui n'est qu'un bourg, une inscription 
romaine, qu'il rapporte. Voyez F'oyage à Die, dans le Magasin, 
cncjclop- pour 1818, tom. i, p. 178. 

' Le manuscrit de cette Chronique de Robert existe encore dans 
la bibliothèque publique d'Auxerre (voyez Alillin, F'ojage dans les 
départ, du Midi, tom. i, p. 164). On nomme ordinairement l'auteur 
Robert de Saint-Mai'ien , parce qu'il est l'auteur de la chronique 
de ce nom. Son nom de famille était Abolniiz; il était chanoine et 
lecteur de Saint-Étienne d'Auxerre ; il vivait vers la fin du xu' siècle 
et le commencement du xiii^ (voyez Lebeuf, Mémoires concernant 
l'histoire ecclésiastique et civile d' Auxerre , tom. ir, p. 490 )• Abo- 
lanz était très instruit pour le temps où il a vécuj il avait une des 
plus belles bibliothèques alors existantes, et formée par Milon, abbé 
do Saint-Marien , dont il a dit : « Insignem confecit bibliothecam , 
« quaesitis undecunque voluniinibus cumulatam. » Lebeuf, dans ses 



206 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
attribue cwitatem Tricastinum à la province de 
Vienne , et un lieu nommé Tricastrum à la province 
d'Arles. Ainsi le Tricastina urhs des lettres de 
Sidoine Apollinaire ' <ist bien véritablement X Au- 
gusta de l'Itinéraire , comme l'avait dit Savaron , 
que Valois critique à tort à ce sujet; et il est très 
étonnant que Valois , qui a connu ce passage de 
Robert ' , et qui le cite, se soit contenté d'accuser 
d'erreur son auteur, et n'ait pas été éclairé par une 
distinction aussi lumineuse , aussi précise. 11 est 
bien évident en efFet que le civitas Tricastinum de 
Robert est \Augusta de Pline; c'est Aoste, la capitale 
des Tricastins , qui se trouvait située dans le diocèse 
de Vienne , tandis que le lieu nommé Tricastrum , 
ou Saint-Paul-Trois-Châteaux, était aloi's un des 
quatre évéchcs de la province d'Arles. Une monnaie 
des évêques de Saint-Paul-Trois-Châteaux, qui a été 
publiée par M. Saint-Vincent, et porte Tricastrini, 
et non Tricastini , confirme encore le passage de la 
Chronique de Robert ^ . 

Preuves de l'histoire d' Auxerre , tom. ii, p. 36, a donné le testa- 
ment de ce Robert. 

' Sidonins Apollinaris, lib. vi, epist. 12. J'observerai que Durandi, 
dans son Stato antico d'Italia, p. 218 et 21g, se trompe beaucoup 
lorsqu'il veut faire considérer l'Augusta de Pline comme la même 
ville que l'Alba Augusta. 

' Valesii Notifia, p. 60 : « Robertus in Chronico civitatem Tri- 
« castinum provinciae Viennensi attribuit, et iterum Arelatensi pro- 
« vinciœ Tricastrum, ita ut ex una duas urbes Tricastinum et Tri- 
« castrum facere videatur. » 

* Lorsque l'examen attentif des indications qu'on trouve dans les 
monumens de l'antiquité eut formé mon opinion sur l'emplacement 
des Tricastini, j'ignorais que cette même opinion avait été proposée, 
plutôt que prouvée, par les hommes qui avaient le plus approfondi 
l'histoire ancienne du Dauphiné. « Les géographes ( dit Longuerue , 



PARTIE II, CHAP. IV. 207 

Actuellement qu'il est prouvé que les Tricastini 

occupaient les environs d'Aoust ou d'Aoste en Diais, 

qu'il me soit permis de revenir sur un passage de Tite 

« Descript. hist. de la France anc. et moderne, tom. i, p. 334) veu- 
« lent communément que cette ancienne ville , Augusta , soit la 
« même que celle de Saint-Paul-Trois-Châteaux. D'autres, qui ont 
« recherché en Dauphine' les antiquités du pays, ne veulent pas 
« que Saint-Paul soit une ville si ancienne , soutenant qu'elle doit 
« son origine à l'église où est le tombeau de saint Paul , évêque des 
« Tricastins. Chorier veut, dans l'Histoii'e du Dauphine, (\\i^ Augusta 
« soit la même bourgade qu'Aoste près de Crest , se fondant sur ce 

« que ce mot Aoste signifie la même chose qu'^ wg«^/a Mais ces 

« conjectures ne sont pas des démonstrations ; et ce qui rend celle 
« de Chorier absurde, c'est qu'Aoste a toujours été du diocèse de 
" Die , et fait par conséquent partie des Voconticns , distingués des 
« Tricastins. » Nous venons de voir que c'est précisément parce 
que Aoste est du diocèse de Die, ou de la province ecclésiastique de 
Vienne, qu'il est démontré que c'est la civitatem Tricastinum dont 
parle Atolanz, et VAugusta Tricastinorum de Pline. Jamais les 
Tricastins, dans quelque lieu qu'on les place, et d'après les limites 
assignées aux peuples qui les environnent, n'ont pu être un peuple 
fort étendu : jamais ils n'ont pu former un diocèse particulier. Les 
Vocontiens s'étant trouvé divisés en deux diocèses, pour égaler à 
l'autre celui de Die, qui a été le dernier formé, on conçoit qu'on a 
dû être naturellement porté à y adjoindre le petit peuple des Tri- 
castini. Cependant Saint-Paul-Trois-Châteaux, d'après l'histoire de 
son évêché, doit remonter aux derniers temps de l'âge romain. Denys 
de Sainte-Marthe, dans le Gallia christiana, tom. i, p. 704, indique 
des ruines et des restes d'antiquités qui démontrent que c'était une 
ville romaine. Voici comment il s'exprime : « Urbs Tricastinorum 
« olim fuit ampla et celeberiima , cujus antiquitatem demonstrant 
« rudera amphitheatri, circi formarum, hoc est aquae-ductum, nec 
'( non statuse, numismata, ui'na?, et alia similia, quae olira et nuper 
« quoque eruta sunt et effossa. In urbe adhuc duse sunt portae quarum 
« unavocaturde Fan-Jou a fano Jovishac in parte urbis olim condito, 
« altéra Puy-Jou quasi dicerelur podium Jovis. » ■ — Il est singulier, 
d'après des assertions aussi positives et aussi détaillées, que je n'aie 
pu trouver aucune mention de ces antiquités dans les descriptions 
de France les plus amples, telles que celles de Piganiol de La Force, 
en i5 vol. in-12. Voici ce que dit Louis Anselme Royer de Sainte- 



208 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Live qui a toujours paru inexplicable. Cet historien, 
en racontant le retour d'Annibal après son expédi- 
tion chez les Allobroges , dit : « Il prit sur la gauche 
(c et entra chez les Tricastins , il marcha ensuite 
u à l'extrémité du territoire du pays des Vocon- 
(( tiens, et parvint à la Durance , qui prend sa source 
« dans les Alpes '. )) Tout cela s'accorde parfaite- 
ment avec la position que nous venons d'assigner 
aux Tricastini y ainsi qu'avec la marche précédente 
du général carthaginois , qui retourna au midi , et 
conduisit son armée le long du Rhône. En faisant 
un détour , « pour éviter, dit Tite Live, de passer 
(( sur le territoire des Allobroges. » Mais ce passage 
de Tite Live devient inexplicable , si l'on place les 
Tricastini dans le Tricastin moderne. Plutarque et 
Silius Italiens ' font aussi mention des Tricastini 
à propos de la route d'Annibal. Le Tricastin mo- 
derne ou le district de Saint-Paul-Trois-Châteaux 
appartenait aux Cavares, ainsi que je vais bientôt le 
démontrer. 

Marthe, dans l'Histoire de l'église cathédrale de Saint-Paul-Trois- 
Châteaux; Avignon, in-4°, 1710 : « On ne peut rien dii-e de cer- 
« tain là- dessus; ce que nous sçavons, et qu'on voyait il n'y a pas 
« long -temps, c'est quelque vieux reste d'un amphithéâtre assez 
« proche du palais épiscopal , et quelques masures d'un cirque qui 
'( paraissent encore au quartier qu'on appelle Saint-Jean. Mais ce 
« qui fait mieux connaître l'ancienne splendeur de cette cité, est 
« qu'en creusant la terre on a trouvé, et on trouve encore de temps 
« en temps, des statues de bronze et de marbre, des urnes et des 
« tombeaux, des aqueducs et des lampes, des inscriptions et des 
« médailles de tout métail et de tous les empereurs, plusieurs grands 
« pavés à la mosaïque. » 

' Titus Livius, lib. xxi, c. 3i. — Amm. Marcell., lib. xv, c. 10. 

^ Silius Italiens, Punicor., lib. m, vers. 466, tom. i, p. 201, 
edit. Lem. 



PARTIE ir, CHAP. IV. 209 

Quoique , dans les Tables de Ptolémée , les Tri- 
castini se trouvent placés beaucoup trop au nord- 
est, cependant ils sont, comme la description de cet 
auteur le dit, à l'orient des Segalauni. L'emplace- 
ment que nous assignons aux Tricastini est conforme 
au texte de Ptolémée ; la position de Saint-Paul- 
Trois-Châteaux y est tout-à-fait contraire. Conti- 
nuons de transcrire ce texte '. 

« Sous les Segalauni y dit Ptolémée, sont les Ca- 
vares, dont les villes dans l'intérieur des terres sont : 

(( Aciisiorum colonia; » c'est V Acusiensis ecclesia 
du moyen âge, ou Notre -Dame -d'Aigu, près de 
Montélimart. 

a Aveniorum colonia y Avignon. 

« Arausio , Orange. 

« Gabellio colonia j » Cavaillon *. 

Aucun itinéraire , aucun auteur ou monument 
ancien, excepté Ptolémée, ne fait mention de civitas 
Acusorimn. Lucas Holstenius et d'Anville^ veulent 
confondi-e cette ville avec VAcunum de l'Itinéraire 
et de la Table, que les mesures anciennes nous 
apprennent avoir été situé à Anconne. Cette con- 
jecture n'est appuyée que sur la ressemblance des 
noms , et il est d'autant plus étonnant que d'Anville 
l'ait adoptée, qu'elle contrarie la position qu'il assi- 
gnait aux Tricastini. 

La position de cii>itas Acusiorum de Ptolémée 
se démontre par les monumens du moyen âge. Je 
fus informé, par une lettre de M. Faujas de Saint- 

' Ptolemaeus, lib. u, cap. lo, p. 5i {55). 

' Voyez ci-dessus, sur Cabellio, tom. i, p. 187. 

^ D'Anville, Notice, p. 5i. — Holsten., Annot. in Ortel., p. 5. 

II. i4 



210 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Fond ', qu'il existait à l'ancien greffe de Montélimart, 
sa ville natale, une inscription sur une grande pierre 
portant donation d'une rente de la part de François, 
duc de Lesdiguières, en faveur de l'église de Monté- 
limart. Cette église j est qualifiée à' ecclesiam Acu- 
siensem, et paraît bien évidemment la même que 
celle dont on voit encore les ruines, « à cent pas du 
(( nouveau pont, dans la partie au-delà du Roubion 
(c et du Jabron , en se dirigeant vers Orange , sur une 
« éminence, à 35o pas hors de la ville. » Cette église, 
dont les débris sont connus sous le nom de Notre- 
Dame -d'Aigu, existait encore au xii" siècle; en 
fouillant dans ses ruines on trouva, d'une seule fois, 
un très grand nombre de médailles impériales en 
moyen et petit bronze, depuis Gallien jusqu'aux 
enfans de Constantin; des tombeaux romains, des 
fragmens d'inscriptions, des urnes sépulcrales. Avant 
que je fusse instruit de ces curieuses particularités , 
l'analyse des Itinéraires m'avait démontré que la 
route ancienne passait par Montélimart. « On voit, 
(c dit M. Faujas, à la poste de La Paillasse, la pierre 
u milliaire marquée vi , qui fut découverte en con- 
u struisant la nouvelle route '.... Or la ligne droite 
« de cette route se dirige sur Montélimart, où était 
(( une autre pierre milliaire contre l'angle du jardin 
(( des anciens récollets ; elle a été transportée auclief- 

' Faujas de Saint-Fond , Lettres en date du \" et 2 mai 1810. 

" CeUe pierre fut découverte en 1757, ainsi que nous l'apprend 
QAyÏMS { Antiquités , tom. m, p. 555), à 800 toises de la poste de 
Paillasse. Du côté de Valence, la voie romaine est encore connue 
sous le nom de P^icmagne. Nous avons parcouru toute cette route 
en i855, vérifié, et reconnu exactes, toutes les informations don- 
nées par M. Faujas. — Voy. Chalieu, Mc'm. sur la Drôme, p. 86. 



PARTIE II, CHAP. IV. 211 

fc lieu du département de la Drôme. En jetant les 
« fondations de plusieurs maisons dans la rue prin- 
(( cipale qui traverse en entier la ville de Monté- 
« limart , on a retrouvé des portions de la voie 
(( romaine, des médailles antiques, des poteries, etc. 
« La porte ancienne de la ville actuelle, qui a été 
(( démolie pour en refaire une moderne , portait 
« comme elle porte encore aujourd'hui, en langue 
« provençale, le nom d'aigu. » 

Il est facile de voir combien la position que nous 
avons assignée aux Tricastini , s'accorde avec le texte 
de Ptolémée , qui attribue ^cusiorum colonia, aux 
Cavares. Cette ville, située à Montélimart, eût été 
séparée des Cavares, par toute l'étendue du terri- 
toire des Tricastini y si ces derniers avaient occupé 
le district de Saint-Paul-Trois-Châteaux; et il en eût 
été de même si Acusioriun colonia avait été Acunum 
ou Anconne , comme le voulait d'Anville, dont 
l'opinion se trouvait ainsi directement contraire à 
Ptolémée, seul auteur cependant qui ait parlé d'^^cz^- 
siorum colonia; et comme ce géographe nous ap- 
prend que les Cavares étaient situés immédiatement 
sous les Segalauni y les Tricastini ne peuvent trou- 
ver de place entre ces deux peuples : tout confirme 
donc la position que nous leur avons assignée. 

Avenio , dont la position à Avignon moderne est 
démontrée par les monumens de l'histoire et par les 
mesures de la route ancienne de Kalentia à Are- 
laie ' , est mise au nombre des villes latines par 
Pline , quoique Ptolémée lui donne le titre de colo- 
nie. Etienne de Byzance l'attribue aux Marseillais , 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 



212 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
ainsi que Cahallio , et il y a peu de doute, en effet, 
que dans le temps de leur puissance et de leur indé- 
pendance , ils n'occupassent ces villes et plusieurs au- 
tres qui leur servaient d'entrepôts le long du Rhône ' . 
Avenio est du nombre des villes dont nous avons des 
médailles '. 

Arausio est aussi mentionnée par Strabon ^ , 
Pline'* et Mela^. Ces deux derniers auteurs lui don- 
nent l'épithète de secundanorum , surnom qu'elle 
doit à quelques milices romaines qui y faisaient leur 
résidence. C'est ainsi que l'épithète de sextanorum 
est jointe à Arles , et celle de septimanorum à 
Beterrœ. Une inscription trouvée à Orange semble 
prouver que cette ville avait le surnom de colonia 
Julia secundanorum ^. Menard conjecture, avec 
beaucoup de vraisemblance, que ce surnom de Julia 
vient de Jules César, lorsque ce conquérant, de retour 
à Rome, après avoir formé de ses nouvelles conquêtes 
la province des Gaules , en donna le gouvernement 
à Claude Tibère Néron, père de l'empereur Tibère ^ 
Jules César avait donné ordre à Claude Tibère de 

" Caylus, Antiquités , tom. vu, p. 268, a publié une inscription 
relative à Avennio. — Voyez encore Millin, Voyage dans les départ, 
méridionaux, tom. iv, cap. 112, p. 255. 

' Mionnet, Descript. des Me'd., tom. i, p. Q5 , et Supplément , 
tom. I, p. ibi. 

3 Strabo, lib. iv, p. i85 (283), edit. Bert. ; tom. 11, p. 26, de la 
trad. franc. 

* Plin., lib. m, cap. 5 (4), tom. 11, p. 61, edit. Lem. 

' Mêla, lib. u, cap. 5, tom. i, p. 62, edit, Tzschuck. 

« Maffei, Galliœ antiquitates, in-4.°, 1733, p. 142 et 157.— Menard, 
Me'm. de T Acade'm. , tom. xxvi, p. 345 et 349. 

^ Voyez Sueton. , in Tiher., cap. 4, tom. i, p. 56o, édit. Hase. — 
Voyez ci-dessus, tom. 1 , p. 278. 



PARTIE II, CHAP. IV. • 2l3 

conduire en même temps diverses colonies dans les 
Gaules; Narbonne, et Arles qui fut nommée Julia^ en 
reçurent ; il est probable qu'à cette époque Araitsio 
en reçut une aussi , et de là sera provenu le surnom 
de Julia qui lui fut donné. L'arc de triomphe qui 
subsiste encore à Orange a été souvent décrit ' ; mais 
les ruines de son théâtre , quoique moins connues , 
méritent encore plus l'attention des archéologues ' ; les 
mesures de la Table et de l'Itinéraire de Jérusalem 
constatent d'une manière plus certaine l'identité de 
position d'Orange moderne et de l'antique Arausio. 
Les mesures de la route romaine- qui conduisait 
à'Apta Julia à Arelate , Arles, déterminent aussi la 
position de Cabellio à Cavaillon moderne ^, où l'on 
a trouvé aussi de beaux restes d'antiquités romaines. 
Pline met Cabellio , déjà connu au temps d'Arté- 
midore , au nombre des villes latines ; Strabon et 
Etienne de Bjzance nomment aussi cette ville. 

Strabon'*, Pline ^, ApoUodore ^ et Etienne de 
Bjzance font mention ô^Aeria comme d'une ville 
des CavareSj et nous avons déjà observé que l'opinion 
qui place ce lieu au château de Lers, près duquel 
se trouve un lieu nommé Auriac, est celle qui s'ac- 

' Menard, Mtm. de l'Académ., tom. xxvi, p. 345-349- — Millin, 
Voyage dans les de'partemens méridionaux, tom. ii, p. i3i, cli. 45, 
PL 29, fig. 3. 

' INous les avons visitées en i853; le théâtre a été bien décrit par 
Maffei, Galliœ antiquitates , p. i4o, PI. 8 et 9. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage, et 
Strabo, lib. iv, p. i85 (282). — Plin., lib. m, cap. 5 (4). — Steph. 
Byzant., p. 434. — Voyez ci-dessus, tom. i, p. lyS et 187, et ci- 
après, tom. 11, p. 219, 

* /fi., lib. IV, p. i85 (283) ; tom, 11, p. 26, de la trad. franc. 

* Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 5 (4), tom. !i, p. 62, edit. Lem 
® Apollod., lib. IV, in Steph. Byzant., p. 3g. 



214 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
corde le mieux avec le peu d'indications que les an- 
ciens nous ont laissées à ce sujet \ 

Ptolémée , conservant toujours le même ordre 
géographique, mentionne les Saljes, qu'il nomme 
Salices , après les Cavares. 

« Sous les Cavares se trouvent, dit-il, les Salices, 
dont les villes sont : 

« Taruscum , Tarascon. 

« Glanum, Saint-Remy. 

« Arelatuni colonia , Arles. 

w Aqiice Sextiœ colonia, Aix. 

« Ernaginum , Saint-Gabriel. « 

Strabon fait aussi mention de Tarascon ; l'iden- 
tité de nom et les monumens historiques ne laissent 
aucun doute sur la position de ce lieu ancien à Ta- 
rascon moderne , malgré les erreurs de mesures 
qu'offre dans cet endroit le texte de Strabon ". 

La position de Glaniun à mille toises au midi du 
village actuel de Sain t- Rem j, près de l'endroit où 
existent encore parfaitement conservés un mausolée 
et un arc de triomphe antiques des Romains, se trouve 
démontrée par les mesures des Itinéraires ^, dont les 

' Conférez ci-dessus, tom. i, p. 187, et Fortia d'Urban, Hist. 
d'Avignon, p. 200. — Voyez ci-dessus, tom. i, p. 187. 

* Ptolera., lib. 11, c. 10, p. 5i (55). — Strabo, lib. iv, p. 178 (270), 
edit. Alm.; tom. 11, p. 7, de la trad. franc. — La mesure générale de 
Strabon est juste dans son ensemble , mais inexacte dans le détail 
particulier des lieux, ainsi que je l'ai démontré dans un Mémoire 
particulier. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — Le 
mausolée et l'arc de triomphe, que nous avons visités en i853, sont 
gravés dans divers ouvrages, voyez Mc'ni. de l'Acad., tom. vu, 
p. 260. — M. Millin, dans son F'oyage dans les de'partem. méridio- 
naux , tom. 111, p. 094, PI. 65, fig. I, a décrit et figuré ce mausolée. 



PARTIE II, CHAP. IV. 215 

résultats sont encore confirmés par une inscription 
qu'on y a trouvée, qui porte le nom de Glanum \ 
Pline donne à ce lieu le surnom de Lwii ( Glanum 
Lmi). Menard prouve assez bien que ce surnom est 
dû à Livius Drusus , qui, vers l'an j5o de Rome, 
établit dans ce lieu une colonie '. 

La position diErnaginum à Saint - Gabriel est 
aussi démontrée par les mesures des Itinéraires de la 
route qui est relative à Glanum, et qui conduit 
ai Apta Julia, Apt, h. Arelatense , Arles. Ces me- 
sures se trouvent encore confirmées par une inscrip- 
tion qu'on y a trouvée, et sur laquelle on lit le nom 
à' Ernaginenses . Ernaginum est aussi évidemment le 
locus Arnaginensis mentionné dans la Vie de saint 
Césaire ^ 

Dans le petit district qui se trouve au confluent 
du Rhône et de la Durance , et qui comprenait ces 
trois villes, Tarasco , Glanum et Ernaginum, 
Pline "^ paraît placer les Desuviates , qui étaient par 
conséquent enclavés dans le territoire des Salyes , 
et formaient comme une sous-division de ces peuples. 
Pline, au reste, ne fait que les indiquer au-dessus 
des Anatilii : u regio Anatiliorum , et intus De- 
suviatium, Cavarumque. n Oi', com.meAi'eîiWj, Avi- 
li indique comme la meilleure Ggure celle de l'abbé Lamy, 1787, et 
ensuite celle de Montfaucon, Antiq. expliquée , tom. v, part, i, 
p. i52 , et SiippL, tom. iv, p. 34. 

' Caylus, Antiquités, t. vu, p. 265, et IMillin, F'oyage, t. m, p. 407. 

' Menard, Méni. de VAcad., édit. iu-4°, tom. xxxu, p. 600, et dans 
l'édit. in-i2, tom. ux, p. 242. 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 281 , pour ce qui concerne les 
Samnages, et Statistique des Bouches-du-Rhôtic , tom. 11. 

* Plia., lib. IV, cap. 5 (4), tom. 11, p. 57, edit. Lem. — Honoré 
Bouche, Chowgraphie de Provence, 1. 1. — Gruter, p. 4j5> n° 4- 



216 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
gnon, apppartenait aux Cavares , il ne reste aux 
Desuviates que l'emplacement qu'on leur assigne. 

Le détail des villes attribuées par Ptolémée aux 
SafyeSj Salliwii ou Salices, détermine avec assez de 
précision les limites de ces peuples, et elles s'accordent 
avec celles que nous avons assignées aux Coniinoni , 
aux Suelteri ou Reiij aux Cavares et autres peuples 
environnans ; mais lorsque le nom des Saljes fut 
tombé en désuétude , on lui substitua celui de la 
ville principale, Arelate , Arles, et tout le territoire 
autrefois attribué aux Saljes fut regardé comme 
une dépendance de cette ville. Ceci se prouve par 
une inscription rapportée dans Gruter ' et antérieure 
au temps où l'on a distingué une province d'Arles , 
dans le même sens qu'on distinguait la Narbonnaise 
et la Viennaise avant qu'on eût érigé ces districts 
en provinces distinctes. On lit dans cette inscription: 
pronncia Arelatensis y et à Guarguiez , paroisse de 
Gemenos, au-delà d'Aubagne , à l'égard de Marseille , 
on a trouvé une inscription romaine où ce lieu est 
nommé lociis Gargarius ' et est indiqué comme 
situé i?i finibiis Arelatensiiuiiy sur les frontières 
d'Arles. Il n'y pas de doute que les Arelatenses ne 
remplacent ici les Salyes , et la découverte du 
lociis Gargarius nous donne une position qui dé- 
termine de ce côté les limites respectives des Salyes 

' Gruter, p. 426, n° 6, et p. 495, n» 4. — Voyez encore pour 
d'autres inscriptions relatives à Arles , Muratori, Insaipt., tom. 11, 
p. iiog, n° 9. — Caylus, Antiquités , tom. m, pi. 89, n° 16. — 
Honoré Bouche, tom. i, p. 007 et 55o. — Voyez tome i, p. 62, 191. 

' Spon, p. 164, Statistique des Bouclies-du-Rliône , tom. xxiii, 
et 297. — Papon, Hist. de Provence, tom. i. — Bouche, Chorogi: 
de Prov., tom. i, p. 354. — Sirmond., Concil. galliœ , tom. i, p. 27. 
— Recueil des Hist, de Fiance , tom. i , p. 775. 



PARTIE II, CHAP. IV. 217 

et des Commoni. Un cippe de pierre trouvé au 
pied du mont de Sainte-Victoire, à deux lieues à 
l'orient d'Aix % et sur lequel était fin. arel. (Fines 
^relatentium), détermine de même les limites du 
district des Saljes de ce côté ; et on ne doit pas 
s'étonner de trouver sur le même cippe et du côté 
d'Aix AQ. FINES (^Aquensium Fines); car Aix, 
comme colonie romaine , a du avoir un territoire 
particulier ' qui avait aussi ses limites, et qui for- 
mait comme une enclave dans le grand district des 
Arelatenses ou des Saljes. On conçoit sans peine 
que la même pierre pouvait servir à déterminer 
la limite de la division générale des Arelatenses , et 
aussi celle plus particulière des Aquenses, ou habi- 
tans d'Aix, que Ptolémée a inscrits parmi les Salyes 
ou Arelatenses . Arles, dans les derniers temps de la 
puissance romaine , devint tellement considérable 
que le poète Ausone l'appelle la Rome gauloise. 

Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le remarquer, 
d'après une conjecture assez probable de Papon, 
relativement à une inscription contenant l'ex-voto 
d'un certain Vibius Longus, \ la déesse Trittia, le 
lieu nommé Tretz existait du temps des Romains, 
sous le nom de cette déesse. Ce village est nommé 
Triais dans les titres du xi® siècle. Près de là est 
une montagne nommée Olympe, et en provençal 
Oljsse ^. Tretz est situé entre Saint-Maximin et Aix. 

" Voyez Papon, Ilisl. de Provence, tom. i. 

' Voyez Muratori, Inscript., tom. ii , n" i. — Bochat, Hist. anc. 
de la Suisse, tom. ii, p. 479- — Gruter, Inscript., p. 356, n° 5, 
p. 4o3, no5, p. 4i3, n" 4, p. 469, n'' i. Ibid, n° 5, et 546, n° 6. 

^ Papon, Hist. ge'ne'r. de Provence, tom. i, p. 96. — Millin , 
Voyage en France, tom. iii, p. ii5.— Statistique du département 
des Bouches-du-Rhônc , tom. n, p. 235, et ci-dessus, p. 197. 



218 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Les autres peuples que Ptolémée nomme dans 
la Narbonnaise , sont les Mimeni, les Vocontii , les 
Elicocii (ou Helvii) et les Sentii : mais l'ordre 
géographique, si bien conservé jusque-là, se trouve 
bouleversé dans le reste de sa description , puisqu'il 
place les Elicoci et les Helvii chez les Vocontii : 
nous devons donc ne nous attacher qu'aux villes 
capitales pour retrouver la position de ces peuples. 

Ptolémée attribue forum A^eronis slux Mimeni^, et 
comme lui seul fait mention de ce lieu, nous n'avons 
aucun mojen pour en déterminer la situation ; car 
les longitudes et les latitudes qu'il donne pour l'inté- 
rieur sont toutes erronées, et on n'a jusqu'ici aucun 
moyen de les rectifier. Un faux rapport de nom a fait 
placer /brwm Neronis à Forcalquier, mais l'étymo- 
logie de ce dernier nom n'a point de rapport avec 
celui àe. forum Neronis '; cette position contrarierait 
les documens plus certains que nous donne sur ce 
peuple Pline, qui dit ' Carpentoracte Mimenorum : 
donc les Mimeni habitaient les environs de Carpen- 
tras , et à l'orient de cette ville est un lieu appelé 
Metamis, dont le nom a une forte ressemblance avec 
celui de Mimeni. Qu'on ne dise pas , avec d' An- 
ville ^^ que cette position des 7l/mz^7Zi resserrerait trop 
le territoire des Cavares ; car il est prouvé, ainsi 
que nous l'avons observé, que les Cathares avaient 
sous leur dépendance tous les peuples compris 
entre le Rhône , les Allobroges et les Voconces , 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. i85. — Ptolem., lib. n, cap. lo, 
p. 5i [55)^ edit. Bert. 

' Plin., Hist. nat., lib. m, cap. 5 [Q , tom. ii, p. 65, edit. Lem., 
et lib. xvm, cap. 20 (8), tom. vi, p. 2i5, edit. Lem. 

' D'Anville, Notice, p. 2o5et 457, au mot Carpentoracte. 



PARTIE II, CHAP. IV. * 219 

c'est-à-dire les Segalauni , les Tricastini et les 
Mimeni. « Au-dessus des Saliens, dit Strabon, on 
(( traverse la Durance avec un bac pour se rendre 
(( a. Cavaillon, où commence le territoire des Cavares, 
(( qui s'étend jusqu'à la jonction du Rhône et de 
« l'Isère ' . n Donc Strabon comprenait aussi les 
Segalauni dans les Cavares , et c'est peut-être par 
cette raison que Pline dit in agro Cavarum Vd-' 
lentia '. Alors les éditions de cet auteur seraient 
exactes , et il ne faudrait pas les corriger en plaçant 
le point avant Valentia, ainsi que nous l'avons 
proposé plus haut^. Pline est le seul auteur ancien 
qui fasse mention de Carpentoracte y mais il est 
prouvé que, l'an 5i8, cette ville portait en effet le 
nom que lui donne Pline , et on y trouve encore 
de beaux raonumens romains ^. Quant à forum 
Neronis y la conjecture qui tend à placer ce lieu 
ancien à Mornas nous paraît encore préférable à 
celle qui le met à Forcalquier ^ . 

Pline, se conformant à l'ordre géographique, men- 
tionne après Carpentoracte les Cenicenses , qu'un 
de ses commentateurs, d'après la seule ressemblance 

' Strabo, lib. iv, p. 184, et tom. 11, p. 24, de la trad. franc. 

' Plin., lib. m, cap. 5 (4). 

^ D'après Cellarius et d'Anville, voyez p. 202. 

* Yoyez Menard, Mémoires de l'Acad., tom. xxxïi, p. ^Sg. — 
Les ruines de Vénasques, qui est à deux lieues au midi de Car- 
pentras, paraissent être les restes tl'un temple dédié à Vénus. Ibid, 
tom. xxxii , p. 779. — Sur d'auti'es antiquités trouvées à Carpen- 
tras, voyez Caylus, tom. viii, p. 252, PI. 72. 

* Voyez ci- dessus , tom. i, p. 281 , et tom. 11, p. 35. — De La- 
goy, Descript. de quelques Médailles inédites ; Aix, i854, in-4°, 
p. 58. — Calvet, dans les LeUres inédites de plusieurs personnages 
célèbres, p. 338. — Voyez ci-dessus, tom. 11, p. 45. 



220 "GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
de nom , veut placer à Salnt-Cerni ; mais déjà nous 
avons remarqué que les Cenicenses, dont l'existence 
paraît démontrée par les médailles antiques , de- 
vaient se placer vers l'embouchure du Rhône nom- 
mée Cœnus fliwius \ Pline nomme ensuite les Cam- 
bolectrij qu'un lieu nommé Camhonujn , dans l'Iti- 
néraire de Jérusalem, fixé par les mesures de la route 
de Dea^ Die, à Vapincuni , Gap, me porte à pla- 
cer dans les environs de Lacombe '. Pline donne à 
ces Camholectri le surnom àH Atlantici pour les dis- 
tinguer d'autres Camholectri qui se trouvaient dans 
l'Aquitaine, peuple distinct des AgesinateS:, auxquels 
on a voulu les joindre. De ce que Festus Avienus 
désigne les embouchures du Rhône par cette même 
épithète poétique Ôl Atlanticos ^ , dom Martin ^ a 
voulu y voir une allusion aux Cainholectri , et les 
placer à l'embouchure du Rhône; mais il ne fait pas 
attention que Pline a déjà mis dans cet endroit les 
Anatili , en décrivant les côtes, et qu'il s'occupe ici 
* de l'intérieur. Les Cambolectri , d'après la position 
que je leur assigne , se trouvent placés entre les 
T^oconces et les Tricorii. 

Pline ^ détermine avec précision la position des 
Vulgientes , lorsqu'il nous apprend c^'Apta Julia 
était leur capitale. Les mesures des Itinéraires ro- 
mains pour la route qui conduit de Segustero , 

' Plin., lib. m, cap. 5 (4), tom. ii, p. 65. — Voyez tom. i, p. 281. 

" Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

' Festus Avienus, Ora marit., v. 678, tom. iv, p. 18, des Geogr. 
gr. min. Huds. , ou v. ô-jG, tom. v, p. 487, des Poetœ latin, min., 
edit. Lem. 

* Dom J. Martin, Hisl. des Gaules, tom. 11, p. i56. 
Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. 11, p. 61, edit. Lera. 



PARTIE II, CHAP. lY. m 

Slsteron, h Arelate, Arles, fixent la position de cette 
dernière yille à Apt, où l'on a trouvé, d'ailleuis, 
des inscriptions avec le nom ^Apta ', qui, d'accord 
avec Sidoine Apollinaire % lui donnent le titre de 
colonie % tandis que Pline ne la met qu'au nombre 
des villes latines : ainsi la viguerie d'Apt paraît devoir 
nous représenter l'étendue et les limites des Kul- 
gientes ; car ces divisions en vigueries ou vicariats , 
qui existaient en Provence avant les divisions par 
départemens, remontent à une très haute antiquité. 
Une inscription trouvée à Apt constate aussi l'exis- 
tence d'une ville ou d'un peuple nommé Vordenses ^f 
que l'on place avec assez de vraisemblance à Gordes, 
dans le diocèse de Cavaillon , du côté d'Apt. D' An- 
ville ^ observe avec raison que le changement du V 
en G est commun dans ces cantons : ainsi de T^ardo 
on a fait Gardon, et de F apinciun , Gap. Papon^ a 
aussi rapporté une inscription trouvée à Cadenet , 
qui, si elle est authentique, nous révèle dans ce lieu 
l'existence et la position d'un peuple nommé Cau- 
dellenses j sur les rives de la Durance, qui avait 
au midi les Salyes , à l'est les Reii ^ à l'ouest les 
CavareSj et au nord les Vulgientes . 
J'ai déjà déterminé la position et les limites des 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 27g. 

' Sidon. Apollia, ix, Epist. g. — Muratori , Inscript., tom. 11, 
p. iiog, n" 5. — Caylus, Antiquités , tom. vu, p. 63. 

' Millin, Voyages, tom. m, p. 8g. — Orelli, Inscript., tom. i, 
p. 100. — Papon, Hist. de Provence , tom. i, p, 67. 

* Spon, Miscell. erud. antiq., p. 164. 

* D'Anville, Notice sur la Gaule, p. 71g. 

"* Papon, Hist. de Provence, tom. i, p. 128. — Journal des Sa- 
vons, mois d'août 1770. — Voyez ci-dessus, tom. 11, p. 45. 



222 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Elicoci ou des HeLvii ' et des Vocontii^; j'observerai 
seulement que Pline ^ indique un Heu de la Province 
romaine nommée Coniaciiia , qne je crois avoir été 
placé sur les rives de la petite rivière Comane, et 
par conséquent chez les Koconces. 

En attribuant D'inia , Digne, aux Sentii , Ptolé- 
mée semble contrarier Pline, qui donne cette ville 
aux Avantici et aux Bodiontici qu'il place dans 
la Narbonnaise. D'Anville observe que Ptolémée 
d'un autre côté accorde Cemenelium , Cimiers , 
aux Vediantii, et qu'il paraît étendre beaucoup trop 
à l'ouest les limites de ce peuple, qu'il place en 
Italie. D'Anville ne fait pas attention qu'en 
plaçant les Suetri ou Suetrii en Italie, Ptolémée a 
prouvé qu'il étendait au moins jusqu'à Senez les 
limites de cette contrée. D'Anville dit que Sanitium 
est Senez , et cela parait exacf* ; mais il ne s'ensuit 
pas de là, comme d'Anville le prétend, que Sanitium 
doive être , contre le texte même de l'auteur qui seul 
en a fait mention, attribué aux Sejitii , et enlevé 
aux J^edianti. Il faudrait pour cela supposer que* 
Ptolémée aurait parlé du peuple dans sa description 
de la Gaule , et ensuite qu'il aurait transporté sa 
capitale, non seulement chez un autre peuple, mais 
dans une autre contrée, c'est-à-dire en Italie ^. C'est 
prêter à cet auteur deux erreurs bien grossières : on 
n'a pas encore, je crois, remarqué qu'il existe, sous 
un point de vue, une exacte conformité entre le texte 

' Yoyez ci-dessus, tom. i, p. l'jS et 2j6. — Ptol., ii, lo, p. 5o. 

' Yoyez ci-dessus , tom. i , p. 258 à 261 , et p. 272. 

' Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. 11, p. 63, edit. Lem. 

« D'Anville, Notice, p. 475. 

' Ptolem., lib. ir, cap. 10, p. 5i (56); lib. m, cap. i, p. 64 (6g). 



PARTIE II, CHAP. IV. 223 

de Ptoléraée et celui de Pline pour cette partie. En 
effet, Pline ' termine sa description de la Narbon- 
naise par un peuple auquel il attribue Dinia, Digne, 
et Ptolémée termine de même sa description de la 
Narbonnaise par mi peuple auquel il attribue Dinia; 
donc les Avantici et les Bodiontici de Pline, dont 
les uns possédaient Digne et les autres Sejne, se 
trouvent remplacés dans Ptolémée par les Sentii , 
et le nom de ces derniers se retrouve avec un peu 
d'altération dans celui de Seyne, qui est du diocèse 
de Digne, et après Digne le lieu le plus considérable : 
il ne s'agit donc que de distinguer les époques, 
et on peut bien présumer que Sentii, nom d'une des 
capitales des Avantici et des Bodiontici , aura suc- 
cédé , du temps de Ptolémée, aux noms de ces deux 
peuples en usage du temps de Pline. 

Quant au diocèse de Senez, il représente les J^e- 
diantii de Ptolémée % qui leur donne Cenieneliuniy 
Cimiers près Nice, et Saniiium. Le nom de civitas 
Sanitiensiwn se retrouve dans la Notice. Valois re- 
marque qu'on a écrit Sanesium dans le moyen âge, 
c'est ce qui aura fait introduire le nom de Sanagiense 
dans le texte de Pline ^, qu'on a cru reconnaître dans 
\e?> Sanitiensiwn de la Notice^; mais l'édition prin- 
ceps, justifiée par une médaille trouvée à Saint-Remy, 
prouve que, dans un autre endroit de Pline, il est 
question d'une ville nommée Samnages dans le ter- 
ritoire des Salluvii. Le texte de Pline, au sujet des 

' Plin., Uist. nat., lib. m, cap. 5 (4), tom. ii, p. 66^ edit. Lem. 
' Ptolem., Geogr., lib. m, c. i, p. 64 (70), de l'édit. de Beitius. 
^ Plin., lib. III, cap. 5 (4), tom. 11, p. 65, edit. Lem. 
< Guérai-d, Essai, p. 53. — Hist. de Fr., tom. i, p. 12a, — Con- 
férez ci-dessus, p. 42, et tom. 1, p. ■2^-?., 555. 



224 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Vediantii, s'accorde d'autant mieux avec le texte de 
Ptolémée, que tous deux leur attribuent Cemenelium, 
Cimiers, et que si Ptolémée place en Italie Cemene- 
liiun et Sanitium , Pline de son côté place dans la 
Narbonnalse et aussi dans l'Italie les Suetri , quand 
il donne la liste des peuples du Trophée des Alpes. 
La capitale de ces peuples était, ainsi que nous l'a- 
vons déjà dit, Salinœ y Salernes , au midi d'Apt'. 
De tous temps , dans les hautes montagnes , les li- 
mites des contrées ont été plus ou moins indécises , 
par la difficulté qu'on éprouve h les déterminer avec 
précision ; cependant il résulte clairement des textes 
combinés de Pline et de Ptolémée, qu'avant que les 
peuples de cette partie des Alpes eussent été réunis à 
la Gaule, pour former une province particulière sous 
le nom. d'Alpes maritimes, les diocèses de Digne et de 
Senez, qui depuis firent partie de cette province, ap- 
partenaient auparavant à la Narbonnaise, et reculaient 
vers l'orient , de toute l'étendue de leur territoire, 
les limites de cette province. Observons seulement 
qu'à l'époque dont nous traitons, on doit placer les 
Avantici , les Bodiontici et Sanitium , mais qu'il 
n'est pas encore question des Sentii , connus seule- 
ment au temps de Ptolémée. J'ai déjà observé qu'une 
inscription qui se trouve à Saint-Geniez, au nord- 
est de Sisteron , nous révèle l'existence et la position 
d'un lieu nommé Theopolis. Il n'existe que l'empla- 
cement de ce lieu ancien, mais cet emplacement porte 
encore aujourd'hui le nom de Théon ". Quant aux 

' Voyez ci-dessus, p. 6Q et io5. 

* Millin , Voyages dans les departemens méridionaux , tom. lu, 
p. 67 et 70. 



PARTIE II, CHAP. IV 225 

Samnages de Pline ' , nous avons fixé leur position 
à Senas '. 

Avant de passer à l'Aquitaine, je crois devoir dire 
un mot sur les petites iles semées sur les côtes méri- 
dionales de la Gaule. D'Anville me paraît avoir mal 
appliqué ce que les anciens ont dit sur ce sujet. 

Strabon ^ est le premier auteur ancien, parmi ceux 
qui nous restent, qui ait fait mention de ces îles; il , 
les nomme Stoechades , et les distingue en grandes 
et petites. Etienne de Bjzance leur donne le surnom 
àtLigfstideSf Liguriennes^. Agathémère, géographe 
grec, qui écrivait deux siècles après Strabon, dit ^ : 
« Les Stoechades, ainsi nommées parce qu'elles sont 
« rangées sur une même ligne. Elles sont vis-à-vis 
(( les villes possédées par les Marseillais; il y en a 
(("trois grandes et deux petites : ces deux dernières 
(( sont proches de la ville de Marseille. » On voit sur- 
le-champ, en jetant les yeux sur une carte de France, 
que les grandes Stoechades sont les îles d'Hyères, et 
les petites Stoechades les îles qui sont vis-à-vis Mar- 
seille. Ptolémée, avant Agathémère , outre l'île Lero 
qu'il indique à l'embouchure du Var, fait aussi men- 
tion de cinq îles Stoechades, qu'il place sous le pro- 
montoire Citharistes , qui est le cap Cepet^. Ce cap 
est en effet intermédiaire entre les grandes et les 

' Plin., é(Jit. priaceps de 1469, Hist.^ lib. m, v (iv), 6. Dansl'édit. 
de 1490» on a substitué Santia^enscs , et dans les édit. postérieures 
Sanagenses , pour en faire Senez. — De Lagoy, Méd. ine'd., p. 38. 

^ Voyez ci-dessus, tom. i, p. 282. 

' Strabo, lib. iv, p. 184 ("281), edit. Alm., et tom. 11, p. 24, de 
la trad. franc. 

" Stephan. Byzant., p. 680. 

* Agathem., Geogr. grœc. min., c. 5, tom. 11, p. i3, edit. Huds. 

® Ptolem., Gcngr., lib. 11, cap. 10, p. 5i (55), edit. Bert. 

II. i5 



226 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
petites Stœchades . A la suite des Stœchades Strabon 
nomme les îles Lero et Planasia. 

Mais Pline est l'autem^ qui s'explique sur cet ar- 
ticle avec le plus de détail , et celui par conséquent 
auquel nous devons nous attacher de préférence. Il 
ne connaît que trois îles Stœchades proprement 
dites , et nous donne les noms de chacune d'elles : 
il nomme ensuite deux autres îles Lero et Lerina , 
vis'à-vis Antipolis. Voici comment il s'exprime ' : 
(( Il y a plusieurs îles sur les rivages de la Gaule ; à 
(( l'embouchure du Rhône , est Metina; ensuite 
« celle qu'on nomme Blascon; puis les trois Stœ- 
« chades , ainsi appelées des Marseillais qui en sont 
(( voisins , à cause qu'elles sont rangées par ordre * ; 
« mais ces mêmes Marseillais donnent à chacune 
M d'elle les noms particuliers, de Proten, de Mesen, 
(( ( que l'on appelle aussi Pompeiana ) ; la troi- 
« sième se nomme Hjpea / après les Stœchades , 
(( sont Sturium, Phenice et Phila ; et enfin, vis-à-vis 
« Antipolis , sont les îles Lero et L^erina ; dans 
i< cette dernière se trouve la ville nommée Ver- 
« soanum ^ . » 

Je pense d'abord, avec Astruc ^ , que Metina in- 
sula n'est autre que celle qu'on voit aujourd'hui à 

• Plin., Hist. liât., lib. m, cap. ii, p. 112, edit. Leni. 

* « A viciais Massiliensibus dictae propter ordinem; » le mot 
c-Tor;toç, en grec, a cette signification. 

^ « Galliae autem ora, in Rhodani ostio Metina : mox quae Blascon 
« vocatur : très Stœchades a vicinis Massiliensibus dictae propter or- 
« dineni, quas item nominant singulis vocabulis, Proten et Mesen 
.f quae et Pompeiana vocatur : tertia Hypea. Ab his Sturium, Phœ- 
<( nice, Pbila : Lero et Lerina adversum Anlipolim, in qua Vergoani 
« oppidi memoria. » Plin., lib. m, c. 11, tom, 11, p. 1 12, edit. Lem. 

^ Astruc, Hist. tiat. du Languedoc. 



PARTIE II, CHAP. IV. 227 

l'embouchure du Rhône , qui se trouve divisé en 
deux, et qu'on nomme Tey-de-Bericle sur le grand 
plan des Bouches-du-Fihôné de la Compagnie de la 
Camargue '. 

La position de Blascon insula à Brescou est par- 
faitement bien démontrée par Strabon % qui en fait 
mention, et qui la place près du mont Sitium, c'est- 
à-dire le promontoire de Sette. Festus Avienus ^ 
décrit aussi très bien la forme ronde de cet îlot : 
« Blasco insula est, teretique forma cespes editiir 
(( salo. » Ptolémée'^ indique encore de ce côté une 
autre île près de Brescou sous le nom ^ Agalha, 
Agde, avec une ville du même nom; mais c'est un 
double emploi d'autant plus évident, que cette ville 
est sous le même méridien que Blascon j et en effet 
la ville d'Agde, la véritable Agatha , est aussi sous 
le même méridien que Brescou. 

Il paraît aussi évident, d'après le texte de Pline, 
que les noms des trois Stœchades s'appliquent aux 
îles qui sont vis-à-vis Marseille, et qui forment un 
petit groupe, au nombre de trois. Il est très facile de 
concevoir qu'Agathémère aura négligé la plus petite 
et n'en n'aura compté que deux. C'est à tort qu'on a 
changé, dans le texte de Pline, le nom de Pompeiana 
en celui de Pomponiana , parce qu'on a trouvé un 
port nommé Pompoiiianis dans l'Itinéraire mari- 

' Sur d'autres cartes ces deux îles sont nommées Tines ou Tignes. 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. i8i (274), edit. Alm. ; tom. 11, p. i5, 
de la trad. franc. 

' Festus Avienus, Ora maritima, vers. 600, 601, tom. iv, p. 16, 
des Geogr. min., edit.Huds.; tom. v, vers. 699 et 600, dans les Poet. 
latin, min., edit. Lem. 

*■ Ptolem., lib. 11, cap. 10, p. 5i (56), edit. de Bert. 



228 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
tlme ' , lieu qui se trouve fixé par les mesures à la 
presqu'île de Gien , qu'on a convertie en île pour y 
appliquer le nom de Pômponiana insula. Les plus 
anciens manuscrits de Pline portent Pompeiana, 
et il est évident que ce nom aura été appliqué par 
les Marseillais à une des Stœchades y en l'honneur 
de Pompée qui fut leur bienfaiteur, et dont ils embras- 
sèrent le parti. Mesen était alors l'ancien nom grec 
de l'île, et Pompeiana un surnom latin nouveau. On 
en retrouve des traces dans le nom de Pomègue ' que 
porte une des lies que j'ai désignées, et quelquefois 
ce nom de Pomègue a été appliqué à tout le groupe, 
qui , sur plusieurs cartes , se trouve désigné sous 
le nom d'îles Pomègues. Pomègue paraît donc être 
Pompeiana ou Mese. On peut rapporter Hypea a 
l'île d'Yf ; alors la troisième île, qui se nomme Rato- 
neau sur nos cartes modernes, sera nécessairement 
Proten. 

Quant aux trois autres îles mentionnées par Pline, 
nous les retrouvons facilement dans les trois gran- 
des Stœchades d' Agathémère ; et si Pline a conservé 
dans son énumération l'ordre géographique, Stiirium 
sera Porquerolles , Phenice^ Porteroz , et Phila , 
l'île du Vent ou l'île du Titan. Il est assez singulier 
que d'Anville % qui critique si vivement Valois, 
ne fasse pas dans sa Notice la moindre mention de 
ces trois dernières îles , quoiqu'il se livre à ce sujet 
a une longue discussion. 

' Itiner. maritim.^ p. io5, edit. Wessel. 

' Valois a fait la même conjecture sur Pomègue. — Valesii , 
Notifia Calliœ, p. 535. 

^ D'Anville, Notice de la Gaiil^. p. 617. 



PARTIE II, CHAP. IV. 229 

Les petites îles intermédiaires entre les petites et 
les grandes Stœchades ont évidemment été né- 
gligées, toutes les fois qu'il a été question de décrire 
les groupes particuliers, ou de donner des noms in- 
dividuels ; mais ces îles intermédiaires sont cause 
que Mêla et d'autres anciens parlent des Stœchades 
sans fixer leur nombre, et qu'ils les représentent 
comme semées sur les côtes de la Ligurie jusqu'à 
Marseille '. Or il y a sur cette côte plus de qua- 
rante petites îles ou îlots. 

Cependant la plupart des auteurs anciens s'accor- 
dent avec Pline pour désigner , sous le nom de 
Stœchades plus particulièrement, les Stœchades voi- 
sines de Marseille , ou les petites Stœchades d'Aga- 
tlîémère. jEthicus ou Orosius '^ (car on ne sait lequel 
est le plagiaire ) dit : « Les Stœchades sont situées 
« près de l'embouchure du Rhône. » Tacite^ donne 
les Stœchades aux Marseillais : « Stœchadas , Mas- 
siliensiuTïi insulas.» Suétone'^, en parlant du voyage 
de l'empereur Claude dans la Grande-Bretagne, dit 
que <■( cet empereur fut poussé par un vent violent 
« près de la Ligurie jusqu'à la côte des îles Stœ~ 
« chades , et que c'est par cette raison qu'il aborda 
(( à Marseille, et qu'il continua entièrement sa route 
« par terre jusqu'à Gesoriacuin. » Lucain^ s'exprime 
encore d'une manière plus précise en parlant de 

' Mêla, Geogr., lib. ii, cap. -j, tom. i, p. yS, edit. Tzschuck ; 
( In Gallia, solœ sunt Stœchades, ab ora Ligurum ad Massiliain 
<' usque dispersae. » ^ 

' Orosius, lib. i, cap. 2, p. 25, edit. Haverc. 

3 Tacit., Hist., lib. m, cap. 43, tom. 111, p. 5i5, edit. Leni. 

* Suetonius, in Claudio, cap. 17, tom. i, p. 104, edit. Hase. 

' Lucanus, lib. tu, vers. 5i6, tom. 1, p. 5i5, edit, Lcni. 



230 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Brutus, préfet de la flotte de César, qui, ayant fait 
descendre le Rhône à des vaisseaux construits à Arles, 
prit position dans les îles Stœchades pour assiéger 
Marseille. 

JEt jam , turrigeram Bruti comitata carinani , 
Vtnerat injluctus, Rliodani cum gurgite cîassis , 
Stoechados arva tenens. 

C'est-à-dire qu'il s'empara d'une des îles Stœchades 
pour assiéger Marseille. Donc Lucain désigne, de 
même que Pline, sous le nom de Stœchades y les 
îles qui sont vis-à-vis Marseille, et non les îles 
d'Hyères. Les Mémoires de César confirment le ré- 
cit du poète : a Ceux que commandait Brutus , 
« dit César *, prirent station à l'île qui est vis-à-vis 
a Marseille. » Il est vraisemblable que le voisinage 
de Marseille aura donné aux petites Stœchades une 
plus grande célébrité, et que ce fut par cette raison 
que le nom de Stœchades , qui d'abord était gé- 
néral pour toutes les îles de la côte, fut restreint 
aux seules Stœchades voisines de Marseille. Je crois 
du moins avoir bien démontré, contre le sentiment 
de d'Anville, que les noms des trois Stœchades 
de Pline ne peuvent en aucune manière s'appliquer 
aux îles d'Hyères. Martien Capella , qui ordinai- 
rement, dans son mince Traité de géographie, se 
contente de copier Pline, diffère cependant avec lui 
pour le nom qu'il donne à la première des Stœchades, 
qui, chez lui, ne se nomme ^^s Proten, mais The- 
mista. Mais il paraît que toutes ces îles avaient un 
double nom , et que Themista était le prénom de 
Proten y comme Pompeiana, de Mesen. Du reste, 

' Csesar, de Bello civili, lib. i, cap. 56, toni. i, p. 85, edit, Lem. 



PARTIE II, CHAP. IV. 231 

Martien Capella n'indique que trois Stœcliades 
proprement dites; mais il en nomme cependant 
d'autres plus petites vers Antibes. « Très Stœchades 
a quarum hœc sunt nomina singularum : prima 
« Themistay secunda Pompeiana, tertia Hfpea, cœ- 
« terasque exiguas adi^ersumu4ntipoli?n.)) Ces petitea 
îles qu'indique Martien Capella vis-à-vis Antibes 
sont évidemment l'île Lero de Pline, ou Lerone de 
Ptolémëe, Sainte-Marguerite, etLerma^ ou Planasia 
de Strabon, Saint-Honorat, où était la ville nommée 
V^ergoanum '. 

Gallia comata (Gaule chevelue). 

Dans Mêla et dans Pline % le reste de la Gaule est 
décrit sous le nom de Gallia comata, ou Gaule che- 
velue , séparément de la Narbonnaise, et après l'Es- 
pagne. Strabon et Ptolémée ^ n'établissent pas cette 
distinction, et décrivent de suite les quatre portions 
de la Gaule. Parmi les trois portions qui nous restent 
encore à faire connaître, la première dont nous de- 
vions nous occuper est l'Aquitaine. 

Aquitania (l'Aquitaine). 

Pour connaître l'étendue de l'Aquitaine au temp& 
d'Auguste , il faut d'abord observer que cet empe- 
reur, après avoir soumis en entier ce pays , s'atta- 
cha ensuite à dompter les peuples des Pyrénées. Les 
Pyrénées forment une limite naturelle entre la Gaule 

■ ATartian. Capella, lib. vi, p. 206. — Ptol., lib. 11, c. 10, p. 5i {S&)t 
' Mêla, lib. m, cap. 2, tom. i, p. 85, edit. Tzschuck. — Plin., 

Hist. nat., lib. iv, cap. 3i (17), tom. 11, p. 358, edit. Lem. 

' Su-abon, lib. iv. — Ptolem., lib. ii, cap. 7, 8, 9 et 10, p. 45 à 5i 

(46 à 56), edit. Bert. — Conférez ci-dessus, tom. i, p. 282. 



232 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
et l'Espagne, et projettent, à leur extrémité orien- 
tale , le cap Creuz , promontorium Pyreneum, qui , 
dans tous les temps, a dû être regardé comme la limite 
entre les deux pays; mais du côté de l'occident les 
Pjrénées, au lieu de continuer jusqu'au golfe de Fon- 
tarabie, où la côte semble déterminer par son resser- 
rement les limites naturelles de la péninsule Hispa-- 
nique, abaissent leurs sommets et disparaissent, au 
contraire, dans cet endroit, pour se diriger ensuite 
parallèlement à la côte d'Espagne, en traversant la 
Biscaye et les Asturies. Il paraît démontré que, du 
moins après la soumission entière de l'Aquitaine et 
des peuples des Pyrénées, sous Auguste, les limites 
de la Gaule furent, à l'occident de même qu'à l'orient, 
déterminées sur la côte au promontoire le plus 
avancé, et non dans le point le plus enfoncé des 
deux golfes voisins des Pyrénées. Nous avons déjà 
vu que l'extension du diocèse de Bayonne jusqu'à 
Saint- Sébastien prouve que les limites de la Gaule 
franchissaient sur la côte le détour du golfe et l'ali- 
gnement de la grande chaîne des Pyrénées. Ptolémée 
fait commencer la Gaule à V OEaso promontorium , 
que ses mesures font correspondre au cap Machi- 
caco', près duquel se trouve encore aujourd'hui un 
lieu nommé Ea. Cette position s'accorde parfaite- 
ment avec le texte de Mêla, qui place un lieu nommé 
OEaso bien avant les Pyrénées ; cependant ces mon- 
tagnes sont considérées par lui, et par tous les anciens, 
sous un point de vue général, comme la limite de la. 
Gaule et de l'Espagne. Mais il résulte évidemment 

' Voyez Gossellin, Recherches sur la Géographie s-ystc'matiquc 
cl positive des Anciens , tom. iv, p. i56 et iSy. 



PARTIE II, CHAP. IV. 233 

de tout ce que nous avons dit, que les limites de la 
Gaule étaient les mêmes que celles de l'ancien diocèse 
de Bayonne, c'est-à-dire qu'elles s'étendaient jusqu'à 
Saint-Sébastien \ 

Dans l'intérieur, les limites de l'Aquitaine éprou- 
vèrent encore, sous Auguste , des changemens bien 
plus considérables , puisque cet empereur y incor- 
pora une grande partie des peuples de la Celtique de 
César. Strabon estl'auteur qui a parlé le plus en détail 
de cette nouvelle division. 

(( Les peuples situés entre la Garonne et la Loire , 
(f dit-il, qu'on a réunis à l'Aquitaine, sont les 
(( Hehii , qui commencent au Rhône. Après eux , 
« sont les Vellaï (ou Villaoi) , qui autrefois fai- 
« saient partie des Arvemi , mais qui, aujourd'hui , 
(c forment un peuple séparé. Viennent ensuite ces 
K mêmes Jrvemi , les Lemonces et les Petrocorii ; 
« les Nitiobriges y les Cadiirci et les Bituriges , sur- 
it nommés Cubi. Le long de l'Océan , on trouve les 
« Santones et les Pictones , ceux-ci près de la Loire , 
((et ceux-là près de la Garonne , ainsi que je l'ai 
K déjà dit ; et enfin , dans le voisinage de la Nar- 
(( bonnaise , sont les Ruteni et les Gabali ". 

Ce passage de Strabon nous prouve que , pour ce 
qui concerne l'Aquitaine, cet auteur avait puisé dans 
des matériaux authentiques et récens, à l'époque où 
il écrivait ; et comme il était contemporain d'Au- 
guste, il mérite ici la plus grande confiance. On ne doit 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 599, et Oïhenart, Nolitia Vasconiœ , 
p. 172 et 1^5. 

^ Strabo, Gcns^r., lib, iv, p. 190 (289), cdit. Alm.; toin. ir, p. /(i , 
de la trad. tVanc. 



234 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
donc pas supposer qu'il se soit trompé en nommant 
les Helçii au nombre des peuples réunis à l'Aqui- 
taine ; d'autant plus que c'est par-là qu'il commence 
son énumération , et qu'au lieu de se contenter de 
nommer simplement ces Hehii , il remarque aussi 
leur situation au bord du Rhône; enfin il ajoute qu'ils 
étaient limitrophes des J^ellaïow. Veliavi. D'un antre 
côté, comme nous savons par César que les Helvii 
faisaient partie de la Province romaine, et que nous 
les voyons encore faire partie de la Narbonnaise dans 
Pline et dans Ptolémée, nous ne devons pas douter 
qu'après avoir été enlevés à la Province romaine, 
ils ne lui aient été ensuite restitués. Si l'on fait atten- 
tion que , de ce côté , les Arverni se prolongent 
jusque sur les bords du Rhône, on concevra facile- 
ment comment des considérations fondées sur la 
géographie naturelle et sur la clarté des limites 
ont fait comprendre les Helvii tantôt dans la Pro- 
vince romaine , et tantôt dans l'Aquitaine. D'ail- 
leurs Auguste , qui céda la Narbonnaise au sénat et 
au peuple romain , put avoir des raisons politiques 
pour restreindre les limites de cette province , et en 
retrancher le Vivarais. 11 suffisait pour cela qu'il eût 
besoin d'y tenir des troupes en station , afin de con- 
tenir les montagnards ; il ne cédait au peuple romain 
que les provinces entièrement pacifiées , et qui n'a- 
vaient plus besoin, pour rester en paix, de la force 
militaire '. 

' Voyez Dio, lib. i.iii, cap. 22, p. 717, et lib. liv, cap. 4, P- 7^5, 
edit. Reim. — Mandajois, Hist. critique de la Gaule narbonnaise ; 
Paris, in-i2, 1735, p. 084. — Conférez ci-dessus, toni. 1, p. 275 et 
274 de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 235 

Comme Strabon ne parle ici que des peuples situés 
entre la Loire et la Garonne , il ne nomme ni les 
Çonvenœ ni les Bituriges mvisci , qui furent aussi 
réunis à l'Aquitaine par Auguste, et qui complè- 
tent le nombre de quatorze, auquel Strabon lui- 
même nous apprend que se montait la totalité des 
peuples réunis à l'Aquitaine. 

Strabon a dû d'autant plus ne pas rappeler ici les 
noms de ces deux peuples qu'il venait d'en parler 
peu auparavant. nYiç^s, Bituriges josci, dit-il, sont 
<( le seul peuple étranger qui habite parmi les Aqui- 
u tains sans en faire partie. Leur place de commerce 
(c est Burdigala, ville située sur une espèce d'anse 
a formée par les embouchures de la Garonne ' . )) Le 
surnom de Josci , que Strabon donne à ces Bitu- 
riges , est évidemment une corruption de celui de 
Vihisciy dont on doit accuser les copistes de cet au- 
teur. Ausone ' et une inscription romaine % trouvée à 
Bordeaux, constatent la véritable leçon de ce surnom : 
ces autorités se trouvent d'accord avec l'ancienne 
traduction latine de Ptolémée. Strabon est le pre- 
mier auteur ancien qui fasse mention de Burdigala , 
capitale des Bituriges vivisci. La position de cette 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 190, tom. 11, p. 09 delatrad. franc.; 
et ci-dessus, part. , 11, cli. 2, tom. i, p. 5o4 et 36o de cet ouvrage. 
— Ausone, Mos., 18. — Clar., Urb., i4- — Paulin., Epist., 4» 9> 
p. 299, 225, 440 et 460, de l'édit. ad usum Delph., \n-^°. — Amni. 
Marcell. , xv, 11. — Eutrop., ix, 10, p. 66g, edit. Tzschuck. — 
P. 457, edit. Verheyk. 

* Ausone : « Vivisca duceiis ah origine gentem. w In Mosell. , 
V. 558, p. 35o. — Ptolem., Gcogr., lib. 11, cap. 7, p. 46 (5o), edit, 
Berkel. 

•■' Venuti, Dissertations sur les anciens nionuin. de la ville de 
Bordeaux , p. 9. 



236 rxÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
ville ancienne à Bordeaux moderne est prouvée par 
les mesures des routes de la Table et de l'Itinéraire , 
qui partent de Mediolanum , Saintes, Vesuna, Péri- 
gueux, Aginnum, Agen, Elusa, Eause, aquœ Tarbel- 
licœ, Aqs ' . Les monumens romains qu'on a trouvés 
à Bordeaux, et les belles ruines antiques de l'édifice dit 
Palais-Gallien, confirment encore l'exactitude des 
mesures. 11 est étonnant qu'un aussi savant homme 
que Valois ' ait prétendu rompre l'accord des mo- 
numens historiques avec les mesures anciennes , et 
les vestiges encore subsistans d'antiquités, en insi- 
nuant que Bordeaux peut avoir changé de place et 
avoir été situé au nord de la Garonne. Les deux passa- 
ges de Grégoire de Tours et de l'appendice de la Chro- 
nique de Frédégaire, qu'il rapporte , ne fournissent 
pas du tout la conséquence qu'il veut en tirer. Quoi 
qu'il en soit, l'infatigable abbé Lebeuf fit , en 1749 y 
un voyage exprès à Bordeaux, pour examiner sur 
les lieux cette opinion de Valois, qui, de la part 
d'un autre, eût à peine mérité une réfutation. L'abbé 
Lebeuf, aidé de tous les secours de l'autorité, ne put 
découvrir sur l'autre rive la moindre trace ni le 
moindre vestige d'antiquité; il fit, pour réfuter l'er- 
reur de Valois, un Mémoire qui a été publié par 
extrait dans ceux de l'Académie des Inscriptions ^ 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

=" Valesii Notitia Gallice, p. 88. 

' Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Mémoires, t. xxvii, 
p. 145. — Elie Vinet est, je crois, le premier qui, dans divers ou- 
vrages particuliers, et dans son Commentaire latin sur Aiisone , 
nous ait fait connaître les antiquités romaines de Bordeaux. Dans 
le discours préliminaire des Annales de Bordeaux , par M. Ber- 
nardau ( Bordeaux i8o8 ), on trouvera une Notice siu" tous ceux qui 



PARTIE II, CHAP. IV. 237 

Les limites de l'ancien diocèse de Bordeaux nous 
représentent donc, avec exactitude, celles des anciens 
Bituriges vwisci', dont le territoire, en partie situé 
au nord de la Garonne, n'était point, par cette 
raison, compris en entier dans l'Aquitaine de César, 
et n'y fut réuni que sous Auguste. Comme, d'un 
autre côté , la capitale de ces peuples, Burdigala , 
était placée, avec une autre portion de leur territoire, 
au midi de la Garonne, Strabon ne les a point com- 
pris au nombre des peuples celtes réunis à l'Aqui- 
taine, situés entre la Garonne et la Loire. 

Indépendamment de Burdigala , Ptolémée donne 
encore aux Bitiiriges vwisci une ville qu'il nomme 
JVoç'îomagus . On n'a aucun moyen de déterminer la 
position de cette ville, dont Ptolémée seul a parlé. 
D'Anville , pour ne pas l'omettre sur sa Carte, l'a 
mise à Castelnau de Médoc , qui paraît avoir été 
aussi le chef- lieu d'un peuple particulier, connu 
sous le nom de Medidi '. D'autres ont posé Novio- 
magus à la pointe de Graves ^. Nous reviendrons 

ont spécialement écrit sur l'histoire de Bordeaux ; mais, dans sa lon- 
gue nomenclature , il a cependant oublié les Mémoires de l'Acad. 
des Inscript, et Belles-Lettres. Or, outre le Mémoire déjà cité, 
on trouve, tom. ni, p. 260, et xii , p. 259 des Mémoires inté- 
ressaus sur les antiquités de Bordeaux. Dans ces derniers temps, 
M. Jouannet a ajouté d'importans documens à ceux que l'on pos- 
sédait. Voyez Dissertations sur quelques antiquités de'com'ertes à 
Bordeaux, en 1828, petite rue de l'Intendance. Recueil académ., 
séance du i4mai 1828, p. i et suiv. Conférez Cayla, Magas. encycl., 
XI, 2, i56. • — Millin, Voyage en France, tom. iv, p. 608 à 662. — 
Quant aux trop fameuses Inscriptions de Nérac, publiées par 31. Du- 
mége et autres antiquaires, on sait qu'elles sont toutes fausses. 

■ Voyez Denys de Sainte-3Iartlie, GalL, Christ, tom. 11, p. ySj. 

" D'Anville, Notice, p. 449 et 4g4. 

^ Duniége, Statisliquc des Pyrénées, tom. 11, p. 7, expose 
toutes les opinions «mises jusqu'ici sur Noviomagus. 



238 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
sur les 3Ieduli y dont il est fait mention par Ausone 
à une époque très postérieure à celle dont nous trai- 
tons. Il en est de même des villa nommées Luca- 
niacus et Pauliacus dans Ausone ' , qu'on place à 
Lugagnac et à Pauliac. 

Nous avons déjà assigné la position des Convenœ , 
et nous avons observé qu'avant l'entière soumission 
de l'Aquitaine et même des autres parties de la Gaule, 
ils faisaient partie des possessions romaines dans la 
Gaule, et qu'ils étaient renfermés, quoique Aquitains, 
dans la Province romaine. Auguste ne fit en quelque 
sorte que les restituer à l'Aquitaine, dont ils se 
trouvaient détachés depuis que Pompée les avait 
soumis. 

En décrivant la Celtique de César , nous avons 
parlé en détail des quatorze peuples situés entre la 
Loire et la Garonne, que Strabon nous apprend avoir 
été réunis à l'Aquitaine; nous avons fait connaître 
leurs positions, les limites de leurs territoires, ainsi 
que l'emplacement de leurs villes capitales '. 

Il nous reste à faire mention de petits peuples de 
l'Aquitaine , mentionnés par Pline, dont les capitales 
ne sont point connues, et dont l'emplacement ne peut 
être déterminé que par des conjectures plus ou moins 
probables. La conquête des cantons les plus vantés 
de l'Aquitaine par Messala , les fréquens passages 
des Romains dans les Pyrénées pour se rendre en 

' Ausonius, Epistol. 3, 4 et 5, p. 4ôg, 45o, 45^ et 1^6^, de l'édit. ad 
iisum Delph., et dom Bouquet, Recueil des Hist. de France, tom. i, 
p. 74i- — Variétés bordelaises , tom. ii, p. 114. 

' Strabo, Geogr., lib. iv, p. 189 et 190 (288 et 289); tom. 11, 
p. 4i? de la ti'ad. franc., et ci-dessus, tom. 1, p. 282 à 5o6 de cet 
ouvrnsre. 



PARTIE II, CHAP. IV. 239 

Espagne , avaient multiplié les relations sur les lia- 
bitans des diverses vallées de cette vaste chaîne; et 
comme il arrive toujours pour les pays très fréquen- 
tés, les descriptions géographiques avaient été con- 
verties en topographies minutieuses. 

Mais avant de passer à Pline, observons que Stra- 
bon ' nous parle des beaux Thermes des Onesii , chez 
les Conçenœ : le nom et la position de cette cité se 
retrouvent dans le lieu moderne nommé Ozon, près 
de Tournay, et non loin de Bagnères-en-Bigorre sur 
l'Adour, dans le département des Hautes-Pyrénées, 
et Bagncres paraît être les Thermes des Onesii dont 
Strabon a fait mention. Bagnères-en-Bigorre fut 
un lieu célèbre dès le temps d'Auguste par ses sources 
thermales, ainsi que le prouve la belle inscription 
qui s'y trouve encore, et que nous y avons vue. Les 
mesures anciennes nous démontrent que Bagnères est 
aussi Vaqius Coiv^enarum de l'Itinéraire d'Antonin '^ : 
on peut présumer que ce surnom de Con^>ena- 
rum n'a été donné à ces aquœ par le rédacteur 
d'Antonin , que parce qu'il les confondait avec d'au- 
tres aquœ j qui sont à Bagnères -de- Luchon et à 
Capbern , plus rapprochées de la vallée où est Saint- 
Bertrand-de-Comm i nges, ou Lugdunum Convenaruni^ 
que le Bagnères dans la vallée de Campan , qui ap- 
partient à la Bigorre. L'inscription de Bagnères-de- 
Bigorre ne fait aucune mention du surnom de Conve- 

' Strabo, lib. iv, p. 190 (290); tom. 11, p. 4i, de la trad. franc. 

' Voyez V^nalyse des Itinéraires, tom. m, et tom. 1, p. 5o6, de 
cet ouvrage. — D'Anville s'est fortement trompé dans l'application 
des mesures anciennes pour cette partie, et ne veut pas reconnaître 
aquae Convenarum dans Bagnères-eii-Bigorre. 



240 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
narum. Nous nous sommes convaincu, par l'examen 
que nous en avons fait sur les lieux, que la route 
ancienne ne circulait pas comme aujourd'hui par 
Coarraze, par le village de Saint-Pé et Lestelle, ni par 
Lourdes; mais qu'elle allait en droite et directe ligne 
de Nay à Bagnères, en passant par Adé, puis ensuite à 
Labarthe-de-Nesle, et de là à Saint-Bertrand-de-Com- 
minges. Au-delà de Adé on découvre les vestiges d'une 
autre route antique qui s'embranchait avec celle-ci, 
et se dirigeait sur Capbern ; mais aucun monu- 
ment ancien ne prouve d'une manière certaine , 
comme l'inscription que j'ai citée pour Bagnères-de- 
Bigorre , que ni Capbern , ni Bagnères-de-Luchon , 
aient été célèbres chez les anciens pour leurs eaux 
thermales. Quelques marbres antiques ont été 
trouvés à Bagnères-de-Luchon , en 1 766 , et nous 
avons vu nous-mêmes , dans le cabinet de l'abbé de 
Tersan , l'inscription portant : ilixoni deo fab. 
FESTA. V. s. L. M. '. Ce qui donnerait, dans le nom 
d'une divinité locale, l'étjmologie du nom moderne, 
et un lieu ancien à placer à Bagnères-de-Luchon; 
mais cela ne prouve pas l'existence d'un établisse- 
ment thermal antique dans cet endroit. 

Les Tomates de Pline " doivent être placés à Tour- 
naj, que je viens de mentionner. 

C'est encore près de là, et dans le canton connu sous 
le nom de Nébousan, que d'Anville, avec raison, 
place les Onobrisates de Pline. D'Anville se fonde sur 

• Celte inscription a été gravée pai' M. Chaudruc de Crazannes, 
p. 54, de son ouvrage sur la Novempopulanie. — Voyez le Diction- 
naire^ tom. m de cet ouvrage. 

' Plin., lib. IV, cap. 55 (19), tom. 11, p. 570, edit. Lem., et tom. 1, 
p. 5o6, de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 241 

Un petit lieu nommé Cioutat , entre l'Adour et la 
Nesle; et comme ce nom de Cioutat est le même que 
le mot de cùntas , ville, il considère ce lieu comme 
la capitale d'un ancien peuple. Ensuite il corrige le 
n\otà^ Onobrisates y en celui d'Ono^w^^!^^^, pour faire 
ressembler davantage ce nom h celui de Nebousan ; 
mais il est évident que cette terminaison de brisâtes 
est le mot celtique briva , corrompu par les Ro- 
mains de tant de manières. Aussi les manuscrits 
s'accordent-ils tous sur cette terminaison , et ils ne 
diffèrent que par les deux premières syllabes : au lieu 
à'Onobrisaies, on lit dans quelques uns Olobrisates. 
Sous cette dernière forme, ce nom n'a plus que peu de 
rapport avec celui de Nebousan, et peut-être pour- 
rait-on se hasarder à placer les Olobrisates à Oleac , 
arrondissement de Tarbes , canton de Tournay . Au 
reste, cette position s'éloigne peu de celle qu'a don- 
née d'Anville. Mais comme ce pays n'a d'autre ville 
que Saint - Gaudens , il est plus naturel de penser 
que cette ville, avant d'avoir pris le nom du saint 
qu'elle porte aujourd'hui, avait le nom du peuple, 
Onobrisates '. 

Les Sediboniates de Pline '^ doivent être placés h 
Sebi, dans le département des Basses-Pyrénées, ar- 
rondissement d'Orthez , canton d'Arsac. 

On retrouve le nom des Bercorates dans celui de 
Bercouats, que portent encore aujourd'hui les habi- 
tans d'un lieu anciennement nommé Barcou, main- 
tenant Jouanon , dans la paroisse de Bias et dans le 

' Dumége, Statistique du département des Pyrénées, tora. u, 
p. 36. — Froideur, Mémoires du pays et Etat de Nebousan. 
' Plia., lib. IV, cap. 55 (ig), tom. ii, p. 5^1, cdit. Leiii. 

II. i6 



242 GÉOfrRÂPHÏE ANCIENNE DES GAULES, 
canton de Born , diocèse de Bordeaux, département 
de la Gironde '. 

Les Penpedunni "" doivent être placés au port 
Pinède. 

Les Lassunni ^ , sur les bords de la rivière nommée 
Lassanaïco-Erreca, dans les vallées de Baïgorry et 
des Aldades. 

Les Succases , à Succos, dans le département des 
Basses-Pyrénées, canton de Saint-Palais sur la Pa- 
dagoy. — Plusieurs auteurs veulent placer ce petit 
peuple dans la paroisse de Saucats, près de Buch, 
diocèse de Bordeaux ; mais ils seraient trop près de 
Bordeaux '^. 

Les Vassei de Pline ne peuvent être les mêmes 
que les Vasarii de Ptolémée; car ces derniers sont 
JDlen certainement les V^asates , ou ceux de Basas. 
Les Vassei doivent être placés aux environs de la 
montagne de Vassia, dans les Hautes-Pyrénées, près 
de Bagni, dans la vallée de Bastan. 

Les Cambolectri ^ doivent être séparés des Agesi- 
liâtes. Leur réunion dans le texte de Pline n'est 
qu'une conjecture de Hardouin ; il est évident aussi 
que ces Cambolectri ne sont pas les mêmes que le 
peuple du même nom dans la Province romaine ", 
puisque, ainsi que nous l'avons déjà vu, Pline dé- 

' Baurein, Variétés bordelaises , tom. iv, p. 19 et 20. 

" Selon les meilleurs maonscrits, et non pas Bipedimui, comme 
portent les éditions. 

5 Selon les meilleurs manuscrits, et non pas Sassumini, comme 
dans beaucoup d'éditions. 

'' Baurein , p. 19. — Yalesii Not., p. 624. 

* Plin., loco citalo, lib. iv, c. 55 (19), tom. 11, p. 575, edit. Lem. 

* Plin., lib. m, cap. 5 (4), tom. 11, p. 65, edit Lem. 



PARTIE II, CHAP. IV. 243 

msne ces derniers par le surnom de Atlanticij pour 
les distinguer des autres. Le nom des Cambolectri de 
l'Aquitaine parait se retrouver dans celui de Cambo, 
arrondissement de Bayonne, canton d'Espelette, lieu 
célèbre aujourd'hui par ses eaux minérales. 

Les Sennates habitaient les environs de Sennac, 
dans les Hautes-Pyrénées, arrondissement deTarbes, 
canton de Rabsteins '. 

Les Sihyllaies sont placés par d'Anville, avec assez 
de probabilité, dans la vallée de Soûle : cette vallée 
est nommée vallis Subola dans Frédégaire. Ce nom 
de Subola, suivant Oïhenart% désigne un pays cou- 
vert de bois. ou sauvage; par contraction, on a dit 
Sola, qu'on a traduit par le mot Soûle; il ne faut 
pas confondre ce peuple avec les Sibutzates de César 
ou ceux de Sobusse ^. 

Les Osquidates niontani , dont le nom précède 
celui des Sybillaies , occupaient la vallée d'Ossau *♦. 

\jÇ.s Anagnutes étaient probablement situésàAgnos, 
département des Basses-Pyrénées, canton de Sainte- 
Marie, près la Miellé. On ne doit pas les confondre 
avec les Agnotes de la Celtique mentionnés par Arté- 
midore, et dont nous avons déjà parlé. 

Valois ^ a très bien observé que le nom des Be- 
lindi de Pline se retrouvait presque sans altération 

' Pliu., lib. IV, cap. 35 (19), tom. 11, p 575, edit. Leni. 

" Oïhenart, Notitia Vasconiœ, p. 402. 

' Voyez ci-dessus, part. 11, ch. 2, tom. i, p. 5o3. 

< C'est une singulière idée que celle de Valois, qui veut écrire 
Ossidates, et faire de ce peuple les Datii de Ptolémée. Voyez Va- 
lesii Notitia, p. 3i , et ci-après. 

' jYniitin GnUiœ , p. 5'j4- — Voyez ci-dessus, loni. i. p. ôoO". 



244 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
dans le bourg des Landes nommé Belin , qui existe 
sur la route de Bordeaux à Bayonne. Ce lieu est du 
diocèse de Bordeaux, et son nom, dans quelques 
titres, est Belinum. Le passage de la rivière de Leyre 
à Belin est appelé pons Belini dans ces mêmes 
titres. 

Le nom des Monesi se reconnaît aussi très facile- 
ment dans celui de Moneins, entre Pons et Navar- 
reins. On a retrouvé, dit-on , d'anciens ouvrages de 
castramétation près de Moneins, qui remontent au 
temps des Romains ', et l'Edrisi parle de ce lieu '. 

Guidé par la seule analogie des noms , on a placé 
aussi assez heureusement les Caniponi dans la vallée 
de Campan ^ Mais il est difficile d'assigner les posi- 
tions de certains peuples nommés sans aucun ordre 
par Pline ^ : ses Ambilatri ^ qu'il ne faut pas con- 
fondre avec les Amhiliates de César , occupaient , 
suivant nous , les environs de Mirebeau et de Châ- 
telleraut, où l'on trouve Amberre et Saint-Genest- 
d'Ambierre, près de Lanclolstre; les Vellates nous 
semblent avoir occupé les environs de La Valette, 
au sud d'Angouléme; et les T^enami , le canton de 
Benanges, dont Cadillac est la capitale. 

Nous avons déjà remarqué précédemment qu'il 
était très probable que les Consoranni , dont la po- 
sition dans le Couserans est prouvée par les monu- 
mens historiques, et dont Pline fait mention comme 

' Dumége, Statistique des Monts Pyrénéens , tom. ii, p. 5o. 
^ Edrisi , sive, Geogr. Nubiens,, parsii, cliniatis quint., p. 220. 
3 D'Auville, Notice, p. ig6. 

■« Plinius, lib. iv, cap. 55 (19), lom. 11, p. 56g. — Vojez ci-dessns, 
p. 280, 284, 291, 292, 5o5, 5o5 et 5oG. 



PARTIE II, CHAl>. IV. 245 

étant situés dans l'Aquitaine, étaient les mêmes que 
les Consuaranni placés , dans le même auteur, tout 
auprès des Consoranni , dans la description de la 
province Narbonnaise; et nous avons développé les 
raisons qui nous ont porté à partager ce peuple entre 
la Narbonnaise et l'Aquitaine '. Nous ajouterons seu' 
lement ici qu'un passage d'une vie manuscrite de 
Glycerus ou Lycerius, Saint-Lizier, semble prouver 
que, dans le moyen âge, Saint-Lizier, la capitale des 
Consoranni, avant de prendre le nom. du peuple, 
et ensuite celui de l'évêque Liziers , portait celui 
diAustria; mais ce nom existait- il du temps des 
Romains? C'est ce que l'on ignore ". 

D'autres peuples mentionnés par Pline appartien-* 
nent à cette portion de la Celtique qui fut réunie à 
l'Aquitaine par Auguste. 

Celui qui le premier réclame notre attention , 
parce qu'il est possible d'en déterminer la position 
avec quelque degré de certitude , ce sont les Age- 
sinates , que Pline nous indique lui-même comme 
renfermés dans le territoire des Pictones. « Agesi- 
nates Pictonibus juncti. » D'Anville a très bien 
observé que le nom de ce peuple se retrouve dans 
celui d'Aisenai , un des trois archidiaconés qui com- 
posaient le diocèse de Lucon. Dans les bulles d'érec- 
tion de ce diocèse, par Jean XXII, au commence-^ 
ment du xiv^ siècle, il est fait mention de ce doyenné 
sous le nom d'AsianensiSj et dans d'anciens titres il 
est question du prieuré même d'Aisenai. 

La difficulté de placer les Antobjvges , que Pline 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. ig6. 

' Voyez d'Aiiville, Notice, p. i/^i , et Valois, p. i55. 



246 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
dit être dans l'Aquitaine , limitrophes de la province 
Narbonnaise , a déterminé plusieurs auteurs à con- 
fondre ces peuples avec les Nidobriges ; mais ce- 
pendant Hardouin, qui penchait pour cette opinion, 
dit que tous les manuscrits portent Antobroges. Le 
texte de Pline est ainsi : a Rursus Narbonensi pro- 
« ç'inciœ contermini Ruteni, Cadurci, Antobroges y 
H Tarneque amne discreti a Tolosanis Petrocori 
« Maria circa oram. » Ce qui contient une erreur 
évidente; car \esPetrocorii sont séparés des Tolosani 
par les Cadurci et par les Nitiobriges. Il faut donc 
lire, avec un manuscrit : (c Cadurci , Antobroges 
u Tame amne discreti a Tolosanis; Petrocori* , 
u Maria circa oram. » Le texte, ainsi rétabli, porte 
les Antobroges au nord du Tarn et des Tascojii , 
dans la partie méridionale du diocèse de Cahors, 
aux environs d'un lieu nommé Antonin , et dans le 
diocèse de Montauban. 

Dans tous les manuscrits de Pline , on lit Latu- 
sates ' et non Tarusates, qu'on j a substitué pour 
se conformer au texte de César. Cependant comme 
Pline nomme un assez grand nombre de petits 
peuples dans l'Aquitaine , dont César n'a point fait 
mention , et dont les noms ne se retrouvent dans 
aucun autre auteur, on ne doit pas se permettre 
de changer ici son texte , d'autant plus que le nom 
des Latusates se retrouve dans un lieu nommé Latus, 

' Joseph Scaliger, dans ses notes sur Ausone, lib. ii, cap. lo, a 
proposé une correction semblable ; mais , comme il substituait Ni- 
tiobriges à Antobroges, d'Anville {Notice, p. Siy), se refuse avec 
raison à admettre cette correction. — Plin., lib. iv, cap. 55 (19). 

' Yoyez Plin , lib. iv, cap. 53 (ig), tom. 11, p. 370, edit. Lem. 



PARTIE II, CIIAP. IV. 247 

département de la Vienne, arrondissemeiit et canton 
de Montraorillon, à deux lieues trois-quarts de cette 
ville, où sont des antiquités célèbres. 

Nous avons déterminé ailleurs les positions des 
autres petits peuples des Pyrénées et de l'Aquitaine 
dont Pline a fait mention ' ; occupons-nous actuel- 
lement de Ptolémée. 

Si on excepte les Helvii qu'il place dans la 
Narbonnaise , Ptolémée s'accorde avec Strabon 
pour le dénombrement des peuples de l'Aquitaine , 
à la réserve d'un seul, dont le nom, ainsi que celui 
de leur capitale, ne se retrouve nulle part ailleurs. 
Ce peuple sont les Datii , et leur capitale est Tasta. 
Il est extrêmement remarquable que le nom de 
ce peuple et celui de sa capitale ne varie dans aucune 
des nombreuses éditions que l'on a faites de sa 
géographie, quoiqu'elles offrent, pour presque tous 
les autres noms , des variantes plus ou moins con- 
sidérables. Sanson a voulu placer le^ Z?a^«à Aqs; 
mais comme il est bien démontré par les mesures 
des Itinéraires que ce lieu est aquœ Tarbellicœ , et 
la capitale des Tarhelli de Ptolémée , l'opinion de 
Sanson ne saurait se soutenir. D'Anville, dans sa 
Carte de la Gaule au temps de César, dressée en i <^l^S 
pour l'histoire romaine de Crevier, avait placé les 
Datii dans la partie méridionale des Lemo<^ices 
sans autre raison que le vide offert dans cette partie 
de fancienne Gaule par le défaut de positions ro- 
maines. Les Datii n'avaient point de rapports né- 
cessaires avec une carte de la Gaule au temps de 

' Yovcz ci-dessus, toni. i, p. -iga , 3o5 , 5o5 et 5o6. 



248 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
César; mais il semble que dans une carte générale 
de la Gaule ancienne , un peuple indiqué dans 
Ptolémée, avec sa capitale, ne pouvait être omis 
sans nécessité. Il faut que d'Anville ait reconnu 
l'impossibilité de former sur ce point une conjec- 
ture _, puisqu'il n'a pas jugé à propos d'insérer ce 
peuple sur sa carte, et qu'il déclare dans sa Notice ' 
que sa position est totalement inconnue. 

Cependant Ptolémée " fournit quelques indica- 
tions, et dit : 

(( Sous les Gahaliy sont les Datii , et leur capi- 
(f taie Tasta. 

(c Sous ceux-ci, sont les Auscii. » 

Ainsi donc les /?«;?« se trouvaient immédiatement 
au midi des Gahali, et plus au nord que les Ausci. 
11 ne faut pas chercher une indication plus précise 
dans les cartes de Ptolémée ; car les longitudes et les 
latitudes des positions intérieures , fondées sur la 
combinaison d'Itinéraires mélangés , sont presque 
toutes erronées. J'observerai en outre que les Datii, 
n'étant mentionnés par aucun autre auteur, étaient 
évidemment un de ces petits peuples enclavés dans les 
limites d'un autre peuple, plus considérable, dont ils 
tiraient leur origine, et sous la dépendance duquel 
ils se trouvaient. 

Or , immédiatement au midi des Gahali , dont 
la capitale était Anderituni , Anterrieux^ sont les 
Ruteni, et dans la partie septentrionale du territoire 
de ce peuple, qui touchait aux Gahali , je trouve 
une rivière nommée Daze, dans le département de 

' D'Auville, Notice, p. 70. 

' Ptoleni., Geogr., lib. 11, cap. 7, p. 46 (5o), edit. Bcrk. 



PARTIE II, CHAP. IV. 249 

l'Aveyroii , arrondissement de Rhodez ; sa source 
est près de Lunel-Salnt-Félix , et elle se rend dans 
la Dourdon , près d'un endroit nommé Conque , 
probablement un ancien Condate. Non loin de cette 
rivière Daze , au midi , est un lieu nommé Testet ' . 
D'après la conformité qui se trouve entre la position 
indiquée par Ptolémée , entre les noms anciens 
et les noms modernes , je crois pouvoir placer les 
Datii ou Dacii dans la partie nord du territoire 
des Ruteni ^ entre le Lot et l'Aveyron , et dans ce 
qui formait en 1790 le district de Saint - Albin '. 
J'observerai qu'au défaut d'autre preuve, celle que 
je tire de la ressemblance des noms est ici d'autant 
plus forte, qu'il ne se trouve pas dans toute l'étendue 
de la France une seule rivière, une seule montagne, 
un seul lieu tel petit qu'il soit, qui approche autant 
des noms àe Datii et de Tasta. Les noms de Daze et 
de Testet, uniques dans la géographie de la France, 
se trouvent précisément répondre par leur position 
aux indications données par le géographe grec pour 
le peuple qu'il nomme Datii , et pour Tasta sa 
capitale. 

Je terminerai ce qui concerne l'Aquitaine en 
observant que l'île d'Oléron qu'on doit considérer 
comme une dépendance des Santones , est pour la 
première fois mentionnée par Pline sous le nom 
ôi'Uliarius ^ ; Sidoine Apollinaire surnomme les 
lièvres de cette île Olarionenses ^. Quant à l'île 

' Voyez la grande Carte de France, dite de Cassini, n° 16, 
feuille i44- 

' Ce district a été changé depuis, et réuni à celui de Rliodcz. 

^ Pliu., lib. IV, cap. 55 (19), tom. 11, ]>. 574, cdit. Lcin. 

* Sidon. Apoll., lib. vm, cp. fi. — Coll. des Ilist. de Fr.. t. 1, p. bj. 



250 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
de Ré , il n'en est parlé dans aucun auteur ancien , 
mais le géographe de Ravenne * copiait sans doute 
un ancien , lorsqu'il ajoute le nom de Ratis ou de 
Radis à la suite de celui à'Ollarione. 

De la Celtique ou Lyonnaise. 

Nous a^ons prouvé , contre le sentiment de la 
plupart des auteurs qui ont écrit sur la Gaule , que 
la Celtique, dans la période de temps dont nous 
traitons, conserva le pays des Sequani , des Hel- 
vetii et des Lingones. Ainsi donc , en retranchant 
de la Celtique de César tous les peuples qui furent 
réunis à l'Aquitaine par Auguste , et dont nous 
venons de donner les noms , on aura la Celtique 
d'Auguste ; mais cette époque fournit quelques 
détails de plus sur les peuples qui habitaient cette 
portion de la Gaule. 

Il faut observer d'abord qu'elle changea de nom, 
et qu'elle fut appelée Lyonnaise (^Lugdunensis) j 
du nom de Lyon, l'une de ses villes, qui prit en peu 
de temps un accroissement rapide, et que Strabon 
nous décrit comme la ville la plus considérable 
et la plus peuplée des Gaules, après Narbonne. Ainsi 
Lugdunum , colonie romaine , devint non seule- 
ment la capitale du petit peuple des Segusini y 
mais encore celle de toute la Lyonnaise ou Celtique , 
et la principale ville de la Gallia comata, ou Gaule 
chevelue. On doit observer cependant que le même 
Strabon nous dit que les gouverneurs romains fai- 
saient leur résidence h Duricortora , Reims " . 

' Anonyrai Ravennatis , Gcogr., lib. v, p. 5ii, edit. Percher. 
' Sliabc, lib. IV, p. 194 (^97); toni. m, p, 56, de la trad. franc;. 



PARTIE II, CHAP. IV. 251 

Nous avons vu que César ' et aussi Strabon ' ne 
connaissent d'autres peuples que les Lexovii , entre 
la Seine (au nord de laquelle étaient les Caleti) et 
les Unelli ou J^eneli , qui étaient dans le Cotentin. 
A une époque bien postérieure à ces deux auteurs, 
Ptolémée ^ n'indique pas non plus d'autre peuple que 
les Lexuhii sur toute cette côte : cependant nous 
allons prouver que les Bodiocasses et les Viducasses 
de Pline '^ en occupaient une partie : il en résulte 
donc que, du moins selon l'opinion des géographes 
que nous avons cités, ils étaient compris dans les 
limites des Lexovii , et qu'ils ne formaient qu'une 
sous -division de ces peuples. 

Dans la Notice de la Gaule ^ on trouve, au nombre 
des cités de la Celtique, cwitas Baiocassium; et quoi- 
que les Itinéraires des routes romaines de cette 
partie de la Gaule ne soient point venus jusqu'à 
nous , on ne peut douter que le chef-lieu de ce 
peuple n'ait été Bayeux , qui a conservé le nom de 
Bajocœ en latin ; il est évident aussi que les Bodio- 
casses de Pline, que quelques manuscrits nomment 
aussi T^adiocasses , sont les mêmes que les Baio- 
casses de la Notice ; et un canton du diocèse de 
Bayeux a toujours conservé le nom du peuple, et a 
été appelé ^<7^?/^ Bagasinus, en français, le Bessin. 
Cependant les Baiocasses ne formèrent que tard, et 
long-temps après l'extinction de la puissance romaine 

' Caesar, de Bello gallico, lib. m, cap. 9, 17; lib. vu, cap. yS. 
" Strabo, lib. iv, p. igô. — Voyez ci-dessus, t. 1, p. 584 et 5g4. 
^ Ptolem., lib. 11, cap. 8, p. 47 (5o). 
'' Plin., lib. IV, cap. 32 (18), tom. 11, p. 568. 

' Notitia provinc, Gnlliœ. — Collect. des Ifisl. de. Fiance, loin. 1» 
p. I2Q, etGuérard, h'ssm, p. i5 et 14.'). 



252 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
dans les Gaules, un diocèse particulier : l'antiquité 
du diocèse de Bayeux ne remonte pas au-delà du 
commencement du vi*' siècle. Ceci explique pourquoi 
tant d'auteurs anciens ont fait mention des Lexoi>ii 
sans parler des Baiocasses, qui n'en étaient qu'une 
subdivision. Les mesures des Itinéraires anciens ', 
ainsi que je l'ai dit, démontrent que le nom romain 
de la capitale de Baiocasses , avant qu'elle eût pris 
celui du peuple, était Augustodurus , 

Avant qu'on eût découvert les restes considé- 
rables d'une ville ancienne dans le village de Vieux , 
près de Caen , on croyait que les Viducasses y qui 
dans Pline se trouvent nommés h côté des Bo- 
dlocasses , étaient le même peuple que ces derniers , 
et n'en étaient qu'une répétition. Le père Hardouin 
le décide ainsi, tout en convenant qu'il n'a point 
trouvé de variantes dans les manuscrits h cet égard. 
Cependant une inscription romaine gravée sur 
marbre, depuis long-temps connue, qui se trou- 
vait au château de Thorigny^ où elle avait été 
transportée de Vieux , du temps de François \" , par 
les soins de Joachim de Matignon , constatant l'exis- 
tence des Viducasses % semblait devoir protéger 
le texte de Pline contre l'ignorance des modernes; 
et les restes d'une ville romaine antique, découverts 
à Vieux, près de Caen, par l'intendant Foucault, 
en 1704, ont achevé de rendre aux paroles de cet 
ancien l'autorité qu'elles n'auraient pas dû perdre, 
en déterminant avec certitude la position de clvitas 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. Sgj, 097, et V Analyse des Itiné- 
raires, tom. m de cet ouvrage. 

" Voyez Me'ni. de I Acad. des Inscr., loin. 1, p. 29T, et tom. xxi, 
)). 4i>9. - jVc'm. des ylntiij. de France, tom. vu, p. u8g. 



PARTIE II, CHAP. IV. 253 

Vlducasses \\ Yieux moderne. Le rapport des 
noms, et les monumens historiques ;, viennent ici 
à l'appui de cette découverte. Les titres de l'abbaje 
de Fontenay, qui n'est séparée de Vieux que par 
la rivière d'Orne, font mention de Vieux sous le 
nom de Videocœ. Il est donc bien constaté que 
les Viducasses étaient situés dans les limites du 
diocèse de Bayeux , et que le centre de leur terri- 
toire était Vieux : mais comme ces peuples n'ont 
jamais formé un diocèse particulier, il est impos- 
sible de déterminer exactement leurs limites. Il 
me paraît seulement démontré que d'Anville ' leur 
attribue un territoire trop étendu en leur donnant 
presque la moitié du diocèse de Bayeux ,• mais cet 
habile géographe observe , avec beaucoup de saga- 
cité , qu'un lieu nommé Fins , entre les paroisses 
de Villi et de Saint- Vaast , au nord de Villiers-le- 
Bocage , marque évidemment de ce côté les limites 
des Viducasses et des Baiocasses j sauf cette in- 
dication , les Viducasses doivent être inscrits aux 
environs de Vieux et de Caen comme une sous-divi- 
sion des BaiocasseSj et sans limites particulières. 

De nombreux vestiges de routes antiques , encore 
existans, qui aboutissent à Vieux ou y tendent, dé- 
montrent cependant l'ancienne importance de cette 
cité : il reste des portions de ces routes entre Vieux et 
Eximes (Oxiniwii) ,ç.wIvq, Vieux etBngneux, et entre 
Vieux et Lizieux : ces constructions antiques ajou- 
tent aux preuves que les mesures des Itinéraires nous 
donnent pour fixer la position de Noviomagus à Li- 

' D'Anville, Notice, p. 701, et Caylus, Ant., tom. v, p. 5og, 
Pi. lîo. — Recueil des Hist. de France, tom. i, p. 146. — Mafteï, 
Gdll. Ant., p. ']■!. 



254 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
sieux, et celle à'jdrœgenuœlx Ari^entan '. A tous ceux 
qui se sont appliqués à éclaircir cette partie difficile 
de la géographie ancienne de la Gaule, sans pouvoir 
j réussir, il faut ajouter l'illustre Fréret, qui l'a si 
peu comprise, et a fait à cette occasion une méprise 
si grossière, qu'on ne peut concevoir comment elle a 
, pu échapper à un aussi savant homme et à l'illustre 
Compagnie qui entendit la lecture de son Mémoire, 
et en admit l'extrait dans son recueil '. 

La fausse application des mesures des Itinéraires, 
et les erreurs qui en ont été la suite, ont, comme 
conséquence nécessaire, produit une interprétation 
erronée du texte de Ptolémée. D'An ville et Belley, 
qui ont fait le plus d'efforts pour éclaircir ce point 
de géographie, quoique différens d'opinion, se réu- 
nissent pour supposer que les Biducesii de Ptolémée 
sont les mêmes que les Kiducasses de Pline. Or il 
fallait avoir un grand mépris pour le texte de Pto- 
lémée , ou l'examiner avec bien peu d'attention , 
pour faire une pareille supposition. On sait que cet 
auteur, dans la description des côtes, suit un ordre 
entièrement géographique. Sa marche est tellement 
méthodique, que la place qu'il assigne diuyiBiducesii 
dans l'ordre de son énumération , suffira seule pour 
nous faire retrouver leur position. Après le Gobœum 
promontoriuin , ou la pointe de la rade de Gobestan, 
près le Bec-du-Raz, Ptolémée^ nomme le Stalio- 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage , et ci- 
dessus, tom. I, p. 595 et 596. 

'Fréret, Me'm. de l'Acad. des Inscript, et Belles - Lettres , 
tom. XIV, p. 168. Il prend un petit lieu du Calvados nommé Hamars 
pourFaniars, et confond ce Januin Mariis avec le Famars de la 
Belgique ! 

^ Ptolem., lib. 11, cap. 8, p. 4^ (5o). 



PARTIE II, CHAP. IV. 255 

canus portas, ensuite le Têtus flavius , les Biducesii, 
\ Argents jliw . ostia, les Veneli, et le port de la ville 
de Crociatonum ; l'embouchure du fleuve Olina , 
les Lexuhii, et chez eux Nœomagus; les Caleti, et 
l'embouchure de la Seine. Ptolémée reprend sur-le- 
champ cette description en sens inverse, et il dit : 
(( Les Caletœ , et après eux les Lexuhii , ensuite les 
« Teneli, \ts Biducesii ; et enfin, en dernier, sont les 
« Osismiij jusqu'au promontoire Gobœum. » La posi- 
tion des Veneli ou Unelli, et des Osismii, se trouvant 
déjà déterminée précédemment, il devient évident 
([ue Ptolémée, qui ne connaît point les Curiosolites de 
César, ou les Cariosvelites de Pline, donne toute la 
côte nord de la Bretagne aux Biducesii , et les place 
entre ceux du Cotentin à l'est, et les Osismii à l'ouest. 
Quoique la capitale de ce dernier peuple se trouve 
rejetée, par les chiffres des Tables de Ptolémée, loin 
dans l'intérieur et hors de la position qu'elle occu- 
pait, cependant nous voyons que ce géographe, par 
l'ordre de son énumération, place, de même que 
tous les autres auteurs de l'antiquité, les Osismii à 
l'extrémité de la Bretagne et dans le département 
actuel du Finistère. Ainsi donc les Biducesii occu- 
paient le diocèse de Saint-Brieux; et en effet, le chef- 
lieu de ce diocèse avait conservé l'ancien nom du 
peuple dont il avait été la capitale : avant de prendre 
le nom du saint qu'elle porte aujourd'hui, cette ville 
se nommait Bidué ', et le nom des Curiosolites se 
retrouve pareillement dans celui du village moderne 
de Corseult. 

' Piganiel de La Yovcc.Descript. de In France, toni. viii, p. 412, 
dil : « Saint-Bricux était un village iioninié Bidué, lorsqu'on y éta- 
« blit un siège épiscopal. » — Yoyez ci-dessus, ton». 1, p. 58 1. 



256 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

II reste donc démontré, par ce rapprochement, 
que le diocèse de Saint-Brieux nous représente en 
partie les limites des Biducesii ; et puisqu'ils sont 
devenus après un diocèse particulier, ils paraissent 
avoir surpassé en importance, du temps de Ptolémée, 
les Curiosoliies, qui ne formaient plus à cette époque 
qu'une sous -division, et dont cet auteur n'a pas 
fait mention. D'un autre côté César ^ et Pline % qui 
nomment les Curiosolites , ne parlent pas des Bidu- 
cesii, parce que, de leur temps, cette dernière cité 
le cédait en importance à la première , et se trouvait 
renfermée dans ses limites. Quant à Strabon, il ne 
donne presque aucun détail sur la Celtique. 

Les mesures données pom- cette partie de la côte 
des Gaules par Ptolémée , présentent une lacune qui 
offre des diflicultés presque inextricables ^, et qui 
démontrent le mélange de plusieurs périples mal 
combinés entre eux. Un de ces périples porte \%Nœo- 
magus limen, ou port des Lexovii, à Neville, près 
Port-en-Bessin, dans les limites des Lexovii de Pto- 
lémée, qui, on doit se le rappeler, occupaient toute 
la côte du département moderne duCalvados \ Argents 
Jluv., à la rivière de Saint-Brieux; Têtus fluvius, à 
la rivière de Tréguier ; Staliocanus, à la rivière de 
Morlaix, près de laquelle se trouve un lieu nommé 
la Tour-Blanche, ou, en celtique, Liocan. Mais selon 
le texte des Tables latines, Nœomagus serait reporté 
encore plus à l'est, et correspondrait à Neville, près 

' Caesar, lib. ii , cap. 54; Hb. iir, cap. 7 ; lib. vu, cap. 74- 
' Plin., lib. IV, c. 5'i (18). — On lit dans Pline Cariosvelites ; mais, 
lie même que César, il les nomme avec les Unelli , et les Cariosve- 
liles sont évidemment les Curiosolitcs de ce dernier auteui'. 
^ Voyez Gossellin, lîcchcrches , tom. iv, p. 78 à i58. 



PARTIE II, CHAP. IV. 257 

Barfleur, et Crociaionorum portas au port de Bar- 
neville. 

De toutes ces combinaisons que donnent les Tables 
de Ptolémëe, il résulte qu'exact dans son ensemble, 
le périple employé par cet ancien pour la construc- 
tion de sa Carte reportait, par l'erreur peut-être 
d'un seul chiffre, toutes les positions beaucoup trop 
à l'ouest, puisqu'elles ne font point correspondre 
Y Olina Jluçius à la rivière de l'Orne, ni les autres 
positions anciennes aux lieux où nous les font re- 
trouver les Itinéraires anciens et les monumens his- 
toriques : d'où il résulte que, pour faire usage des 
mesures de Ptolémée pour cette partie de sa Carte , 
il faut partir d'un point certain, tel que VOUna 
fluvius , qui est bien certainement l'Orne, puisque 
Olina est le nom que portait ce fleuve dans tous les 
monumens du moyen âge; c'est par ce moyen que 
nous avons cru pouvoir fixer le port de la ville des 
Lexoviens, le Nœomagus limen de Ptolémée, à l'em- 
bouchure de la Rille, près Conteville ', où se trouve, 
sur la Carte du diocèse de Lisieux, par d'Anville, 
un petit lieu nommé Neuville. Mais d'après tous ces 
rapprochemens, on voit que, selon les époques, on a 
considéré comme peuple dominant, dans les diocèses 
de Saint-Brieux et de Saint-Malo , les Biducesii ou 
les Ciiriosolitœ de César, ou Cariosvelites de Pline, 
qui paraissent cependant y avoir existé simultané- 
ment; et nous avons déjà observé qu'un lieu nommé 

■ Voyez ci-dessus, tom. i, p. 597. — Gossellin, Recherches, t. iv, 
p. 77 , 80 , 85 et i58. — La différence des textes grecs et des textes 
latins de Ptolémée, démontre ce mélange de périples dont j'ai parlé, 
et le raisonnement de M. Gossellin sur Olina et Na'onui^us repose, 
suivant: nous, sur une pétition de principe. 

II. 17 



258 (iÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Finiac, non loin de Saint-Biieux, dénotait les limites 
de leur territoire respectif' ; sans doute à l'époque où 
nous sommes, et antérieurement à la formation du 
diocèse de Saint-Brieux, les Curiosolitœ , ou ceux de 
Corseult, étaient considérés comme le peuple prin- 
cipal. L'Itinéraire et la Table ne nous fournissent 
aucune mesure pour déterminer la position de civitas 
Biducesionmi , à Saint-Brieux, ni de ciçitas Curio- 
solitœ à Corseult; et ces deux positions reposent uni- 
quement sur les preuves que nous avons développées. 
Mais la Table vient à notre secours pour For^aniuni^ 
capitale des Osismii, et les mesures qu'elle nous four- 
nit portent ce lieu à Concarneau ''. La Table nous 
donne aussi Cronciaconiun ; et dans Ptolémée, Cro- 
ciatonorwn portiis , placé par lui chez les Teneli ou 
Unelliy paraît être le port de Cronciaconnum de la 
Table ^ D'après les mesures, on doit placer ce port à 
celui d'Audouville, sur la côte orientale du Cotentln. 
Ainsi que je l'ai déjà dit , les mesures des Itiné- 
raires et de la Table qu'on avait crues discordantes 
entre elles, et qui ne le sont pas, démontrent^ que 
Cronciaconnum est Turqueville,* que Cosedia est un 
lieu tout différent de Constantia ; que Legedia 
vient se placer auprès de Saint-Léi^er et de Lezeau; 
i^a^élauna était située aux ruines de l'ancienne ville 
romaine qui se trouvent dans la paroisse d'Alaume, 

' Voyez ci -dessus, tom. i, p. 58 1, et CaBsar, de Bello ^nUico, 
lib. !i, cap. 54- — Plin., lib. iv, cap. 53 (i8). 

' Voyez ci-dessus, toni. i, p. 585, et \ Analyse des Itinéraires, 
tom. III de cet ouvrage. — Ptolem., lib. ii, cap. y, p. 47 (5o et 5i), 
cdit. Bert. 

^ Voyez ci-dessus, tom. i , p. 585 , 595 , 3g5 , 596 et 597. 

'' Voyez Vyliinlysc drs Itiite'rnircs, lom. in de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 259 

à Valogne ', et qu'enfin Coriallum est le port de 
Clierboui'g , où il a été trouvé des antiquités ro- 
maines , et dont il est question dans le ix^ siècle, 
sous le nom de pagus Coriovallensis. Outre que les 
auteurs qui m'ont précédé n'ont pas connu les véri- 
tables mesures de l'Itinéraire qui se trouvaient dans 
les plus anciens manuscrits, et qu'ils ont supposé 
que les Viducasses étaient les mêmes que les Bidu- 
cesii , plusieurs ont aussi cru voir une identité 
parfaite entre Cosedia de la Table et de l'Itinéraire, 
et le civitas Constantia de la Notice; cependant il 
était facile d'observer que Cosedia se trouvant 
écrit de même dans l'Itinéraire et dans la Table, qui 
ne sont pas toujours parfaitement d'accord pour l'or- 
thographe des noms , il en résultait nécessairement 
que Cosedia n'était pas le même lieu que Constantia^ 
Coutances : à la vérité, dans la Table, Cosedia se 
trouvait accompagné de l'édifice qu'on a consacré 
aux capitales; on a conclu de là que ce lieu ne 
pouvait être autre que Constantia , chef-lieu du 
diocèse, dans le moyen âge. L'abbé Bellej ^ est celui 
<^[ui a le plus appuyé sur cet argument; mais il n'a 
pas observé qu'il existe plusieurs noms de villes 
dans la Table, accompagnés de cet édifice, qui n'ont 
jamais été des capitales, tandis que d'autres qui l'ont 
été en sont dépourvues ; soit que ces aberrations se 
trouvassent dans la carte primitive, soit qu'on en 
soit redevable au copiste de cet ancien monument. 

' Voyez, Mercure de France, février 1740, p. 5ii, la lettre du 
chevalier de La Roque. Voyez aussi le plan de ces antiquités dans 
Caylus, tom. vu, p. 5i4, PI. go et 91. 

^ Voyez Belley, Acad. des I user., tom. xxvin, p. 475, et loni. xr.i, 
p. 56?\., édit. in-4", ou tom. xi.vni et i.xxxi de l'édit. in-r,>. 



260 GÏ:OGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Poiu" ne point sortir de la Gaule, je ne citerai que 
Teterihus , Buderich, simple station militaire sur les 
bords du Rhin , qui est accompagnée de l'édifice 
consacré aux capitales, et Luietia, Paris, capitale 
des Parisii, qui en est dépourvue. 

Une autre cause d'erreur et de difliculté, pour 
celte partie de la géographie ancienne de la Gaule, 
a été la ressemblance Açs noms de \ Argenjluvius de 
Ptolémée, avec la ville à' Àrœgenuœ, donnée comme 
capitale dans la Table, et enfin la ressemblance du 
nom dilngena, capitale des Ahrigcatui , selon Pto- 
lémée ', avec ceux ^ Arœgenuœ et à'Argen. Il en est 
résulté qu'on a cru qa/ngeiia ou Avranches était 
Arœgenuœ , et que le fleuve Argen devait être la 
rivière qui coule à Arœgenuœ ; mais la direction des 
routes, dans la Table, ne pouvait s'accorder avec 
cette supposition , et malheureusement les textes des 
Tables latines et grecques, dans Ptolémée, présen- 
tent pour cette partie des chiffres et des combi- 
naisons différentes. Nous savons i^n Arœgenuœ ne 
peut être Avranches, et est Argentan ; et comme le 
fleuve qui coule à Argentan est l'Orne, que Ptolémée 
connaît sous le nom à^Olina, X Argen fluvius de Pto- 
lémée n'a point de rapport avec la position d^ Arœ- 
genuœ ni avec son fleuve, et il faut chercher ce fleuve 
ailleurs. Dans les résultats que nous présentent les 
Tables de Ptolémée, nous pouvons regarder comme 
certains ceux où les textes latins et grecs sont d'ac- 
cord, et ne sont pas contredits par d'autres monu- 
mens anciens; considérer comme incertains ceux où 
ces textes diffèrent, et présentent pour les mêmes po- 

' Ptolein., lil). II, cap. 8, p. 47 (5i). — Tnh. peut., §. i, B. 



PARTIE II, CHAP. IV. 261 

sltions anciennes des positions modernes différentes. 
Pour les positions des côtes, dont nous nous occu- 
pons , Titus fluvius , et Staliocanus portas , sont 
dans le premier cas; le texte latin, comme le texte 
grec, concourent à placer Têtus flavius à la rivière de 
Tréguier, et Staliocanus portas à Liocan, à Tem- 
bouchure de la rivière de Morlaix; mais Argenfiuv. 
ostia est, par les combinaisons que présentent les 
Tables grecques de Ptolémée, placé^i Agan, près de 
Saint-Brieux, ou h Agon, près de Coùtances; et, selon 
le texte des Tables latines, à l'embouchure de l'Ardée 
ou de la Selum, près de laquelle est un lieu nommé 
Argennes , un peu au sud d'Avranches '. Nous 
croyons que cette dernière combinaison est la seule 
qui donne la véritable solution ; mais enfin la chose 
est moins certaine que pour les deux autres posi- 
tions. Quant à X Ingena de Ptolémée, on ne peut 
douter que cette dernière ville ne soit la civitas 
Ahrincatui de la Notice de la Gaule , et que ce 
peuple ne soit représenté par le diocèse moderne 
d'Avranches. Cela se trouve démontré par une suite 
non interrompue de monumens historiques qui re- 
montent au commencement du vi^ siècle '. Pline 
est le premier qui fasse mention des Ahrincatui^-, 
mais Ptolémée est le seul des anciens qui ait parlé de 
leur capitale, et qui ait donné quelques renseigne- 
mens sur leur situation. Après avoir mentionné les 
Aulerci cennomani, il dit : « Après ceux-ci sont les 

' Conférez Gossellin , Recherches, toni. iv, p. 78, 79, 80, 81, 
85, 84, i58, et ci-dessus, tom. i, p. 385, 386, SgO et 097. 
' Voyez Gallia christiana , tom. ir, p. 467- 
' Pliu., lib. IV, cap. 32 (18), tom. 11, p. 56(), edit. Lem. 



262 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
(( Namnetœ , dont la capitale est Condwicnum ^ et 
((ensuite jusqu'à la Seine, les Ahrigcatid , dont 
« la capitale est Ingena , 21° 45' long. 5o° 3o' lat. » 
Or, d'après la position assignée ici par Ptolémée 
aux Ahrigcatui , non seulement ils se trouveraient 
rejetés dans l'intérieur, mais ils seraient sur les 
bords de la Seine, et toucheraient cependant aux 
Namnetes où à ceux de Nantes ' . Nous observerons 
que le texte de-^tolémée offre dans cet endroit une 
répétition évidente; car un peu plus haut, après 
avoir parlé des Veneti ou de ceux de Vannes, il 
dit : (f Sous ceux-ci sont les Samnitœ , proche la 
« Loire. » On ne peut méconnaître dans ces Sam- 
nitœ y dont il n'est question dans aucun autre 
auteui^, les Namnetes ou ceux de Nantes , qui se 
trouvaient sur la côte, et qui, ici, bien placés mais 
mal nommés , sont encore mentionnés une seconde 
fois dans la description de l'intérieur, et, pour cette 
fois, très bien nommés, mais très mal placés. Ces 
doubles emplois proviennent de ce que Ptolémée 
ou Marin de Tjr, dont la Carte a servi à Ptolémée 
pour dresser ses Tables , formaient leurs descrip- 
tions des côtes d'après des matériaux, ou des auteurs, 
différens de ceux qu'ils employaient pour décrire 
l'intérieur; c'est ce que Ptolémée lui-même nous 
apprend dans ses Prolégomènes. Les Ahrigcatui ne 
sont pas, à la A'érité, mentionnés par Ptolémée sur 
la côte; mais une des combinaisons de ses Tables con- 
duit, ainsi que nous venons de le dire pour Argen 
jluv. ostia , à l'embouchure de la Sélune, chez, les 

' Voyez ci-dessus, totn. i, p. 576, 077 et 079. — Ptolem., lib. 11, 
cap. 8, p. 47 (5i), edit. Bert. 



PARTIE H, CHAP. IV. 263 

Abrigcatiii '; et il est probable que si, dans Ptolémée, 
ils se trouvent omis dans cet endroit, c'est pour éviter 
la répétition qui résultait de la position du même 
peuple, dans l'intérieur, d'après d'autres documens. 
On voit encore des traces de ce combat d'élémens 
différens dans ce que Ptolémée dit des Osismii : 
d'une part, il les place près du Gobœum promon- 
toriuni; et de l'autre, la position qu'il assigne à 
Vorganium , leur capitale , les éloigne beaucoup de 
ce promontoire. Il en serait absolument de même 
pour les Ahrigcatui si on adoptait l'ingénieuse cor- 
rection de Valois", et, si au lieu de Sekoana , on 
lisait Senoana dans le texte de Ptolémée ; alors il 
serait question de la Senuna , ou Sélune, petite 
rivière qui se décharge dans la mer près d' Avranches , 
et à l'embouchure de laquelle les combinaisons des 
mesures du texte latin de Ptolémée nous portent 
pour Argenfluv. osila. Alors Ptolémée aurait placé, 
d'une part, les Abrigcatui sur la côte, tandis que 
la position assignée à leur capitale les transporte- 
rait dans l'intérieur. Quoiqu'il en soit, on aura pu 
observer ici la ressemblance qui existe entre ces noms 
Ingena et Argen, et il est extrêmement lemarquable 
que le texte latin de Ptolémée fait un fleuve à' Argen, 
tandis que le texte grec nous laisse incertain de savoir 
si c'est une ville ou un fleuve. 

Mais comme les mesures entre les deux textes don- 
nent des résultats entièrement dissemblables, il nous 

' \oycz Gosscllin, Recherches, toin. iv, p. 80, 84. 

" \alcsii, Notitia Galliar., p. i. 

' Senuna est le nom que cette rivière porte dans divers écrits du 
moyen âi,'o. 



264 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
paraît probable que le texte grec qui nous porte à 
Agon, près Saint-Brieux, à l'embouchure de la ri- 
vière de Saint-Brieux, sur les bords de laquelle est 
un lieu nommé Argantel, nous donne le nom et la 
position à' Argen, port des Biducesii , et peut-être 
l'ancien nom de leur capitale, avant qu'elle eût pris 
le nom du peuple représenté dans le moyen âge par 
le nom de Bidué , nom effacé depuis par le nom plus 
moderne de Saint-Brieux. Dans cette hypothèse, il 
faudrait distinguer dans Ptolémée VArgenfluv. ostiay 
la Sélune, ^ Argenus ^ ville, qui serait Saint-Brieux, 
deux positions toutes différentes cependant de XArœ- 
genuœ de la Table, qui est Argentan, et dHIngena, 
qui est Avranches '.Les Tables de Ptolémée paraissent 
avoir été singulièrement altérées dans cet endroit, 
et présentent de nombreuses variantes. La variante 
qui conduit, pour Argenis, à l'embouchure de la ri- 
vière d'Agon % nous fait reconnaître le nom d'Argen, 
répété plusieurs fois sur cette côte , qui paraît avoir 
été la cause de ces erreurs. En effet je trouve que, 
dans les diverses chartes du xi*^ siècle, il est plusieurs 
fois fait mention d'un lieu près d'Agon homme 
ArgenceiOy et depuis, Archanchy. La position de 
ce lieu est clairement indiquée dans ces chartes, près 
de inons Catonis ou Montchaton, deVaussleux, et 
de La Feuillée. 

Terminons ce qui concerne la Celtique d'Auguste, 
par observer que les Tricasses et les Meldi qui , du 
temps de César, étaient réunis aux Senones y parais- 

■ Voyez Gosselliii, Recherches , tom. \v , p. 78 à 84, et i58 et les 
Cartes n°' 8, 9 et 10. 
' Gallia christiana , tom. 11, 226, 235 et 248, Iiistvumentn. 



PARTIE II, CHAP. IV. 265 

sent en avoir été détachés du temps d'Auguste, pour 
former des divisions distinctes ; cependant Strabon 
ne fait pas mention des Tricasses , mais il parle des 
Meldi , et la séparation de ces deux peuples a dû 
avoir lieu en même temps ' . Nous avons précédem- 
ment traité de la position et des limites de ces peu- 
ples, quand il a fallu déterminer celle des Senones \ 
Quant au diocèse d'Auxerre, cwitas Autissiodurinn , 
il ne fut détaché des Senones qu'à une époque très 
postérieure à celle dont nous traitons. Il en est de 
même des Aureliani, qui ne paraissent avoir été dis- 
tingués des Carnutes que sous l'empereur Aurélien. 

La colonie établie chez les Rauraci j et qui prit 
le nom d'Auguste ( dont il est question dans le mo- 
nument trouvé à Gaëte déjà cité), paraît y avoir 
été transplantée quatorze ans avant J.-C. , ainsi qu'il 
résulte du rapprochement d'un passage de Dion et 
d'une inscription j et, dès lors, on a dû commencer à 
considérer les Rauraci comme une division distincte 
et séparée des Sequani ^. 

Il est fait mention dans les anciens de quelques 
îles sur les côtes de la Celtique. Pline '^ est le premier 
qui, en parlant des Vénètes, nomme les Veneticœ 
insulœ qui en dépendent. Il est évident que cette 
dénomination générale comprend les îles de Belle-Ile, 
de Houat, d'Hédic, de Groa ou Grouais. On a appli- 
qué le nom d'une île nommée Vindilis , dans l'Iti- 

' Strabo, lib. iv, tom. i, p. 194 (297), edit. Alm. ; tom. 11, p. 56, 
de la trad. franc. 

" Voyez ci-dessus, tom. i, p. 4o6 à 4i5. 

' Schœpflin, Alsat. illuslr., et ci-dessus, tom. 1, p. 3'i2. — Plin., 
lib. IV, cap. 3i (17), tom. 11, p. 564, cdit. Lem. 

* Plin., lib. IV, cap. 55 (19), tom. 11 , p. 074 , cdit. Lcm. 



2G6 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
néralre maritime, à Belle-Ile, nommé Guedel dans 
le moyen âge , et celui de Siata, nommé dans le 
même Itinéraire, h l'île de Houat'. UxantiSy ou l'île 
d'Ouessant , dans la dépendance des Osismii , est 
célèbre comme étant la même que VUxisama de 
Pjthéas. Pline, en racontant les découvertes de ce cé- 
lèbre navigateur % la désigne sous le nom ai Axantos; 
son nom plus moderne, dans Aimoin ', est Osa; et 
dans Guillaumc-le-Breton , elle est nommée Ossa. 
Mêla ^ désigne bien clairement l'île de Sein, lorsqu'il 
place Sena dans l'Océan britannique , vis-à-vis le 
rivage des Osismii. On se rappelle à ce sujet son 
singulier récit sur les neuf vierges, vrais types de 
nos fées bretonnes ^ qui s'y étaient réfugiées. Pline 
nomme cette île Siambis , et quelques unes de nos 
Cartes modernes écrivent Seim. Quant à Cœsarea et 
Sariiia, mentionnées seulement dans l'Itinéraire ma- 
ritime, on les rapporte avec raison, ce me semble, à 
Gersey, et Gernesey moderne, et cela est certain, du 
moins pour la première. L'île d'Aurigny, qui est 
auprès , doit nécessairement représenter l'île B.i- 
duna du même Itinéraire maritime, et toutes trois 
peuvent être considérées comme dans la dépendance 
des Unelli ou T^eneli. Au reste, si on excepte les îles 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 378. — Peut-être Siata est l'île de 
Gers, dont le village est nommé Sark sur la Carte de Cassini. 

' Plin., lib. IV, cap. 3o (16), tom. 11, p. SSj, edit. Lem. 

3 Aimoin, de Mir. S. Benedict., lib. 11, c. 11. — Valesii Notifia, 
p. 625. 

^ Mêla, lib. m, cap. 6, p. 92, edit. Tzschuck. 

' Conférez nos lettres sur l'Oz/gme de la Fc'crie, et notre Disser- 
tation sur les Contes de Fées atlribncs à Perrault , dans l'édition 
de ces contes donnée par le bibliopbilc Jacob, in-8°. 



PARTIE II, CHAP. IV. 267 

d'Ouessant et de Sein , aucune des îles dont nous 
venons de parler ne se trouve mentionnée par des 
auteurs antérieurs à l'époque dont nous traitons. 

Belgique. 

Dans la Belgique, Pline', selon son usage, nomme 
quelques côtes particulières enclavées dans le terri- 
toire de peuples déjà connus : tels sont les Oromar- 
saci qui sont joints au pagus Gesoriacus et les 
Britanni. Comme Pline procède ici à partir de 
l'Escaut, on peut placer, ainsi que nous l'avons dit 
avec d'Anville % les Oromars aci , chez les Morini , 
dans le district situé entre Calais et Gravelines , qui 
est appelé terre de Merk ou Mark, et est voisine 
du Boulonais, ou du Gesoriacus pagus. Les Bri- 
tanni , qui sont nommés à côté des Amhiani, peu- 
vent être placés h l'embouchure de la Somme , mais 
plus près de la côte, et en tirant davantage vers 
Gesoriacwiiy que ne l'a fait d'Anville. On doit 
observer cependant que ces positions ne sont basées 
que sur des conjectures, qui ne sont pas même ap- 
puyées sur la ressemblance d'aucun nom moderne. 
Pline nous montre, de ce côté, Gessoriacus , comme 
le port principal, et en nous disant que la distance 
de ce port au rivage le plus prochain de l'Angle- 
terre est de 5o milles (distance très exacte) , il nous 
fait voir par-là que c'était le port le plus fréquenté 
de son temps , et celui où l'on s'embarquait pour la 
Bretagne. Mais le portus Morinorum Britannicus , 

' Plin., lib. IV, cap. 3i (17), tom. 11, p. 558, edit. Lem. 

' Strabo, lib. iv, p. 194, trad. franc., tom. ri, p. SÇ>. 

^ Voyez ci-dessus, loin, i, p. 441 ç\ ^-i. — Malebrancq, p, 47J. 



268 GÉOGRAPHIE ANCIEN^iE DES GAULES, 
dont il est fait mention à la fin de sa description de 
l'Europe ' , n'est point Gesoriacum comme on l'a 
cru; c'est le portas Itius de César ou Wissant. En 
effet, Pline voulant interpréter et corriger la mesure 
de Poljhe , entre l'extrémité de l'Italie et l'Océan , 
évalue cette distance à 1168 m. p. Cette mesure, 
qui donne i5°55', prise sur la Carte de la partie 
occidentale de l'empire romain, par d'Anville, nous 
porte, à partir du promontoire Japygie, juste à 
liiiis portus y ou Wissant, et elle serait fausse pour 
Gesoriacum f ou Boulogne : elle est probablement 
basée sur la Carte d'Agrippa , et elle se trouve un peu 
plus grande que celle de Polybe, parce que celui-ci, 
comme le dit Pline lui-même , conduisait sa mesm^e 
jusqu'à l'endroit le plus proche sur la côte de l'Océan, 
c'est-à-dire sur le point le plus enfoncé de cette côte, 
qui est la Canche; Agrippa, au contraire, prolongeait 
la sienne jusqu'au point le plus saillant. Lorsque Pline 
veut parler de Gessoriacus, il le mentionne toujours 
par son nom, et il n'aurait pas employé cette seule fois 
une aussi longue périphrase. D'ailleurs on aperçoit 
sur-le-champ la raison de cette périphrase ; il y avait 
deux ports chez les Morini, Gesoriacum, Boulogne , 
et Itius portas j Wissant; comme ce dernier était le 
plus i^approché des côtes de Bretagne , on le désignait 
par le surnom de Britannique, poitus Morinoriwi 
Britannicus. Entre Terruanna , Terrouenne , et 
Itius portas , Wissant, il existe encore une chaussée 
de construction romaine que INIalebrancq appelle 
chemin Leulin"ue '. 

' Plin., llisl. nat., lib. iv, c. 57 (25), loin. 11, p. 094, cdil. LcJii. 
' Voyez Henry, Essai sur le Boidonais, p. 85. 



PARTIE II, CHAP. IV. 269 

Les flassi ou Bassi se trouvent mentionnés seu- 
Jement dans quelques éditions de Pline ' . D'Anville, 
d'après la seule ressemLlance des noms, les a placés 
dans un canton du diocèse de Beauvais , dont le 
nom est Haiz ou Hez , et qui contient une forêt qui 
conserve ce même nom. Au milieu de cette forêt 
Saint-Louis avait une maison, nommée La Neuville- 
en-Hez ; mais l'existence de ce peuple nous paraît 
douteuse; et le savant Hardouin pense que la leçon 
Hassi ou Bassi y ne se trouvant pas dans les manu- 
scrits, mais seulement dans les éditions de Parme et 
de Froben, il convient d'effacer ce mot, dû à la ré- 
pétition des dernières syllabes du mot Bello(^aci du 
texte de Pline, i ajouterai que dans les monumens 
du moyen âge on n'a découvert jusqu'ici , dans la 
civitas Belçacensis, aucun pagus dont le nom ait 
dé l'analogie avec Bassi ou Hassi '. Toutefois nous 
pensons, avec d'Anville, que l'existence du nom de 
Haiz dans ce pays doit, dans le doute, empêcher de 
supprimer ce peuple. 

Ptolémée ' est le seul auteur qui ait fait mention 
des J^adicassii, et il les place dans la Celtique, et non 
dans la Belgique. Ils ne formèrent point un diocèse 
particulier, et cette seule circonstance suffit pour 
nous démontrer que c'était un de ces peuples subor- 
donnés , enclavés dans le territoire d'un autre peuple 
plus considérable. Ptolémée nomme les T'adicassii 

' Voyez Plin., in-folio, édit. Hardouin, toni. i, p. 208. — D'An- 
ville, Notice , p. 565, et Mcm. sur les côtes de la Gaule, p. 9. 

' Guérard, Essai sur le système des divisions territoriales de la 
Gaule , p. 1 49. 

^ Plolcni., lib. n, cap. 8, p. 48 {5-2). 



270 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
à côté des Meldi ; il dit qu'ils sont proches de la 
Belgique, et il leur donne pour capitale un lieu 
nommé Nœomagus. Du reste, les monumens histo- 
riques et les mesures nous manquent également pour 
déterminer la position de ce peuple. Nous sommes 
donc réduits aux conjectures , et d'après les indica- 
tions données par Ptolémée, la meilleure est sans 
contredit, celle qui place les Vadicassii dans le 
duché de Valois , et qui assigne à Nœomagus la po- 
sition de Vez, dont le nom paraît dérivé de celui de 
Vadicasses. Tel est le sentiment de d'Anville et de 
Valois. Vez est l'ancienne capitale du Valois, qui, 
dans les capitulaires de nos rois et dans Flodoard, 
est nommée pagus J^adensis et Kadisus ' ,• mais les 
T'adicasses , ainsi placés , se trouvent faire partie 
du territoire des Sylvanectes , des Suessones et des 
Meldiy puisque leur territoire se trouve partagé entre 
ces trois diocèses ; ils appartenaient donc , si toute- 
fois il n'y a pas erreur sur leur position, à la Bel- 
gique, et non à la Celtique : c'est ce qui a fait penser 
à quelques auteurs que les Fadicassii de Ptolémée 
étaient les mêmes que les Bodiocasses de Pline, 
nommés P^adicasses dans quelques éditions de cet 
auteur, ou les Baiocasses de la Notice des provinces 
de la Gaule, et que Nœomagus était Bajeux, dont 
le nom antérieur à celui à' Ausustodurus nous est 

o 

inconnu; mais alors les Padicassii de Ptolémée ne 
seraient plus, comme il l'indique, ad Belgicarn^ 
près de la Belgique, ni à côté des Meldi. 

Il j a dans Ptolémée un peuple nommé Subanecii 

' Carlier, fli.sL du Diichc de Valois, toni. i, p. 5, 160 et lin. 
' Plin., lih, IV, cap. 5-2 (18), tom. 11, p. 068, cdil. Lcm. 



PARTIE II, CHAP. IV. 271 

dans le texte actuel de cet auteur, et, dans les manu- 
scrits latins, Uhanecti , ainsi que sur les anciennes 
cartes jointes à ces manuscrits. Le nom de ce peuple 
manquait dans la plupart des manuscrits grecs, et il 
n'a été suppléé que par le manuscrit palatin, qui porte 
Soumanektoï ' . Ptolémée nomme ce peuple avec les 
Nervii, les T'eromandid et les Suessones ; il appelle 
sa capitale i?/i«^07?2«^ta. On a, avec beaucoup de vrai- 
semblance, considéré ce peuple comme le même que 
les Sjhanectes de la Notice des Gaules. Des monu- 
mens historiques non interrompus ' prouvent que ci- 
vitas SjU>anectensiura est Senlis; et par conséquent 
que le diocèse de ce nom nous donne la position , 
l'étendue et les limites des t^^a/?ec^f de Ptolémée; mais 
comme l'Itinéraire, dans la route de Ccesaromagus , 
Beauvais, à Suessonas, Soissons, offre une position 
qui a le nom di Augustomagus , on a pensé cjue ce nom 
ne pouvait avoir été porté que par une ville capitale, 
et on l'a appliqué à Senlis. Les conjectures coûtent 
pcm, lorsqu'on se i-end peu difficile sur les raisons qui 
peuvent leur donner quelque degré de probabilité. 
On a dit qu'il j avait erreur dans Ptolémée pour le 
nom de la capitale des Uhanecti , et qu'il fallait lire 
Aiigustomagus au lieu de Rhatomagus . Pour dé- 
montrer combien cette erreur, quoique universelle, 
est manifeste, il suffira d'observer que Senlis ne se 
trouve pas sur la route de Cœsaromagas, Beauvais, 
à Suessonas, Soissons; que toutes les mesures entre 
Cœsaromagus et Augusiomagus sont fausses , si on 
les applique h Senlis ,• de même qu'entre Augusto- 

' Voyez Ptoleni., lib. ir, cap. 9, p. 49 (55), edit. Bert. 
^ Gallin chrisdnna, loin, x, p. 17)^8. 



272 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
magus et Suessonas. Ces mesures sont au contraire 
parfaitement exactes si , sans aucune supposition 
préalable , on suit la route directe de Cœsaro- 
niagus , Beauvais , à Suessonas , Soissons ; route 
sur laquelle on retrouve encore des vestiges de l'an- 
cienne voie romaine. Non seulement de cette ma- 
nière les mesures offrent un accord parfait avec le 
local , mais le résultat présente des indices non dou- 
teux d'exactitude. En voici le tableau , extrait de 
l'Itinéraire entier que l'on trouve dans le tome m de 
cet ouvrage. 

Route de Cœsaromagus , Beaiwais, à Suessonas, Soissons. 



ITINERAIRE 

WESSBI.ING , 

p. 38o. 



Cœsaromagus.. 
Lilanobriga. . . 
^iigustomagus. 
Suessonas, . . . 



^7f 
6 
33 

66^ 



CARTES 

CE CASSIKI, 

n°5 I, 2, 44. 



Beauvais. 
P'.-S'^-Maxence 
Verberie. 
Soissons . 



i'o 




TABLE 

de 

PF.nTINGER, 
§. I, C. 


= 'S 

si 

60 


■i i 
^ 2 


CARTES 
de 

CÀSSIHI, 

n°» I et 2. 






Cœsaromagus.. 






Beauvais. 


27 












6 


33 


Âugustomagus. 


" 


33 


Verberie. 


33 













66 













On doit observer que la ville de Sainte-Maxence 
était désignée par le nom de Pont , avant qu'on y eût 
ajouté celui de la sainte, qui la distingue aujour- 
d'hui; et que, dès le vii^ siècle, il est question de ce 
Heu dans les monumens de notre histoire , comme 
important pour le passage de l'Oise '. Le nom de 



' Lebeuf, Dissertations , toni. i, p. 55o. 



PARTIE II, CHAP. IV. 273 

Pont, est le même que le mot celtique Briga , qui 
termine le nom latin correspondant. Il est question 
de /^ermeriaj, Verberie, dès le commencement du 
ix" siècle. A cette époque cette ville très ancienne fut 
détruite, et, comme elle changea de nom, elle changea 
aussi d'emplacement. On a retrouvé les ruines de l'an- 
cienne ville vers la Borde, au-delà du chemin nommé 
la Chaussée-Brunehauld, et dans l'endroit appelé 
Malassise. On a de tout temps déterré dans ce lieu des 
débris d'antiquités et des restes d'aquéduc, qui an- 
noncent évidemment une ville romaine. On suit les 
vestiges de l'ancienne route depuis la montagne jusqu'à 
Faj, et dans la vallée, depuis Rhuys jusqu'à Sain-^ 
tines '. Enfin peut-être n'est-il pas inutile d'observer 
que la petite rivière qui arrose Verberie conserve, 
dans le nom d' Autone, des vestiges de celui ôH Augusto- 
magus. Quoi qu'il en soit de ce rapprochement, on 
doit avoir d'autant plus de confiance aux mesures de 
l'Itinéraire pour Àugustomagus , qu'elles présentent 
en deux stations la même distance que la Table 
nous donne en une seule. Ceux qui, comme d' An- 
ville, conduisent la route à Senlis, placent Litano- 
hriga à Creil. Or il n'y a, de ce lieu à Cœsaroma- 
gus , Beauvais, que aS milles romains, au lieu de 27 
que demandent les Itinéraires; entre Senlis et Sois- 
sons il y a 58 milles romains, au lieu de 55 qu'il 
faudrait; et entre Creil et Senlis il y a y milles ro- 
mains, au lieu de 6. Il fallait que d'Anville pensât 
lui-même que cette combinaison de mesures était 
tout-à-fait inadmissible ; car je trouve que neuf ans 

■ Carlier, ffisl. du Duché de Valois, toni. i, p. 6 et 7, et Le 
Moine, Hist.de Soissons ,\o\n. i, p. 55. 

II. 18 



274 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
après la publication de sa Notice de la Gaule, il a 
consigné cette note dans la Table des matières de sa 
Géographie ancienne ', au mot Litanohriga : « Creil, 
si ce n'est Pont-Sainte-Maxence. » Ptolémée vient 
encore à l'appui du résultat fourni parles mesures; 
seul il nous donne le nom de la capitale des Ubanecti 
ou S ubanecti y à l'orient de la rivière Sequana ou 
la Seine , qui sont bien les Sylvanectes de la Notice 
de la Gaule % et tous ses manuscrits s'accordent 
à nommer cette capitale Rhatomagus . C'est ainsi 
qu'elle a dû être appelée avant d'avoir pris le nom 
du peuple, d'où est dérivé celui de Senlis. On doit 
donc placer Aiigustomagus à Verberie, sur le ter- 
ritoire des Suessones y mais sur les confins des Bel- 
loçaci , des Sflvanectes et des T^adicasses. 

Quant aux Ulmanetes mentionnés par Pline % le 
nom de ce peuple, sur l'orthographe duquel tous 
les manuscrits sont d'accord , n'a que peu de rap- 
port avec celui des SylvanecîeSj auquel on a voulu 
le rapporter. J'observe sur les bords du Rhin un 
district qui fut retranché des Treveri y entre g/y? 
Ubiorum , Rigomagus ou Rimagen , et Bingium , 
Bingen, qui n'est attribué à aucun peuple, et je 
trouve dans ce district , assez resserré , plusieurs 
noms qui ont un rapport évident avec celui de l'an- 
cien peuple dont nous cherchons à découvrir l'em- 
placement : telestUlmen , arrondissement de Bonn -, 

' D'Anville, Ge'ogr. anc, p. a55, édit. in-folio ; tom. m, p. 179, 
édit. in-12; tom. Il, p. 709, des OEuvres in-4°. 

' Ptolémée, lib. 11, c. 9, p. 49 (55), edit. Bert. — Notit. Gallinr. 
— Guérai'd, Essai , p. 18. — Voyez ci-dessus, tom. i, p. 5 12. 

' Plin., lib. IV, cap. 5i (17), tom. 11, p. 565, edit. Lem. 



PARTIE II, CHAP. IV. 275 

Ulmersbach , arrondissement de Coblentz , et Ulmet 
dans le département de la Sarre, arrondissement de 
Birkenfeld. Comme nous n'avons point d'autre in- 
dication pour placer ce peuple que la ressemblance 
des noms , il convient d'autant mieux de les inscrire 
dans cet endroit, qu'ils remplissent un vuide dans 
la Carte de la Gaule ancienne. Cette position s'ac- 
corde aussi parfaitement avec le texte de Pline^ qui 
nomme les Ulmanetes à côté des Tungri et des Sunici, 
dont en effet ils étaient voisins. Il est probable que 
les Ulmanetes , auxquels Pline donne l'épithète de 
liheri, nation germanique, furent transportés sur 
la rive gauche du Rhin à la même époque que les Ca- 
racates, les Vangiones et Xt^Nemetes, ce qui n'avait 
pas encore eu lieu au commencement du règne d'Au- 
guste. Alors les Tre(^eri y aussi bien que les Medio- 
matrici, étendaient leurs limites jusqu'au Rhin ; mais 
les MediomatricL avaient déjà reçu sur leur territoire 
les Triboci, dans le diocèse moderne de Strasbourg, et 
entre le Rhin et les Vosges, u Parmi les Mediomatrici, 
a dit Strabon, sont les Trihoci, qui vinrent s'établir 
cf chez eux après avoir quitté la Germanie '. » Mais 
on voit que du temps de Strabon on commençait déjà 
à considérer ces deux peuples séparément; car il dit 
quelques lignes plus bas : (( Après les Mediomatrici 
« et les Triboci , on trouve le long du Rhin les 
« Trevevi. » Il n'était donc pas encore question alors, 
sur la gauche du Rhin, des Vangiones et des Ne- 
metes; car, s'ils avaient été dès lors établis dans la 
Gaule, Strabon n'aurait pas manqué d'en faire men- 
tion , puisqu'il n'oublie pas la transmigration des 

' Stralx) , lib. IV, p. 190, et ibid , toin. 11, p. 5.J, li'ad. franc. 



276 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Ubii et des Triboci. Il observe aussi que les Menapii 
occupaient les deux rives du fleuve, ce qui prouve 
qu'ils n'étaient pas encore resserrés par les colonies 
de Germains qu'Auguste transplanta depuis sur leur 
territoire '. 

Par suite des liaisons amicales qui s'établirent 
ainsi entre les Romains gaulois et les Germains ha- 
bitant les bords du Rhin , on construisit sous Au- 
guste un pont en pierre , entre Coblentz et Ander- 
nach , près de Cunostein-Engers , dont les restes 
subsistent encore aujourd'hui , et ont été examinés 
et décrits, dans le dernier siècle, par le jésuite 
Reienberg et M. de Hontheim * ; et il paraît même 
que les Romains, pour empêcher que ce pont ne 
fût fatale à la sûreté de la province, avaient con- 
struit un fort près de l»î , sur la rive droite du 
Rhin. On a découvert les ruines de ce fort à une demi- 
lieue de Neuwied, par des fouilles faites depuis 1791 
jusqu'en 1801 . On a trouvé dans ces ruines des mé- 
dailles, des statues, des ustensiles; et dans les en- 
virons, des vestiges de routes qui y conduisaient ^. 
Tout porte donc h penser que la transplantation 
des Pangiones et des Nemetes n'eut lieu qu'après la 

' Voyez ci-dessus, tom. 1, p. 458, 464 > 5 12, 5i8, 5-i6, Sig. 

" Hontheim, Podr., p. 200; Tacite parle de ce pont, Annal., 
lib. I , c. 6g. 

^ Minola, Kwze Ubersichte desscn, was sich unter dcn Rœniern 
seif Jul. Cœsar, bis auf die JSi'oberung Galliens durch die Franken 
nm Jîheinstrome merkwurdiges ereignete, in- 12 thaï; Ehrenbreis- 
tein, in-i2, 1804, p. 175, 184 et suiv. — Conférez Mathiae, Recueil 
des Me'moii'es et Actes de la Société des Sciences et Arts du dépar- 
tement du Mont-Tonnerre, tom. i, et Hoffmann, dans Niederrliei- 
nisch- fFcstphœlischc Blœtter , par Aschenberg , tom. i, cah. 2, 
p. 5.^5; Ilertzrodt, Notice sur les anc. Trc\>irois, p. 45. 



PARTIE II, CHAP. IV. 277 

victoire que Noniiis Galliis remporta, l'an 27 avant 
J.-C, sur les Treveri révoltés ', que l'on punit alors 
par la perte d'une partie de leur territoire. Les Mo- 
rini s'étaient probablement joints à cette révolte, 
puisqu'ils furent aussi domptés de nouveau, cette 
même année, par C. Carinas, qui mit en dé- 
route les Suèves, lesquels, à la faveur de cette cir- 
constance, avaient passé le Rhin \ Nous voyons, 
d'après le récit de Tacite ^, que d'abord les Vangiones 
et les Nemetes habitaient la rive droite du Rhin , 
aux environs du mont Taunus , que l'on croit être 
celui d'Hejrich près de Mayence '*. J'ai déjà observé 
que les Nemetes ^ avaient pour capitale Noviomagus 
ou Nemetes y Spire , et les Vangiones , Worms , et 
j'ai montré que le nom de ces peuples était transposé 
dans Ptolémée. C'est une chose très remarquable 
que tous les peuples qui parlent la langue escla- 
vonne , appellent encore aujourd'hui les Allemands 
Nèmec ou Niniz, oiiNiamz^. La position de Borbeto- 
m,agus à Worms est démontrée par les Itinéraires '. 

Au nord des Kangiones , et dans les environs de 
Mayence, on doit placer les Caracates de Tacite ^ . 
On trouve en effet dans les environs les noms de 

" Dio, lib. Li, cap. 20, p. Ç>S'x (458), edit. Reim. 

' Dio, lib. Li, cap. 21, p. 653 (459), edit. Reim. 

' Tacit., Annal., xii, 27. — Hist., iv, ^o. — Germ., 28. 

•* Scbaepflin , Alsatia illustrata, tom. i, p. i56 et 562. 

' Voyez ci-dessus , tom. i, p. 5 18 et 522. 

** En bohémien, on dit Nèracc; en polonais, Nieniec; en lelte , 
Nimz ; dans le dialecte de la Carniole, Niemc ; dans celui de la Va- 
lachie INiamz. — Voyez Ewers, Voji Ursprunge der 7'usscschcn Slna- 
ten , in-S", 1808; Riga et Leipzig : imprime à IMittau. 

-Voyez V Analyse des Ilinc'raires , tom. m de cet ouvrage. 

* ïacile, Hist., iv, jo. 



278 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Karbach , Karlick, Karweiler, Karthauser. Mogon- 
tiacuin a dû être la capitale de ce peuple , et la po- 
sition de cette ville à Mayence moderne est prouvée 
non seulement par l'histoire, mais encore par les 
mesures de la route romaine qui suivait le cours 
du Rhin , depuis Brigantium, Bregenz, jusqu'à Lug- 
duniun, Leyde. Bonconica , dont la position à Op- 
penheim est démontrée par tous les Itinéraires, était 
dans les limites de leur territoire '. - 

Les Veruni ou les Ferodunenses " ne commen- 
cèrent probablement à être séparés, aussi bien que 
les Triboci , de la grande cité des Mediomatrici, 
qu'à l'époque dont nous traitons. Pline est le pre- 
mier auteur qui en fasse mention comme peuple de 
la Gaule. 

Les Catelauni , s'ils ne sont pas les mêmes que les 
Castologi de Pline, sont pour la première fois men- 
tionnés comme peuple distinct des i?^mî dans Eumène 
et dans Ammien Marcellin, ensuite dans Eutrope 
et la Notice des Gaules ^ ; mais cependant, je le répète, 
il est probable qu'Auguste, lorsqu'il régla, l'an 27 de 
J.-C, l'administration des Gaules, morcela en autant 
de divisions particulières les peuples qui étaient réunis 
en un seul corps de nation, par des considérations 
politiques, ou à cause de leur commune origine. 

Les Ubii furent, dès le commencement du siècle 
d'xAuguste , transplantés en entier dans la Gaule : 

' Voyez V Analyse des Itlne'raires , tom. m de cet ouvrage. 

' Ce sont les Varni de Ptoléraée, lib. vi, cap. 10, p. i5g (i85). — 
\oyez ci-dessus, lom. j, p. 524- 

^ \^oyez ci-dessus, tom. 1, p. 488. — Conférez Eumen., Gvat 
act. consL, cap. 4- — Eutrop., lib. ix, cap. i5, p. 677, edit. Tzschuck. 
— Ammian. Marcell., lib. xv, cap. ii. — Guérard, Essai, p. iB. 



PARTIE II, CHAP. 1\^. 279 

c'est Strabon ' qui nous apprend ce fait curieux : il 
eut lieu l'an Sy aVant J.-C; mais ce ne fut qu'après 
la victoire remportée en l'an i6 avant J.-C. ' sur les 
Germains, et après avoir vaincu les Sicambres huit 
ans après , c'est-à-dire l'an 8 avant J.-C, qu'une 
portion des Suèves et des Sicambres s'établirent 
dans la Gaule ^ Suétone nous apprend que ces peu- 
ples furent transportés sur les bords du Rhin, les plus 
voisins des lieux qu'ils habitaient ^ ; et comme les 
Sicambres demeuraient sur la rive orientale du Rhin, 
il est évident qu'on les transplanta sur la rive occi- 
dentale, entre le Rhin et l'Escaut, et que, par con- 
séquent , sous le nom de Gugerni ^ , ils occupaient 
tout le terrain qui s'étend d'un côté , depuis Ru- 
remonde jusqu'à Cuyclc; et de l'autre côté, depuis 
Ordinghen , jusqu'à l'endroit où le Rhin se divise à 
Schanckenschantz. 

Quant aux Sueviy leur emplacement se trouve dé- 
terminé avec assez de certitude par nos anciennes 
chroniques. Dado, dans la Vie de saint Éloi *', dit 

' Strabo, lib. iv, p. 194 ('^i5), et lom. 11, p. 55, de la trad. franc. 

— Tacit., Gcrin., cap. uS. 

' Dio Cass., \ïh. liv, p. 534- 

'' Strabo, lib. vu, p. 290 (4i4)î edit. Alm. ; t. m, p. ig, trad- IV. 

— Sueton., in Oct. Cœs. Augusiivita, c. 21, et in Tiberio , c g. 

* rt Ex Germants Suevos et Sicambros dedentes sese in Galliam 
« traduxit atque in proximis Rheno agris coUocavit. » (Sueton., 
loco citato. ) — Voyez encore Tacit., Ann., lib. xii, cap. 3g. — 
Aiirelius Victor de Moribus itnperat., cap. i. — Eutropius, lib. vu, 
cap. 9, p. 5i4, edit. Verheyck, et p. 457, edit. Tzschuck. — Eutrope 
dit qu'Auguste fit transporter sur l'autre rive du Rbin quatre mille 
captifs. Mais d'après Suétone, il faut corrigei-, quarante mille. Sue- 
ton., in Tiberio, cap. 9, tom. i, p. 367, edit. Hase. 

' Plin., IV, 3. Tacit., Hist., iv, 26; v, 16, 18, et la l'emarque de 
VVt'Sscl., Itincv., p. 575. — Bvilaiinia lomaiia. lib 11, cli. 5. 

" Dado, lib. 11, cap. 5. 



280 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
que ce saint, a non seulement parcourait les villes 
« et les municipes qui lui étaient confiés ; mais qu'il 
((Convertit des Flandrenses , des Anversais , des 
u Frisii, des Suei^i , et d'autres Barbares habitant 
(( les parties les plus reculées du rivage de la mer, et 
(( qui jamais n'avaient entendu parler du saint Évan- 
(c gile. » A l'époque où écrivait l'auteur , dans le 
ix" siècle , les Frisones occupaient en effet le rivage 
jusqu'à l'Escaut occidental '. \-iÇ,% Suevi , d'après le 
passage que nous venons de citer, doivent être si- 
tués près d'eux , et comme eux cependant occuper 
les bords de la mer. Ils sont ici , et dans le cha- 
pitre VIII de la même Vie de saint Éloi, désignés 
comme voisins des Anversais; ils doivent donc néces- 
sairement avoir été placés dans la Belgique seconde, 
et non dans la Germanie : ils étaient à l'ouest et au 
midi de l'Escaut, et sur la côte occidentale qui en 
est voisine , c'est-à-dire dans le territoire , dont 
L'Ecluse, Gand, Termonde, Anvers et Axel, forment 
les limites. Ce qui confirme encore la position que 
je leur assigne, c'est qu'ils se trouvent nommés ici 
avec les Flandrenses , qui occupaient le^cr^M^ Flan- 
drensis ou les environs de Bruges. J'ai précédem- 
ment prouvé que le nom des Menapii , autrefois si 
étendu lors des transmigrations qui eurent lieu sous 
Auguste , fut restreint à tout le pays renfermé à 
l'occident de l'Escaut, depuis ce fleuve jusqu'au Ta- 
buda Jlumen. D'après cela on voit que les Sue^i 
faisaient en quelque sorte partie des Menapii j ou 
du moins qu'ils habitaient sur leur territoire. Aussi 

' Meuso- Alting. , part, ii, tab. i , DescniH. Frisiœ , in-folio, 
1701. 



PARTIE II, CHÂP. IV. 381 

lisons-nous dans la Chronique intitulée de Gestis 
Normanorum , pour les années 825 à ^iS , que les 
Normands, après avoir passé l'hiver à Courtray, se 
jetèrent ensuite sur les Menapii et les Suevi , dont 
ils firent un grand carnage '. Tout confirme donc la 
position que j'assigne aux Suevi ; et ne se trouvant 
séparés du Wahal ou du Rhin que par les îles de 
la Zélande et par les embouchures de l'Escaut, ils ne 
s'éloignent pas des lieux indiqués par Suétone, c'est- 
à-dire de la contrée voisine du Rhin. «.Juxtaque ri- 
« pam Rheni sedibus assignatis collocavit. » Enfin, 
peut-être n'est-il pas inutile de remarquer que dans le 
milieu du district où je reconnais l'emplacement des 
Sueifij, au nord-est de Gand, se trouve un lieu, Seve- 
necke, dont le nom a beaucoup de rapport avec celui 
de cet ancien peuple. 

Ces colonisations de Germains , fruits d'une sage 
politique , se continuèrent pendant tout le règne 
d'Auguste, et même après lui sous Tibère. Les 
Tungri peuplèrent le territoire désert des Eburo- 
nes j et plus dans l'intérieur , et sur les confins des 
Nerni, se fixèrent les Toxandri et les Betasii, in- 
connus à César. 

Il est impossible de déterminer avec précision les 
limites de ces peuples , que les Romains adminis- 
trèrent militairement , et qui par conséquent ne 
formèrent pas de cités, ou de diocèses particuliers, 
comme les autres peuples de l'intérieur de la Gaule 
belgique. 

Les Vhii resserraient à l'est l'ancien territoire 

' Voyez Valcsii Nolilia galliar., p. 527; il a Uanscrit les lexles. 



282 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
des Ehurones ' : après leur transmlgralion ' qui eul 
lieu par la protection d'Agrippa , ils bâtirent une 
\'ille qui fut d'abord nommée oppidum Ubiorum; 
cette ville ayant obtenu par la protection d'Agrip- 
pine, fille de Germanicus, une colonie de vétérans , 
fut nommée colonia Agrippina ^ . La position de 
colonia Agrippina à Cologne moderne est démon- 
trée par l'histoire , par de nombreux vestiges d'an- 
tiquités trouvés en différens temps '^, et enfin par les 
mesures des Itinéraires et de la Table et celles de la 
colonne de Tongres , pour les routes qui partent 
diAtuatuca, Tongres , de Lugdunum Bata<^orum , 
Lejde, et Argentoratum ^ Strasbourg^. Ces mêmes 
mesures démontrent la position de Bonna h Bonn, 
mentionné d'abord par Tacite, et ensuite par Pto- 
lémée ^ ; il en est de même de Rigornagus , qui est 
Rimagen ", et dont Ammien Marcellin a parlé ; de 
Gelduha, aujourd'hui Gelb ouGeloub, dont Pline fait 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 5o4, 5o5 et oi4- 

' Ce fut Marcus Agrippa, gouverneur de la Belgique, qui leur 
accorda ua refuge dans la Gaule, lorsqu'ils furent pressés par les 
Cattes. — Voyez Strabon, lib. iv, p. 194 (iiS); et c'est à Agrippa 
que Tacite fait allusion, lorsqu'il dit [de Germ., cap. 28), que les 
Ubii aimaient à être appelés x\grippinenses, du nom de leur fon- 
dateur. Ce n'était cependant pas d'après lui qu'ils étaient ainsi 
nommés , ainsi que nous l'apprend Tacite lui-même : aussi Juste 
Lipse voulait corriger, Agrippenses. 

' Tacit., Ann., lib. xii, cap. 27. 

'^ Voyez Murator., Inscript., tom. u , p. 1020. 

« Voyez V Analyse des Itinéraires, ainsi que pour les lieux sui 
vans, tom. ni de cet ouvrage. 

' Tacit. , jy/5/., IV, 19, 20, 25, 62, 70, 77; v, 22. — Ptolem., lib. 11, 
cap. 9, p. 49 (53), edit. Bert. 

" Anun. Mai-ccll. , lib. XVI, cap- 4- 



PARTIE II, CHAP. IV. 283 

mention comme d'une forteresse ' ; de mêmeNovesium 
de Tacite est Nujs '; mais Gesonia, que d'Anville a 
inséré sur sa Carte de la Gaule ancienne , n'a jamais 
existé que dans l'imagination des commentateurs de 
Florus. Le Marcodurus de Tacite est le même lieu 
que le Marcomagus de l'Itinéraire, et les mesures 
anciennes en déterminent la position à Marmagen. 
Le Colbiacum ou Calbiacum de Tacite, considéré 
comme Tolbiacum de l'Itinéraire, est devenu cé- 
lèbre par la victoire de Clovis. Tacite ^ place ce lieu 
sur les confins des Agrippinenses, et l'Itinéraire dit 
que c'était l'un des vici d'un petit peuple nommé 
Siipemi : les mesures , appliquées avec exactitude 
sur la Carte , nous portent en effet à Suernich pour 
le chef-lieu des Superni : ce lieu est à 2^100 toises 
au nord de Zulpich ou Zolpich, où l'on s'accorde 
à placer Tolbiacum. Une mesure donnée par Tacite 
détermine avec précision la position d'ara Libiorum 
Il God-Dorff ou village de Dieu, près d'un lieu 
nommé Vislingen , qui rappelle le nom de la vice- 
sima legio qui y fut long-temps stationnée, et à 
60 mille romains de distance de Prêtera, qui est 
Buderich , conformément à ce que nous dit Tacite ^ 
et aux mesures des Itinéraires romains. 

Les Gugerjii j^esserraient à l'est les Toxandri , et 
ils avaient les Batavi au nord et les Ubii au midi : 
le petit nombre de positions que renfermait leur 

' Plin., lib. XIX, cap. 4- 

' Ammien iVIarcellin fait aussi mention de Novesiutn. 
^ Tacit, Hist.^ lib. iv, ca]!. 79, lom. 11, p. 488, eclit. Lein. 
* Voyez VAnalysc des Itinéraires , toin. m do cet ouvrage. -^ 
Tacit., Annal. ^ lil). i, rap. 5f), Sy. 



284 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
étroit territoire ont été, comme beaucoup d'autres 
des bords du Rhin, illustrées par la plume de Tacite. 
Tel est AscihurgiuTYi, Asbourg, que les habitans pré- 
tendaient avoir été fondé par Ulysse; colonia Tra- 
janay qui est Kelln, près de Clèves; Tricesima, qui 
portait aussi le surnom à^UIpia, d'après le surnom 
semblable de l'empereur Trajan , et qui , par cette 
raison , se trouve confondu dans l'Itinéraire avec 
colonia Trajana, mais qui est un lieu essentiellement 
différent que les mesures portent à Alpen , près de 
Veteris ou Vetera , qui est Buderich. Les mesures 
de la route qui suivait les bords du Rhin , et qui est 
détaillée dans la Table, démontrent avec la plus grande 
certitude la position de ces différens lieux '. 

Le pays des Eburones se trouvant désert et dépeu- 
plé par la conquête sanglante de César , Auguste 
le concéda aux Germains nommés Tangri, qui , avec 
les Uhii , devinrent par la suite le peuple domina- 
teur dans toute l'étendue du vaste pays compris au 
nord de la forêt des Ardennes , entre l'Escaut et le 
Rhin ". Je trouve une première preuve de ce fait , 
dans la disparition des Eburones , peuple Germain 
d'origine , ainsi que nous l'apprenons dans César , 
et la substitution de ce nom de Tiingri à celui des 
Eburones, ce qui fait dire à Tacite : (( Les premiers 
(( qui passèrent le Rhin , autrefois appelés Gennani, 
« aujourd'hui désignés par le nom de Tungri, expul- 
« sèrent les Gaulois du territoire qu'ils occupaient \ » 
Une seconde preuve , plus formelle , se tire d'un 

' Voyez M Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 
' Voyez ci-dessns, tom. i, p. 5o4, 5o5 et5i4. 
^ Tacit , Gcrman., cap. -j.. 



PARTIE IJ, CHAP. IV. 285 

passage curieux de Procope , sur l'invasion des 
Francs, qui a été bien traduit et bien commenté 
par Gibert '. Procope, en décrivant les nations 
voisines des Francs, qui avaient passé le Rhin et 
s'étaient établies autrefois dans la Gaule , dit : « A 
(( l'orient des Arhoruches étaient les Thoringiens , 
(( qui occupaient des terres qu'Auguste, le premier 
f( des empereurs, leur avait concédées". » Sans m'ar- 
réter aux Arhoruches , dont l'établissement dans 
les Gaules est postérieur à l'époque qui fait l'objet 
de cet ouvrage , et qui a occasioné tant de discus- 
sions , je me contenterai d'observer qu'il est bien 
évident que Procope désigne Ici sous le nom de Tho- 
ringii les Tungri de Tacite et des auteurs latins. 
Cluverius reproche à tort à Procope de ne s'être pas 
servi de ce dernier nom. Nous voyons dans Gré- 
goire de Tours % qui a écrit en latin , le nom de 
Thuringii employé pour désigner les Tongri , et ce 
dernier mot ne paraît même être qu'une abréviation 
ou une corruption du premier ^. Il est impossible 
de déterminer les limites précises des Tungri; on sait, 
d'après la Notice des provinces des Gaules, que leur 
capitale et celle des Ubii ou Agrippinenses avalent la 
suprématie dans toute l'étendue de la Germanie in- 
férieure^. Atuatiica ou Atuatucum j cette unique 

' Gibert, Me'm. pour servir à l'Histoire des Gaules, p. 248. 

' Procope, de Bello go'hico, lib. i. 

' Gregor. Turon. , lib. 11 , ch. 9. t— D. Bouquet, Hisl. de France, 
lom. Il, p. 166. 

'' L'abbé Dubos, Ilist. critique de l'établissement de la monar- 
chie française , toni. I , p. 4'28 , édit. in-12 , cite même un ma- 
nuscrit de Grégoire de Tours, où il est écrit: « Dispargum quod 
est in termiiio Thoringorum vel Tongrorum. » 

' A oy. Notilia pivi'. Gnll. — Recueil des Ilist. de France, p. i23. 



286 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
forteresse des Ehurones, du temps de César, devint 
la capitale des Tungri, ainsi que nous l'apprennent 
Ptolémée, l'Itinéraire, la Table de Peutinger et la 
colonne de Tongres : les mesures déterminent la 
position di Atuatuca au village de Tongres, par trois 
routes qui se rattachent à colonia Àgrippina, Co- 
logne, Bagacmn, Bavay, et Noviomagus , N.imègue. 
Ammien Marcellin fait mention de cette ville sous 
le nom du peuple , et l'appelle par conséquent 
Timgri ^ . J)h& l'an 585, cette ville fut saccagée et 
ruinée par les Huns, et ne se rétablit jamais. La 
forteresse que les Romains opposaient aux Francs 
dans ce canton était Lagium, près de Tongres, 
dont parle la Notice de l'Empire , et que l'on fixe 
avec quelque degré de vraisemblance à Luaige, 
simple village sur le Jecker'. Le siège épiscopal du 
diocèse de Tongres fut par la suite transféré de 
Tongres à Maestricht , et ensuite de Maestriclit à 
Liège ; il comprenait aussi le diocèse de Namur, dé- 
taché dans les temps modernes de celui de Liège par 
Paul IV. Malines , qui est une métropole qui date 
de la même époque, reconnaissait la juridiction des 
évêques dont le siège primitif était Tongres. Une 
lettre de saint Rémi prouve que le diocèse de 
Tongres étendait son territoire jusqu'aux frontières 
de celui de Rheims. C'est près de Tongres que l'on 
a trouvé, en i8[7, cette pierre milliaire octogone 
que nous avons si souvent citée, ou sont détaillées 

■ Amm. Marcellin, lib. xvii. — Voyez ci-dessus, tom. i, p. 5o2, 
5o4, 5o5 et 5i4- — Ptolem., lib. ii, cap. g, p. 49 (53). 

' Bûcher., Bcl^. rom., p. 492, et Wastelain, Gaule belgiqitc , 
p. 45 et 194. 



PARTIE II, CIIAP. IV. 287 

les routes qui conduisaient d'.^^t^«^«crt aux principales 
villes des Gaules, dans huit directions dilFéren tes ' . 

Au nord des Tiingri , et dans la Campine des 
modernes, habitaient les Toxandri , dans le pays 
nommé Taxandrie dans le moyen âge. Pline ' est le 
premier auteur qui fasse mention des Toxandri. 
Amimien Marcellin parle de Toxiandria locus , qui 
a du être leur capitale, et que quelques auteurs 
judicieux s'accordent h placer à Tessender-Loo, 
d'après les rapports de nom et de situation; car on 
n'a aucune mesure ni aucun monument historique 
qui puisse déterminer la position de ce lieu d'une 
manière certaine. La Taxandrie, dans le moyen âge, 
était bornée au nord par les comtés de Teisterbant 
et de Masgauw; à l'orient, par le Masgauw ; à l'oc- 
cidentj par le Brabant et les pays de Rien et de 
Striën : ce pays représentait presque tout l'ancien 
territoire des Menapii ^. Ainsi les Menapii, déjà res- 
serrés par les Giigeimi à l'est, et par les Toxandri au 
midi , se trouvent entièrement confinés h l'occident 
de l'Escaut; c'est ce que Pline exprime très bien en 
disant : (( Près de l'Escaut sont les Toxandri , qui 
renferment plusieurs cités, et ensuite les Menapii. » 

Pline mentionne les Betasii avec les Siinici et 
les Tungri ^ ; Tacite ^ les joint dans ses récits aux Ner- 
ni et aux Tungrii : toutes ces indications confirment 

" Yoyez rjfinljse des Itinéraires , loin, m de cet ouvrage, et 
Henncquin, Dissertntio inauguralis de origine et natura principatus 
iirbis Trajecti ad Mosam, p. i3; Louvanii, 1829, in-S". 

' Plin., lib. IV, cap. 5i, tom. u, p. 56o, cdit. Lem. 

^ Desroches , Mem. sur les dix-sept Provi?ices , p. 54, et Notil. 
cccles. Belg., cap. 26. 

^ Plin., Hist. nat., lib. iv, cap. 5i, toni. n, p. 5Go. 

' Tacit., lib. iv , sect. 56 et 66. 



'2SS GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
]a conjecture d'im géographe qui, avant Ortelius, 
avait proposé de reconnaître le nom des Betasii 
dans celui de Beetz, situé sur la rive gauche de la 
Cette , au midi de Haalen. J'y ajoute le nom de Biez, 
qui se trouve près de Bruxelles, dans le même can- 
ton. Gruter rapporte une inscription où il est ques- 
tion des cives Betasii , ce qui indique évidemment 
les habitans de la ville des Betasii : ainsi ce petit 
peuple conserva long-temps son nom, qui cependant 
disparut dans le moyen âge. Un autel en marbre blanc, 
trouvé près de Hoogstrate, à côté de la nouvelle route 
qui conduit d'Anvers àBreda, dans un lieu nommé 
Sundert, fait mention de la déesse Sandraudiga '. 

La marche de Civilis contre les Tongres place les 
Siinici entre la Koer et la Meuse, ou entre Aix-la- 
Chapelle et Maestricht, où était le pons Mosœ , dont 
il est fait mention dans le récit de Tacite. 

Dans l'île des Bataves à peine connue de César, 
Pline et Tacite ' placent les Batavi et les Cannine- 
fates; j'ai déjà précédemment déterminé l'étendue 
de l'île des Bataves, beaucoup trop resserrée par Clu- 
verius etd'Anville\ a Les Canninefates, dit Tacite, 
« habitent une partie de l'île des Bataves , et ils ont 
M la même origine , la même langue , le même cou- 
« rage , mais ils sont inférieurs en nombre. » Il est 
évident, d'après cela, que les Canninefates n'étaient 
qu'une division des Batavi , et comme le nom de 
Betuwe, dérivé de celui de Batavia , est resté atta- 
ché à l'extrémité orientale de l'île, Menso-Alting, 

' Bast, second Supplément nu Recueil d' Antiquités romaines et 
gauloises, iQ-4°) P 248;Gand, i8i5. 

^ Tacit., Hist., lib. iv, cap. 66. — Plin., cap. 5i (17). 
^ Voyez ci-de.ssus, tom. i, p. 4q4 -i 5oo. 



PARTIE II, CHAP. IV. 289 

et d'après lui d'Aiiville, ont eu raison de placer les 
Canninefates à l'extrémité occidentale de l'île, dans 
le Rhjnland, le Delftland et le Scliieland; mais il 
faut étendre ces peuples un peu plus vers le nord 
que ne l'ont fait Alting et d'Anville , puisque les 
mesures données par Ptolémée prouvent que l'em- 
bouchure du Rhin , qui détermine les limites des 
Bataves, était plus au nord que Lejde, et au lieu 
aujourd'hui nommé Zandvs^oort '. Cette extension de 
territoire s'accorde aussi mieux avec les récils de 
Tacite qui font des Cannanefates, une nation assez 
redoutable. Il ne faut pas oïd^lier d'observer que le 
nom de ce peuple est Canninefates y d'après une 
inscription rapportée par Gruter; il est probable 
que les Canninefates ou Cannanefates s'étendaient 
un peu au-delà de l'Ile Batave proprement dite, 
puisque Velleius les place dans la Germanie : ils 
furent domptés par Tibère, mais sous le règne d'Au- 
guste, et vers l'an 4 c^e Jésus-Christ. 

Dans le commencement du règne d'Auguste, on ne 
connaissait rien au-delà de l'île des Bataves , à peine 
soumise ; mais lorsque Drusus, douze ans avant l'ère 
chrétienne , eut pénétré dans l'intérieur du pays 
de ces redoutables Germains ; lorsqu'il se fut avancé 
jusqu'à \ Aniisius ou l'Ems; lorsque l'année suivante 
il fut parvenu jusqu'au Weser, et trois ans après 
jusqu'à i'Elbej alors les Romains, qui jusqu'à cette 
époque s'étaient contentés de lepousser les Germains 
sur leur territoire , ou n'avaient fait chez eux 
que de légères incursions, firent avancer leurs armées 

' Voyez Gossellin, Recherches, tom. iv, p. gi , 98 et iSg, p. lot 
à lao. 

II. 19 



290 GÉOGRAPHIE ANClEiSNE DES GAULES, 
jusque dans le centre de la Germanie. Tibère porta 
le premier les aigles romaines victorieuses jusque 
sui' les bords de l'Elbe ' ; alors non seulement on 
fortifia par des positions militaires , par des villes 
et des colonies, les rivages Gaulois du Rhin, mais 
presque partout on forma des établissemens sur 
la ri\e opposée , afin d'être entièrement maître 
de la navigation. Ces positions furent singulière- 
ment multipliées sur les bords de l'île des Bataves , 
parce que cette portion de l'Empire, entrecoupée par 
des marais et des lagunes, présentait plus de facilité 
aux Barbares pour la défense et pour l'attaque , et 
parceque les habitans, plus féroces et moins civilisés , 
avaient aussi plus besoin d'être contenus. Drusus 
fit agrandir le lit du Rhin à l'endroit ou il détache 
le bras le plus oriental qui se rend à la mer , ce qui 
forma le canal qui porta le nom de son auteur. Ce 
canal se trouve aujourd'hui représenté par cette 
partie de l'Yssel qui s'étend d'Arnheim k Doesburg. 
Par la Drusus facilita, ou plutôt établit, la navigation 
jusqu'au lac Flevo et jusqu'à la mer : il opposa une 
nouvelle barrière aux Germains; il agrandit de ce 
côté le territoire de l'Empire; il recula les limites 
de la Gaule jusqu'aux rives de la branche orientale 
du Rhin de Ptolémée, le Fle<;us fliwius , l'Yssel. La 
branche occidentale du Rhin de Ptolémée, presque 
anéantie par la rivière artificielle nommée le Leck, 
que l'on creusa dans le vu*" siècle, fut augmentée par 
une digue que Drusus avait fait construire pour rete- 

' Dio Cassius, liv. liv, §. 55, p. 765; liv. lv, §. i", p. 770 et 771. 
— Yclleius Paterculus , lib. 11, cap. 106, p. 5i7 et 5i8. — Dio 
Cassius, lil). lv , cap. 28. p. 801 et 802. 



PARTIE II, CHAP. IV. 291 

11 ir les eaux qui tendaient à s'échapper au midi. Cette 
digue resserrait le lit du Rhin vis-à-vis Wikby-Duûr- 
stode ', afin de rendre l'écoulement des eaux moins 
rapide et d'en faire refluer une partie dans le Rhin 
oriental, ou le nouveau canal. Drusus ne termina pas 
entièrement ce grand ouvrage. Soixante-trois ans 
après, Paullinus Pompeius le fit achever; et la manière 
dont Tacite s'exprime à ce sujet prouve que cette digue 
n'était point en travers du fleuve, comme quelques 
auteurs modernes l'ont cru, mais qu'elle en suivait 
les rives et en resserrait le lit \ Cette digue nous 
explique pourquoi Pline a dit, en parlant de ce bras 
du Rhin , inodicum alveum , et Tacite , ser^atque 
nomen et violentiani cursus. Il n'y a point, comme 
on l'a cru, de contradiction entre ces deux auteurs, 
et on conçoit facilement comment une rivière peut 
êlre à la fois étroite et rapide. 

L'extension que prit de ce côté la Gaule, du temps 
d'Auguste , se trouve encore prouvée par Ptolémée , 
qui de son temps termine cette contrée à l'embou- 
chure orientale du Rhin. Les mesures démontrent 
que l'embouchure orientale du Rhin, dans Ptolémée, 
est celle que l'on connait aujourd'hui sous le nom 
de Flie-Stroom , entre les îles de Flieland et de 
Schelling, qui représente l'ancienne embouchure du 
Flevum ou de l'Yssel, avant que la grande inondation 

' Measo-Alting, p. 54, Carte v, Descript. agrî Frisii ; NotitiaBa- 
laviœ etFi'isiœ, 1698, in-folio. — ÇtOS^eWin , Recherches , tom. iv, 
p. 92 à 10 r, Cartes 9 et 10. 

' «Ne tanieu segneni niiiitcm attinerent, ilie (Paullinus) inclioa- 
« tum ante 1res et sexaginta annos à Druso aggereni cocvcendo 
« liheno aLsolvit. « — Tacit., Annal., lih. xiii, cap. 53. — IbUL . 
lib. ir, cap. G. — Plin., lib iv, cnp. -ic) (i5). 



292 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
qui eut lieu dans le xiii" siècle eut converti en une 
vaste lagune le Fleço lacus des tems anciens ; qu'il 
eût détaché du continent les îles de Schelllng et 
d'Araeland , et englouti sous les eaux les nombreux 
villages du pays de Stavero '. 

Ces mesures de Ptolémée se trouvent d'accord avec 
celles d' Agrippa, gendre d'Auguste. «Elles portaient, 
« dit M. Gossellln, la longueur des rivages, depuis les 
(f Pyrénées jusqu'au Rhin, à 1,800 m. p., c'est-à-dire 
« à la valeur de 1 ,44<^ minutes de dégrés % ou de 480 
(( de nos lieues marines. On trouve à ces mêmes côtes, 
u depuis le cap Machicaco ou OEaso promontor. , 
(( où commençait la Gaule, jusqu'à l'embouchure du 
« Rhin appelée le passage de Vlie, 1,47^*' 5o'', ce qui 
(( représente 49^ ^^ "O^ lieues : la diirérencc est de 
(( 10 lieues, et se perd dans de petites sinuosités 
« que les anciens auront négligées, n 

Enfin les mesures de la route tracée dans l'Itiné- 
raire et dans la Table, entre colonia Jgrippina, 
Cologne, et Lugdunura , Leyde, confirment celles 
de Ptolémée. Ces mesures, dont jusqu'ici on n'a pas 
reconnu l'exactitude, et qu'on n'a pas su appliquer 
sur le terrain, démontrent ^ que plusieurs des villes, 
villages et postes militaires, que les Romains avaient 
multipliés sur cette extrême frontière de leur empire, 
étalent situés au nord du bras du Rhin qui bornait 
l'île des Bataves; bras qui, dans Ptolémée, est appelé 

' Conférez le Mc'm. sur les dix-sept Provinces, par Desroches, 
et VHistoire des Pays-Bas , de Guichardin. 

' Agrippa, apud Plitiium, lib. iv, cap. 5i. Ce passage est mal 
ponctué dans l'édition d'Hardouin. — Gossellin , Recherches,, 
tom. IV, p. 64. 

' Voyez VÂnalyse des Itinéraires , toni. m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CHAP. IV. 21)3 

Rhin du milieu; qui, dans Pline et dans d'autres 
auteurs, était le Rhin proprement dit. En effet, quoi- 
que le Rhin, dans une partie de son cours, eut été en 
quelque sorte déclaré la limite de l'empire romain , 
cependant il est facile de prouver que les Romains 
formèrent des établissemens au-delà de ce fleuve , et 
qu'ils en occupèrent successivement les deux rives, 
en s'étendant, pour certains endroits, à une assez 
grande distance dans l'intérieur des terres, à l'orient 
du fleuve , ou dans la Germanie. Je ne parle pas 
du cours du Rhin vers les lieux voisins de sa source, 
lorsque, se dirigeant de l'est à l'ouest, il coulait 
comme au sein même de la domination romaine , et 
qu'il divisait l'Helvétie de la Rhétie, et de la Vindé- 
licie; mais je ne considère ici que cette partie prin- 
cipale du cours de ce fleuve à partir des environs 
de Baie, où, se tournant vers le nord, il formait 
réellement la limite de la Gaule et de l'empire ro- 
main. Nous voyons en descendant ses rives que 
tout le grand-duché de Baie des modernes, à l'orient 
du Rhin, était occupé par les Romains, puisque 
des colonnes milliaires trouvées sur les lieux dé- 
montrent l'existence d'une voie romaine, qui péné- 
trait dans la Germanie , et qui , partant à' Argento- 
ratum , Strasbourg, aboutissait à Aquce, qui est 
Baden moderne, ville bâtie et habitée par des Ro- 
mains ' . Plus vers le nord , Ammien Marcellin nous 
apprend ' que Valentinien fit construire diverses for- 

' Voyez Scliaepflin, Alsalia illustrnln, tom. i, où ces colonnes 
sont gravées ; plusieurs se trouvent réunies à la source principale 
tle Baden-Baden, où nous les avons vues en i853. 

' Amni. Murcellia, lih. xxxviii, cap. 2, p. 5-io, cdil. A'ales. 



294 GÉOGRAPHIE ANCIEJNWE DES GAULES, 
teresses qui étendaient les limites de la Gaule de ce' 
côté. 

C'est au confluent du Rhin et du Mayn , et non 
dans le duché de Bade, comme le dit d'Anville, 
qu'une foule de Gaulois romains cultivèrent ces ter- 
rains vagues, A'oisins des Catti ' , qui furent sur- 
nommés decumates , parce qu'ils payaient la dîme 
de leur fruit : ces terrains étaient entourés d'un 
rempart dont les ruines existent encore, et qui sont 
connues sous le noni de Pfahlerahen ' : niox limite 
acto, dit Tacite en parlant de ces colonisations, pro- 
Tïiotisque prœsidiis, sinus imperii et pars provinciœ 
haberetur. Les Mattiaci fontes calidi , de Pline , 
sont placés par plusieurs auteurs à Wisbaden , dans 
l'état de Nassau, non sans quelque vraisemblance ^. 

Encore plus au nord, et vis-à-vis colonia Jgrip- 
pina ou Cologne , sur l'autre rive du Rhin , les 
Romains avaient bâti une forteresse dans l'emplace- 
ment de Deutz moderne. Ceci est démontré par une 
inscription trouvée à Deutz même ^. C'est surtout vers 
les embouchures du Rhin que les Romains avaient 

' Tacit., Germ., uç). 

' Mannert, Gco^r. der Griecheii itnd Jiômcr, tom. m, ch. lo, 
p. 280 à 291. 

' Plin., lib. XXXI, cap. 17, tom. viii, p. 078, edit. Lem. — Amm. 
Marcell., 19. — Schaepflin, Alsatia illustrata , p. 555. 

'' Deiiso , mentionné dans la Chronique de Jérôme, à l'année B^ô, 
« Saxones caesi Deusone in regione Francorum, » était près de la 
mer, et doit correspondre à Deynse, comme l'a conjecturé Fréret. 

— Voyez dom Bouquet, Recueil des Hist. de France, tom. i, p. 61 1. 

— Ortelius, Thés. — Bast., Recueil d' Antiquités gauloises, \i\-^°, 
1808, p. 5o. — On a trouvé des médailles de Posthume, en bronze 
ot en argent, dont le levers représente un Hercule, avec la légende 
iiEiu:. nKVSONENSi, — Conférez le Dictionnaire gebgr. des Gaules , 
loin, m de cet ouvrage. 



PARTIE II, CIIAP. IV. 295 

cherché à étendre le plus loin possible leur domina- 
tion à l'orient de ce fleuve : aussi voyons-nous au- 
delà de l'île Balave, et principalement sur la côte, se 
continuer la chaîne des positions romaines. Tel était 
le Flemm castellum, forteresse que les Romains 
avaient bâtie à l'embouchure du lac Flevo, proba- 
blement dans l'île qui aura retenu de ce lieu le nom 
de Flieland ou Vlieland , et qui autrefois faisait partie 
du continent. Plus loin encore était la ville A'Jmi- 
siuj bâtie à l'embouchure de l'Ems. Les vaisseaux 
romains, après avoir descendu le Rhin, pénétraient 
dans le bras oriental de ce fleuve jusque dans lac 
FlevOj et après être entrés dans la mer par l'embou- 
chure orientale, ils longeaient la côte et arrivaient 
à Aniisia '. Tacite, qui décrit très clairement et en 
détail cette navigation des Romains, ne laisse aucun 
doute sur l'extension de leur puissance au nord de 
l'île des Rataves. Il nous en fournit encore une 
preuve plus formelle, lorsqu'il raconte la révolte 
des Frisii "*. Nous y voyons ce peuple qui habitait 
au nord des Bataves , et entre le Rhin du milieu et 
le Rhin oriental , refuser de payer l'impôt et s'in- 
surger. (( Le sénat , dit Tacite en terminant son ré- 
« cit, fut peu touché qu'on déshonorât les extré- 
(( mités de VEmpire. » Donc les extrémités de l'Em- 
pire renfermaient les Frisii , et ces peuples faisaient 
partie de la Gaule qui se terminait au Rhin orien- 
tal. Olennius , général romain, ayant voulu répri- 
mer ces Frisii y fut repoussé par eux, s'enfuit et se 
léfugia dans le Flevurti castellum , (c où l'on tenait, 

' Tacit. , Auji.^ cap., ôS-yo , et lib. iv , cap. 5 et 8. 

' IiL, lili. IV, cap. yS et 74 ) tom. i , p. aSi, éilit. de Brotticr. 



296 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
(( dit Tacite , un corps assez considérable de légion- 
« naires et d'alliés pour défendre cette côte de 
« l'Océan '. » Julius Capitolinus ' parle des Frisii 
au-delà du Rhin, Frisii transrhenani , ce qui 
prouve qu'on les distinguait des Frisii en deçà du 
Rhin. Or, comme l'espace de terrain compris entre 
le Rhin proprement dit et le Wahal fut de tout 
temps occupé par les Bataves , il ne reste aux Frisii 
que le terri toii'e renfermé entre le Rhin et l'Yssel : 
donc cette dernière rivière était réputée une branche 
du Rhin, puisque les peuples qui habitaient au-delà 
étaient nommés Transrhénans. 

Lorsque Civilis, à la fin du cinquième livre de 
l'Histoire de Tacite, demande à conférer avec le gé- 
néral romain , l'historien nous apprend que cette 
conférence eut lieu, non sur les bords du Rhin, 
mais sur ceux du fleuve Nabalia. Or il y a tout lieu 
de présumer que le Nabalia flumen ^ est l'Yssel ou 
la branche orientale du Rhin. En effet, nous ne 
A oyons dans aucun auteur que cette branche jusqu'à 
son arrivée dans le lac ait porté le même nom qu'à 
son embouchure , qui s'appelait Flevuni lorsqu'elle 
sortait du lac dans la mer. Il est probable qu'il 
en était de cette branche comme de celle qui se 
rendait dans la Meuse , et qui portait dans le com- 
mencement le nom de Vahalis ^ pour prendre en- 
suite celui de Mosa , et enfin celui à' Hélium; mais 
nous voyons dans Ptoiémée ^ une position nommée 
Nabalia, qui est la première de la Germanie , et 

■ Tacit., Ami., lib. iv, cap. •j-i , toin. i, p. 5oi, edit. Lem. 

"" Julius Capitolinus, ]). 81. 

' Voyez ci-dessus , tom. i, p. 497- — Tacit., Ilisl., lib. v, cap. 'i6 

'' Plolem., (xcogr., lib. 11 , cap. 11, p. 54 (5g). 



PARTIE II, CHAP. IV. 297 

qui se trouve précisément sur les bords de la bran- 
che orientale du Rhin qui est l'Yssel , ainsi que les 
mesures le démontrent '. Ceci semble achever de 
prouver que l'Yssel, dans une partie de son cours, se 
nommait Nabalia y et puisque la conférence eut lieu 
sur les bords de ce fleuve, il est évident qu'il for- 
mait alors la limite de l'empire romain et de la 
Gaule. Cette limite parait avoir été tracée par le ca- 
nal de Drusus ou l'Yssel moderne , depuis Arnheim 
jusqu'à Doesburg, et ensuite par le Nabalia ou 
Nat^alia, nom qui provenait peut-être des vaisseaux, 
na{>es , que les Romains y tenaient en station pour 
les besoins de la navigation , ou pour la défense des 
frontières. Ainsi le Navalia , l'Yssel, jusqu'à son 
entrée dans le lac Flevo, ensuite la rive orientale de 
ce lac, et le Flevus jlui>>ius , depuis sa sortie du lac 
Flei^o jusqu'à l'embouchure orientale du Rhin, nom- 
mée Fleviim ostium, terminaient la limite. 

Il suffit de jeter les yeux sur une carte détaillée 
de ce pays, pour apercevoir les motifs qui empêchè- 
rent les Romains de multiplier leurs positions trop 
loin au nord de l'ile des Bataves, et pour leur ôter 
toute idée de tracer une route dans un pays tout 
entrecoupé de marais. Il leur suffisait d'être maîtres 
de la côte et de la navigation du fleuve; ils n'avaient 
pas besoin de placer des postes militaires dans un 
pays que la nature défendait suffisamment : ils ne 
cherchèrent donc jamais à défricher par eux-mêmes 
un sol ingrat , presque noyé sous les eaux : il leur 
suffisait d'avoir assujetti à payer l'impôt les habitans 
demi-barbares de cette humide et froide contrée. 

' Voyez Gossellin, Recherches, loni. iv, p. (34, 69,. Qï» 101 et i5g. 



298 GÏ^OGRÂPIIIE ANCIENNE DES GAULES. 

Cependant, avant que les Romains eussent pénciré 
si loin vers le nord, avant qu'ils eussent pratiqué 
la voie romaine qui conduisait droit à Lugdunum , 
Leyde, ou près de l'embouchure occidentale du 
Rhin , route qui tantôt se dirigeait au nord et tantôt 
au midi du fleuve ' , les limites de la Gaule et de 
l'empire romain se terminaient h la branche du 
Rhin qui cerne au nord l'ile des Bataves. Et comme 
cette branche du Rhin conservait spécialement le 
nom. de ce fleuve , tandis que celle qui se rendait 
dans la Meuse portait celui de Vahalis , et que celle 
qui était la plus orientale était encore désignée sous 
un autre nom , il en résulta quelque confusion dans 
les écrits des géographes de l'antiquité. Cette con- 
fusion fut encore augmentée par les travaux faits à 
la branche orientale du Rhin par Drusus, qui, de- 
puis cette époque, fut mieux connue, mais qui tantôt 
fut considérée comme un bras du fleuve, et tantôt 
comme un canal de communication avec la mer. 
Le peu d'habitations romaines qui existaient entre le 
Rhin proprement dit, et sa branche orientale, le peu 
de connaissance détaillée et précise que l'on avait de 
ce pays ingrat, le peu d'intérêt qu'on y prenait, 
contribuaient encore à entretenir cette confusion. 

Ainsi, quoique César eût dit, dès le principe, que 
le Rhin se perdait dans la mer par plusieui's embou- 
climes % Asinius, qui écrivait au commencement du 
règne d'Auguste ou un peu avant, ne voulait recon- 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. iii de cet ouvrage. — 
IVAnville a tout placé au midi du Rliiii, et il a dérangé toutes les 
mesures. 

^ Mal lis cnpitihus in Occanuni injluil , Cœsar, de liclio Ç,tdl.y 
\\\i. IV, cap. 20. — Voyez ci-dcssiis, tom. i, p. 495. 



PARTIE II, CHAP. IV. 299 

naître que deux bras du Rhin , et reprend ceux qui 
lui en donnaient davantage '. Strabon parait avoir 
puisé dans Asinius la mesure des côtes septentrio- 
nales de la Gaule , qu'il applique à tort a toutes les 
cotes de l'ibérie et de la Gaule baignées par l'Océan. 
Cette mesure, qui est de 5,ooo stades, répond juste 
en stades de 5oo h la distance du cap Saint-Mahé, à 
l'ancienne embouchure du Rhin : ce qui prouve en- 
core que, du temps d' Asinius, la Gaule se terminait 
à l'embouchure du bras occidental , limite de l'île 
Batave \ Virgile dit Rhenusque bicornis ^ : donc 
l'opinion dominante de son temps était que le Rhin 
n'avait que deux bras principaux. Cette opinion pou- 
vait provenir de ce que l'on considérait le Wahal 
non comme bras du Rhin, mais comme appartenant 
aussi bien à la Meuse qu'à ce fleuve, et de ce qu'on 
appliquait le nom de canal de Drusus à tout le cours 
de l'Yssel, ou à tout le bras oriental du Rhin ; car 
je ne dois pas oublier d'observer que Ptolémée seul 
a fait mention de l'embouchure moj^enne du Rhin, 
que ses mesures portent à Bakkum ^. Le bras qui 
formait cette embouchure est celui qui, encore au- 
jourd'hui, se détache du Rhin à Duîirstede, en con- 
servant le nom de Kromme-Rhyn , Rhin bicorne , 

' Asinius, apud Strab., lib. iv, p. igS (294); tom. 11, p. 5o, de la 
trad. franc. 

* Voyez Gossellin, Recherches, toni. iv , p. gi à i56, et les 
Cartes n"' 9 et 10. — Tacit., Hist. ,.\ih. v,.cap. i5, 19. 

^ Virgil., Mn., viii, vers. 727. — Claudien, xxi, vers. 199, nomme 
région bifide, hifidos tractiis , l'île des Bataves; et viii, vers. ()5:>., 
fait mention des cornes du Rhin , cornua Rhciii . il faut voir le con- 
tre-sens singulier riuo fait à ce sujel son traducteur français. 

^ Ptolem., \\\). Il, cap. 9, p. 5-). (48), edit. Ik-rt. 



300 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
qui se bifurque de nouveau à Utreclit, pénètre dans 
le Pampus, sous le nom de Vecht, en ressort sous 
le nom de Zaan , et se perd ensuite dans les sables 
près de Bakkum. L'origine de cette branche était trop 
près de la mer et formait un cours d'eau trop peu 
étendu, pour qu'elle put être considérée comme dif- 
férente de celle dont elle dérivait, par des auteurs 
qui ne décrivaient pas les rivages , comme Ptolémce, 
mais le cours du Rhin dans l'intérieur des terres, et 
les principaux embranchemens qu'il forme lorsqu'il 
se décharge dans la mer. 

L'examen des difFérens auteurs qui ont parlé du 
Rhin confirme ce que je viens d'avancer. 

Ainsi, quoiqueTacite connût parfaitement la bran- 
che orientale du Rhin , qui communiquait avec le 
Rhin proprement dit par le canal de Drusus , il ne 
donne cependant que deux branches au Rhin , et à 
l'exemple de César il conserve à celle qui est au nord 
le nom de Rhin, et nomme l'autre V^ahalis. Aussi 
nomme-t-il les Frisii, dont une partie du moins étaient 
renfermés entre le Rhin et l'Yssel, un peuple au- 
delà du Rhin' ; mais cependant dans la suite de son 
récit , ainsi que nous l'avons remarqué tout à 
l'heure, il considère les Frisii (du moins en par- 
tie) comme étant sous la domination des Romains. 

Mêla eut connaissance de la branche la plus orien- 
tale du Rhin; mais comme il ne mentionne pas le 
Wahal, il ne donne au Rhin que deux bras, l'un qui 
coule à gauche, auquel il conserve le nom de Rhin 
proprement dit (c'est le bras occidental de Ptoléméc, 

' ïacit., Jnn., lib. ii, cap. (i. — JIisl., lib. v, cap. 7.6. 



PARTIE II, CHAP. IV. 301 

dont l'embouchure était à Zandwoort), l'autre à 
droite, qui, selon sa description, s'épanchait en for- 
mant le lac Flevo , et entourait l'iie du même nom, 
puis resserrait de nouveau ses rives, et se prolongeait 
jusqu'à la mer sous la forme d'un fleuve. On sait 
en effet qu'avant les grandes inondations du xiii^ siè- 
cle , le Flie était si peu large entre Enckhujsen et 
Staveren , qu'en 1 2o5 on allait encore h pied et à 
cheval de l'une à l'autre de ses rives ' : ce qui s'ac- 
corde très bien avec la description de Mêla *. Son 
Venetus lacus est évidemment le Boden-See , ou lac 
Constance, et son Acronium lacus est le Zeller-See, 
qui communique au lac Constance par un canal 
étroit et court ^ 

Pline donne au Rhin trois embouchures, et quoi- 
qu'il intervertisse l'ordre géographique dans son 
énumération, en rapprochant son texte de la des- 
cription si détaillée de Mêla , il devient évident que 
\ Hélium, ostium est l'embouchure du Wahal et de 
la Meuse réunis, que c'est Vimmensum Mosœ os de 
Tacite : l'ancienne dénomination se conserve dans 
celle de Hel-Boet et de Bri-Hel , que portent en- 
core les deux canaux de la Meuse, séparés par l'île 
de Rosenburg , près de son entrée dans l'Océan . 
Pline nomme FLevuni l'embouchure la plus orien- 
tale , et conserve au bras intermédiaire, qui bornait 
l'île des Bataves, le nom de Rhin. Malgré ces notions 
si exactes et si complètes, Pline '^j arrêté par ce nom 
de Rhin, que porte le bras intermédiaire, semble in- 

' Voyez Desroches, Méin. sur les dix-sept Provinces, p. g. 
' Mcla, lib. Il, cap. 2, toni. i, p. 84, édit. de Tzsclinck. 
^ Voyez Leicbtlen, Scliwabcn unter den Rom., charte n" 3. 
Plia., lib. IV, cap. 9.9 (i5), toni. 11, p. 555, odit. Lcm. 



302 GËOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
décis s'il doit donner les embouchures du Rhin à la 
Germanie ou à la Gaule, et il prend le singulier 
parti de les donner successivement à toutes deux. 
En effet , à la suite de la description de la Germa- 
nie , il place la description du pays renfermé entre 
les différens bras du Rhin, sans omettre l'île des Ba- 
taves. Dans le chapitre suivant, il décrit la Grande- 
Bretagne et les îles qui sont au nord , telles que 
Scandia, ISerigon ' ;, Tliule. Ensuite il passe à la 
Gaule, en commençant par la Belgique; et parmi 
les peuples qui en font partie, il nomme encore les 
Frisiahones , dont il a déjà fait mention dans la 
description de la Germanie. Enfin il termine sa des- 
cription de la Belgique en nommant de nouveau les 
Bataçi. Puis, il ajoute : (( Et les peuples que j'ai 
(( déjà nommés dans les îles du Rhin, et qiios in in- 
(( sulis Rheni diximus y » c'est-à-dire les Frisii , les 
Chaiici , les Sturii , les Marsatii , qu'il a précédem- 
ment nommés dans les îles que l'on trouve entre 
\ Hélium et le Flevinn , les deux embouchures du 
Rhin les plus éloignées : ces îles étaient formées par 
des rivières, des marais et des lagunes. De même Ta- 
cite place les Canninefaies dans la Gaule, tandis que 
Velleius Paterculus ' en fait un peuple de la Germa- 
nie, parce qu'ils s'étendaient au nord de ce bras du 
fleuve qui avait conservé le nom de Rhin, et qu'on 

' Plin., lib. IV, cap. 3o (i6), tom. ii, p. 558, edit. Lem. — C'est 
bien à tort que l'on a voulu appliquer ces noms à la Norwége et à 
la Suède. C'est dans les Hébudes, dans les îles Orcades et en Irlande, 
qu'il faut les chercher. Scanda est probablement Sanda dans les 
Orcades, et je soupçonne que Nerigon est l'île de Lewis, dans la- 
quelle on tiouvc nu promontoire nommé Néry. 

^ Tacit., lib. iv, cap. i5. — Vdleius, lib. Ji, cap. i5. 



PARTIE II, CHAP. IV. 303 

avait été habitué h considérer long-lcmps comme la 
limite de la Gaule. 

Les /^miV mentionnés par Pline, Tacite, Ptolémée, 
l'auteur de la Table de Peutinger et ./Ethicus, pa- 
raissent avoir été le peuple principal de toute la con- 
trée au nord des Bataves. Ce sont eux qui ont donné 
leur nom h une partie de ce pays, qui est nommé 
Fjiseus , dans une ancienne inscription'. Tacite 
confirme la position que Pline leur assigne, lorsqu'il 
dit que les Frisii entourent le lac immense de Flevo; 
mais ils s'étendaient aussi au-delà de la branche orien- 
tale du Rhin, et ne faisaient plus alors partie de la 
Gaule. Aussi Tacite les distingue très bien en deux 
portions : les Frisii majores, qui se trouvaient h l'est 
du Zujder-Zee, dans les seigneuries de Frise, de Gro- 
ningue et d'Over-Yssel, et les Frisii minores % qui 
paraissent être les Marsatii de Pline, et qui occu- 
paient la West-Frise, la Nord-Hollande et la sei- 
gneurie d'TJtrecht. 

Les Sturii on dû se trouver à l'orient du lac Flevo. 

Les Chauci, qui habitaient de même, ainsi que nous 
l'indique Tacite , entre l'Ems et le Weser, ont dû 
occuper l'extrémité nord-est du lac Flevo, dans le 
comté de Drent. 

Quoi qu'il en soit delà position de ces différens 
peuples, sur laquelle on ne peut faire que des con- 
jectures plus ou moins vagues, il est évident que le 
texte de Pline , d'accord avec celui de Ptolémée , 
prouve que l'île, ou les îles, comprises entre le Rhin 

■ Menso- Alting., Noliiia Gcim. infevioris antiqiiœ , p. 72. — 
Td., Dcscr.Frisiœ, p. 60. — Mannert, Geogr. derJUcn., t. m, p 5oo. 
" Tacit., Ami , lib. xiii , cap. 2. 



304 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
proprement dit et l'Yssel, c'est-à-dire les provinces 
de Hollande, d'TJtrecht et d'Arnheim, faisaient aussi 
partie de la Gaule , dont les limites étaient la bran- 
che orientale du Rhin, ou l'Yssel, la côte septentrio- 
nale du Zuyder-Zee , et le canal du Zuyder-Zee , 
connu sous le nom de Flie-Slroom. 

Cependant plusieurs savans , ne faisant point at- 
tention au témoignage formel de Ptolémée et au ré- 
cit de Tacite, ni aux mesures des Itinéraires, ont 
pris partie poiu* l'un ou pour l'autre des chapitres 
de Pline, où le territoire situé entre les bouches du 
Rhin se trouve successivement attribué à la Gaule 
et à la Germanie. 

D'après le chapitre sur la Germanie, Junius a voulu 
enlever à la Gaule l'île des Bataves % tandis que Pon- 
tanus et Cellarius, frappés de l'idée que l'île des Ba- 
taves était le dernier pays de la Gaule, vers le nord, 
et sachant bien que la Gaule se terminait à la bran- 
che orientale du Rhin, qui est l'Yssel, ont agrandi 
cette île des Bataves, et lui ont aussi attribué tout 
le territoire situé entre l'Yssel ou le Rhin oriental, et 
le Rhin proprement dit : ce qui contredit le témoi- 
gnage de tous les auteurs de l'antiquité , et notam- 
ment de Pline, qui nous donne la mesure de l'île 
des Bataves avec la plus exacte précision, et qui 
dans les deux chapitres dont il est question, après 
avoir mentionné cette île , nous dit expressément 
qu'il y a encore d'autres îles entre \ Hélium et le 
Flevuni , ou entre les deux branches extrêmes du 

' Pline et Ptolémée placent Tîle des Bataves dans la Belgique , et 
Tacite dit en termes exprès : Batavi e.rigua Galliarum pnrtio. • — 
Tacit., Hisf., lib. iv, cap. 52. 



PARTIE II, CHAP. IV. 305 

Rhin. D'un autre côté, Cluvier, Menso-Alting et 
d'Anville, qui restreignent l'île des Bataves dans ses 
justes limites, mais qui considèrent le bras du Rhin, 
renfermant au nord les Batavi , comme l'extrême 
frontière de la Gaule, ne s'accordent ni avec Pline, 
ni avec Tacite, ni avec Ptolémée; ils ont donné h la 
Gaule ancienne moins d'étendue qu'elle n'en a eu 
réellement : tous les géographes qui les ont suivis, 
Wastelain ', Mannert et autres, ont embrassé cette 
erreur. 

Cette erreur , comme c'est l'ordinaire , en a en- 
traîné plusieurs autres. Persuadés que le bras inter- 
médiaire était la limite de l'empire romain , et que 
toutes les positions de lieux devaient être au midi 
de ce bras, et non au nord, Cluverius, d'Anville et 
autres, les ont presque tous mal placées. Tacite, dans 
le cinquième livre de son Histoire, relativement à la 
guerre de Civilis en Batavie, mentionne un grand 
nombre de ces lieux; et comme les commentateurs 
et les traducteurs de ce grand historien ne pouvaient 
bien comprendre, sans le secours de cartes géogra- 
phiques, les marches des armées décrites dans cette 
partie de son ouvrage , ils ont eu recours à Cluverius 
et à d'Anville. Dans l'impossibilité cependant où ils 
se sont trouvés de concilier avec les cartes de ces 
deux auteurs les récits de Tacite , ils ont , dans 
leurs traductions, défiguré le texte par des contre- 
sens manifestes, où l'ont obscurci et embrouillé, 
dans leurs commentaires, par leurs étranges intei- 

' L'ouvrage de Wastelain a été public une année plus tard(i^6i), 
que la Notice de la Gaule de d'Anville; mais il n'a pas eu connais- 
sance de son ouvrage. Il aura suivi Cluvier. 

II. 20 



30G GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
prétations '. Comme il y a dans la route romaine 
({iii conduit à Lugdiinum, Leyde, une portion des 
distances indiquées dans l'Itinéraire en milles ro- 
mains , et une autre portion en lieues gauloises ', 
d'Anville n'a pu les appliquer avec exactitude sur le 
local, parce qu'il n'a pas aperçu ce mélange de deux 
inesures différentes, qui a eu Heu dans quelques par- 
ties de l'Itinéraire, quoique rarement. Voilà pourquoi 
il a contourné cette route d'une manière si étrange, 
pour pouvoir aboutir aux lieux que des recherches 
antérieures, et des analogies évidentes dans les noms, 
avaient déterminés d'avance. Il en résulte que les me- 
sures des Itinéraires sont devenues inutiles à d'An- 
ville pour retrouver les positions qu'on ne pouvait 
découvrir que par ce moyen. Aussi, avec sa Carte 
aussi bien qu'avec celle de Cluverius, on comprend 
mal les récits de Tacite. Le dernier, et peut-être le 
plus ingénieux commentateur de cet historien ^ , 
celui qui parait l'avoir étudié avec le plus de téna- 
cité, s'est bien aperçu de l'insuffisance de la Carte 
de d'Anville et de celle de Cluverius, et il n'a trouvé 
d'autre moyen, pour expliquer son auteur, que de 
placer les noms des lieux dans une situation à peu 
près semblable à celle où le texte de Tacite les exige, 
mais sans aucun égard aux mesures des Itinéraires, 
à la configuration actuelle du terrain, et aux textes 
des autres auteurs qui ont parlé de ces même lieux. 

' Voyez les notes de Brottier, et celles de Dotteville et de Du- 
i^eaudeLa Malle. 

* Yoyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

' Edme Ferlet, Observations littéraires, critiques, politiques et 
militaires sur les Histoires de Tacite, 'x vol. in-8°, tom. ii, p. 184. 



PARTIE II, CHAP. IV. 307 

Il a ainsi construit une Carte imaginaire , qui ne peut 
remplir aucun but, et qui surtout ne jette aucune 
lumière sur le texte qu'elle est chargée d'éclaircir, 
puisqu'elle ne dit rien de plus que le texte même 
d'après lequel elle a été dressée. J'ai développé tout 
cela dans un Mémoire particulier ' : il me suffit dans 
cet ouvrage d'avoir mis le lecteur sur la voie. Je me 
contenterai d'ajouter qu'en plaçant Lugdunum à 
Leyde; T^ada, à Wageningen; castra Herculis , à 
Hervelt ; Arenatio, à Arth , près d'Herwen ; Burgi- 
natio, à Schankenschantz, ou au point de séparation 
du Wahal ou du Rhin; Carvone , à Rheenen; Grin- 
nibus j à Warich et à Bochstein ; Tahlis, à Ablas; 
Batavodurum , à Wykby-Duûrstede, ainsi que le 
prouvent les mesures anciennes confirmées sur plu- 
sieurs points par des monumens historiques, on verra 
s'évanouir toutes les difficultés qu'on a cru trouver 
dans cette partie de l'ouvrage de Tacite, et dispa- 
raître les prétendues contradictions qu'il présente 
avec les autres auteurs qui ont parlé de ces lieux. 

Les conquêtes des Romains avaient changé les 
idées des anciens, et particulièrement des Grecs, sur 
la Celtique. Selon un fragment important de Denjs 
d'Halicarnasse , dont nous devons la découverte à 
M. Angelo Maio % les Grecs , comme au temps d'É- 
phore, faisaient sous Auguste commencer la Celti- 
que au Zephyros, ou au couchant équinoxial; mais ils 

' Mem. geograph. sur la Guerre de Civilis en Batavie, ms., et 
ci-après, Analyse des Itinéraires , toni. m de cet ouvrage. 

• Dionys. Halicara., lib. xii à xx, ch. 26 et 27, apud Scriptor. 
veter. nov. collect. ex Vatican. Codic. editœ ab Angelo Maio, tonr. 11, 
p. 486. 



308 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
étendaient cette contrée vers l'orient, jusqu'au méri- 
dien qui passe par le pôle boréal, lui attribuant, 
non pas le quart du monde habitable, mais presque 
le quart de l'Europe '. Cette contrée, selon eux, for- 
mait un carré. A l'orient, les Alpes; à l'occident, la 
mer; au sud, les Pyrénées et la Méditerranée, compo- 
saient, sur trois de ses quatre côtés, ses bornes et ses 
limites naturelles : le quatrième côté, ou le côté sep- 
tentrional, était formé par les frontières des Scythes 
et des Thraces, que l'on ne connaissait pas bien, 
et par VIster ou le Danube. Mais il est important de 
remarquer que, dans ce vaste carré de la Celtique, on 
comprenait non seulement la Gaule , mais encore la 
Germanie. Le Rhin, considéré comme le plus grand 
fleuve d'Europe après VIster ^ le Danube, coupait 
en deux la Celtique ; et par conséquent , selon les 
idées systématiques des géographes grecs de cette 
époque, il coulait de l'est à l'ouest , et avait au sud 
la Gaule, et au nord la Germanie : la Gaule, qui 
s'étendait depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées ; la 
Germanie, qui, depuis la forêt d'IIercynie, se pro- 
longeait jusqu'aux monts Riphées , et jusqu'aux li- 
mites des Scythes et des Thraces. De ces deux parties 
de la Celtique, la Gaule était considérée comme fer- 
tile, abondante en fruits, et très propre à la nour- 
riture des bestiaux. Selon les uns, un géant nommé 
Celtus, qui y avait régné, avait donné son nom à 
toute la Celtique ; selon les autres , un fleuve qui 
descend des Pyrénées, nommé Celtus (la Garonne), 
de la contrée qu'il arrosait, fournissait la véritable 

' Voyez ci-dessus, lom. i, p. 20g. 



PARTIE II, CHAP. IV. 309 

ctjmologie de ce mot. Comme ce fut le premier 
Heuve considérable que les Grecs découvrirent et 
rencontrèrent, en longeant les côtes de l'Océan atlan- 
tique, ils se servirent du nom qu'il portait pour 
désigner la plus occidentale des quatre grandes por- 
tions du monde habitable. Enfin , selon d'autres, les 
Grecs, dans leurs premières navigations dans ce pays, 
ayant trouvé dans le golfe gaulois, le golfe de Gas- 
cogne, des habitans plus civilisés que ceux qu'ils 
avaient rencontrés jusque-là , nommèrent ce pays 
pour cette raison KîKo-ÏKtiv , et ce mot, par le chan- 
gement d'une seule lettre, a produit le mot de Cel- 
tica. Tel est l'exposé de Denys d'Halicarnasse. 



TROISIÈME PARTIE. 

DEPUIS LA FIN DU RÈGNE d' AUGUSTE, OU l'eNTIÈRE CONQUETE 
DE LA GAULE TRANSALPINE ET LA SOUMISSION DES PEUPLES 
DES ALPES, jusqu'à LA CHUTE DE l'eMPIRE d'oCCIDENT, 



CHAPITRE I. 

Depuis la fin du règne d'Auguste jusqu'à la fin du règne de 
Vespasien, ou depuis l'an i4 de J.-C, jusqu'à l'an 79 de J.-C. 



A. — De la Gaule transalpine. 

Les deux Gaules sont décrites : il ne nous reste 
plus qu'à faire connaître les changemens successifs 
qu'elles éprouvèrent dans leurs subdivisions en pro- 
vinces, et les lieux dont la fondation, ou l'appa- 
rition dans l'histoire , paraît postérieure au siècle 
d'Auguste. 

Les Romains avaient succombé dans le projet qu'ils 
avaient formé de soumettre à leur joug les peuples 
de la Germanie : le sang des légions de Varus avait 
cimenté la liberté de cette contrée'. Les empereurs 
qui succédèrent à Auguste se contentèrent de con- 
tenir ces nations belliqueuses par des légions qu'ils 
entretenaient le long du Rhin , par des forts qu'ils 
y construisirent, ainsi que par des camps fortifiés, 
toujours garnis des meilleures troupes de l'Empire. 

L'organisation militaire de cette frontière pro- 

' Dio Casstus, lib. lvi , c. 19 et 20, p. 820 et 821, edit. Keini. 



PARTIE m, CHAP. I. 311 

duisit une division en quelque sorte toute militaire. 
La subdivision qu'elle opéra commença dans la Bel- 
gique, plus que toute autre province exposée aux 
incursions des Barbares. Tacite nous fait connaître 
une Belgique proprement dite, une Germanie in- 
férieure et une Germanie supérieure '. C'est par une 
suite de cette distinction que Pline dit que la Bel- 
gique s'étend de la Seine à l'Escaut. « yl Scaldi ad 
« sequanam Belgica , » ce qui n'était vrai qu'en sé- 
parant la Belgique de la Germanie inférieure de 
Tacite , qui écrivit peu de temps près Pline. Ce der- 
nier indique même encore assez clairement ces deux 
divisions ou provinces', lorsqu'en faisant l'énumé- 
ration des divers habitans de la Belgique, il men- 
tionne à part, et comme nation germanique habitant 
sur les bords du Rhin , les Vangiones , les Trihoci et 
les Nemetes y trois peuples qui formèrent depuis la 
province appelée Germanie supérieure ; cependant 
Pline a soin d'observer que ces trois peuples se trou- 
vent aussi dans la Belgique in eadem provincial . 

Ptolémée ne fait aussi mention des deux Germanies 
que comme de sous-divisions de la Belgique'^. Dion 
Cassius ^ parle aussi de ces deux sous-divisions : l'une, 
supérieure, qui commence aux sources du Rhin; 
l'autre, inférieure, qui s'étend jusqu'à l'Océan bri- 

' ïacit., Anti., xiii, 55, et Hist., i, g, 12, 58, 5g. — Aitn., m, 4'; 
IV, ^5 : « Inferioris Gernianiae propvaetori , vexilla legionum c su- 
« periore provincia adcivit. » — Voyez LaLarre , Mémoires de 
ï Acad. des Inscript., tom. viii, p. 4o4- 

' Plin., lib. IV, cap. 01 (17), tom. 11, p 358, cdit. Leni. 

' Plin., lib. IV, cap. 5i, (17). 

' Ptolnmseus, lib. u, cap. g, p. 49 (53). 

' l)io Cassius, lib. 1.111, p. 704, edit. Jxciin. 



312 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
tannique, sous le nom de Germanie. Dans chacune 
d'elles il y eut un lieutenant militaire qui obéissait au 
gouverneur général de toute la Belgique, comme on 
le voit à l'égard de Drusus, sous le règne d'Auguste, 
et à l'égard de Germanicus , sous celui de Tibère'. 
Ces deux Germanies furent principalement com- 
posées des peuples germains qui avaient été trans- 
plantés dans la Gaule, les Uhii , les Tiingri, les 
P^angiones y les Nemetes et les Tribocci. De Marca 
a voulu attribuer cette sous-division à Tibère; Sau- 
maisc % à Hadrien. Les auteurs de l'histoire de Lan- 
guedoc ^ la reportent au temps de Néron , mais de 
Labarre a très bien prouvé qu'elle eut lieu dès le règne 
d'Auguste. 

Le général qui commandait sur toute la frontière, 
non seulement avait la suprématie dans toute la 
Belgique, mais encore chez les S equani et les Jlel- 
i^etii, qui faisaient partie de cette frontière. Par cette 
raison on réunit les Sequani, les HeU'etiiy et miéme 
les Lingones et les Leuci , à la Belgique. Cette réu- 
nion se trouve prouvée par les textes de Pline et 
de Ptolémée, qui comprennent dans la Belgique ces 
peuples de la Celtique de César, quoiqu'on ne puisse 
cependant déterminer l'époque précise de ce chan- 
gement. Cette réunion agrandit considérablement la 
Belgique, en restreignant d'autant la Celtique, sur 
laquelle on avait déjà tant pris pour former la nou- 
velle Aquitaine. Cet agrandissement de la Belgique 

' Voyez Tacitus, Ann. xiii. — /</., Ann. i. — Labarre, Acad. des 
I/iscript., tom. viii, p. 4o4- 
' Salm., £^pil. 6. 
^ Hist. du Languedoc, lora. i, p. 625. 



PARTIE m, GHAP. I. 313 

fut le second changement considérable qu'éprouva 
la division des Gaules, depuis la conquête faite par les 
Romains; l'agrandissement de l'Aquitaine ayant été 
le premier. Mais on ne doit pas oublier que la Gaule 
transalpine, malgré ce changement, comme au temps 
de César, resta toujours divisée en quatre parties : la 
Narbonnaise, l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique; 
seulement les limites de ces divisions furent très 
différentes. Les deux Germanies ne doivent être 
considérées que comme deux réunions de petits 
peuples germaniques nouvellement transplantés dans 
la Gaule, et mis par cette raison sous un comman- 
dement militaire. Elles ne formaient pas plus , h 
l'époque dont nous nous occupons , des provinces 
distinctes et séparées , que les autres peuples de la 
Gaule contenus dans les quatre divisions générales. 
Aussi Ptolémée, qui écrivait sous Hadrien, ne con- 
naît encore que quatre divisions , et son texte, com- 
biné avec celui de Pline, nous prouve que du temps 
de ces deux auteurs, et antérieurement, la Gaule 
était divisée de la manière suivante : 

i<». Provincia Narbonensis. La Narbonnaise d'Au- 
guste. 

2°. — Aquitania. L'Aquitaine d'Auguste. 

5°. — LuGDUNENSis. La Lyonnaise d'Auguste, 
en retranchant les Sequani, les Hel- 
vetii, les Lingones : ce qui porte en 
général les limites de cette province, 
au midi, à la Loire; et, h l'orient, à 
la Saône. 



314 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

4°. ProvinciaBelgica. La Belgique d'Auguste , plus 
les Sequaniy les Hebetii et les Lin- 
gones ; mais cette dernière grande 
division présentait les subdivisions 
suivantes : 

(A). La Belgique proprement dite j qui s'étendait 
entre la Seine et l'Escaut, et qui , vers l'orient , ren- 
fermait aussi dans ses limites les Sequani , les Hel- 
çetii et les Lingones. 

(B). Germania injerior. La Germanie inférieure 
ou seconde, qui s'étendait entre l'Escaut et le Rhin, 
et qui, au midi, descendait jusqu'à VOhringa ou 
V Obrincus fliwius : mais on ne sait pas bien quelle 
est cette rivière, dont Ptolémée seul a parlé; nous 
pouvons cependant déterminer les limites de la Ger- 
manie seconde ou inférieure d'après les villes que 
cet auteur a inscrites dans cette sous-division de la 
Belgique. Ces villes sont les suivantes : 

B ataç^odurum jYVykhj'Duûrstede; Frétera civitas, 
Buderich ; legio trigesima Ulpia, Alpen , confondu 
à tort par Ptolémée avec Agrippinensis , Cologne; 
Bonna, Bonne; legio prima , ou Trajana legio, 
Kellen ; Moguntiacum , Mayence. 

J'ai déterminé avec plus d'exactitude qu'on n'avait 
fait jusqu'ici les positions de ces différens lieux , par 
le moyen des mesures de l'Itinéraire et de la Table , 
pour la route ' romaine qui partait de Milan ou du 
centre de l'Italie, qui traversait les Alpes, et qui, 
suivant ensuite constamment les rives du Rhin , 

' Vo^ez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
Piolem., Geogr., lib. n, cap. g, p. 49 (55). 



PARTIE III, CHAP. I. 315 

aboutissait à Leyde, Lugdunwn , ou au rivage de 
l'Océan. Si le texte de Ptolémée est exact, Mogun- 
tiacum , Mayence , qui depuis a été la métropole de 
la Germanie supérieure ou première, lorsque ces 
subdivisions de la Belgique furent érigées en pro- 
vinces particulières , fut d'abord attribuée à la Ger- 
manie seconde ou inférieure. On a pensé qu'il y avait 
dans cet endroit dérangement ou erreur dans le texte 
de Ptolémée; et en donnant aux deux Germanies les 
mêmes limites qu'elles ont dans Ammien Marcellin, 
et dans la Notice de TEmpire, on a placé VObringa 
jiuvius à l'Ahr. Mais si l'on s'en tient au texte de 
Ptolémée, VObringa fluvius doit être au midi de 
Mayence; nous n'avons aucun moyen de nous dé- 
cider entre ces diverses autorités qui se combattent; 
nous rappellerons seulement, que c'est l'admission 
de ces deux divisions de la Germanie inférieure et de 
la Germanie supérieure qui restreignit à l'est les 
territoires des Treveri et des Mediomatrici , aupara- 
vant limités par le Rhin. 

(C). Germania superior. La Germanie supérieure, 
ou seconde, renfermait, selon Ptolémée, les peuples 
suivans : 

Les Nemetes, dont les villes sont : Nœomagus , 
Spire, et Rufiana , qui n'est point Rufac, mais 
Nieder-Rœdern près de Seltz. Les Vangiones, dont 
les villes sont : Borhetomagus , Worms, et Argen- 
toraturriy Strasbourg; mais il y a ici une évidente 
transposition dans le texte de Ptolémée. Argento- 
ratiim appartient aux peuples nommés immédiate- 
ment après, qui sont les Tribocl, auxquels Ptolémée 



316 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
tloiiiie pour villes Breucomagus ^ Brumat, et Hel- 
cehns y Hell. 

Les Rauraci y dont les villes sont : Augusta Rau- 
racoruniy Augst, et Argentuaria, Artzenheim. 

Nous avons précédemment déterminé l'emplace- 
ment, l'étendue et les limites, de ces différens peuples, 
ainsi que les positions de leurs villes capitales. Dans 
les Notices de l'Empire et les autres monumens 
postérieurs à Ptolémée , les Rauraci ne font point 
partie de la Germanie supérieure, et se trouvent, 
ainsi que les Hehetii , enclavés dans la province 
qui depuis prit le nom des Sequani. Ceci semblerait 
prouver que les limites des deux Germanies ont 
varié, et qu'elles n'étaient point les mêmes, au 
temps de Ptolémée , qu'à une époque postérieure , 
lorsqu'elles furent définitivement converties en pro- 
vinces : alors Ptolémée aurait eu raison de donner 
Moguntiacum , Mayence, à la Germanie inférieure, 
et r Obrincus Jluvius serait au midi de cette ville ; 
ceci ne souffrirait aucune difficulté si le texte de 
Ptolémée ne contenait encore, relativement à cette 
même Belgique , avec les autres écrivains de l'anti- 
quité, une contradiction manifeste dont il est difficile 
de rendre raison. Toutes les éditions de cet auteur 
s'accordent à mettre colonia Equestris , qui est 
Njon , et AwnticurHy Avenches, dans le territoire 
des Sequani; ce qui contredit non seulement César, 
et tous les auteurs anciens, sur les limites respectives 
des Hehetii et des Sequani , mais ce qui est contraire 
aussi au texte même de Ptolémée, qui dit, après avoir 
mentionné les Leuci et les Lingones : « Après eux 
(( et le mont Jura sont les /leh'etiiy près du Rhin , 



PARTIE III, CHAP. I. 317 

(( dont les villes sont Ganodurum et forum Tiherii. » 
On n'a pu retrouver avec certitude l'emplacement 
de ces deux villes'. Il y a tout lieu cependant de 
présumer que \e forum Tiberii est l'île de Reichnau; 
car Strabon ', en décrivant le lac Constance, nous 
dit qu'il y a une île qui servit de fort et de réceptacle 
à Tibère, dans les combats qu'il fut obligé de livrer 
avec ses navires aux Kindelici. Or, comme il n'y a 
qu'une seule île sur le lac Constance, qui est l'île de 
Pteichnau, on ne peut se méprendre à cet égard. Après 
la cessation de la guerre , cette île se trouvait admi- 
rablement bien située pour devenir l'entrepôt du 
commerce entre les Barbares et les flomains , qui , 
entretenant une défiance mutuelle et bien fondée les 
uns envers les autres, avaient besoin de communi- 
quer ensemble. La célébrité que Tibère avait précé- 
demment donnée à ce lieu lui aura fait donner le 
nom àe forum, Tiberii ^. On voit évidemment, d'après 
le passage de Ptolémée que nous venons de citer , 
que ce géographe , d'accord avec tous les autres au- 
teurs anciens , regardait le Jura comme la limite des 
Sequani et des Helvetii. Il n'a pu donc , sans erreur, 
leur attribuer coloniaEquestris , Nyon , et Aventicum, 
Avenches , qui sont à l'est. Nous verrons bientôt 
qu'après avoir été donné à la province des Alpes 
pennines , Aventicum fut, ainsi que toute l'Helvétie, 

' Yoyez ci-dessus, tom. i, p. 3i6 et Siy. — Ptolem., lib. ii, cap. g, 
p. 5o (54). ■ 

" Strabo, lib. vu, p. 443- 

' Haller, Helvetien, t. u, p. 107, \\s.ce forum Tiberii a. Zuivach 
sur le Rhin , où on a tiouvé des ruines ; lieu un peu à l'ouest de 
Kaysersthul, où le plaçait Beatus Rhenanus. M. Leichtlen met 
forum Tiberii à Steckborn, ce qui le rapproche de l'île Reichnau. 



;m8 géographie ancienne des gaules. 

réuni à la grande province des Sequani : mais ce 
n'est que par erreur que cette ville a pu être consi- 
dérée comme renfermée dans le territoire de ce peu- 
ple, dont les limites ne sont nullement les mêmes 
que celles de la province qui reçut leur nom. Il est 
dit dans Frédégaire iyoL A{>enticum reçut , sous Ves- 
pasien, une colonie romaine : de là sans doute le 
titre de Flavia qu'elle porte sur plusieurs inscrip- 
tions. Si donc le texte de Ptolémée, dans l'état où 
les copistes nous l'ont transmis, est convaincu d'er- 
reur et de contradiction relativement aux Sequani 
et aux Hehetii, il convient de même d'abandonner 
ce texte pour le reste de la Belgique lorsqu'il con- 
tredit les autres monumens de l'antiquité, et de 
rétablir les limites des deux Gerraanies telles que 
nous les offrent les textes d'Ammien Marcellin et de la 
Notice de l'Empire, quoique ces textes soient posté- 
rieurs à celui de Ptolémée ' . Alors, il faudra remon- 
ter, vers le nord , les limites de la Germanie supé- 
rieure, jusqu'à l'Ahr, qui sera X Ohringa jluvius de 
Ptolémée, et retrancher de cette province les Rau- 
raci. La frontière méridionale des Trihoci ou du 
diocèse de Strasbourg devient alors celle de toute la 
Germanie supérieure. Cette opinion paraît d'autant 
plus vraisemblable, que nous avons déjà prouvé qu'il 
existait une transposition évidente dans le texte de 
Ptolémée, relativement aux Pangiones et aux Tri- 
hoci , ainsi qu'aux villes qui leur sont attribuées. 
Nous devons observer d'ailleurs que Pline nomme 
les Rauraci avec les Sequani y et qu'il paraît former 

' Amra. Marc; Notifia digniiat. imper. — Voyez ci-après, p. 35o. 
^ Grutcr , SyS , n" i. — Spon. Miscell., Erud. antiq., p. i48. 



PARTIE III, CHAP. I. 319 

une scus-ilivison particulière des Nemetes , des Tri- 
bocci et des Van^iones. 

J'ai dit que ces trois divisions d'une même pro- 
vince, savoir, la Belgique proprement dite et les deux 
Germanies, n'avaient qu'un seul chef militaire ; on 
le voit par l'exemple de Drusus et celui de Germa- 
nicus , qui commandaient en chef dans toute l'éten- 
due de la Belgique considérée comme province. De 
plus, deux inscriptions rapportées par Gruter et 
par Spon prouvent que ces mêmes divisions se 
trouvaient aussi réunies pour l'administration civile 
et financière. Une de ces inscriptions porte : (( Proc 
(( (uratof) a rationibus pro<^finciœ Belgicœ et duarum 
<( Germaniarum ; » et l'autre : (( Proc. ration, prwa- 
(( tarum per Belgic. et duas Germanias . )) Ces in- 
scriptions se rapportent h l'époque dont nous trai- 
tons, et au temps où il n'existait encore qu'une 
seule Belgique et deux Germanies ; mais ces inscrip- 
tions sont de la fin de cette époque , et lorsque les 
sous-divisions de la Belgique commençaient déjà à 
être considérées comme des provinces distinctes et 
à en recevoir le titre. Enfin, vers l'an 58 de J.-C., 
nous voyons la Belgique gouvernée par un légat, 
tandis que la Germanie est soumise à des chefs 
militaires '. 

' Un de ces chefs, Lucius Vêtus, voulut faire construire un canal 
pour joindre la Saône, la Moselle et le Rhin; mais iElius Gracilis, 
légat de la Belgique, s'y opposa, et le canal n'eut pas lieu : donc leur 
juridiction était séparée. Voyez Tacite, Annal. y lib. xni, cap. 53, 
tom. n, p. i38, édit. de Brottier; tom. ii, p. 283, edit. Lem. Tacite 
parle dans cet endroit de la Germanie et de la Belgique comme de 
deux provinces distinctes; et dans son Histoire, lib. i, cap. Sg, 
tom. m, p. 88, edit. Lem., il dit aussi : « Valerius Asiaticus, Bel- 
« gicae provincise legatus. » 



320 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Les limites générales de la Gaule jusqu'à la fin 
de l'époque dont nous traitons s'étalent un peu 
reculées vers le nord , ainsi que je l'ai prouvé pré- 
cédemment; du reste elles ne varièrent pas, puisque , 
ainsi que je l'ai déjà observé , les Alpes grales , 
pennlnes , cottlennes et maritimes, sont mises par 
Pline et Ptolémée dans l'Italie : elles n'étaient donc 
pas réunies à la Gaule du temps d'Hadrien et d'An- 
tonln-le-Pleux, époque à laquelle Ptolémée écrivait. 

Jamais peut-être les armes romaines ne furent 
plus redoutables aux nations guerrières de la Ger- 
manie , que vers la fin du règne de Tibère, l'an 25 
de J.-C, après les découvertes de Drusus et de 
Germanicus , et lorsque enfin Domitius eut fait fuir 
les Barbares jusqu au-delà de l'Elbe qu'il traversa '. 
Tacite nous a conservé le détail des légions répar- 
ties à cette époque dans les différentes provinces 
de l'Empire "; et nous voyons que toutes les Es- 
pagnes étaient gardées par trois légions ; l'Afrique 
et l'Egypte, chacune par deux; qu'il n'y en avait 
que quatre dans tout le vaste pays qui s'étend de- 
puis la Syrie jusqu'à l'Euphrate, et qui compre- 
nait l'Albanie, l'Ibérie, et d'autres royaumes que 
la grandeur romaine protégeait contre les empires 
voisins; qu'il n'y en avait que deux dans la Moesie, 
sur les rives du Danube , et deux autres dans la 
Dalmatie; mais qu'il y en avait huit sur les rives 
du Rhin, destinées à contenir également les Ger^ 

■ Tacitus, Annal., lib. iv, cap. 44 '■ " Post exercitu flumen 
« Albim transccndit , longius penetrata Germania quam quisquc 
« priorum; easque ob res insignia triumphi adeptus est. » 

'' Taciliis, Ânnnl., lib. iv, cap. 5, tom. i, p. /joo, edit. Leni. 



PARTIE III, CHAP. II. 337 

LUGDUNENSIS SECUNDÀ, Lyonnaise seconde. 

Diocèses tle 

Metropolis cwit. Rotomagensiuni. Rouen. 

Civitas Baiocassium Bayeux. 

— Ahrincatum Avranches. 

— Ebroicorum, Evreux. 

— Sagioj'um Séez. 

— Lexovioram Lisieux. 

— Constantia Coutances. 

— Turonum Tours. 

— Cenomannorum Le Mans. 

— Redonum Rennes. 

— Andicavorum Angers. 

— JSamnetum Nantes. 

— Coriosopitiim Cornouailles. 

— Venelum Vannes. 

— Ossismorinn St.-Pol-de-Léon. 

— Diahlintum Jubleins. 

AQUITJNIA, rAquitaino. 

Nous venons d'en exclure cwltas Biliuigiun, qui, 
dans la dernière division des Gaules, devint la mé- 
tropole de l'Aquitaine première; mais à l'cpoqur 
dont nous traitons, l'Aquitaine, non encore divisée, 
formait , même après en avoir rctranclié les Bitu- 
riges , une très vaste province, el contenait les cité^ 
suivantes : 

Metropolis civitas Burdigalensium. Bordeaux. 
Tout porte à croire ([ue Bordeaux , qui , à l'é- 
po(|ue dont nous traitons , élail la ville la plus 

II. * (2 



338 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

considérable de toute l'Aquitaine , portait le 
titre de métropole. 

Diocèses de 

Cwitas Arvernorum Clerraont. 

— Kutenorum Rhodez. 

— Alhiensium Alby. 

— CadurcoruTTi Cahors. 

— Lemovicum Limoges. 

— Gabalum.. ..*.... Anterrieux. 

— Pellavorum Saint-Paul ien. 

— Agennensium Agen. 

— Ecolismensium Angoulême. 

— X Santonum Saintes. 

— Pictavorum Poitiers. 

— Petrocoriorum Périgueux. 

NOFEMPOPULANyJ , !a jVovempopulane. 

Metropolis civitas Elusatiiim Eause. 

Cwitas Aquensium Acqs. 

— Lactoratium Lectoure. 

— Convenarum St. - Bertrand- 

de-Comence. 

— Consorannorum Saint-Lizier. 

— Boatium Téte-de-Buch. 

— Benarnensium La vieille four, 

à l'est de Maslacq. 

— Aturensium Aire. 

— Vasatica Bazas. 

— Turba Tarbes. 

— Elloronensium Oloron. 

— Ausciorum Aucli. 



PARTIE III, CHAP. I. 321 

mains et les Gaulois : ainsi les Romains employaient 
presque autant de troupes pom- défendre les Gaules 
que pour garder toutes les autres provinces de 
l'Empire réunies. La plus grande partie de toutes 
ces forces devaient se trouver concentrées entre le 
Necker et le Majn , entre la Sieg et la Lippe , ou 
entre Bonn et Emerick, puisque, comme je l'ai déjà 
observé dans les autres parties du cours du Rhin, les 
Romains avaient formé des établissemens à l'orient 
de ce fleuve. 

B. — De la Gaule cisalpine. 

La Gaule cisalpine n'éprouva aucun changement 
dans ses divisions durant la période de temps dont 
nous traitons. Seulement après la mort du roi 
Cottius , qui eut lieu sous le règne de Néron , les 
États de ce prince furer^ réunis à l'empire Romain ' 
et à l'Italie. Ils formèrent une province particulière, 
qui porta le nom du roi qui l'avait gouvernée ; elle 
fut ensuite régie par un président ou un procurateur. 
Plusieurs inscriptions confirment ce que les auteurs 
anciens nous apprennent sur ce fait : une, entre 
autres, rapportée par Gruter ", porte : (( Procuratori 
H et prœsidi AlpiuTïi Cotti. » Dans une autre inscrip- 
tion, trouvée à Suse en 1782, on voit dénommé un 
certain Titus Cassius, prêtre flamine d'Auguste, de 
la ville d'Embrun et de la province cottienne. ff Tito 

' Voyez Sueton., Nero, i8, tom. ii, p. lyS, edit. Hase. — Aurel. 
Victor., de Cœs., cap. 5, p. 026, edit. ad usiini Delph. — Sextus 
Rufus, ap. Entrop., edit. Verheyk. — Amm. Marcellin., lih. xv, 
cap. 10 et II. 

" Gniter, p. 495, n" 7. 

ir. 21 



322 GÉOGRAPHIE A^CIENNE DES GAULES. 

M CassiOy quintumviro civitatis Ehrodunensis , jla- 

<( mini Âugustali, provinciœ Cottianœ ' . » 

Tacite nous apprend que l'empereur Néron con- 
féra le droit de villes latines aux peuples des Alpes 
maritimes'. Ce fut sans doute à celte époque, c'est- 
à-dire vers les dernières années du règne de Néron , 
qu'on en forma un district ou une province particu- 
lière. Tacite, dans son Histoire, en parle comme 
d'une province qui avait son procurateur particulier 
en l'an 69 de J.-C. ^ a Marius Maturus, dit-il , était 
(( alors procurateur des Alpes maritimes. Après avoir 
« rassemblé le peuple et surtout la jeunesse , il entre- 
« prit de repousser les partisans d'Othon des fron- 
ts tières de la province. » Mais, ainsi que je l'ai déjà 
observé, cette province et celle des Alpes graiœ ne 
furent réunies à la Gaule que postérieurement à 
Constantin '*. 

' Durandi , Notizia dell antico Ptemonte traspadano , part, i; 
Marca di Torino, p. 6&. — Sachetti, Memorie délia chiesa di Susa, 
p. 2-4. 

' Tacit., Annal. ^ lib. xv, cap. 32; édit. de Brottier, tom. ii, 
p. 219; — tom. II, p. 446, edit. Leni. 

' Tacit., Hist., lib. 11, cap. 12, edit. de Brottier, tom. m, p. 89; 
tom. m, p. i54, edit. Lem. — Id., Hist., lib. iii, cap. 42, tom. m, 
p. 3i4, edit. Lem. 

* Conférez Histoire générale de Languedoc, tom. i, p. 629, 
note 35. 



PARTIE IIÎ, CHAP. II. 323 



CHAPITRE IL 



Depuis l'an 80 de J.-C, époque de la mort de Vespasien, jusqu'à 
l'an 3Go après J.-C, époque du séjour de Julien-l'Apostat à Paris. 
Division de la Gaule transalpine en onze provinces. 

La clI\ision que nous aA^ons indiquée subsista de- 
puis le règne de Vespasien jusqu'au règne de Dioclé- 
tien ; il n'y eut dans cet intervalle aucun changement 
dans la géographie civile ou administrative des 
Gaules. Mais la révolte des Bataves, et les guerres 
qui eurent lieu avec les Germains, produisirent quel- 
ques révolutions physiques , et des altérations con- 
sidérables dans le territoire compris entre les em- 
bouchures du Rhin, où la terre et l'eau semblent 
se combattre, et qui semble avoir été destiné par 
la nature à ne jamais rester dans le même état. 
Le canal que fit creuser Corbulon , et qui prit par 
celte raison le nom defossa Corhulonis^ eut prin- 
cipalement pour but de prévenir les inondations : 
il dut diminuer considérablement la branche du 
Rhin intermédiaire qui conservait plus particuliè- 
rement le nom de Rhin. En effet, le terrain qui se 
trouve incliné vers le midi a dû produire un verse- 
ment partiel des eaux du Rhin, par cette coupure, 
dans l'embouchure du Wahal et de la Meuse réunis. 
La mesure qui nous est donnée' prouve que ce canal 
était peu éloigné du rivage, et qu'il aboutissait, 

' Tacit., Annal., xi, cap. 20, tom. 11, p. 43» edit. Lem. — Dio, 
lib. tx, p. 968, edit. Reim. 

" Dion dit que ce canal avait 170 stades. — Tacit., loco citato, dit 
25 milles romains, qui font 174 stades, qui donnent 2i,aPa toises 
Cette mesure est exacte entre les deux points indiqués. 



324 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
d'une part, à Lugdununi, Leyde, et de l'autre, au 
Flenium de la Table, qui est Vlaerdingen. Le bras 
du Rhin qui passait à Leyde, ou le Rhin proprement 
dit, avait dû être déjà considérablement réduit lors- 
que Cwilis eut rompu la digue que Drusus avait 
commencée, et qu'avait achevée Paulinus Pompeius, 
pour retenir les eaux du fleuve, qui tendaient à 
s'écouler vers le raidi dans la Meuse et le Wahal , et 
qui alors durent se précipiter de ce côté avec d'au- 
tant plus de violence qu'elles étaient retenues par 
un moyen factice : aussi ce fut d'abord par ce côté 
que les Germains pénétrèrent lorsqu'ils voulurent 
s'emparer des Gaules. 

J'ai dit que la division tracée dans le chapitre 
précédent subsista jusqu'à Dioclétien. En effet, 
ainsi que je l'ai déjà observé, Ptolémée , qui vivait 
sous Marc-Aurèle Antonin, ne divise la Celto-Ga- 
latie, c'est-à-dire la Gaule transalpine, qu'en quatre 
cparcliies ' ou provinces; l'Aquitaine, la Lyonnaise, 
la Belgique et la Narbonnaise. Cependant il place 
comme sous -divisions dans la Belgique les deuv 
Germanies. Spartianus * nous rapporte que Didius 
Julianus gouverna long-temps, et avec probité, la 
Belgique : « Didius Julianus Belgicam sancte ac 
u diu rexit. » Il nous dit aussi que Septimius Severus 
reçut comme légat le gouvernement de la Lyon- 
naise : « Lugdunensem provinciam , legatus , acce- 
(( pit ^ . » Eutrope dit que Tetricus, qui vivait vers 

' Voyez Ptolem,, lib. u, cap. 7, p. 49 (45). "^ 

' Spartianus in Didio Jiiliano, cap. i, p. 106, edit. Lipsiae, 1774» 

in-8°. — Rec. des Hist. de France, tom. i, p. 556. 

' Id-t in Sei'ero, cap. 3, p. ii5, edit. 17741 l'an de J-C. 186. — 

Voyez Hist. dr France, toin, i, p. 536. 



PARTIE III, CHAP. II. :i2r> 

l'an 264 , administrait l'Aquitaine lorsqu'il fut élu 
empereur : (( Aquitaniam prœsidis jure adminis- 
« trahisse ' . » Tetricus fut défait par Aurélien vers 
l'an 273 ; le jurisconsulte Paul , qui vivait à la fin 
du II" siècle , met Vienne dans la Narbonnaise : ainsi 
donc il est démontré que non seulement sous 
Auguste , mais même sous Tibère , sous Julien , 
sous Aurélien et plus tard , il n'y avait qu'une 
seule et unique Belgique, qu'une seule et unique 
Lyonnaise ou Celtique , qu'une seule Aquitaine , 
qu'une seule Narbonnaise : ce sont ces quatre pro- 
vinces que Velleius Paterculus appelle tractuni om- 
neni Galliœ provinciarum ; et les trois premières 
sont nommées très Galliœ , dans les médailles de 
Galba et dans le monument érigé à T^iducasses , 
Vieux , l'an 238 , en l'honneur de Titus Sinnius 
Solemnis ". 

Il est étonnant, malgré des autorités aussi évi- 
dentes, que Scaliger, d'Anville et beaucoup d'autres, 
aient persisté à croire que la Gaule se trouvait di- 
visée en six provinces sous le règne d'Auguste. 

Il paraît que ce fut Dioclétien qui érigea le pre- 
mier en autant de provinces séparées quelques sous- 
divisioijs de la Gaule, telles que les deux Germanies 
et plusieurs peuples principaux ; ceci semble prouvé 
par un passage de Lucius Cecilius où il blâme cet 

■ Vers l'an 271. Eutrop., lib. ix, cap. 10, p. 669, edit. Tzschuck ; 
p. 457, edit. Verheyk. — Ceci se trouve confirmé par Trebellius 
PoUio, cap. 24, de Tetrico seniore, p. 347, edit. Lipsiae, 1774, in-8». 
— Recueil des Hist. de France, tom. i, p. 559, et par Aurelius 
Victor, de Cœsaribus , cap. 55, p. 402, edit. ad usiim Delph. 

' Mém. des Antiq. de France, tom. vu, p. 294. 



326 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
empereur d'avoir morcelé les provinces : a Provinciœ 
quoque infrusta concisœ ' . >> 

Une inscription célèbre , relative h la réparation 
des murs de Fitodurus % qui est du temps où 
régnaient conjointement Dioclétien , Constance- 
Chlore, Maximien, Galère, c'est-à-dire vers la fin 
du iii^ siècle, constate l'existence de la provincia 
Maxima Sequanorum ou de la Grande -Séquanaise 
considérée comme province distincte , puisque cette 
province s'y trouve mentionné3. Quoique cette in- 
scription , qui est, ou était, à Constance, dans la 
chapelle de Saint-Biaise , ait été donnée comme sin- 
cère par Tschudi, l'un des plus respectables écrivains 
de la Suisse, cependant Bochat jette des doutes sur 
les trois derniers mots, et il se fonde à cet égard 
sur ce qu'Orose, qui écrivait dans le v^ siècle, fait 
mention de l'Aquitaine, de la Narbonnaise, de la 
Lyonnaise et de la Gaule belgique , sans dire un 
mot de la Séquanaise. Schœptlin, qui admet cette 
inscription comme vraie, mais qui prétend prouver, 
d'après Zosyme, que l'établissement de la province 
nommée Maxima Sequanorum n'a eu lieu que dans 
le iv^ siècle, en Siy, retranche aussi les trois der- 
niers mots PROV. MAX. SEQ. de notre inscription , 
et suppose qu'ils y ont été ajoutés ^ N'ous regar- 

' Lucius Cecilius, apud Lactaniium. — Voyez Labarre, Mtm. de 
l Académie des Inscript., tom. viii, p. 407. 

' Gruter, Inscript., p. 166. — Mémoires de V Académie, toni.viii, 
p. 416. — Bochat., Me'm. crit. sur VHistnire ancienne de la Suisse, 
tom. I, p. 426. — Haller, Heheiien unter den Rœmcrn , tom. 1^ 
p. 270. 

' Conférez Oiosios, Hist.. lib. xi, cap. 2. — Zosym., Hist. rom., 
lib. m, cap. 54- — Stumpf., Srhn-eizei-Climnik , lib. v, cap. 10. — 



PARTIE m, CHAP. II. 327 

dons , au contraire , comme très probable qu'une 
nouvelle division des Gaules eut lieu sousDioclétlen, 
vers l'an 292, lorsqu'il créa deux Césars pour ré- 
gner avec lui et avec Maximien, son ancien ami. 
Mais aucun monument connu, jusqu'à ce jour, ne 
nous indique d'une manière précise en combien de 
provinces Dioclétien divisa la Gaule : on doit seule- 
ment présumer que cette grande portion de l'Empire 
en occident éprouva encore de nouvelles subdivisions 
sous Constantin-le-Grand , qui sépara , dans le gou- 
vernement des provinces, le pouvoir civil du pouvoir 
militaire, et qui parait avoir créé les diocèses. 

D'après celte nouvelle division de l'Empire par 
Constantin, la Gaule transalpine, l'Espagne et l'île 
Britannique, ne formèrent qu'une seule préfecture, 
gouvernée par un préfet du prétoire. Le lieu de la 
résidence du gouverneur général , que Strabon 
nous apprend avoir été de son temps à Durocotorum, 
Reims, fut fixé à Augusta Trevirorum y Trêves, qui 
dès le temps de Mêla était déjà considérée comme une 
des principales villes des Gaules. Après la création des 
diocèses, cette ville devint la capitale de la Gaule, 
de 1 Espagne et de la Grande-Bretagne réunies '. 
Chacune de ces trois divisions formant un diocèse était 
gouvernée par un vicaire, sous les ordres du préfet. 
Le vicaire particulier des Gaules résidait à A relate , 
Arles : cette dernière ville fut donc dès lors consi- 

Plantui, Helvet. antiq. et nova, p. 64 et n^i. — Schaepflin, Alsatia 
illustr., tom. i. — Bochat, tom. 1, p. 5Qi. — Haller, Helvttien , 
tom. I, p. ay3. 

' Enim., Paiiepjricus in Constantinum , cap. xxji. — D. Bouquet, 
fiec. des Hist. de France, tom. i, p. yi6. — Voyez Codex Theodos., 
lom. II, p. 40.8, tom. IV, p. 670. 



328 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
dérée comme la capitale particulière du vicariat des 
Gaules; mais elle ii'aA^ait que le second rang, et cédait 
le premier à Trêves, qui lui était supérieure en qua- 
lité de capitale de la préfecture des Gaules, grande 
division de l'Empire qui , ainsi que nous venons de 
le dire, avec les Gaules , comprenait aussi l'Espagne 
et la Grande-Bretagne. Lorsque les peuples germains 
eurent envahi Trêves , le préfet du pratoire qui y 
faisait son séjour se retira d'abord à Autun , ensuite 
à Arles, où l'empereur Honorius, ainsi que nous le 
verrons , convoqua les députés des sept provinces des 
Gaules qui lui restaient encore : alors Arles se trouva 
la seule et unique capitale des Gaules, et, comme 
telle, eut le rang sur Vienne, capitale particulière 
de la province dans laquelle elle se trouvait située. 

Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique, dit* : 
« Lyon et Vienne, métropoles remarquables de la 
(( Gaule. » Ce passage , qui est inexact pour le temps 
de Marc-Aurèle, époque des événemens racontés 
nar Eusèbe, prouve qu'au temps où écrivait cet his- 
torien , sous Constantin, la Viennaise formait une 
province séparée de la Narbonnaise; et en effet, dans 
le concile d'Arles, l'an SiZjdeJ.-C, l'an g du règne de 
Constantin, les villes d'Arles, de Marseille, de Vienne, 
de Valson, d'Orange, sont données à la Viennaise. 

Vopiscus nous dit que les tyrans Procule et Eonose 
avaient attiré dans leur parti les Bretagnes, les Espa- 
gnes et les provinces de la Gaule narbonnaise, brac- 
catœ Galliœ provincias " : ceci semblerait supposer 

' Euseb., lib. v, cap. i, et dans D. Bouquet, Rec. des Hist. de 
France, tom. i, p. 5^i. 

" Vopiscus, in Probo,CA\\. 18, p. 427, edit. Leipzig, 1774, in-S", 
— D. Bouquet, Rec. des Hist. de France, tom. i, 54 1. 



PARTIE III, CHAP. II. 329 

qu'en 280 la province Narbonnaise se trouvait déjà 
divisée en plusieurs provinces, et nous avons prouvé 
le contraire. Il est évident qu'ici Vopiscus, de même 
qu'Eusèbe, s'exprime avec exactitude pour le temps 
où il écrivait , mais non pour celui des événemens 
qu'il raconte. * 

11 est fait mention de la Lyonnaise première ' 
dans une loi du Code théodosien , de l'an 5ig. 

Saint Hilaire, évéque de Poitiers, dans une lettre 
adressée aux évêques de toutes les provinces , en 
358 ', est le premier qui nous donne une division 
de toute la Gaule en plusieurs provinces, telle qu'elle 
fut établie du temps de Constantin , ou peu après ; 
l'inscription de cette lettre est ainsi conçue : 

(c Dominis et beatissimis fratribus et coepiscopis 
« provinciœ Germaniœ I , Germaniœ II ^ et I Bel- 
« gicœ , et Belgicœ II , et Lugdunensis I , et Liig- 
(( dunensis II , et provincice Aquitanicœ, et provin- 
« ciœ Novempopulanœ, et Narbonensisy plebibus, 
« et clericis Tolosanis . » 

Une inscription rapportée par Gruter, qui est de 
l'an 362 , et où Saturnin est nommé président de 
l'Aquitaiïie , vient à l'appui de la lettre de saint 
Hilaire, et nous prouve qu'il n'y avait à cette époque 

' Cod. Theod., toni. iv, p. Sa, edit. i665. Je dis de la Lyonnaise 
première, et non pas de la Lyonnaise seconde, comme l'avance à 
tort D. Bouquet, Préface des Historiens de France, tom. i, p. xv, 
qui rapporte aussi cette loi à l'an 3i2; mais cette dernière erreur 
est celle de Godetroy et non la sienne, puisqu'il la corrige dans une 
note à la page 746 du même volume. 

' Valesii Notitia Galliar. , p. 3oo. — D. Bouquet, Rec. des Hist. 
de France, p. xv de la Préface. La lettre s'adresse aussi au clergé 
d'Albion, ac provinciarum Britanniarum. 



330 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
qu'une seule Aquitaine : mais nous avons démontré 
l'existence d'une proifincîa ï^ienneasis ou d'une pro- 
vince Viennaise, ainsi que celle d'une Grande-Sé- 
quanaise , Maxima Sequanorum. Si , comme il est 
probable , ces diverses provinces avaient les mêmes 
limites que lors de la Notice de l'Empire, il en ré- 
sulte qu'à l'avènement de Julien-l' Apostat à l'empire, 
la Gaule se trouvait divisée de la manière suivante : 
je préviens que, dans cette énumération, je suivrai 
l'ordre de la lettre de saint Hilairef ce qui est très 
remarquable , c'est que cet ordre est presque le même 
que celui qu'Ammien Marcellin a adopté dans son 
énumération des provinc3s de la Gaule, quelques 
années après : je détaillerai, d'après la Notice ', les 
peuples qui étaient renfermés dans chaque province , 
et par conséquent les limites de ces provinces, puis- 
que celles des peuples qui les composent ont été 
déterminées précédemment dans cet ouvrage. 

GERMANIA PRIMA 
Dont la métropole et les cités sont : 

Diocèses de 

MetropoUs Mogunciacensium. . . . Majence. 
Cwitas Argentoratensium. . . . Strasbourg. 

— Nemetum Spire. 

— Vangionum Worms. 

GERMANIA SECUNDA. 

MetropoUs cwitas Agrippinensium. Cologne. 

— Tungrorum Tongres. 

' Voyez Gruter, p. 465. -^ Recueil des Hist. de France, toni. i, 
p. 122. — Guérard , Essai, \>. 12 et suiv. — Gronovius, Varia 
^eographica , p. 4o. 



PARTIE III, CHAP. II. 331 

BELGICA PRIMA. 

Diocèse» de 

Metropolis cwilas Treverorwn. . . . Trêves. 

Cwitas Mediomatricorurrij Mettis. Metz. 

— Leucorum, Tullo Toul. 

— Verodunensium Verdun. 

BELGICA SECUNDA. 

Metropolis cwitas Bemorum. . . . Reims. 
Cii^itas Suessionum Soissons. 

— Caiellaunorum Cluilons-sur- 

Marne. 

— J^eromanduoruTn. . . . St. -Quentin. 

— Âtrabatiun Arras. 

— Camaracensium Cambray. 

— Turnacensium Tournay. 

— SiU'anectum Senlis. 

— Bellouacorum Beauvais. 

— Amhianensium Amiens. 

— Morinum Terrouenne. 

— Bononensium Boulogne. 

Sous Dioclétien , la portion de la Belgique qui 
tant de fois avait été repeuplée par des Germains en 
reçut encore de nouveaux : parmi eux il y avait des 
peuples qui devaient bientôt y entrer en maîtres, 
s'emparer de la Gaule entière, et lui imposer un nou- 
veau nom. Eumène, dans son Panégyrique de Con- 
stance-Chlore, dit que des Chamaçes et des Frisiens 
avaient été transplantés dans les Gaules , et étaient 
devenus cultivateurs; et qu'enfin, par les ordres de 
Maximien, les champs incultes d^s Nerviens et des 



332 GÉOGRAPHIE ANCIENÎ^E DES GAULES. 
Trénriens , étaient fécondés par des Lètes et des 
Francs '. Ces colonies furent d'abord trop peu nom- 
breuses pour donner de nouveaux noms aux cantons 
qu'elles habitèrent. On doit fixer néanmoins l'éta- 
blissement de ces nouvelles colonies des Gaules, trop 
peu remarquées, vers l'an 295 et 294; 11 est probable 
que ces Lètes étaient une tribu de S armâtes ou de 
Sauromates , dont Ausone fait mention dans son 
poëme sur la Moselle , et qu'il rencontra au passage 
de la rivière Nava, la Nahe, qui coule dans le Rhin 
à Bingen. 

Arvaque Sauromatum nuper metata colonis '. 

Ce seraient alors les colons français qu'on aurait 

■ Ex Panegyrico Eumenii in Constantium , cap. ix et xxi. — 
Rec. des Hist. de France , tom. i, p. 'ji{. 

" Auson., Precatio , v. 3i, p. 292 (SSa). — Id., de Mosella, x, 
V. I et g, p. 298 et 299 (554), edit. ad usum Delph., lySo, 10-4°. — 
D'après la conjecture ingénieuse de l'abbé Dubos, il semblerait que 
le nom de Lœti, dérivé de lœtus, servait à désigner tous les peuples 
barbares, enrôlés au service de l'empereur romain, ou qui se trou- 
vaient naturalisés ou domiciliés dans l'Empire ; alors on ne doit 
plus être étonné de trouver dans différens endroits des Gaules les 
Laetes bataves, les Laetes teutons, etc.; cependant Zosyme dit, en 
parlant du tyran Magnence (Zosym., Hist., lib. ii, p. i34) : «H était 
« d'origine étrangère, et avait vécu parmi les Laetes, nation gau- 
« loise. « Ce passage, il faut le dire, l'abbé Dubos le rapporte avec 
une grande bonne foi, mais il ne l'explique pas, dans son système, 
d'une manière satisfaisante. — Dubos, Hist. critique de l'établis- 
sement de la Monarchie française dans la Gaule, tom. i, p. i4^- 
Il y a un passage d'Ammien Marcellin qui confirme celui de 
Zosyme, et qui démontre que les Lœti étaient un peuple particulier 
de la Germanie, puisque cet historien (lib. xvi, cap. 11), dit que 
les Laetes barbares surprirent Lugdunum dans la Batavie. « Laeti 
« barbari invasere Lugdunum incautam. » D. Bouquet {Rec. des 
Hist. de France, tom. i, p. 44^) observe très bien ([ue le mot Laeti 
ne peut se prendre ici },our un adjectif. 



PARTIE III, CHAP. II. 333 

transplantes chez les Nerviens; et c'est en effet chez 
les Nerviens, et dans les cités voisines, c'est-à-dire 
dans les cités ou les diocèses de Cambraj et de Tour- 
na j, que les Francs, attirés et soutenus sans doute par 
leurs compatriotes établis dans ces contrées, firent 
leurs premières conquêtes. 

Un ou deux ans après ces transplantation; des 
Francs dans la Gaule , Constance repoussa une trDupe 
de cette nation qui avait envahie la Batavie, et il 
transporta cette même année différentes tribis de 
Francs dans les Gaules pour cultivei' des terres mais 
il est probable qu'il leur conféra ces terres, pa^ l'in- 
capacité où il se trouvait de se défendre contrôleurs 
incursions '. 

On voit, ainsi que je l'ai dit précédemment, que le 
petit territoire des Morini fut subdivisé er deux 
cités. Dans quelques manuscrits de la Notic» il y a 
civitas Morinorum, id est Ponticum ou Pontiim. Ce 
Ponticum paraît être le Pontibus de l'Itiiéraire, 
f[ue les mesures déterminent àPonclies-sur-l'^uthie, 
et qui est certainement l'origine du nom de Pcithieu ; 
mais ces mots id est Ponticum sont évidemment 
une addition faite dans le moyen âge à (uelques 
manuscrits de îa INotice \ 

Civitas TurnacensiuTïi représente ici l'aicien ter- 
ritoire des Menapii, et civitas Cameracensum celui 
des JServii , dont Bagacum, Bavaie, étit la ville 
centrale. Ces deux diocèses étant préciséaent ceux 

' Eumen., Prnegyricus in Const. - D. Bouquet, î^c. des Hixt. 
(le France, tom. i, p. 716.. 

' Voyez Gronovius, Far. Qengr., p. 45. — Jiet des Ilisi. de 
France, tom. 11, p. •?. et 5. 



334 GÉOGRAPHIE ANCIENINE DES GAULES, 
dans lesquels furent principalement transportés les 
Chamauij les Frisii, les Siievi, les Lœti, les Franci, 
ne conservèrent plus, par cette raison, les noms des 
anciens peuples qui autrefois y dominaient. 

MAXIMA SEQUJNORUM, la Grande-Séquanaise. 

Qioique saint Hilaire n'ait pas fait mention dans 
sa le.tre de celte province , nous avons prouvé son 
existence depuis le rèi^ne de Dioclélien. L'inscrip- 
tion lelative aux murs de V ilodurus démontre que le 
nord de l'Helvétie appartenait à la Grande-Séqua- 
naise ,mais comme Ammien Marcellin ' place Aven- 
ticunxA'AWh la province des Alpes pennines, il y a 
tout leu de présumer que le raidi de l'Helvétie fut 
donné d'abord à cette dernière provii ce. L'Hel- 
vétie éail, sous Valens, entièrement réunie à la Sé- 
quanaie, puisque Eutrope ", qui écrivait à cette épo- 
que, dt en parlant de Jules César : (( 11 dompta les 
« Heh'ttii , qu'on appelle aujourd'hui Sequani. Is 
« primo vicit HehetioSy qui Sequani appellantur. » 

Diocèses de 

Metropdis civitas T^esontiensium. Besançon. 
Civiles Equestrium, Noiodunus. Nyon. 

— Ehitiorum , Aventicus. . Avenche. 

— Basiliensium Bâle. 

Castrun Vindonissense Windisch. 

— Ebredunense Yverdun. 

— Hauracense Augst. 

Portus ihucini. . Port-sur-Saône. 

■ Amm. Ma^ellin., lib. xv, cap. 1 1 , p. io4, edit. Vales., 1671, 
in-folio. — D. Bouquet, Rec. des Hist. de France, tom. i, p. 546. 
" Eutrope, U. vi, cap. 17, p. ?)64 , edit. Tzschuck. 



PARTIE III, CHAP. II. 335 

La position de portas Ahucini est prouvée par une 
vie manuscrite de saint Urbain, évéque de Langres, 
qui porte que saint Valier fut enterré à portum 
Bucinum; et saint Valier est précisément le patron 
du lieu nommé Port-sur-Saône '. 

Les positions de tous les autres lieux ont déjà été 
démontrées , et se trouvent toutes prouvées par les 
mesures des Itinéraires '. 

Dans presque toute l'étendue de la grande pro- 
vince des Sequani , la division ecclésiastique ne 
donne i\\ie de faibles éclaircissemens sur l'ancienne 
topographie et sur les limites des peuples. Lors de 
l'établissement de la féodalité , les divisions civiles 
se trouvant détruites, les archidiaconés et les dia- 
conés furent distribués sur un plan différent de ceux 
qui existaient auparavant : les pouillés des diocèses, 
dont les plus anciens ne remontent pas au-delà de 
quatre siècles, ne nous donnent plus la géographie 
de l'âge romain, et il faut s'aider d'autres moyens 
pour la retrouver '. 

LUGDVNENSIS PRIMJ , Lyonnaise première. 

Diocèses de 

Metropolis cwitas Lugdunensium. Lyon. 

Cwitas JEduoruTti Autun. 

— Lingonum Langres. 

Castrura Cahillonense Châlons- sur- 
Saône. 

Dunod , Hist. de Se'quanois , p. 20g, et Valois, Notice, p. 456. 

" Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. in de cet ouvrage. 

' Perreciot, Dissertation historique sur le comté d'Elsgau, dans 
TAlmanach du comté de Bourgogne, pour l'an 1789, in-i8, 
p. 97 à 198. 



336 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Castrum Matisconense Mâcon. 

Cwiias Senonum Sens. Nous ne 

donnons point ici à Sens le titre de 
métropole comme dans la Notice , 
parce que cette ville n'a pu être con- 
sidérée comme telle que lorsque les 
deux Lyonnaises ont été divisées en 
quatre provinces. 

— Carnotuni Chartres. 

— Autisioduruîïi Auxerre. 

. — Tricassium Troyes. 

— Aurelianorum Orléans. 

— Parisiorum Paris. 

— Meldorum Meaux. 

— Biturigum Bourges. 

J'ajoute cette dernière cité d'après l'autorité d'Am- 
raien Marcellin '. A la vérité, la Notice des pro- 
vinces de la Gaule, dressée vers l'an ^oi y restitue 
les Bituriges à l' Aquitaine ; mais il suffit de jeter 
les yeux sur la Carte pour juger que cette dernière 
province, avant d'avoir été divisée, se trouvait beau- 
coup trop étendue, comparativement aux deux Lyon- 
naises. Il est donc bien plus naturel de croire qu'on 
aura annexé à une des Lyonnaises , ou Celtiques , 
une des portions de l'Aquitaine, précédemment ôtée 
à la Celtique, que de penser qu'Ammien Marcellin, 
qui avait résidé long-temps dans les Gaules , ait pu 
commettre une erreur aussi grave. 

■ Ammian. Marcellin., lib. xa', cap. ii : « Lugdnnensem primam 
<f Lugdunus ornât, et Cabillonus, et Senones, et Biturigae, et mœ- 
« nium Augustudini magnitudo, vetustas. h 



PARTIE III, CHAP. II. 339 

PROVINCI A NJRBONENSIS, la Narbonnaise. 

Metropolis cwitas Narbonensium . . Narbonne. 
Cwitas Tolosalium Toulouse. 

— N emausensium Nîmes. 

— Lutevensium Lodève. 

— Castrum XJceciense Uzès. 

Je pense ^a Uceciense , Uzès, quoique qualifié de 
simple castrum, était à cette époque, et pendant la 
domination romaine , le chef-lieu d'un diocèse qui 
renfermait non seulement le diocèse d'Uzès, mais 
encore celui d'Alais , et je fonde mon opinion sur 
les considérations suivantes. Dans une lettre de 
Pascal II, à Bertrand, archevêque de Narbonne, en 
date de logg, on lit : 

(( Statuimus enim eidem ecclesiœ tuœque frater- 
« nitati lias civitates, Tolosam videlicet, Carcasso- 
« nam, Elnam, Biterrim, Agatherriy Magalonam. , 
n Nemausum, Euticam, Lugdouvem y dehitamsem- 
(i per exhibere obedientiani ' . » 

Le savant éditeur de ces lettres, dom Brial, ne 
sachant que dire sur Euiica, l'a omis dans son Index 
geograpliicus y et on ne trouve point ce lieu dans 
Adrien de Valois. Cependant il est évident, d'après 
la lettre de Pascal , qiiEutica doit être le chef-lieu 
d'un diocèse, de même que Lugdoiwem (Luteva), 
Nemausum, etc. En jetant les jeux sur la France 
ecclésiastique on aperçoit , mali^ré le peu de res- 
semblance du nom, qa Euticam n'est autre chose 
qul/cetia, Uzès, ou castrum Ucesiense. 

' Recueil des Hist.de France, tom. xv , p. i;; 



340 GÉOCxRAPHIE ANCIENiNE DES GAULES. 

L'article A'Ucetia , dans le Gallia christiana ', ne 
présente pas ce nom sous la forme que lui donne 
Pascal II , cependant on y voit que dans le moyen 
âge Ucetia se nommait aussi Ucetica. 

M. de Mandajors, dans un savant Mémoire sur les 
limites de la France et de la Gothie', prouve que 
le canton nommé Ucetica comprenait les diocèses 
d'Uzès et d'Alais, ou àiAresetmn; que ce dernier 
n'est qu'un démembrement du diocèse d'Uzès , et 
dans l'intérieur de ce canton ^Ucetica, se trouve 
un lieu nommé Euzet-Sainte-Croix, un peu au nord 
de Maurice-de-Caze-Vieille , dans le département du 
Gard ; on trouve aussi dans le même département, 
et dans le canton même d'Uzès , Saint-Michel 
d'Euzet. Ceci me fait croire que la leçon TLutica , 
dans les lettres de Pascal, est exacte, et que cette 
forme provient de l'ancien nom du canton nommé 
Usetica. Pour distinguer les lieux situés dans ce 
diocèse, ou canton, des autres qui portaient les mêmes 
noms de saints , on a ajouté le nom du canton, et on 
a dit Saint-Michel-Eusétique ou Usétique , Sainte- 
Croix-dans-l'Eusétique ou l'Usétiqiie. Ceci démontre 
qu'on a écrit autrefois Eusetica au lieu à' Usetica. 
jyEusetica, par contraction, est dérivé Euiica : 
ainsi l'on voit i^' Ucetia et Eutica, qui paraissent 
présenter une assez grande différence, sont cepen- 
dant les mêmes noms. 

Un simple coup d'oeil jeté sur une carte de la 
Gaule, lors de sa dernière division en dix-sept pro- 

' Gallia christiana , tom. vi, 

^ Mandajors, Mc'?n. de l'Acacl. des Inscript, et Belles-Lettres, 
,tom. VIII, p. 4^0. 



PARTIE III, CHAP. II. 341 

vinces , ou telle que l'a représentée d'Anville, suffit 
pour démontrer que la Narbonnaise, lorsqu'on en 
eut démembré une nouvelle province sous le nom de 
Viennaise, ne contenait pas la partie dont on forma 
depuis la Narbonnaise seconde, puisque alors elle eût 
été beaucoup trop i^rande pour la Viennaise , et 
aurait eu son territoire séparé en deux par le ter- 
ritoire de cette dernière province. La Narbonnaise 
seconde a donc évidemment été démembrée de la 
Viennaise, quoiqu'on n'en ait aucune preuve histo- 
rique. Cette dernière province renfermait, à l'épo- 
que dont nous traitons, les villes ou cités suivantes : 

PROVINCIA VIENISENSIS, la Viennaise. 

Diocèses de 

MetropoUs cwitas V^iennensium.. Vienne. 

Cwitas Genai>>ensiu7n Genève. 

— Gratiano polit ana. . . Grenoble. 

— Helviorum Alps en Vivarais. 

— Deensiuni Die. 

— Kalentinorum Valence. 

— Tricaslinoram Aoste en Diois. 

— Vasiensium Vaison. 

— Arausicoram Orange. 

— Cahellicorum Cavaillon. 

— Avennicoriun Avignon. 

— Arelatensium Arles. 

— Massiliensium Marseille. 

— Aquensiuni Aix. Cette ville 

n'a pu être érigée en métropole que 
lorsqu'on la prit à la Viennaise, avec 
toutes celles qui suivent, pour en for- 



34-2 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

mer une province distincte sous le nom 
de Narbonnaise seconde. 

— Aptensium. ..... Apt. 

— Eeiensium Riez. 

— Foro Juliensium. . . Fréjus. 

— J^appincensium. . . . Gap. 

— Segesteriorum. . . . Sisteron. 

— Antipolitana Antibes. 

Ainsi , à la fin de cette période , en l'an 36o , la 
Gaule transalpine se trouvait subdivisée en onze pro- 
vinces ; et comme, dans le même espace de temps, la 
Gaule cisalpine n'offre rien de commun avec la Trans- 
alpine, sous le rapport géographique, et ne présente 
même rien qui n'eût été déjà traité, si ce n'est l'éclair- 
cissement géographique de la table Véleïane, dite de 
Trajan, dont il sera question ci-après, nous conti- 
nuerons à suivre les changemens qui s'opérèrent 
dans les divisions de la Gaule transalpine, jusqu'à la 
chute de l'empire romain. 



PARTIE III, CHAP. III. a^*? 

CHAPITRE III. 

Depuis l'an 56o jusqu'à l'an Sôp. 

Lorsque Julien vint dans les Gaules, n'étant pas 
encore empereur, vers l'an 356 de J.-C. , ce pays était 
depuis un sii'cle le théâtre de guerres sanglantes où 
les Romains luttaient avec désavantage contre les 
Rarbares qui ravageaient et dépeuplaient ces con- 
trées, qu'une longue paix, et les bienfaits de la civi- 
lisation, avaient rendues si florissantes. Les peuples 
belliqueux de la Germanie s'étaient établis dans les 
environs des cités qu'ils avaient ruinées. Les mu- 
railles de quarante-cinq villes se trouvaient détruites, 
et plusieurs autres, 'quoique éloignées de la frontière, 
et des incursions des Rarbares, avaient été abandon- 
nées par leurs habitans, et étaient restées désertes '. 
La chute de l'empire d'Occident fut pendant quelque 
temps retardée par la valeur de Julien , et les sages 
précautions de Valentinien ' qui, en 565, fit construire 
beaucoup de forteresses sur le Rhin, dont les rives 
n'étaient plus suffisamment protégées par la terreur 
qu'inspirait le courage des légions romaines. Cin- 
quante ans plus tard , la domination des empereurs 
romains devait être pour jamais anéantie, et les 
Francs, les Rourguignons et les Wislgoths, devaient 

' Amm. Marcellin, lib. xiv, cap. lo, lib. xv, cap. 5,6,8, et 
seq. — Julianus, Epistola ad S. P. Q. Aiheniensem, Juliani inipe- 
ratoris Opéra, p. i"]"] ; edit. , Lips., in-folio, 1696. — Ex Veter. 
Panegyricis , in Panegyrico Marne rtini , cap. m et iv. 

' Zosymi , Hist , lib. iv, cap. n-i-i, p. 284, 299, edit. Heynii ;. 
Lipsise, 1784 , in-8''. 



344 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
imposer un nouveau nom à cette contrée, et substi- 
tuer aux divisions tranquillement établies par les 
sénalus-consultes et les décrets impériaux, celles qui 
résultaient des nouveaux États qui j furent créés 
par la force des armes, et qui, mal cimentés par le 
sang, le carnage et la désolation , essuyèrent tant de 
variations dans leurs limites, dans leur gouverne- 
ment , leurs lois et leurs mœurs. 

Cependant c'est pendant ce demi-siècle, qui nous 
reste à parcourir, que la Gaule reçut sa dernière 
forme, et subit ses dernières divisions. La dernière 
de toutes est en dix-sept provinces : elle est détaillée 
d'une manière exacte et précise dans la Notice des 
provinces de la Gaule, qui fut écrite à l'époque 
même de la chute entière de la puissance romaine 
dans les Gaules , à laquelle nous devons nous arrêter. 
Si cette dernière division , la seule que l'on trace 
sur les cartes, et qu'on décrive dans les traités de 
géographie de l'ancienne Gaule, est une des moins 
utiles pour l'étude de l'histoire, c'est la plus impor- 
tante pour les comraencemens de l'histoire moderne, 
et surtout pour la longue et ténébreuse série des 
siècles du moyen âge; car, ainsi que je l'ai déjà ob- 
servé, les dei;nières divisions, et les dernières déno- 
minations romaines, ont continué à se propager 
jus€[u'à nos jours , dans les diocèses et les divisions 
ecclésiastiques. Nous devons donc ne rien négliger 
pour présenter d'une manière exacte, et dans tous ses 
détails, cette dernière division, ainsi que celles qui 
l'ont immédiatement précédée. 

Mais non seulement, dans les derniers temps de 
la puissance romaine, il s'établit des divisions par- 



PARTIE m, CHAP. III. 345 

ticulières beaucoup plus nombreuses que celles qui 
avaient existé dans les siècles antérieurs, mais on vit 
naître des divisions générales auparavant inconnues. 

Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion d'obser- 
ver que les anciens, à commencer par César, par- 
lent souvent des Gaules en faisant abstraction de 
la Province romaine, ou Narbonnaise, qu'ils re- 
gardaient comme une division à part. L'Aquitaine, 
qu'ils trouvèrent habitée par un peuple entièrement 
différent des Gaulois du centre, avec lesquels les 
Belges, au nord, avaient une grande affinité, est 
aussi décrite par eux comme une division séparée. 
Nous en avons un exemple remarquable dès le temps 
de Strabon, qui décrit l'une après l'autre la Nar- 
bonnaise et l'Aquitaine, mais qui mêle ensemble la 
description des deux autres provinces de la Gaule. 
Nous allons voir qu'Ammien Marcellin semble sé- 
parer presque entièrement l'Aquitaine du reste de 
la Gaule; et, peu d'années après lui, nous verrons 
cette même Aquitaine, et la Narbonnaise, former une 
division entièrement distincte, qu'on désignait sous 
le nom des cinq provinces ou des sept provinces. 

Pour faire connaître les divisions de la Gaule à 
l'époque dont nous traitons , nous traduirons le 
texte même d'Ammien Marcellin , qu'on a trop lé- 
gèrement accusé d'erreur. Il avait fait la guerre 
dans les Gaules, et il est, après César, l'historien 
qui fournit le plus de notions géographiques sur ce 
pays. 

Mais je dois observer que l'Histoire d'Ammien 
Marcellin a été composée dans deux temps différens; 
en ciïèt, le début du \xvh« li>re nous prouve que 



346 GÉOGRAPHIE ANCIEINNE DES GAULES, 
tous les livres qui précèdent ont été terminés avant 
l'avènement de Valentinien à l'empire, c'est-à-dire 
avant l'an 364- Tous les autres , c'est-à-dire depuis 
le xxvii^ livre jusqu'au xxxi^ , sont écrits posté- 
rieurement à la mort de Valens , c'est-à-dire après 
l'an 58o. La description de la Gaule se trouve dans 
le xv^ livre : elle a donc précédé l'an 564- 

Voici , selon Ammien Marcellin ', les provinces 
que l'on comptait alors dans toute l'étendue des 
Gaules : 

I . (( La seconde Germanie , qui , bornée à l'ouest 
« par la première Germanie, renfermait Cologne, co- 
« lonia yëgrippina, et Tongres, Tungri, ainsi qu'un 
ff grand nombre de villes fortifiées et bien bâties. » 

A l'époque où écrivait Ammien, Toxiandria, Tcs- 
sender-Loo, était occupée par les Francs'. Cologne 
avait été presque entièrement détruite par les Bar- 
bares , c'est lui-même qui nous raconte ce fait , qui 
eut lieu vers l'an 556 \ Il n'était resté sur les bords 
du Rhin ni villes ni châteaux , excepté une tour près 
de Cologne. Ammien mentionne aussi à ce sujet 
Rigomagus y Rimagen , et Confluentes , Coblentz, 
qui étaient dans la Germanie première, et dans un 
autre endroit, Juliacum, Juliers ou Giulick"^. La 
position de tous ces lieux est déterminée par les 
mesures des Itinéraires ^, ainsi que celle de Trice- 

' Amm. Marcellin., lib. xv, c. 8, p. g5, et c. 1 1, p. 102, edit. Vales. 

' Id., lib. XVII, cap. 8, p. 170. 

^ Id., lib. XVI, cap. 5, p. ïi3. 

^ Id., lib. xvii, cap. 2, p. iSy. 

'' Voyez Vjdnalyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — Pour 
Rimagen, j'observerai que, dans le moyen âge, Rimagen est nommé 
Jiii^mnrh voyez. Valois, p. 477. 



PARTIE III, CHAP. III. 347 

sima à Alpen ; lieu près duquel Julien défit les Francs 
nommés Attuarii '. 

2. « La première Germanie , où l'on trouve, outre 
K plusieurs municipes , Mayence , Mogontiacus , 
i<. Vangiones , Worras, Nenietœ j Spire, et Stras- 
« bourg, Argentoratum , célèbre par la défaite des 
(( Barbares ^. » 

Nous voyons que Borhetomagus , Worms , et 
Noviomagus , Spire, n'étaient plus , dès ce temps, 
désignées que par les noms des peuples dont elles 
étaient les capitales. Le lieu nommé Très Tahernœ 
dans Ammien Marcellin ^ est évidemment le Ta- 
hernœ de l'Itinéraire sur la route à' yérgentoratum , 
Strasbourg , à Dwodiirum , Metz'^, lieu que les me- 
sures portent, à Elsâss-Zabern, en français Saverne. 
Il faut se garder de confondre ce lieu avec le Tahernœ 
de la route qui va le long du Rhin , qui est Rhein-Za- 
bern, et dont Ammien Marcellin fait aussi mention 
dans un autre endroit ^, avec Brocomagus , qui est 
Brumpt, et Saletio , Seltz : tous lieux de la Ger- 
manie première , dont les positions sont démontrées 
par les mesures des Itinéraires ^ . 

3. « Après ces provinces vient la Belgique première, 

' Voyez Ammian., lib. xx, cap. lo, p. '^54; Hb. xviii, cap. 2, 
p. 187. 

' Amm. Marcellin, lib. xv, cap. 11, p. io5. 
^ Id., lib. XVI, cap. 11, p. 107. 

* Voyez \ Analyse des Itinéraires , et toni. m de cet ouvi-age. 
' Ammian., lib. xvi, cap. 5, p. H2. 

* Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
De l'auti'e côté du Rhin et vis-à-vis de Mayence , étaient les Bucci- 
nobantes. Voyez Amm. Marcellin, lib. xxiv , cap. 4- — Valenti- 
nien avait fait construire une forteresse au confluent du Necker et 
du Rhin, voyez lib. xxviii, cap. 2, p. 5uo. 



348 GÉOGRAPHIE ANClENîsE DES GAULES. 

(( qui comprend Metz, Mediomatricos , et Trêves, 

« Trcviros y où les princes font leur résidence '. » 

Ces derniers mots font allusion aux préfets du 
diocèse des Gaules, dont la résidence était à Trêves, 
j'ai déjà observé que le diocèse des Gaules comprenait 
la Gaule transalpine, l'Espagne et la Grande-Bre- 
tagne réunies. Au livre xvi% Ammien Marcellin 
fait mention de Deceni Pagi % qui est Dieuse mo- 
derne , ainsi que le démontrent les mesures des 
Itinéraires pour la route ai Argentoratum , Stras- 
bourgs à Divodurum , ÎNIelz : ce lieu était chez les 
Mediomatrici. J'ai déjà dit que Calydona ^ devait 
être placé aux ruines près de Thionville et près 
de la forêt de Caldnoven ^. Scarpona ^ était sur 
les limites des Mediomatrici et des Leuci. Les 
mesures des Itinéraires portent la position de 
ce lieu à Charpaigne ; il est mentionné par Am- 
mien Marcellin et Zosjme , au sujet de la victoire 
de Jovinus, en 566. La Moselle a changé de cours, 
et en ôtant ce lieu au diocèse de Toul, elle l'a donne 
à celui de Metz. 

4. La seconde Belgique est limitrophe de la pre^ 
mière : « Parmi les villes remarquables que l'on 
(c y trouve, sont Amiens, Amhiani^ Châlons, Cata- 
(( launij, et Rheiras, Reini. » Ammien Marcellin, en 
parlant d'Amiens, dit (lib. xv) : Urbs inter alias 
ew.inens, ville qui est au nombre des plus éminentes. 

• Amni., lib. xv, cap. 11, p. io5. 
' Id., lib. XVI, cap. 5, p. iii. 

^ Id., lib. xxvH, c. 1, p. 475. — Voyez t. 1, p. 5 16, de cet ouvrage. 
^ Id., lib. xxvii, cap. 2, p. 476, ou toni. i, p. 455, de cet ouvrage. 
' Benoît, Hist. du diocèse de Toul, p. 11 et 12. — Amm. Marcell.;, 
lib XV, cap. Il, p. io5. 



PARTIE III, CHAP. HT. 349 

Dans l'étendue de cette division , Ammien Mar- 
cellin , dans le cours de son Histoire, a plusieurs fois 
occasion de mentionner Bononia \ Boulogne, 
comme le port où Ton s'embarquait pour la Grande- 
Bretagne : le nom de Gesoriacum n'était déjà plus 
en usage. Le port de la Grande-Bretagne où l'on 
abordait se nommait Rutupiœ, qui est Ricliborough\ 
5. u Chez les Séquanais sont Besançon, Bisontios, 
(( et Augst, RauracoSj, et plusieurs autres villes con- 
« sidéra blés. » 

C'est à tort que de Mouliiies ^ traduit Raïuacos 
par Basic. Ammien Marcellin est précisément le 
premier auteur qui fasse mention de Basic sous le 
nom de Basilia : ce lieu, peu d'années après, dans 
la Notice, porte le titre de ville, tandis que Augusta 
Rauracorum'* n'est plus mentionnée que comme 
un château , castruni Rauracense ^ : tant étaient 
rapides les changemens que les grands mouvemens 
des peuples, qui avaient lieu h cette époque mémo- 
rable, produisaient sur cette frontière de l'Empire. 
Schaepflin donne d'assez bonnes raisons'' pour placer 
la forteresse nommée Rohur par Ammien Marcellin, 
bâtie en 374 pai' Valentinien , sur le sol qu'occupe 
aujourd'hui la cathédrale de Basle, quoique d'autres 
auteurs veuillent placer ce lieu sur le sommet du 

' Amin. Marcellin, lib sxvii, cap. 8, 494- 

" Voy, ci-dessus, t. i, p. 45i-458, et Gossellin, Mech., t. iv, p. 88. 

' Amm. Marcellin, ou les dix-huit livres de son Histoire qui 
nous sont restés , traduits en français , 3 vol in- iv!. Berlin, 1775, 
tom. I, p. 166. 

* Voyez ci-dessus, tom. 1, p. 3i4, S'î^ et 523. 

'' Voyez Notitia provinc. Galliœ. — Recueil des Hist. de France, 
tom. I, p. 122. — Guérard, Essai, p. 21 et 22. 

*" Amm., lib. x\\, c. 3. — Schaepflin., Alsat. ilhistr., tom. i, p. 18t. 



350 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Jura , ou ailleurs que Bâle , mais de même sur les 
bords du Rhin. Argentoriaj à Artzeiiheim, mention- 
née aussi par Ammien Marcellin, se trouve déter- 
minée par les mesures des Itinéraires, sur les limites 
des Sequani et de la Germanie première ' . 

Il paraît certain , d'après ce que nous allons lire 
à la fin de ce détail des provinces d'Ammien Mar- 
cellin , que de son temps la proi^incia Maxima 
Seqiianorum ne s'étendait que jusqu'à la chaîne des 
Vosges, et qu'on avait compris Aventicum, Avenche, 
et presque toute l'Hélvétie , dans la province des 
Alpes graies et pennines : ces limites étaient très 
conformes à la géographie naturelle '. 

6. « La Lyonnaise première est illustrée par les 
M villes de Lyon , de Châlons , de Sens et de Bourges 
« (^Lugdununiy Cabillonas, Senones et Bituriges^, 
« ainsi que par Autun (^Augustodunum), dont les 
K murailles attestent encore l'ancienne grandeur. » 

J'ai déjà observé qu'on avait à tort accusé Ammien 
Marcellin d'erreur, pour avoir mis la ville de 
Bourges dans la Lyonnaise première, qui y fut pro- 
bablement pendant quelque temps réunie, parce 
que l'Aquitaine, ayant été la dernière subdivisée, 
se trouvait trop grande proportionnellement aux 
autres provinces. 

Dans un autre endroit de son ouvrage, Ammien 
Marcellin fait encore mention des vastes murailles 
d' Autun ruinées par le laps de temps, et en parlant, 

' Muller, Schweiz Gesch. , th. i, §. 80. — Ukert , Geogr. der 
Griech. iind Jiôm, tom. 11, p. 498. 

" Anini. Marcellin, lib. xxsi , cap. 10, p. 656; edit. Valerii. — 
Conférez ci-dessus, tom. 1, p. 59.3 et 556, et V^nalyse des Itiné- 
raires, toni. III de cet ouvrage. 



PARTIE III, CHAP. III. 351 

dans le même chapitre , de la marche de Julien , il 
mentionne ' successivement Arhor , Sedelaucus et 
Cora. Je pense que cet Arhor , qu'il ne faut pas 
confondre avec le lieu du même nom situé sur le 
lac Constance, mentionné aussi par Ammien Mar- 
cellin, peut être rapporté, avec quelque degré de 
vraisemblance, à Arbot-sur-Aube, dans le départe- 
ment de la Haute-Marne , arrondissement de Lan- 
gres. Sedelaucum est évidemment le Sidolocum de 
l'Itinéraire, dont les mesures, pour la route à'Au- 
gustodunum y Autun , 2i Ahallo , Avallon^ déter- 
minent la position à Saulieu moderne'. Pasumot^ 
a très bien démontré que Cora était situé h la Ville- 
Auxerre près Saint-Moré et non à Cure comme le 
croyait d'Anville : ainsi les gens du pays indiquaient 
deux routes à Julien pour se rendre plus au nord 
sur les bord du Rhin, l'une par Sedelaucum et 
Cora, c'était la route de Sens; l'autre plus directe, 
Y^^v Arhor , Arbot, c'était celle de Langres"^. 

7. « La Lyonnaise seconde, où se trouvent Rouen 
« ( Rotomagi ) , Tours ( Turini) , Evreux ( Medio- 
u lanum) et Troyes ( Tricassini). )> 

Dans le cours de son ouvrage , Ammien Marcellin 
mentionne encore Parisiis , Paris, lieu chéri par 
l'empereur Julien , et qui n'était encore qu'une 
très petite ville, Senonas , Sens, Autisiodurwn . 
Auxerre, toutes comprises dans cette division. 

8. Dans le commencement de sa description gêné- 

Amm. Marcellin, lib. x, cap. 11, p. iio. 
' Voyez M Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 
' Pasumot, Méni. Geogr. sur quelques Antiquités de la Gaule, 
Paris, in-12 , 1765 , p. Sj et suiv. 

■* Voyez ci-dessus, tom. 1, p. Sa i et 5a8. 



352 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
raie des Gaules , Ammleii Marcellin dit : u Les Gau- 
« lois nommés Celtes sont encore séparés des Belges 
u par la Marne (3'Jairo7ia) et la Seine { Sequana), 
H rivières également considérables qui traversent la 
«Lyonnaise, se joignent, puis entourent de leurs 
c( flots réunis la forteresse des Parisiens nommée 
(( Lutèce ( Parisioriim. castelliun Luteciam noniine)^ 
« et vont se perdre dans la mer près des Camps- 
(f de - Constance ( prope castra Constantia fun- 
(( duntur in mare^ '. » Cette description est très 
exacte ; mais comme il a plu aux modernes de voir 
dans les castra Constantia la ville de Coutances, 
nommée aussi Constantia , dont il n'est fait men- 
tion que dans le commencement du vi^ siècle, ils 
n'ont vu, dans ce que dit ici Ammien Marcellin, 
qu'ignorance , qu'absurdités et contradictions. Il 
était cependant bien facile de se rappeler que Fem- 
pereiir Constance, vers l'an i2g6 de J.-C. , dans 
une expédition contre l'Angleterre , fit transporter 
son armée par une flotte qui descendit la Seine '; 
il dut donc , à cette époque, faire construire un fort 
à l'embouchure de cette rivière, d'où ses troupes 
s'embarquaient, et un port pour contenir sa flotte. 
Tout porte à croire que ce fort ou ces castra Con- 
stantia étaient sur la côte méridionale de l'embou- 
chure de la Seine, où se trouve aujourd'hui Ronfleur. 

' Ainm. 3Iarcellin. , lib. xv, cap. ii, p. 102. 

' Le préfet du prétoire Asclepiodotus commandait cette armée. 
\ oyez Eunienius, Patie^yricus in Constajitium, cap. xv. — Recueil 
des Hifit. de France, tom. i, p. 714. « Prior siquidem Gesoriaceno 
« littore quamvis fervidum invectus Oceanum , etiam illi exercitui 
«tuo, quem Sequana in fluctus evexerat, irrevocabilem injecisti 
« mentis ardorem. » 



PARTIE III, CHAP. III. 353 

En effet, la Table nous fournit au nord une route 
qui se termine près de la mer par une position 
nommée Carocotinum, peu éloignée du Havre '. Au 
midi , l'Itinéraire et la Table s'arrêtent à Breviodu- 
rum, Pont-Autou. 11 est difficile de penser que le 
détour que fait cette route n'eût pas pour objet de 
communiquer avec une autre qui menait à un port 
de mer : ceci me porte à placer les castra Con- 
stantia d'AmmienMarcellin, près du port des Lexovii 
et du Nœomagus de Ptolémée, à Conteville, un peu 
à l'ouest d'Honfleur. Ce lieu est nommé Contavilla 
dans les titres du moyen âge; il est situé dans le 
pagus LismnuSy nommé encore aujourd'hui Lieuvin, 
et par conséquent chez les Lexovii '. Quoi qu'il en 
soit de cette conjecture , ce que je viens de dire 
suffit pour justifier Ammien Marcellin de l'erreur 
grossière qu'on lui attribuait. 

8. « Les Alpes graies et pennines ont, sans men- 
« tionner des villes plus obscures, Avenche, Aven- 
i< ticum, déserte à la vérité, mais qui a été autrefois 
« assez considérable, ainsi que le prouvent ses édifices 
« à demi ruinés ^ » 

L'inscription relative à la réparation des murs de 
Vitodurus y Ober-Winterthur, dont nous avons parlé, 

' Voyez M Analyse, des Itinéraires , tom. ni; et ci-dessus, tom. i, 
p. 585 et 096. 

' Voyez la Carte du diocèse de Lisieux, par d'Anville; Me'm. de 
la Socie'lc des Antiquaires de Normandie, tom. ix, et Longuerue, 
Description de la France, tom. i, p. 76. 

' Amm. Marcel!., lib. xv, cap. ii, p. 104. — Daus la Germanie 
les Lentienses habitaient le nord du lac Constance, et le district 
moderne nommé Linzgau. — Amm. Marcell., lib. xv, c 4, et lib. m, 
c. 40. — Conférez Leichtlen's, Schwaben , p. 206, et la Carte n° 5. 
II. 25 



354 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
prouve seulement que du temps de Dioclétien le nord 
de l'Helvétie appartenait aux Sequani ; mais nous 
voyons par Ammien Marcellin que si l'Helvétie avait 
été réunie en entier à la grande province des Séqua- 
nais, elle fut ensuite partagée lorsqu'on forma une 
nouvelle province des Alpes graies et pennines , 
Alpes gî^aice et penninœ , qu'on réunit à la Gaule. 
Cette nouvelle province , qui comprenait une par- 
tie de l'Helvétie, a dû être composée des cités sui- 
vantes : 

Civitas Ehitiorum , Açenticus . . . Avenche. 

— Centronum , D avant asia. . Moustier, en 

Tarantaise. 

— J^allensium , Octoduro. . . Martigny ou 

Martinach, en Valais. 

Ceux qui ont accusé Ammien Marcellin d'erreur , 
pour avoir attribué à la province des Alpes graies et 
pennines une partie de l'Helvétie, n'ont pas fait at- 
tention que, si cette nouvelle province avait été 
restreinte à la Tarantaise et au Valais , comme elle 
le fut peu de temps après, elle eût été ridiculement 
petite , comparativement aux autres provinces de 
la Gaule, qui n'avaient point été subdivisées, comme 
elles le furent depuis. Les limites de la province des 
Alpes graies et pennines étaient d'ailleurs , au temps^ 
d' Ammien Marcellin, très conformes à la géographie 
naturelle. Cette province se trouvait séparée, à l'ouest 
et au nord-ouest, de la Grande-Séquanaise par la' 
chaîne du Jura. Lorsque les Germains se furent empa- 
rés du nord de l'Helvétie et y eurent formé des éta- 
blissemens, la Séquanaise, rétrécie par cette con- 



1 



PARTIE III, CHAP. III. 355 

quête, fut augmentée de tout le midi de l'Helvétie, 
et Aventicunij Avenche , s'y trouva compris. La 
Séquanaise formant un commandement militaire cl 
une des provinces frontières de l'Empire, ce chan- 
gement était nécessaire pour lui conserver le rang 
qu'elle occupait, et que n'aurait pu remplir une 
province aussi peu étendue, aussi peu peuplée, que 
les Alpes graies et pennines, avec des limites aussi 
resserrées que celles qu'elle a depuis reçues. 

« Telles sont (dit Ammien Marcellin ) les pro- 
« vinces et les principales villes des Gaules. » 

Ces mots sont remarquables: Amimien Marcellin 
a commencé par annoncer qu'il allait décrire les 
provinces de toute la Gaule , per oninem amhitum 
Galliarum, et il termine ici en disant: « Hœ provin- 
ciœ urbesque sunt splendidœ Galliarum : )) puis il 
passe ensuite à la description de l'Aquitaine et de 
la Narbonnaise , ce qui prouve bien qu'il séparait 
ces deux portions du reste de la Gaule, c'est cette 
division qui a depuis été désignée tantôt sous le 
nom des cinq provinces, et tantôt sous celui des 
sept provinces. Ce qui le prouve , c'est que la Notice 
de l'Empire termine de même l'énumération des 
provinces Gallicanes par celle des Alpes graies et 
pennines , et décrit sous le nom des sept provinces 
la Viennaise et la Narbonnaise. 

« Dans l'Aquitaine , qui est du côté des Pyrénées , 
H et cette partie de l'Océan qui touche à l'Espagne , 
(( on trouve : 

9. (( La province Aquitanique , qui renferme de 
« grandes et belles cités, parmi lesquelles, sans par- 
(f 1er de beaucoup d'auties, Bordeaux, Burdigala ^ 



356 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
« et Clermont , Aiverni , se font particulièrement 
(( remarquer, ainsi que Saintes, Santones , et Pol- 
« tiers , PiciM'i. 

10. ((La Novempopulane, qui se glorifie d'Auch, 
jéusci , et de Bazas, T^asates. 

1 1 . « Bans la Narbonnaise se trouvent renfermées 
« INarbonne, Narhona, et Toulouse, Tolosa, qui en 
« sont les principales villes. » 

Ceux qui sont familiarisés avec le latin souvent 
barbare d'Ammien Marcellin liront sans difficulté : 
(( in Narbonensi clusa est Narhona et Tolosa, prin- 
« cipatuni urhium tenentj n ainsi qu'il est écrit dans 
les premières éditions de cet auteur et dans les ma- 
nuscrits. En substituant Elusa à clusa on a encore 
attribué à Ammien une erreur qu'il n'a point com- 
mise, puisque ^/ii^a,, Eause, était dans la Novem- 
populane , qu'il distingue formellement de la Nar- 
bonnaise. Il n'est pas vrai que, dans la Table de 
Peutinger , le copiste ait mis Clusa pour Elusa ainsi 
qne l'avance, dans sa note, Valois, pour justifier la 
correction qu'il fait subir au texte d'Ammien '. 

12. (( La Viennaise est décorée par un grand 
(( nombre de villes, dont les principales sont Vienne, 
« Vienna, Arles, Arelatœ , et Valence, T^alenùa; 
(( auxquelles on joint Marseille, Massilia^ dont l'al- 
(( liance a souvent été utile aux Romains dans des 
« circonstances périlleuses. 

H Près de Marseille sont les Salluviens, Salluvii , 
(( Nice, Nicœa, Antibes, Antipolis , et les îles Stoe- 
(( chades, insulœ Stœchades. » 

' Voyez Amin. ÎMarccllin., lib. xv, cap. ii, p. io4, cdit. Yalesii, 
in-folio, 1681, p. 104. 



PARTJE III, CHAP. lil. 3ô7 

Il semble d'après ces derniers mots que l'on com- 
mençait, du temps d'Ammien Marcellin, à joindre à 
la Gaule le district montagneux si long-temps réuni 
à l'Italie, qui depuis forma une province particulière 
sous le nom d'Alpes maritimes. Cependant nous ap- 
prenons d'une manière certaine qu'à l'époque où 
Ammien écrivait la description qu'on vient de lire, 
la Gaule se trouvait seulement divisée en douze 
provinces. 

Ce fut vers ce temps que l'Allobrogie commença 
à perdre son nom antique , pour prendre celui de 
Sapaudia y dont on ignore l'étymologie. Ammien 
Marcellin est le premier qui en fasse mention; il dit 
en décrivant le cours du Rhône : a Per Sapaudiam 
njerlur et Sequanos '. » On retrouve ensuite deux 
fois le nom de Sapaudia dans la Notice de l'Em- 
pire ; et enfin dans le moyen âge cette dénomina- 
tion devint si générale, qu'elle fit disparaître celle 
d'Allobrogie. La Chronique de Prosper Tyro, sous 
l'an 4'^5 ', fait mention de la Sabaudia', et dans le 
partage des États de Charlemagne , en 806 , il est 
(juestion de la Saboja, qui s'y trouve distinguée de 
la Maurienne et de la Tarantaise, et du montCenis \ 
Mais l'Allobrogie, en prenant le nom de Sapaudia, 
au lieu de restreindre ses limites, comme l'ont pensé 
Valois et d'Anville, les agrandit encore, si, comme 
on n'en peut douter, V Ebrudiinum Sapaudiœ de la 

' Amm. Marcellin, lib. xv, cap. 1 1 , p- io5. 

* Prosperi Tyronis, Chronicon. — Recueil des Hist. de France , 
loni. !, p. 596, a° 20. 

^ Car. M. Chart. divis. iinp., dans Eginharli Fita Caroli Mngni , 
édit. de Bredovv ; Helmslad, in-i2, i8o6, p. i55; et D. Bouquet,, 
jRecucH des Hist. de France , tom. v, p. 771. 



358 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Notice ' de l'Empire est Iverdun. Alors la Sapaudia^ 
vers le nord, renfermait cette partie de l'Helvétie, 
comprise entre le Jma , le lac Léman et le lac de 
Neuf-Châtel. Mais il ne paraît pas que, vers le midi , 
l'Allobrogie, sous le nouveau nom de Sapaudia, eût 
rien perdu de son territoire , lorsqu'elle fut cédée 
aux Bourguignons en 44^» puisqu'en 52o elle con- 
finait encore à la Provence '. Lors du partage de 
l'empire de Charlemagne, en 806, la Saboia avait 
encore ses anciennes limites , et si elle se trouve 
distinguée de la Maurienne et de la Tarantaise , c'est 
que les Centrones et les Medulli n'ont jamais fait 
partie de l'Allobrogie. D'Anville a donc eu tort de 
restreindre ce nom de Sapaiidia à la partie septen- 
trionale de l'Allobrogie, et Valois se trompe lors- 
qu'il croit que cette ancienne province de Savoie 
se léduisait aux limites du duché moderne qui 
porte ce nom. Ce n'est que dans le x* siècle qu'on 
vit la Sapaudia subdivisée en plusieurs comtés par- 
ticuliers, savoir ; la Savoie propre, le Génevais, le 
comté de Grenoble , etc. 

On n'a point, ce me semble, rendu raison de cette 
extension de la Sapaudia au-delà des limites de 
l'Allobrogie, et pourquoi cette division empiétait sur 
l'Helvétie et la Séquanaise. Cette extension, selon 

' Notitia dignitatum imper, roman., sect. 65, p. 121, édit. de 
Labbe, in-12, i65i, ou jj. ijg, verso, edit. Paacirol., 1608, in-fol. 

'Voyez Durandi , Notizia deW nnlico Picmonte traspadano , 
pai't. 1, p. 66; et les autorités qu'il cite, dont les principales 
sont la lettre lxx* d'Avitus , alors évèque de Vienne , à Sigis- 
mond, dans Sirniond , Opéra varia, toni. 11, col. 3. — Muratori, 
Rerum ital., tom. 1, part. 11, p. 11 5. — La Charte d'Humbert , 
évêque de Vienne, en 991 , dans Salvaing, de l'Usage des fiefs, 
ch. 33, p. i^o 



PARTIE III, CHAP. III. 359 

nous, provient d'une division militaiie qu'on trouve, 
dans la Notice de l'Empire, désignée sous le titre 
de province, et nommée Gaule riveraine, pronncia 
Gallia riparensis. Ce commandement, qui com- 
prenait tout le pays à l'occident du Rhône ou toute 
la Viennaise , concernait les flottilles stationnées 
sur ce fleuve à Arles, à Marseille, sur les lacs de 
Genève et d' Yverdun , sur les rivières qui en dépen- 
dent ', et sur l'Isère, à Grenoble \ Lorsqu'on vou- 
lait parler de la partie nord de* cette division, le mot 
d'AUobrogie devenait insuffisant; le nom de Sapau- 
dia, qui seul exprimait la chose que l'on voulait 
désigner, dut nécessairement prévaloir. 

' Notitia dignitatum imperii romani, §. 65, p. i2i, edit. Labbe, 
ou p. lyg, verso, edit. Pancirol., 1608, in-folio. 

* « Praefectus classis Barcariorum , Ebruduni Sapaudiae. Tribu- 
« nus cohortis primae Flaviae, Sapaudiae Calaronae. » [Cularone.] 



360 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
CHAPITRE IV. 

Depuis l'an 369 jusqu'en 38i après J.-C. 

Quatre ou cinq ans après l'époque que nous avons 
fixée pour la description d'Aramien Marcellin, Sex- 
tus Rufus indique quatorze provinces dans les Gau- 
les , au lieu de douze que nous trouvons dans Am- 
mien Marcellin. Dans ce court intervalle de temps 
on avait divisé l'Aquitaine en deux provinces , en y 
réunissant la cité des Bituriges^ Bourges, qui en avait 
été détachée, et le district des Alpes maritimes , qui 
avait été réuni à la Gaule, et avait formé une pro- 
vince nouvelle. Dans son énumération, Sextus Rufus 
suit un ordre inverse de celui d'Ammien ; mais on ne 
doit pas oublier d'observer qu'il distingue de même 
la Gaule de l'Aquitaine. Voici comme il s'exprime : 

(( Il y a dans la Gaule (c'est-à-dire dans la pré- 
ce fecture des Gaules) , en y comprenant l'Aquitaine, 
(f et les Bretagnes , dix- huit provinces. Sunt in 
« Gallîa_, cuni Aqidtania et Britanniis , deceni et 
« octo provinciœ ' : 

I . Alpes maritimce j 

1 . Provincia Narbonensis , 

3 . Kiennensis , 

4. Aquitaniœ duce , . . . . i 
5 2 

• Breviarium Sexti Rufi , dans l'Eutrope de Verheyk, p. 701. 
C'est la seule édition savante que je connaisse de ce petit ouvrage 
très intéressant pour l'histoire et pour la géographie , qui méri- 
terait d'être imprimé à part avec un ample commentaire. 



PARTIE III, CHAP. IV. 361 

6. Novempopulana y 

7. Lugdunenses duce , . . . i 

8 2 

g. Alpes Graiœ , 

10. Maxima Sequanorum, 

1 1 . Germaniœ duœ , i 

12 2 

i5. Belgicœ duœ 1 

14 2 » 

L'île de Bretagne ou l'Angleterre moderne est di- 
visée en quatre provinces , ce qui forme le nombre 
de dix-huit provinces annoncé par Rufus pour ces 
deux pays réunis. 

Comme il y a tout lieu de présumer que les terri- 
toires des Alpes maritimes, et des deux Aquitaines, 
étaient les mêmes à l'époque de leur formation 
que lorsqu'on dressa, trente ans après, la Notice de 
l'Empire , nous donnerons , d'après cette Notice , 
comme nous l'avons fait précédemment pour les au- 
tres divisions, la liste des cités qui composaient ces 
trois nouvelles provinces : ce qui en déterminera 
l'étendue et les limites. 

PROriNCIJ JLPIUM MJRITIMARUM. 

Diocèses de 

Melropolis cwitas Ebrodunensium. Embrun. 
Civitas Diniensium Digne. 

— Rigomagensium Chorges '. 

— Sollinensium Castellane '. 

— Sanitiensium Senez. 

• Voyez ci-dessus, tom. i , p. 53get54o. 

' V. ci-dessus, t. IL, p. io5, et D. Bouquet, Hisl. de Fr., t i, p. 84. 



362 GÉOGIUPHIE AJNCIEWJNE DÉS GAULES. 

Diocèses de 

Civitas Glannatwa Glandève. 

— Cemmelenensiuin Cimiez, 

— Vintiensium Vence. 

AQUITANIA PRIMA. 

Metropolis civitas Biturigum. . . . Bourges. 

Ci^fitas Arvernorum Clermont. 

— Rutenorum Rhodez. 

— AlbiensiujYi Alby. 

— Cadurcorum Cahors. 

— Lemovicum Limoges. 

— Gabalum Anterrieux'. 

~ Vellavorum St.-Paullen. 

AQUITANIA SECUNDA. 

Metropolis civitas Burdigalensium. Bordeaux. 

Civitas Jgennensium Agen. 

— Ecolismensium Angoulème. 

— Santonum Saintes. 

— Pictavorum Poitiers. 

— Petrocoriorium. ... . . Périgueux. 

On voit que par ce changement on enleva à la 
Lyonnaise première toute la cité de Bourges, portion 
de l'ancienne Aquitaine, qu'on lui avait annexée pour 
la dédommager des peuples qu'on en avait précédem- 
ment retranchés. Si donc on ôte la cité de Bourges 

' Sous ce nom sont compris les diocèses de Saint-Flour et de 
Mende. — Conférez ci-dessus, tom. i, p. 55o à 355, et mes Re- 
cherches sur la Géographie ancienne et sur celle du moyen âge, 
1822, in-4°, p. I à 45, ou Hist. et Mém. de l'Institut royal de 
France, Acad. des Inscript, et Belles-Lettres, tom. v, p. 386 à ^iS. 



PARTIE III, CHAP. IV. 363 

(le la liste des cités que nous avons données précé- 
demment à la Lyonnaise première, on aura l'étendue 
et les limites de cette province pendant l'époque dont 
nous traitons. L'étendue et les limites des autres pro- 
vinces ont été déterminées précédemment. 

En voyant encore le détail des nouveaux partages 
dans les chapitres qui vont suivre, le lecteur deman- 
dera peut-être quelle était la raison de ces fréquentes 
subdivisions que l'on voit se succéder dans les Gaules 
avec tant de rapidité, durant les derniers temps 
de la chute de l'empire romain en occident. La 
voici. Les empereurs se trouvant incapables de ré- 
sister au torrent de Barbares qui, de tous cotés, fai- 
saient des irruptions dans l'Empire , se virent forcés 
de céder , ou d'abandonner plusieurs des provinces 
qui en faisaient partie : pour se consoler de ces per- 
tes, ils subdivisaient les provinces qui leui" restaient, 
afin d'avoir l'air de régner toujours sur un même 
nombre de provinces , et aussi afin de se procurer 
un prétexte pour augmenter les impôts. Claudien, 
dans son invective contre Eutrope, se plaint de ces 
mesures désastreuses, enfantées par l'avidité, et par 
un misérable orgueil. Il introduit l'Orient, qui dit : 
« La cour ne s'occupe que de danses et de festins f 
« elle oublie dans les jouissances de ce qui lui reste 
« le souvenir de ce qu'elle a perdu. Pour que le 
« trafiqueur de l'Empire mutilé n'éprouve pas de 
« diminution dans ses revenus, la province qui reste 
« est partagée, et supporte à elle seule le fardeau 
« d'un double tribunal, et d'un double impôt. C'est 
« par cet art qu'on nous rend les peuples qui ne 
« sont plus sous noire dépendance! C'est ainsi que 



364 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

H le nombre de nos pertes accroît le nombre de nos 

« tyrans ! » 

jéula choris epulisque vacai , nec perdita curant ; 
Dum superest aliquid. Ne quid tamen , orbe reciso , 
Vendilor amittat , provincia quœque superstes 
Dividitur, geminumque duplex passura tribunal 
Cogiiur alterius pretium sarcire perempiœ : 
Sic mihi restituunt populos '. hac arte reperta, 
Rectorum numerum, terris pereuntibus , augent '. 

C'est durant la période de temps qui fait l'objet 
de ce chapitre qu'on vit naître aussi la distinction 
des ciîiq provinces , et des sept provinces comme di- 
visions distinctes des Gaules proprement dites. Le 
plus ancien monument où il soit fait mention des 
cinq provinces est le concile de Valence, de l'an 574 *• 
Dans sa lettre sjnodique, ce concile s'exprime ainsi : 
<( Aux bien-aimés frères évêques, établis par les Gaules 
«et les cinq provinces.» L'empereur Maxime écrit 
en 585, au pape Sirice, qu'il établira un synode, ou 
de toutes les Gaules, ou seulement des cinq provinces ". 
Une loi des empereurs Arcadius et Honorius , de 
l'an 3gg , est adressée à Proclien, vicaire des cinq 
provinces ^. Enfin les évéques du concile de Turin, 
en 401, adressent leur lettre synodique ^ « aux évé- 
« ques établis dans les Gaules et dans les cinq pro- 
« vinces j » mais la Notice des Gaules, qui fut 

' Claudiani, Poemata , xx , 584, tom. 1, p. 610, edit. Artaud. 

" Dom Bouquet, Préface de la Collect. des hist. de France , 
tom. I, p. XVII. 

' Dom Bouquet, Recueil des Hist. de France, loco citato. 

^ Voyez Codex theodosian. , edit. Lugd., in-folio, i665, tom. vi, 
p. 280 Ann. 3gg, — et Recueil des Hist. de France, tom. i, p. yôS. 
— Voyez Symmachus, lib. iv , Ep.^ 36. 

' Sirmondus, tom. i, Concil. Galliœ, p. 27. — Recueil des Hist. 
de France , tom. 1, p. 774. 



PARTIE III, CHAP. IV. 365 

dressée peu après, divise toute la Gaule en provinces 
Gallicanes et en sept provinces '. La Notice nomme 
ces sept provinces ; ce sont : la Viennaise , l'Aqui- 
taine première, l'Aquitaine seconde, la Novempo- 
pulane , la Narbonnaise première , la Narbonnaise 
seconde, et les Alpes maritimes. Or, comme nous 
avons vu que du temps d'Ammien Marcellin et de 
la lettre du concile de Valence , l'Aquitaine et la 
Narbonnaise n'étaient pas encore divisées en deux , 
il s'ensuit que ces sept provinces n'en formaient 
que cinq, et il est démontré que les sept provinces 
sont les mêmes que les cinq provinces, qui avaient 
été partagées. Il est évident aussi que cette dénomi- 
nation des cinq provinces n'a pu avoir lieu qu'a- 
près la formation de celle des Alpes maritimes , 
qui n'existait pas à l'époque où Aramien Marcellin 
a écrit sa description ; et c'est sans doute parceque 
cette province venait d'être créée, que Sextus Rufus 
commence par elle son énumération des douze pro- 
vinces de la Gaule. L'usage de désigner les Narbon- 
naises, les Aquitaines , la Viennaise, la Novempo- 
pulane et les Alpes maritimes, par le nom des sept 
provinces, se retrouve encore dans des moimmens 
postérieurs à la Notice. Ainsi le pape Zosjme re- 
connaît cette division dans la lettre qu'il écrit , en 
417% à tous les évêques établis dans les Gaules et 
dans les sept provinces. L'empereur Honorius, dans 
sa constitution de l'an 4^^? adressée à Agricola, 

' Notilia provinc. Galliar., dans le Recueil des Hist. de Fiance ^ 
tom. I, p. 125 et i'24. 

' Zosymi papae Epistola nd episcopos Gallice, apud Sirmondum, 
loin. I, Concil. Gnl/iœ, tom. 1, p. 9.7. 



3GG GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
piél'et des Gaules, ordonne aux sept pjoifinces de 
se trouver à Arles tous les ans ' . 

Cependant on a objecté que , dans la Notice des 
dignités de TEmpire, que les uns rapportent au règne 
de \ alentlnien III, en 4^5, d'autres à l'an 4<^4> '1 ^^'' 
question de l'intendant des finances et de l'intendant 
particulier des cmq pi^o^^inces "" ; vavàs alors les Gotlis 
s'étaient déjà rendus maîtres de deux de ces sept 
provinces , savoir : la seconde Aquitaine , et la 
Novempopulane ^ On avait donc raison de désigner 
ce qui restait de la Gallia hraccata, par le nom des 
cinq provinces, puisqu'il n'en restait en effet que 
cinq. 

Il est probable que lorsque la première Aquitaine 
se fut soulevée et eut formé pendant quelque temps 
un État indépendant, sous le nom d'Armorique , 
on substitua la Lyonnaise premièreà l'Aquitaine dans 
le nombre des sept provinces; du moins Hincmar, 
qui vivait sous Louis-le-Débonnaire , en parlant de 
l'édit d'Honorius de l'an 4iS, nomme les sept pro- 
vinces, et dans sa liste il inscrit la Lyonnaise, et ne 
parle pas de la première Aquitaine. L'abbé Dubos 
rapproche de ce passage d'Hlncmar l'édit d'Honorius 
où cet empereur s'exprime ainsi : (c Nous voulons 
(( encore que nos officiers qui administrent la justice 
« dans la Novempopulane et dans la seconde Aqui- 
K talne , celles des sept provinces qui sont les plus 

' Sirmondus in Notis ad Sidonium, p. 245. — Rec. des Hist. de 
France, 1. 1, p. 766. — Ch. Giraud, dans la Notice sur Fabrot, p. ig(i. 

' Notifia dignit. imper, rom. ,§.42, p. 85 de l'édit. de Labbe, 
et sect. 45, p. 87. — Recueil des Hist. de France, tom. i, p. 126 
et 127, — Bôcking, Ueher die Notitia dignit. , Boun, i854, p- 121. 

^ Idatii, Chronicon., an 419. — fiec. des Hist. de Fr.. t. i, p. 616. 



PARTIE m, CHAP. IV. 367 

« éloignées d'Arles w Or, dit l'abbé Dubos, pour 

que la Not^empopulane et la seconde yéquitaine 
fussent, parnii les sept provinces, les plus éloignées 
d'Arles , il fallait que la première ne fût point com- 
prise dans ce nombre , puisque Bourges et les 
extrémités de la première Aquitaine sont plus loin 
d'Arles que la seconde Aquitaine , et la Novempo- 
pulane '. Ce raisonnement n'est point exact ; plus 
de la moitié de toute la première Aquitaine se trou- 
vait plus rapprochée d'Arles que les frontières de 
la Novempopulane et de la seconde Aquitaine , les 
plus proches d'Arles. Ces deux dernières provinces , 
se trouvant au-delà de la première Aquitaine par 
rapport à Arles , étaient , en les prenant en masse , 
plus éloignées qu'elles de cette capitale des Gaules. 
Tout porte à croire qu'en 4iS> époque de l'édit 
d'Honorius, les sept provinces étaient les mêmes 
qu'en 4oî > lois de la publication de la Notice de la 
Gaule sous le même empereur. La première Lyon- 
naise n'aura été substituée que postérieurement à la 
première Aquitaine : ce qui aura trompé Hincmar ', 
qui aura jugé de l'état des choses du temps d'Honorius, 
par ce qui avait existé dans un temps plus rapproché 
de celui où il écrivait. 

L'édit d'Honorius et la Notice des dignités de 
l'Empire sont les derniers monumens où il soit 
fait mention des cinq provinces , et des sept pro- 
vinces '. Le nom de Septimanie. attribué à une partie 

■ Dubos, Etablissement de la Monarchie française dans les 
Gaules, tom. i, p. 374 et 383 ; édit. in-12, 4 vol. Paris, 1742. 

' Hincmar, Epist. vi, cap. 17 ; edit. Mogont., p. 5ii, et Dubos, 
p. 584 et 387. 

' Dubos, tom. I, p 076, dit : « On peut voir dans les Annales 



368 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

de la Narbonnaise, a une origine toute difFërenle de 

cette dénomination des sept provinces ' . 

Cette division de la Gaule en deux portions dis- 
tinctes a donné lieu encore, dansdes temps postérieurs, 
à une dernière division générale, ou au moins a in- 
troduit les dénominations nouvelles de Gaule cité- 
rieure et de Gaule ultérieure y qui n'ont point, dans 
les auteurs de ces siècles , la même signification que 
dans les temps classiques. La Gaule citérieure repré- 
sentait, à l'époque dont nous traitons, les cinq ou 
les sept provinces, et comprenait eu général toute 
la Gaule au midi de la Loire, et de cette portion du 
Rhône qui coule de l'ouest, et avant sa jonction avec 
la Saône; et la Gaule ultérieure était tout le reste de 
la Gaule au nord de cette même portion du Rhône 
et du cours de la Loire. Cependant ces dénominations 
paraissent avoir eu très souvent des significations 
relatives : ainsi l'auteur de la Vie de saint Éloj, et 
Prosper dans sa Chronique, qui écrivaient dans le 
nord de la Gaule , placent Limoges et Valence dans 
la Gaule ultérieure , parce qu'en effet cette Gaule 
était ultérieure par rapport à eux '. 

L'usage de considérer l'Aquitaine et la INarbon- 
naise comme une seule et même division, fit dispa- 
raître la dénomination de très Galliœ ^ ou des trois 

n ecclésiastiques du père Lecointe, tom. i , p. i6i , plusieurs pas- 
« sages d'auteurs , soit du iv, soit du V siècle , qui font foi que 
« la division de la Gaule en Gaule proprement dite, et en pays des 
« cinq ou des sept provinces, avait lieu dans le langage ordinaire. » 
JVous pourrions ajouter beaucoup au nombre de ces passages. 

' D'Anville, Notice, p. "iô. 

' Voyez Recueil des Hist. de France, tom. i, p. 63g. — Valois et 
Dubos n'ont point fait attention à ces circonstances. Vovez Dubos, 
tom. I, p. 464 — Valesii, p. Soi. 



PARTIE III, CHAH. IV. ;3G<) 

Gaules, qui désignait l'Aquitaine, la Lyonnaise et la 
Belgique d'Auguste. On conçoit aussi que, depuis la 
réunion des sept proi^inces sous une seule et même 
division, on dut, dans les descriptions géographi- 
ques , s'occuper séparément de ces deux portions 
distinctes des Gaules, et la description de la Narbon- 
naise d'Auguste dut se trouver toujours à côté de celle 
de l'Aquitaine. On a peine à croire que, d'après un 
rapprochement si simple et si naturel , les sa\ans 
auteurs de l'Histoire générale du Languedoc se soient 
imaginé que, sous le nom d'Aquitaine, Ammien Mor- 
cellin, Rufus et d'autres anciens, aient désigné non 
seulement l'Aquitaine, mais encore toute la Nar- 
bonnaise, et que ce sentiment ait été adopté par 
dom Bouquet dans sa savante Préface du Recueil des 
Historiens de France. Malgré des autorités aussi 
imposantes, cette opinion est du nombre de celles 
qui n'ont pas besoin d'être réfutées, parce qu'elle 
ne repose sur aucune base, et qu'elle est contredite 
par les textes mêmes des auteurs sur lesquels on a 
cherché à l'appujer, et que nous avons rapportés. 

Comme au temps de César, à l'époque d'Ammien 
Marcellin, l'ancienne Province romaine, c'est-à-dire 
la Narbonnaise et la Viennaise , était considérée 
comme un pays distinct de la Gaule proprement dite, 
qui commençait à Lyon. A partir de cette ville, on 
évaluait les distances en lieues gauloises, et on ces- 
sait de les compter en milles romains '. 

■ Amm. Marcell., lib. xv, c. ii, p. 2o5; — Tab. Peut., seg. 2, A. 
Jl n'y a rien dans le texte d'Ammien Marcellin qui ait trait à une 
seconde Narbonnaise, comme le prétend M. Durandi [Antico stato - 
d'Italia, p. 201), qui cite, pour appuyer son opinion, un texte d'Am- 
mien Marcellin tout différent de celui qu'on trouve dans cet auteur. 
11. 24 



370 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 



CHAPITRE V. 

Depuis l'an 38o jusqu'en 4oi' 

Le concile d'Aquilée , en 58 r , fait mention de 
deux Narbonnaises ; et comme Sextus Rufus, dans 
son énumération , n'en indique qu'une , il s'ensuit 
que , dans les dix années qui se sont écoulées entre 
l'époque où a écrit Sextus Rufus et celle du concile 
d'Aquilée, la Viennaise fut divisée en deux, de 
même que l'avait été l'Aquitaine , et on donna le 
le nom de Narbonnaise seconde à la province nou- 
vellement formée '. 

Il est probable que cette nouvelle subdivision fut 
faite par Gratien , qui se rendit en Syg dans les 
Gaules, pour y régler l'administration'. 

D'après la Notice de l'Empire, les cités ou dio- 
cèses qui furent attribuées à chacune des provinces 
nouvellement créées sont ainsi qu'il suit : 

PROVINCI J NARBONENSIS SECUNDA. 

Diocèses d« 

Metropolis cii^ît. Aquensium . . . Aix. 

— Aptensium. . . . Apt. 

— Reiensium. . . . Riez. 

— Foro Juliensiuni. Fréjus. 

— Segesteriorum. . Sisteron. 

— Antipolitana, . . Antibes. 

' D. Bouquet, Recueil des Hist. de France, Praefat., p. i6. 

' Zosym., lib. iv, c. 24 1 P- ^22, edit. Reiteniayer, 1784, in-S". — 
Codex Theod., tom. iv, p. 5ii, tom. v, p. ^5. — Socrates, Hist. 
ecclesiast., lib. v, c. 6. — ^D. Bouquet, Recueil des Hist. de France, 
tom. I, p. 582, 604. 



PARTIE HT, CHAP. V .Vl 

L'c\échë d'Antibes n'a été transféré à Grasse qu'en 
ia44 '. 

PKOVmCJA FIENNENSIS. 

Diocèse» de 

Metropolis cw. f'^ienniensiam. . . Vienne. 
Civitas Genavensium. . . . Genève. 

— Gratianopoliiana. . Grenoble. 

— Âlbensium AIps , près de 

Viviers. 

— Deensium Die. 

Valence. 
Aoste en Diais. 
Vaizon. 
Orange. 
Avignon . 
Arles. 



Valentinorum . 
Tricastinorum . 
T asiensium . . 
Arausicorum . 
Avennicorum . 
Arelatensium. . 



— Massiliensium. . . Marseille. 

On devine facilement pourquoi cette nouvelle 
province démembrée de la Viennoise ne fut pas nom- 
mée Viennaise, mais Narbonnaise seconde. Ces trois 
provinces réunies composaient primitivement, après 
la division d'Auguste , la province Narbonnaise ; 
et lorsque cette grande province eut été , par suite 
de temps, divisée en trois autres, il parut sans doute 
convenable de ne pas restreindre ce nom de Nar- 
bonnaise à une seule des trois portions qu'elle ren- 
fermait , tandis que le nom de Viennaise en aurait 
rempli la plus grande partie. 

' Gallia christ., tom. m, p. i loi. 



372 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Ainsi, en58i, la Gaule se trouvait partagée en 
quinze provinces , dont nous avons fait connaître 
remplacement, l'étendue et les limites. 

Nous touchons enfin à la dernière division qui eut 
lieu, ainsi que nous allons le voir, par la subdivision 
des deux Lyonnaises, ou par la formation de la troi- 
sième et de la quatrième Lyonnaise : ce qui porta 
à dix-sept le nombre des provinces de la Gaule. 



PARTIE in, CHAP. VI. 373 

CHAPITRE VI. 

Depuis l'aa ^o\ jusqu'en 420. 

Dorant cette dernière époque, l'empire romain» 
qui avait plus que jamais besoin d'union , de pru- 
dence et de courage, pour repousser les Barbares 
qui se précipitaient sur lui de toutes parts, ne pré- 
sente plus que le tableau hideux des dissensions et des 
guerres civiles; et ses chefs, également coupables, 
se montrent également méprisables. Mais cependant 
la tyrannie de Maxime, l'insolence d'Arbogaste , les 
misérables querelles des priscillianistes, ne furent 
point aussi fatales aux Gaules que la perfidie et 
l'horrible trahison de Stilicon,qui, en 4^6, dépouilla 
le Rhin des troupes qui y étaient stationnées, pour 
donner un libre cours aux ennemis qui assiégaient 
cette frontière. liC dernier décembre de l'année 406 
fut le jour fatal ou les Barbares franchirent le Rhin, 
qu'ils ne repassèrent plus '. Saint Jérôme, dans 
l'épitrcQi, adressée à Ageruchia, qui est de l'an 4o9> 
décrit dans les termes suivans les résultats de la 
mesure de Stilicon et les calamités que les Gaules 
éprouvaient alors : u Des nations innombrables se 
'( sont répandues dans toutes les Gaules; les Quades, 
« les Vandales , les Sarmates, les Alains, les Gé- 
K pides , les Hérules, les Saxons , les Bourguignons, 

' Pi'osper, Fasti nd annum , 4o6. — Recueil des Hist. de. France, 
tom. 1, p. 586, 598 , 6-27, 65^ et fiSy — Salvianiis, de Guhernatione 
Dei, lil). vil, p. u65; «'•dit. de Riitcr.— Srh.epflin , Ahntin ilhistratai 
tom. I, p. 4^5. 



374 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
« les Allemands, les Pannonlens , ont ravagé tout 
(( le pays renfermé entre les Alpes et les Pyrénées , 
« l'Océan et le Rhin. déplorable république! 
« Mayence, cette cité jadis illustre, a été prise et 
(( ruinée ; plusieurs milliers d'hommes ont été mas- 
(( sacrés dans son église. Worms a été détruite après 
(( un long siège. Les habitans de la puissante ville 
« de Reims, ceux d'Amiens, d'Arras, de Térouenne, 
« de Tournay , de Spire , de Strasbourg , ont été 
(( transportés en Germanie. Les Aquitaines , la No- 
(( vempopulane, les provinces Lyonnaises et Nar- 
(( bonnaises ont été universellement ravagées , et le 
(( petit nombre de villes que leurs remparts ont 
« protégées contre le fer destructeur, ont été dépeu- 
u plées par la famine. Je ne puis faire mention de 
« Toulouse sans répandre des larmes ! ' » 

L'année où saint Jérôme écrivait ceci , c'est-à- 
dire vers la jQn de l'an 4^9 ou le commencement de 
l'an 4^0, l'usurpateur Constantin, qui s'était fait 
déclarer empereur, ayant fait passer en Espagne les 
troupes qui étaient destinées à garder les Gaules , 
les habitans de la Grande-Bretagne , une des trois 
portions du diocèse des Gaules, osèrent se soustraire 
à l'obéissance de l'Empire et chasser ses officiers. 
« L'exemple des Bretons insulaires, dit Zosyme, 
(( fut suivi par les peuples du commandement Ar- 
(( morique et par ceux de quelques autres pi'ovinces 
« de la Gaule , qui chassèrent les officiers de l'em- 

' Hieronym. , Epist. gi, ad Ageruchiam , p. 748, edit. Par. ou 
Epist. 123, tom. I, p. 908. — Zosym., Hisi., lib. v et vi, et Gré- 
goire de Tours, lib. n, cap. g. — Recueil des Hist. de France , 
tom. 1, p. 4i6, 586, 598, 627, 607, 777, 782. — Salvian. , lib. vu, 
cap. 12. 



PARTIE III, GHAP. VI. 375 

« pereur, se mirent en liberté, puis établirent dans 
« leur patrie une forme de gouvernement répu- 
u blicain. » 

Les noms des provinces romaines disparurent 
pour faire place à ceux de Neustriaj à'Âustria de 
Burgiindia, de Gothia ou de Septimania, et de Vas- 
conia : la majeure partie de X Jquitaniay non l'an- 
tique et primitive Aquitania, mais celle d'Auguste , 
conserva seule son ancienne dénomination. Enfin, 
lors de l'entière conquête de Clovis et de la conso- 
lidation de la monarchie des Francs , cette vaste 
contrée comprise entre les Pyrénées, les Alpes, le 
Rhin et l'Océan , perdit son ancien nom de Gaule 
pour prendre celui de Francia '; mais, ainsi que je 
l'ai déjà observé, les anciennes dénominations et 
les anciennes limites des provinces subsistèrent dans 
la hiérarchie ecclésiastique , parce que les juridic- 
tions dont elles étaient composées furent respectées 
par les vainqueurs. 

C'est sans doute à cette circonstance que nous 
sommes redevables de la conservation du précieux 
monument géographique, qui nous donne la division 
des provinces des Gaules dans le plus grand détail 
à l'époque de l'invasion des Barbares et de la chute de 

■ Mais avant que ce nom se iùt étendu sur tout ce vaste territoire, 
celui de Gaule subsista encore quelque temps pour désigner toutes 
les parties de l'ancienne Gaule qui n'avaient point été occupées par 
les Francs, lors de la première invasion. La Francia contenait la 
Neustria et VAustria, au nord de la Loire; et la Gallia renfermait 
ÏÂquitania , la Burgiindia , la Provincia et la Septimania. Valois 
( Notitia Galliar. , p. 5o5} apporte de ceci des preqves nombreuses, 
et d'Anville a eu tort de ne pas consigner cette distinction curieuse 
dans sa Carte d'une partie de l'Europe dans le moyen âge : elle est 
très utile pour bien comprendre une foule de monumeiis historiques. 



376 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
la puissance romaine dans l'occident : je veux parler 
de la Notice des provinces et des peuples ou cités de 
la Gaule, Notitia provinciarum et cwitatum Galliœ. 

Celte Notice parait avoir été dressée avant l'an 
4oi ou 4o2 , époque du synode de Turin, où nous 
voyons qu'Arles commençait déjà h disputer la su- 
prématie sur Vienne : elle est antérieure à l'époque 
où Honorius transféra à Arles le siège de la préfec- 
ture des Gaules, qui auparavant était à Trêves ; 
puisque nous apprenons que Vienne est , dans cette 
Notice , la métropole de la Viennaise, et non Arles ; 
elle est surtout antérieure à la loi d'Honorius, de l'an 
418, qui ordonne aux sept proKnnces de s'assembler 
désormais à Arles tous les ans. 

Dans les monumens historiques postérieurs à 
cetle Notice, on dit le plus souvent les dix-sept 
provinces sans y ajouter le nom de Gaules, parce 
que dans le reste de l'empire romain il n'y avait 
aucun autre diocèse ou vicariat qui contînt le même 
nombre de provinces. 

D'après ce que nous avons dit précédemment, il 
suffira de transcrire cette Notice pour établir l'em- 
placement , l'étendue et les limites , des diverses 
provinces dont se compose cette dernière division 
des Gaules. 

On n'oubliera pas d'observer que cette Notice 
subdivise toute la Gaule en deux grandes portions : 
1°. les provinces Gallicanes, qui étaient au nombre 
de dix, et o^ . les sept provinces ; ce qui est conforme 
à ce que nous avons vu établi dans les actes, et les 
monumens historiques, qui précèdent immédiate- 
ment l'époque de la Notice. 



PARTIE 111, CflAP. \I. 377 

NOTITIA 
PROVINCIARUM ET CIFITATUM GALLl^E \ 

I. 

IN PROFINCUS GâLLICaNIS QUM CIVITJTES SINT. 



Pioviiicia Lugdunensis prima. — N* III. 

Diocèses dp 

Metropolis clvitas Lugdunensium . Lyon 

— jEduorum. . . Autun. 

— Lingoîuim. . . Lan grès. 
Castrimi Cabilonense . . Châloiis. 

— Matisconense. . Mâcoii. 

Nous voyons dès le début de cette Notice que la 
division de la Gaule par diocèses, quoique basée en 
partie sur la division des Gaules en différens peuples, 
lit cependant disparaître cette dernière : ainsi les 

' Cette Notice se trouve dans un grand nombre d'écrits : dans 
Gronovius , f^aria geographica : Lugd. , in-8", p. ^o. — Valesii 
Notitin, Praefatio, p. xxvi. — J. Sirmondi, Concilia gniliœ , tom. i. 
— Gallia christiana , tom. i. — Recueil des Hist. de France, tom. i, 
p. 122, et tom. II, p. I à 10 — Dans le Geographiœ cspiscopalis 
Breviarium, de Labbe, in-i8; Parisiis, i66i , p. 379. L'auteur, à la 
fin, p. 584, promet une édition de cette Notice par ordre alpha- 
bétique, collationnée sur plus de vingt manuscrits : ce travail a-t-il 
paru? On trouve encore cette Notice dans Dubos, Hist. critique de 
l établissement de la Monarchie française dans la Gaule , tom. i , 
p. 70. — La dernière et la meilleure édition ( sauf une omission gr.«ive; 
a été donnée dans VJissai sur le système des divisions territoriales 
de la Gaule, depuis rage romain jusqu'à la fin de la dynastie 
carlovingienne; i852, in-S" , p. 12 à 54; elle offre la collation et 
les variantes de près de trente manuscrits. 



378 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULÉS. 
j^dui y représentés par civitas yEdiiorum ou le 
diocèse d'Autun , ne nous offrent plus qu'une por- 
tion du territoire occupé par les anciens jEdui ; et 
la Notice commence même par une division nou- 
velle, qui ne correspond précisément à aucun peuple, 
Cwitas Lugdunensium : la capitale de ce diocèse, 
Lugdunum y ayant le titre de métropole de cette 
première division des Gaules , peut aussi être con- 
sidérée non seulement comme le chef-lieu de la 
province et du diocèse particulier où elle se trouve, 
mais encore des dix provinces Gallicanes , comme 
Arles le devint des sept provinces et de toute la 
Gaule. Cwitas Lugdunum renferme les Segusiani 
et les Amharri , et son étendue et ses limites sont 
les mêmes que celles de l'ancien diocèse de Lyon, 

Il resuite encore de ceci que la Carte de la Gaule 
ancienne de d'Anville , si estimable sous tant de 
rapports, est défectueuse dans son plan fondamental, 
puisqu'elle représente la Gaule divisée en dix-sept 
provinces, et que les subdivisions ne sont pas par 
diocèses mais par peuples : elle ne se rapporte donc 
exactement à aucune époque, ni à celle de la Notice, 
ni aux époques antérieures. Une carte de la Gaule à 
l'époque dont nous traitons doit être une France ec- 
clésiastique , telle qu'elle était avant la révolution , 
dégagée de tous les changemensqui ont eu lieu posté- 
rieurement à l'an 402. Ces changemens étaient tou- 
jours insérés dans cette Notice , ce qui en a produit 
un grand nombre de copies interpolées, dont on n'a 
publié qu'un trop petit nombre. — Il eût fallu en 
effet les publier toutes, les rapprocher, les comparer, 
les ranger dans l'ordre chronologique ;, et on en eût 



PARTIE III, CKAP. VI. 379 

tiré d'excellens éclaircissemeiis pour l'histoire par- 
ticulière de chaque diocèse. On s'est toujours con- 
tenté de reproduire cette Notice telle qu'elle avait 
été donnée par le père Sirmond , parce qu'on re- 
garde cette copie comme la plus ancienne et comme 
exempte d'interpolation. — Je n'en crois rien, et 
je trouve dès le début des preuves assez évidentes 
que cette copie de la Notice est déjà postérieure au 
siècle d'Honorius. Tous les manuscrits portent le 
nombre des cités ou diocèses de la Lyonnaise pre- 
mière à trois, numéro très, et on ne tiouve dans 
la liste que trois lieux qui portent le titre de civitas; 
mais nous y voyons le nombre des diocèses porté 
à cinq par l'addition du castrum Cabilonense et 
du castrum Matisconense : ce qui prouve que l'érec- 
tion de ces deux derniers diocèses est postérieure à 
la Notice , et qu'ils y ont été ajoutés. En effet le 
commencement de l'histoire du diocèse de Mâcon 
ne remonte pas au-delà du vi'' siècle , et celle de 
celui de Châlons au-delà de la fin du v* '. Nous ne 
possédons donc pas encore une Notice des provinces 
de la Gaule telle qu'elle fut dressée du temps d'Ho- 
norius. 

J'observerai déplus que lorsque les Bourguignons, 
d'origine germanique, se furent emparés de cette 
province , avant de perdre son nom antique et 
d'être confondue avec d'autres provinces voisines, 
elle conserva le nom de Lyonnaise germanienne 

' Voyez Gallia chrisiiana , tom. iv, p. 861 et tooq. — 11 ne faut 
pas beaucoup de critique pour apercevoir qu'on n'aurait jamais dû 
inscrire Donatianus au nombre des évêques de Châlons, et que la 
liste des évêques de ce diocèse ne peut commencer qu'à Paul II , 
en ^"jO. 



380 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Lugdunensis Ge/mania : c'est ainsi que l'appelle 
dans ses lettres Sidoine Apollinaire '. 

Frovincia Lugdunensis secunda. — N° VIT. 

Diocèses de 

Metropolis cwitas Rotomagensium. . Rouen. 

— Bajocassiuni. . . . Bayeux. 

— Abrincatam. . . . Avranches. 

— Ebroïcorum. . . . Evreux. 

— Sagiorum Séez. 

— Lexo^iorum. . . . Lisieux. 

— Constantia. . . . Coutances. 
L'emplacement et les limites de tous les diocèses 

et districts dont les capitales sont ici désignées ont 
été précédemment déterminés; et toutes se trou- 
vent nommées dans des monumens historiques anté- 
rieurs à la Notice , à la réserve de cwitas Sagiorum , 
qui pourtant paraît devoir être rapportée aux Se- 
suvii de César \ La liste des évéques de ce diocèse 
ne commence à avoir de date certaine que vers le 
commencement du vi" siècle. On croit qu'ils rési- 
dèrent d'abord à Oximus y Exme % ville très an- 
cienne , et qui paraît avoir existé du temps des Ro- 
mains , puisqu'une voie romaine dont on suit les 
vestiges depuis Bayeux la traversait. L'étendue et 
les limites de civitas Sagiorum se trouvent donc 
exactement déterminées par celles du diocèse de 
Séez, tel qu'il existait avant la révolution '*. — Ar- 

' Sidonius ApoUinaris, lib. v, Epist. 'j ( cette lettre est de l'an 427)- 

'^ Voyez ci-dessus, tom. 1, p. 5gi. 

^ Gnllin christiana , tom. 11, p. 675. 

" Le Diocèse de Séez, divisé en ses cinq archidiaconés , levé exac- 
tement sur les lieux par Fr. L. de La Salle , dédié à monseigneur 
Barnabe Turgot, évèque de Séez; 171S. — Hadriani Valesii No- 
lilid Gallinrum . p. 4'- 



PARTIE III, CHAP. VI. 381 

geiitan, oii l'on croit devoir placer \ Arœgeiiuœ de 
la Table , et qui par-là semblerait avoir des titres 
pour être considérée comme l'ancien chef-lieu de ce 
diocèse , est nommé Jrgencias dans les plus anciens 
monumens, et fut détruite presque entièrement dans 
le XI" siècle ' . 

La Notice est aussi le premier monument histori- 
que qui fasse mention de Constantia , et rien ne 
prouve que cette ville soit de beaucoup antérieure à 
cette époque. Ptolémée mentionne, chez les Unelli , 
le port de Crotiatonum , et les mesures de la Table 
portent au port d'Audouville cette même ville , 
qu'elle mentionne avec un peu d'altération dans le 
nom. La Table indique bien aussi, dans le Coten- 
tin, une capitale sous le nom de Cosedia ; mais 
les mesures qu'elle fournit, d'accord avec celles de 
l'Itinéraire, portent la position de ce lieu dans un 
endroit obscur nommé La Cousinière , ou à Pont- 
Tardif *, assez loin au nord de Coulances ou Con- 
stantia. Cette dernière ville n'est mentionnée ni 
dans les Itinéraires ni dans la Table, et ne saurait 
être la même que Cosedia ou Crotiatonum. On doit 
encore moins la confondi^e avec les castra Constan- 
tia , qu'Ammien Marcellin nous indique avoir été 
situés à l'embouchure de la Seine. La célébrité de 
Constantia^ Coutances, a fait disparaître le nom des 
Unelli ou Veneli, et ceux de lem-s deux capitales pri- 
mitives. Toute cette portion de la première Lyon- 
naise a pris dans le moyen âge le nom de pagws 

' Recueil des Hist. de France, loin, x, p. OB'] , et le Dicl. ge'ogr., 
tom. m de cet ouvrage. 
' Voyez tom. i, p. 585. 



382 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Constantinus y et chez les modernes, de Cotentin : le 
cwitas Constantia et les Unelli y se trouvent repré- 
sentés par le diocèse de Coutances. 

Comme la Notice ne fait pas mention des f^idu- 
casses de Pline , il est évident que celte cité ne for- 
mait pas un diocèse particulier et se trouvait ren- 
fermée dans les limites du diocèse de Bayeux , cmtas 
Bajocassium . 

La Notice est aussi le premier monument qui fasse 
mention de civitas Lexoviorum comme ville. L'ana- 
lyse des mesures de Ptolémée nous a prouvé que 
le port des Lexoviiy le Nœomagus Lexoviorum, 
était situé à Néville ', près de Conteville, dans l'es- 
tuaire que forme l'embouchure de la Seine. Ainsi le 
diocèse de Lisieux nous représente bien l'étendue et 
les limites de cwitas Lexoviorum de la Notice, mais 
non pas celles des Lexovii , beaucoup plus étendues : 
nous avons fixé précédemment ces dernières. 

Provincia Lugdunensis tertia. — N° IX. 

Diocèses de 

Metropolis cwitas Turonum. . . Tours. 
Cwitas Cenomannorum. . . Le Mans. 

— Redonum Rennes. 

— Andicavorum .... Angers. 

— JSamnetum Nantes. 

— Coriosopitum.. . . . Cornouailles. 

— Venetum Vannes. 

— Osismorum Saint-Pol-de-Léon. 

— Diablintum Jubleins. 

Les Coriosopiti ou Corisopiti sont ici mentionnés 
pour la première fois. Dans le procès que Nominoé, 

' Voyez ci-dessus, tom. i. p. Sgy. 



PARTIE III, CHAP. YI. 383 

qui, vers le milieu du ix'' siècle, prit le titre de 
roi , fit aux évêques de cette province, l'évéché de 
Cornouailles est appelé Corisopitensis ; et dans des 
lettres datées de 1166, l'évêque de Quimper s'inti- 
tule : « Corisopitensis ecclesiœ humilis minister ' . » Il 
n'y a donc aucun doute que le diocèse de Quimper 
ne nous représente le Corisopitum de la Notice ; 
mais plus anciennement ce mot de Cornu Gallice, ou 
Cornuailles % comprenait tout le pays des Osismii, 
ou toute l'extrémité de la Bretagne. Nous avons 
\u que la capitale des Osismii ^ J^organium , était 
située sur la côte méridionale , où est actuellement 
Concarneau : il en résulte que le diocèse ou le district 
des Corisopiti a été formé dans les derniers temps 
de la puissance romaine dans les Gaules , et que 
le civitas Osismorum de la Notice ne leprésente 
plus qu'une partie des anciens Osismii. Les diocèses 
de cette partie de la Gaule étant de création récente, 
on ne peut savoir quel est le lieu moderne qui nous 
représente civitas Osismiorum de la Notice dans son 
acception de capitale, et non de diocèse. Il est pro- 
bable que c'est Saint-Pol-de-Léon_, qui devint d'assez 
bonne heure le siège d'un évêché, et près duquel les 
mesures de Ptolémée placent le Staliocanus portus , 
le seul port que Ptolémée mentionne chez les Osismii. 

Provincia Lugdunensis , [sive] Senonia. — N° VIT. 

Diocèses de 

Metropolis civitas Senonum, Sens. 

— Carnotum Chartres. 

— Autissiodurum. . . Auxerre. 

* Voyez les Hisl. de Bretagne de D. Lobineau et de D. Morice. 

* Lib. Il, de Miraculis sancti Pétri Benedicti, dans le Recueil des 
Hist. de France, et le Dictionn. ge'o^r., toni. m de cet ouvrage. 



384 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Cwitas Tricassium. . . . Trojes. 

— Aiirelianorum. . . Orléans. 

— Parisiorum. . . . Paris. 

— Meldoruni Meaux. 

La Notice des provinces de la Gaule est le premier 
monument historique qui fasse mention des Aure- 
liani comme d'un district séparé des Carnuti ; mais 
ce nom à'Aureliani, appliqué à l'antique \ille de 
Genabiun y semble prouver que cette séparation eut 
lieu sous le règne de l'empereur Aurélien : ainsi 
civitas Carnotum ne représente plus qu'une portion 
de l'ancien territoire des Garni , et se réduit au 
diocèse moderne de Chartres. L'autre portion , à 
l'époque dont nous traitons , doit être attribuée aux 
Aureliani. Les autres cités ou diocèses de cette pro- 
vince sont composées du territoire des peuples dont 
ils portent le nom , et dont nous avons précédem- 
ment déterminé l'emplacement, l'étendue et les li- 
mites. Dans quelques copies de la Notice, au nom 
de cette province est ajouté le nom de Senonia^ et 
ce nom, plus court, et par conséquent plus com- 
mode, prévalut, ainsi que nous le voyons dans Si- 
doine Apollinaire ' ; et l'on a omis par cette raison 
le nom de quarta^ ou quatrième , qui appartient à 
cette Lyonnaise. 

Pi'ovincia Belgica prima. — N" IV. 

Diocèses de 

Metropolis cint. Treveroram Trêves. 

Cwitas Mediomatricorum, Mettis. Metz. 

— Leucoriim , Tullo Toul. 

— y erodunensium Verdun. 

' Sidonius ApoUiuaris, Epistol., lib. vi, episi;. 5. — Recueil des 
JJist. de France., toni. i, p. 797. 



PARTIE III, CHAP. VI. 385 

L'emplacement, l'étendue, les limites de ces dif- 
férentes cités , sont les mêmes que ceux des peuples 
dont ils ont reçu le nom, et qui ont déjà été déter- 
minés précédemment. 

Belgica secunda. — N" XII. 

Diocèses de 

Metropolis civit. Remorum Reims. 

— Suessionum. . . . Soissons. 

— Catellaunorum. . Châlons - sur - 

Marne. 

— f^eiomanduorum . Saint-Quentin. 

— Atrabatum An-as. 

— Camaracensium.. Cambra j. 

— Turnacensium. , . Tournay. 

— Sylvanectum . . . Senlis. 

— Bellovacorum, . . Beauvais. 

— Amhianensium. . Amiens. 

— Moriniun Térouenne. 

— Bononiensum. . . Boulogne. 
Gesoriacum ou Boulogne, étant un lieu de passage 

pour Albion ou l'île de Bretagne, formait un district 
très peuplé et très fréquenté, ainsi que le prouvent les 
voies romaines qui y aboutissent : on en forma donc 
un diocèse séparé , que l'on détacha du territoire 
des Morini. Le territoire particulier de Teruanna y 
Térouenne , forma alors un diocèse particulier , 
très restreint à cause de la vaste étendue des Mena- 
pii ou du diocèse de Tournay. Une Notice de la 
Gaule qui paraît interpolée porte cwitas Morinum, 
Tarawanna Poiitium '; mais si cette Notice était 

' Voyez Recueil des Hist. de France, tom. ii, p. 2, et Guérard, 
Essai, p. 19. 

II. 35 



386 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
exacte , le territoire des Morini aurait empiété sur 
celui des Ambiant . Une autre copie confirme celle- 
ci et porte cwitas Morinorum, id est Ponlicum ' : 
aussi Valois prétend-il , avec quelque raison , que ce 
Ponticum n'est pas le Pontes de la Table, capitale 
du Ponthieu. J'ai prouvé précédemment que la cité 
de Tournay, dans la Notice, représentait tout le 
terrritoire des Menapii i^itués à l'ouest de l'Escaut, 
et selon les limites établies sous Auguste, après la 
transplantation des nations germaniques sur le terri- 
toire des Menapii qui occupaient une portion du 
pays à l'est de ce fleuve. Ainsi la cité de Tournay 
renfermait non seulement le diocèse de Tournay , 
mais encore celui de Bruges, de Gand et d'Ypres, 
et toute la contrée située entre l'Escaut, l'Océan, 
les diocèses de Térouenne et d'Arras , et l'ancien 
diocèse de Cambray. Comme c'est dans la cité de 
Tournay que la monarchie des Francs a pris nais- 
sance , et qu'aucun auteur moderne n'a su discerner 
les limites de cette cité ni l'origine de sa formation , 
il en est résulté que nos premiers annalistes ont été 
mal compris , et que par conséquent les commen- 
cemens de notre histoire ont été mal exposés. 

Après la première invasion de Clodion, les di- 
verses tribus des Francs se partagèrent les cités qu'ils 
avaient conquises , et chaque cité fat gouvernée par 
un chef ou un roi particulier. Ainsi , du temps de 
Clovis, il y avait un roi franc à Boulogne, un autre 
roi franc, nommé Cararic % régnait à Térouenne. 

' Rec. des Hist. de France, t. n, p. a, g et lo, etGuérard, p. 19. 
' Voyez Gregorius Turon,, Hist., lib. 11, c. 4i- — L'abbé Dubos, 
tom. m, p. 23. 



PARTIE III, CHAP. VI. 387 

Les Morini, malgré leur peu d'étendue , partagés du 
temps de la Notice en deux cités, formèrent donc 
deux petits royaumes francs. A la même époque, 
Ragnacaire, autre roi franc, régnait à Cambray, c'est- 
à-dire qu'il était roi des Nervii. Enfm Clovis, et 
avant lui Chilpéric, possesseur de Tournay, com- 
mandaient aux Menapii : son royaume était donc le 
plus "vaste , quoique peut-être il ne fût pas le plus 
peuplé. Coupé par des marais, protégé par la mer 
et par l'Escaut, ce pays offrait à ses habitans le plus 
de facilités pour la défense et pour l'attaque. D'ail- 
leurs les rois Francs et leurs adhérens, fixés dans 
les villes riches et populeuses des Newii et des 
Morini, se laissèrent plus facilement corrompre par 
le luxe et la mollesse des Gaulois romains, ce que 
n'éprouvèrent point ceux auxquels l'âpre et déserte 
Ménapie était tombée en partage. Voilà ce qui rendit 
si facile à Clovis la conquête des petits royaumes qui 
entouraient le sien '. La conquête de la plus grande 
partie des Gaules par le roi des Francs de la Ména- 
pie dut nécessairement rendre riche et florissante 
cette contrée, désormais à l'abri de toute invasion, 
puisqu'elle était la patrie des plus forts et des plus 
puissans : elle dut donc devenir plus riche et plus 
florissante; aussi la voyons-nous, dès les premiers 
temps de l'histoire des Francs, se couvrir d'habita- 
tions et de villes qui n'existaient pas du temps des 
Romains; tandis que les contrées de l'intérieur, 
autrefois si riches et si populeuses, pillées et dévas- 
tées, se dépeuplèrent. 

' Voyez dans Grégoire de Tours, lib. ii , cap. !\i,\^ peinture 
qu'il fait des vices de Ragnacaire et de ses sujets francs. 



388 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Provincia Germania prima. — N» lY. 

Diocèses <1« 

Metropolis civitas Mogunciacensium. . Mayence. 

— Argentoratensium. . Strasbourg. 

— Nemetum Spire. 

— T^angionum .... Worms. 
J'ai déjà déterminé l'étendue et les limites de cette 

province, formée par la transplantation des peuples 
Germaniques , aux dépens du territoire des Treviri 
et des Mediomatriclj et d'abord nommée Germanie 
supérieure. Cette province ne contenait que les 
portions, situées à l'ouest du Rhin, des différens 
diocèses ici désignés. Les positions des chefs-lieux 
sont, ainsi que nous l'avons observé, déterminées 
par les mesures. Plusieurs anciennes copies de la 
Notice portent civitas Nemetum, Spira; et Wan- 
gionumj JVarmatia \ 

Provincia Germania secunda. — N" II. 

Diocèses de 

Metropolis civitas jdgrippinensium. . Cologne. 
— Tungrorum .... Tongres. 

Les diocèses qui ont été créés dans la Germanie 
seconde étant la plupart postérieurs à la domination 
romaine , il est impossible de déterminer, avec exac- 
titude, les limites respectives des deux diocèses pri- 
mitifs qui se partageaient la Germanie seconde. C'est 
donc par exclusion, et en déterminant les lieux qui 
appartenaient aux provinces environnantes, que l'on 
parvient à tracer avec certitude l'étendue et les limites 

' Voyez les anciennes Notices des Gaules dans le Recueil des His- 
toriens de France, tom. ii, p. 2, B, et p. 5, G, p. 9, G, et p. 10, C : 
et Guérard, Essai, p. 20. 



PARTIE III, CHAP. VI. 389 

de la Germanie seconde. Après avoir tracé les limites 
de la Belgique première et seconde, tout ce qui reste 
de la Gaule, au nord, appartient nécessairement à 
la Germanie seconde. Comme nous Aojons que les 
provinces frontières sont les plus resserrées, parce 
qu'elles n'étaient occupées que par des colonies mili- 
taires, il est à présumer que civitas Agrippinensium 
avait les mêmes limites que le diocèse de Cologne du 
côté de la Gaule. A la vérité le diocèse de Tongres se 
trouvera avoir une étendue considérable , mais on a 
des preuves de cette grande extension de territoire. 
Saint Rémi se plaint dans une lettre que l'évéque 
de Tongres, en voulant étendre sa juridiction sur 
Mouson, entreprend sur les limites du territoire de 
Reims. Le siège du diocèse de Tongres a été trans- 
féré à Maestricht et ensuite à Liège, et les six évêchés 
placés sous la juridiction de ce dernier sont d'une 
création récente , et ont été institués par le pape 
Paul IV en i S5ç^ ' . 

Provincia Maxima Sequanorum. — W" IV. 

Diocèses do 

Metropoliscwit.Vesontiensium Besançon. 

— EquestriuTrijNoiodunus. Nyon. 

— Ehitiorum, Aventicus. . Avenche. 

— Basiliensum Bâle. 

Castrum Vindonissense Windisch. 

— Ebrodunense Iverdun. 

— Rauracense Augst. 

Portus Ahucini Port-sur- 

Sâone. 

' Conférez Valesii Notitia, et le GalUa christiana, tom. v, p. i23, 
iSg, 246, 507, et Hennequin., Diss. Inaug. de origine et natura prin- 
cipatus urbis Trajecti ad Mosain: Lovan., 1829, jn-8°, p. 48, 70. 



390 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Les jéllemani ayant passé le Rhin, les Alpes graies 
et pennines , qui jamais n'avaient été considérées 
comme province frontière , cédèrejit à la Grande- 
Séquanaise, qui était organisée pour la défense de 
l'Empire, Aventicmn , Avenche, et tout ce qui était 
en avant des Alpes. La province des Alpes graies et 
pennines se trouva restreinte au Valais, à la Taran- 
taise et à la Maurienne, et toute l'Helvétie se trouTa 
jointe à la Séquanie. 

La liste des lieux de cette province confirme d'une 
manière bien évidente l'observation que j'ai faite 
précédemment, que la copie de la Notice la plus 
ancienne, et la plus exacte qui nous reste, n'était pas 
exempte d'interpolation. Elle n'annonce, dans le 
titre de la province des Séquaniens, que quatre cités 
ou diocèses; et en effet, dans les lieux mentionnés, 
il n'y a que les quatre premiers qui méritent ce nom. 
Les quatres derniers n'ont que le titre de castrum 
et de portas y et ont évidemment été ajoutés posté- 
rieurement. La preuve qu'ils n'ont jamais formé des 
diocèses particuliers , c'est que castrum Rauracense 
figure ici avec cwitas Basiliensum qui l'avait rem- 
placé, et qui se trouvait tout auprès. 

A la réserve de portas Ahucini que l'on place à 
Por.t-sur-Sâone ', d'après des autorités historiques, 
les positions de tous les autres lieux sont déterminées 
par les mesures des Itinéraires \ 

Du côté de la Rhœtie, un lieu nommé Fines dans 
l'Itinéraire, que les mesures portent à Pfin, détermi- 
nent avec d'autant plus de certitude les limites de l'Hel- 

' Voyez ci-dessus, tom. i, p. 3'ii. 

^ Voyez ryrf«<T(r.vr des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 



PARTIE III, CHAP. VI. m 

Tctie, vers l'orient, que dans la Notice des dignités 
de l'Empire, nous voyons qu.^rbor Félix dépendait 
de la Rlieetie et non de l'Helvétie ^ puisqu'il se trou- 
vait, selon les expressions de cette Notice, u sub 
« disposilione viri spectabilis Rhœtiœ primœ et 
it s€cundœ% » et que Pline donne les Sarunetes 
( ceux de Sargans ) à la Rhaetie , Rhœtorum Saru- 
netes '. 

Provincia Alpium graiarum et penniiiarum. — N" II. 

Diocèses de 

Civitas Centronum , Darantasia. . . Mous tiers en 

Tarantaise. 

— Vallensiumy Octoduro Martignj en 

Valais. 

Toute THelvétie ayant été attribuée à la grande 
province militaire des Séquanais, la province des 
Alpes maritimes se trouva réduite au Valais et à la 
Tarantaise ^ et les hauteurs q*ui bornent le Valais à 
l'occident, du côté du Chablais, paraissent avoir été 
la limite des deu:: districts, ou diocèses, qui se parta- 
geaient cette province. Aucune de ces deux cités ne 
fut érigée en métropole, et jusqu'à la fin du viii^ siècle, 
le diocèse de Tarantaise a été soumis à la métropole 
de Vienne ^ Aussi Darantasia quoique mentionnée 
la première ne porte pas le titre de meiropolis. 
J'ai déjà remarqué que le siège épiscopal de civitas 
Vallensium , Octodurus , avait été transporté à 

' Notitia dignii. imper, sectio 5g, p. 1 12 de l'édit du père Labbe : 
Tribunus cohortis herculeœ Pannonice Arbor. 
' Plia., Hist. nat., lib. m, c. 24 (20), tom. ti, p. 190, edit. I.em. 
' Voyez Gallia christiana, tom. xiii, p. 700. 



392 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Seduni j Sion , avant la fin du vi^ siècle. J'ai aussi 
observé que lorsqu'on réunit le royaume de Cottius 
à l'empire romain, on l'incorpora dans l'Italie, dont 
il forma une province ou un district séparé, gou- 
verné par des délégués particuliers : mais lorsqu'on 
forma la province des Alpes graies et pennines , et 
celle des Alpes maritimes, pour les réunir à la Gaule, 
le royaume de Cottius se trouva divisé en deux por- 
tions, dont l'une fît partie des nouvelles provinces et 
appartint à la Gaule , tandis que l'autre portion , 
incomparablement la plus petite et presqu'en entier 
composée du Briançonnais , du val de Suze et de la 
Maurienne, fut réunie à l'Italie. Cependant les dio- 
cèses de ces provinces continuèrent toujours à dé- 
pendre de Turin jusqu'à ce que la ville d'Arles, 
étant devenue le siège de la préfecture des Gaules , 
fut érigée en métropole. Alors la nouvelle province 
des Alpes renferma bien la vallée de la Tarantaise , 
mais non celle de Saint-Jean-de-Maurienne , comme 
l'a cru d'Anville, qui, sans aucun examen, a pris pour 
limites les plus hauts sommets de la chaîne. Nous 
voyons dans la vie de sainte Tigni la ville de Saint-Jean- 
de-Maurienne mentionnée comme étant située dans 
la vallée cottienne, « quœ dicitur Cottiana. )■> Grégoire 
de Tours afïirme que Rufus , évêque de Turin , entre 
les années 56o et 570, se réfugia à Saint -Jean 
« parce que, dit l'historien, ce lieu appartenait à la 
(f ville de Turin dans le temps que Rufus était 
H évêque ' . » La Maurienne et le Briançonnais fai- 

' Grégoire de Tours, de Gloria martyrum, lib. i, cap. i4, col. 176 : 
'( Quia locus ille ad Taurinensum quamdam urbem pertinebat tem- 
" pore illo , quo Ruffus erat episcopus. » 



PARTIE III, CHAP. VI. 393 

saient alors partie du royaume de Bourgogne ; mais 
vers la fin de l'année 676, les Lombards ayant cédé le 
Tal de Suze au roi Contran , celui-ci , sans consulter 
le pape, institua le nouveau diocèse de Saint-Jean- 
de-Maurienne, en y réunissant le val de Suze, et en 
démembrant le diocèse de Turin. C'est en vain que 
l'évêque de Turin se plaignit au pape Grégoire- 
le-Grand, et que celui-ci en écrivit à Syagrius et 
même aux rois des Francs Théodoric et Théodebert ' . 
Après quelques années , c'est-à-dire en 588 , les 
évéques d'Embrun et de Maurienne se disputèrent 
sur les limites respectives de leurs diocèses , et le 
même roi Contran ordonna >qu' elle seraient rétablies 
telles qu'elles étaient auparavant. En conséquence 
de cette décision, on planta des bornes inter paro- 
chiam Maurianensem et episcopatus conjacentes , 
c'est-à-dire entre les diocèses d'Embrun , de Mau- 
rienne et de Turin. Les bornes furent établies « in 
t( partibus Italiœ in loco qui dicetur T^ologia, usque 
« in partes Proçinciœ, iino distans milliario a civiia- 
« cula nomen sibi impositum Rama '; » c'est-à-dire : 
« En Italie, depuis Vallovia (à l'extrémité du val de 
« Suze, au fond de la vallée vis-à-vis Avigliana ), jus- 
« qu'à l'extrémité de la province des Alpes maritimes 
« et de l'Italie , à Casse-Rom ( le Rama de l'Itiné- 
u raire). » On ne connaît pas l'époque à laquelle 
la vallée de Briançon fut enlevée au diocèse de Saint- 
Jean-de Maurienne et réunie à celui, d'Embrun, 
mais cela n'eut lieu que postérieurement à la fin du 

' Gregor., Epist., lib. ix, epist. i5. 

' Voyez Besson, Mem. des diocèses de Savoie, dans ks Preuves, 
n" cix , p. 478. 



394 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
x^ siècle et même beaucoup plus tard ; peut-éto'e 
fut-ce lorsque l'empereur Conrad-le-Salien réunit 
de nouveau la Maurienne a l'archevêché de Turin, 
réunion qui fut de courte durée '. 

On voit évidemment , par ce que nous venons de 
dire , que Contran forma un diocèse et une province 
particulière de la vallée de Suze , de Saint-Jean- 
de-Maurienne et de Briançon; et quoiqu'à cette 
époque on nommât encore vallée de Cottius la vallée 
de Saint-Jean-de-Maurienne , à cause des Medulli 
qui l'avaient habitée , et qui étaient un des peu- 
ples principaux de l'État de Cottius , cependant 
cette vallée cessa , ainsi que celle de Briançon , de 
faire partie de la province des Alpes cottiennes 
dont nous parlerons ci-après, et par conséquent de 
l'Italie; mais jusqu'alors ces deux vallées y avaient 
toujours été comprises, et n'avaient jamais fait partie 
des Gaules. L'Itinéraire et la Table, ainsi que les 
autorités que je viens de rapporter, le prouvent évi- 
demment. Les Alpes graies et pennines se termi- 
naient, au midi, aux montagnes qui forment les 
limites de la Taranlaise et de la Maurienne, et les 
Alpes maritimes près de Casse-Rom ou de Rama de 
l'Itinéraire. Les Allobroges confinaient à l'Italie, et 
n'en étaient point séparés par les provinces des Alpes 
pennines et des Alpes maritimes, ainsi que d'Anville 
l'a tracé sur sa Carte '. Cette vallée de Maurienne fut, 
de tout temps, peu connue et peu fréquentée par les 
Romains. La foi ajoutée aux miracles qui s'étaient 

' Guichenon , diplôme de l'an io58, Bibl. sebus. cont. i , n" 95. 
* Voyez Durandi , Notizia deW antico Piemonte traspadano . 
p. 35, 6j et 68, et \ Analyse des Itinéraires , toni. 111 de cet ouvrage- 



PARTIE III, CHAP. VI. 395 

opérés à Maurienne engagea Contran à l'agrandir, k 
en faire une ville et à l'ériger en chef-lieu de diocèse. 
Ainsi, dans une Notice des provinces, publiée par 
Duchesne , du temps de Contran , ou postérieure- 
ment, la Maurienne est attribuée à la Gaule et aux 
Alpes graies et pennines,et ainsi mentionnée : civitas 
Morienna, a Gondranno rege constructa. Ce nom 
de Maurienne fit disparaître entièrement celui des 
Medulli; et dans le testament d'Abbon, de l'an 7 5g, 
on lit vallis Maurigenica. Lorsqu'on eut établi les 
provinces des Alpes graies et pennines, et des Alpes 
maritimes, d'après les limites que je viens de déter- 
miner, la vallée de la Maurienne, qui auparavant 
faisait partie de la province cottienne détruite par cet 
arrangement, resta comme isolée entre la Gaule et 
l'Italie, faisant partie de cette dernière, et en étant 
cependant séparée par de très hauts sommets : aussi 
forma-t-elle un district particulier , désigné sous 
le nom ai Alpes graiœ dans certaines copies de la 
Notice. Les sommets qui semblent plus particulière- 
ment désignés sous le nom à' Alpes graiœ, dans ces 
Notices, sont ceux du mont Cenis et les monts 
adjacens. Strabon est le seul parmi les anciens qui 
ait fait une mention expresse de cette partie des 
Alpes, non qu'il les désigne sous un nom particulier, 
mais les lacs qu'il décrit ne peuvent être que ceux 
du mont Cenis. La première m.ention de ce mont 
date du viii^ siècle et se trouve dans le testament 
d'Abbon; mais dans ce siècle, ce mont commença 
à devenir le passage ordinaire en Italie. Le roi Pépin 
le passa avec sor» armée en ySS, et Charlemagne 
en 774. Louis-le-Débonnaire y fonda l'hospice qui 



396 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
s'y trouve, en 825 '. J'observerai, en terminant, 
que les Alpes graies, dans les derniers historiens, 
grecs et romains, sont confondues avec les Alpes 
pennines. Zosyme et Procope parlent des Alpes 
cottiennes, maritimes et pennines, mais ne font 
pas une seule fois mention des Alpes graies. 



IL 

ITEM IN PROFINCIIS SEPTEM » : 

Ainsi l'on voit clairement que les sept provinces 
qui vont suivre formaient une division distincte du 
reste de la Gaule. 

Provincia Fiennensis. — N» XIII. 

Diocèses de 

Metropolis cwitas Viennensium . Vienne. 
Civitas Genwensium Genève. 

— GratianopoLitana. . . Grenoble. 

— Alhensium Alps en Vivarais, 

— Deensium Die. 

— J^alentinorum Valence. 

— Tricastinorum Aoste en Diais. 

— T^asiensium Vaison. 

— Arausicorum Orange. 

— Cahellicorum Cavaillon. 

' Durandi, Marca di Torino, p. 71 et 72; Frédégaire, Atm, 
Francor. dans Duchesne, toin. i, p. 774- " Peppinus cum exer- 
n citu suo monte Cinisio transacto, etc. » Id. — « Perrexit ipse (Ca- 
« rolus Magnus ) per montem Ginisium. » Id., tom. 11, p. 28. — 
Regino, ad ann. 774, tom. i, Rerum German. , p. 36, édit. de 
Struvius. — Recueil des Hist. de France, tom. xii, p. 281. 

* M. Guérard a omis ces mots dans son édition, et cet oubli fait 
disparaître une des deux grandes divisions établies par la Notice. 



PARTIE III, CHAP. VI. 397 

Diocèses de 

Cwitas Avennicorum Avignon. 

— Arelatensium Arles. 

— Massiliensium Marseille. 

On ignore à quelle époque le chef-lieu du diocèse 
des Tricastini fut transporté à Saint -Paul- Trois- 
Châteaux : il est probable que ce fut en 4^^, lors 
du partage de la Viennaise par le pape Léon. 

Arles fut nommée Constantina en 4^8, par l'édit 
d'Honorius , à cause du césar Constantin fait consul. 
J'ai déjà observé que tant que la puissance romaine 
dans la Gaule eut encore un reste de vie , Arles eut 
après l'édit d'Honorius ' la suprématie , relativement 
au civil, sur toutes les autres villes, et fut alors érigée 
en archevêché. Vienne, comme chef lieu primitif de 
la province Viennaise dans laquelle Arles se trouvait 
située, disputa à cette dernière la suprématie. Le pape 
Zosjme reconnut la supériorité d'Arles sur Vienne; 
mais cette décision ayant occasioné des divisions 
entre les deux diocèses de la même province , le pape 
Léon, en 4^<^ > sous Valentinien III, fit faire un 
partage définitif de la Viennaise en deux provinces , 

' On trouve uu texte nouvellement publié de cet édit dans l'ex- 
cellente Notice sur la Vie de Fabrot, par M. Ch. Giraud, pro- 
fesseur à la Faculté de droit d'Aix; i833, in-8', p. 197. — Hincmar 
de Reims, au ix" siècle, parle de cet édit, et cite d'anciennes lettres 
apostoliques qui s'y l'apportent : son authenticité ne sauiait donc 
être douteuse. — Voyez Sirmond, tom. 11, p. ySo. — De Cusa l'a 
publié le premier, Cusani Opéra-, Paris, in-fol., p. 71. — Ensuite 
Joseph Scaliger, Lcctiones Ausonianœ ; ^5']5, p. 24. — Ensuite 
Sirmondi Opéra, 1696; Paris, tom. i, p. ii5-i6o. — Ensuite D. Bou- 
quet, Bec. des Hist. de France , t. i, p. 766. — Bouche, Chorographic 
de Provence, tom. i. — Puis il a été traduit par Dnbos , Mon. 
française, tom. 1, p. 241, ou 671 de l'in-12; par Lalaurière, Hist. 
d'Arles, années 4i8 et 421 ; Guizot, Cours d'Hist. de Fr., 1828. 



398 GÉOGRAPHIE ÂNCIEME DES GAULES, 
et fit accorder à Vienne le diocèse de Vienne, et 
ceux de Valence , de Taran taise , de Genève et de 
Grenoble; et à Arles, tous les autres diocèses de la 
Viennaise, savoir : ceux d'Arles, de Die, des Tricas 
tini, dont le siège fut probablement alors transporté 
d'Aosle à Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Vaison, 
d'Orange , de Cavaillon , d'Avignon , de Marseille. 
C'est-à-dire que cette province fut divisée en deux 
sous le rapport ecclésiastique , et que la portion 
attribuée à l'ancienne capitale contenait le pays des 
Allobroges et celui des Centrones. Il est probable 
qu'on commença dès lors à distinguer cette nouvelle 
division sous le nom particulier de Sapaudia, dont 
l'étymologie est inconnue '. 

Provincia Aquitanica prima. — N° VIII. 

Diocèses de 

Metropolis civitas Biturigum. . Bourges. 

Civitas Aivernorum Clermont-Ferrand. 

— Rutenorum Rhodez. 

— Albiensium Albj. 

— Cadurcorum Cahors. 

— Lemovicura Limoges. 

— Gabalum Anterrieux. 

— Vellavorum Saint-Paul ien. 

Si le siège épiscopal du diocèse des Gabali s'établit 
momentanément à Javoux, ce qui est très douteux, 
Mimate j Mende , au midi, remplaça Gabalum , 
comme depuis, Indiciacus j Saint-Flour, a fait dis- 
paraître Anderituiiiy Anterrieux ^. 

' Sirmondus, tom. i, Concil. Gallice , p. 27. — Recueil des Hist. 
de France, tom. 1, p. 776. 

* 3Iémoires de l'Institut de France [Académ. des Inscriptions)^ 
tom. VI, p. 586, Sgo, 406. 



PARTIE III, CHAP. VI. 399 

Provincia Aquitanica secunda. — N" VI. 

Diocèses de 

Metropolis civitas Burdigalensium, . Bordeaux'. 

— Agennensium. . . Agen. 

— Ecotismensium. . Aiigoulême. 

— Santanum Saintes. 

— Pictavorum. . . . Poitiers. 

— Petrocoriorum. . . Périgueux. 

Provincia Novempopulana. — N° XII. 

Diocèses de 

Metropolis cwitas Elusatium Eaiise. 

Cwitas Aquensium AcqsouDax. 

— Lactoratium Lectoure. 

— Convenarum St.-Bertrand- 

de-Comenge. 

— ConserannoruTïi Coiiserans ou 

Saint-Lizier. 

— Boatium Bouges , à 

Tête-de-Buch. 

— BenarnensiuTJi Béarn, entre 

Maslacq et Lagor. 

— Atiirensium Aire. 

— Vasadca Basas. 

— Turba, ubi castruïii Bigarra. Tarbes. 

— Elloronensium Oloron. 

— Ausciorum Auch. 

Des nombreux diocèses, ou cités, qui composaient 
cette province, deux seulement sont enveloppés de 
quelque obscurité, c^st Boatium et Benarnensium. 
11 est bien difficile de penser que le Boios de l'Itiné- 

' De Marca, Hist. de Béarn, p. 32, place à Embrau, près de 
Elaye, \ Ehromanus d'Ausone dans sa lettre à saint Paulin ; mais le 
texte (p. 499) porte Hebromagus. 



400 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
raire ' ne soit pas la capitale de la cité des Boiates ; et 
ce qui semble confirmer cette opinion, c'est qu'une 
ancienne Notice des provinces porte Boatium, quod 
est Boius in Burdigalensi : alors ce diocèse répon- 
drait aux anciens Boiaies , et n'aurait rien de com- 
mun avec ini autre diocèse plus au midi qui fut créé 
depuis, et dont il est question dans la Notice des 
Dignités de l'Empire, sous le nom de Lapurdum. 
Ce dernier nom se conserve dans celui de Labour, 
que porte le pays; mais la ville a changé le sien pour 
celui de Bayonne, qui, en langue basque, signifie 
baie bonne, baia ona '. 

Mais d'une part les invasions des J^ascones , ou 
Gascons, dans la Novempopulane , et ensuite des 
Normands et des Sarrasins, détruisirent toutes les 
villes où siégeaient des évêques , et anéantirent leur 
juridiction. On fut obligé de créer un seul évêque 
pour toute l'étendue du pays qui , après l'ancienne 
destruction de la province romaine, avait pris le nom 
de Vasconia. Cet évéque de Gascogne eut sous sa 
juridiction l'évéclié de Lescar (qui avait succédé 
à celui de Beneharnuin)^ ceux d'Acqs, d'Aire, de 
Bayonne, de Bazas et d'Oloron % de sorte que tou- 
tes les limites des diocèses primitifs de la Gaule dispa- 
rurent, et que de nouvelles divisions succédèrent 
aux anciennes : l'emplacement même de ces diocèses, 
Boatium et Beneharnum ^ n'a point laissé de trace 
dans le pays ni dans l'histoire. 

■ Itine'r., edit. Wesseling, p. 456. 

* De Marca, Hist. de Be'arn, liv. i, ch. 8, p. 3o. 

^ De Marca, Hist. de Be'arn, liv. ii, ch. 8, p. 221, 222. En loSs' 
l'évêque Raimond , lors de la prise de possession du comté de Bor- 
deaux par le comte Odo, signe e'vêque de Gascogne. 



PARTIE III, CHAP. YI. 40l 

Dans les derniers temps, l'évêché moderne de 
Bajonne avait des limites très resserrées, et se trou- 
vait borné au nord par l'Adour; tellement que le 
bourg du Saint-Esprit, qui est au bout du pont de 
la ville, dépendait de l'évêché d'Acqs'; mais l'ancien 
évêché de Labourd, Lapurdum, auquel il a succédé, 
avait au contraire une grande étendue, et cet évéché 
comprenait les vallées du pays de Labourd , d'Arbe- 
roa, d'Orsais, de Cize, de Baïgorri , de Bastan, de 
Lerin, d'Hernani, jusqu'à Saint-Sébastien en Gui- 
puscoa ''. Les évêques et les vicomtes de ce pays ont 
toujours pris le titre de Lapurdenses jusqu'au milieu 
du xii" siècle; après cette époque, ils se nomment 
indifféremment Lapurdenses et Baionenses. Le mot 
Lapurra signifie, dit-on, en Basque, un pays désert. 
On ne retrouve que dans l'Itinéraire les traces de 
quelques peuples dont il est fait mention dans les 
auteurs anciens comme existant dans les Landes. 

Nul doute que le nom de Beneharnum, qui paraît 
pour la première fois comme simple station dans 
l'Itinéraire d'Antonin, et que nous voyons ensuite 
figurer comme un diocèse particulier dans la Notice 
des Gaules, n'ait donné son nom à la vicomte ou 
province de Béarn; mais cette province, dans son 
extension moderne, n'a aucun rapport avec l'ancien 
diocèse, puisqu'à l'époque de la rédaction de la 
Notice qui nous donne connaissance du diocèse de 

' De Marca, Hist. de Béarn, p. 3o. 

" Voici le texte du rescrit du pape Célestin III, en iig4, où les 
limites de l'episcopatus Lapurdensis sont ainsi expliquées : « Vallem 
« quae dicitui* Lapurdi. Vallem quae dicitur Arberoa. Vallem quae 
« dicitur Orsaïs. Vallem quae dicitur Cizia. Vallem quae dicitur 
« Lerin. Vallem quae dicitur Lesseca. Vallem quae dicitur Oiarzu, 
« usque ad S. Sebaslianum. » — De Marca, p. 53. 

H. 26 



402 Gl^OGRAPHIE ANClEiNiNE DES GAULES. 
BeneharfiurHy subsistait aussi celui d'Oloroii, cwitas 
EUoronensium j VJllujo de l'Itinéraire. 

Les divisions les plus claires et les plus anciennes 
qui nous soient données de ce pays sont celles qu'é- 
tablissent \es fores ou lois fondamentales, rédigées 
très postérieurement dans les xiii'' et xiv^ siècles. D'a- 
près les usages constans, maintenus par une pratique 
non interrompue, et par une tradition subsistant de- 
puis un temps immémorial, ces fores sont au nombre 
de quatre, celui de Morlaas, celui d'Oloron (Jluro), 
celui d'Ossau (Osquidates) j celui de la vallée d'Aspe 
Çjfspa luca) ' . Il n'y a donc que Morlaas (aujourd'hui 
grand village situé dans une des plaines les plus sté- 
riles du Bearn) qui n'ait point de lieux anciens qui lui 
correspondent. Morlaas est l'ancienne capitale des 
vicomtes de Bearn , le premier lieu où ils ont frappé 
monnaie; car Pau a une origine toute moderne, et 
doit son existence au château que Gaston y fit con- 
struire au milieu du xv^ siècle \ Mais Morlaas n'a ja- 
mais été le chef-lieu d'un diocèse et ne peut repré- 
senter l'ancienne cité àe Benarnum^ le Beneharnum 
de l'Itinéraire, dont nous voyons, dans Grégoire de 
Tours, un évêque figurer, eu 5o6, au conciled'Agde^. 
Dans ce même siècle , la ville de Benarnum, ou 
Behenarniun , est donnée dans un partage à Ema- 
dius. Emadius, dit Grégoire de Tours, « cum duca- 
tum urbium Turonicœ atque Pictavœ administraref, 
adhuc et T ici juliensis cr^^weBENARN.E urbium prin- 
cipatum accepit^. » 

' De !\Iarca , Tlist. de Bearn, liv. v, ch. i-6, p. oSj. 

' Id., Hist. de Bearn, liv. i, ch. ii, p. 47- 

* Id., Hist. de Be'arn, liv. i, ch. ii, p. 44- 

■* Greg. Turon., lib. ix, ch.7. — Bec. des Hist de Fr., t. 11, p. 55'-. 



PARTIE III, CHAP. VI. ^(3 

Lescar, quoique s'éloignaiit moins que Morlaasde 
Ja route romaine où passait Benehamunij s'en écarte 
trop pour qu'on puisse y placer cette ancienne ville. 
D'ailleurs on saitque Lescar a succédé kBeneharnum, 
comme chef-lieu de l'évéché, mais dans un autre em- 
placement. La fondation de Lescar est connue dans 
tous ses détails par l'ancien cartulaire de cette ville, 
que de Marca a publié. On apprend par ce cartulaire 
qu'après l'invasion des Normands tout ce beau coter.u 
où domine la ville de Lescar n'était qu'une vaste forèî, 
et qu'il n'y avait qu'une petite église ou chapelle rui- 
née consacrée à la Vierge et à saint Jean-Baptiste, 
lorsque dans le commencement du xi" siècle, en io54, 
Lopofort, poussé par les remords d'un crime qu'il 
avait commis pour obéir aux ordres du duc de Gas- 
cogne, d'après le conseil de son évêque (c'est-à-dire 
l'évéque de Benehar^nurn) , se retira dans ce lieu avec 
sa femme pour s'y consacrer à Dieu '. 

Dans ce silence de l'histoire , il faut donc se confier 
aux mesures des Itinéraires anciens , qui sont les seuls 
monumens qui puissent nous éclairer sur la position 
de Beneharnum.Ces Itinéraires nous fournissent deux 
routes où Be/ieharnum est mentionné ' ; l'une partait 
de Burdi^alay Bordeaux, et aboutissait à Ccesar 
Augusta, Saragosse, en Espagne, parla vallée d'Aspe; 
l'autre se dirigeait à l'est pour aboutir à Lugduniun 
cojivenariun , Saint-Bertrand- de-Comenge , et se 

■ De Marca, Hist. de Bénrn^ p. 212 et 2t4- " Et misit se cnm 
'( episcopi consilio et comité, et uxore sua, in civitatem qiise dici- 
« tur Lascurris; et ibi invcnit nisi silvain , et ecclesiolam B. Joan- 
« nis Baplislœ , et B, Mariae quae fuit sedes erat destructa , et fuit 
« ibi factus monachus. » Chart. Lascurr. 

' Anton , lliner., edit. Wesseling, p. ^Si et 4'^7' 



404 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
prolonger sur Tolosa, Toulouse, en partant égale- 
ment de Bordeaux. Ces deux routes avaient leur 
point de bifurcation à Beneharnum, Si donc les me- 
sures anciennes sont exactes , si nous possédons la 
vraie leçon des Itinéraires, ou, ce qui est la même 
chose, si les manuscrits que nous avons nous pré- 
sentent des variantes qui puissent s'accorder avec le 
terrain , le point d'intersection de ces deux routes 
doit nous donner i?e/i€/i<7r/2Mm ; et en effet, l'ensem- 
ble des mesures de l'Itinéraire entre Burdigala et 
Cœsar Augusta se trouve parfaitement exacte dans 
son ensemble et dans ses détails. En nous renfermant 
dans la portion de cet Itinéraire qui concerne notre 
•Gaule, nous trouvons que summo Pjreneo corres- 
pond au port de Berneret, Aspa Luca à Accous, et 
au pont de Lesquit, à l'extrémité sud du beau bassin 
où la vallée s'élargit et renferme plusieurs villages. 
Bedous est aujourd^iui le plus considérable de tous 
ces villages, mais Àccous est le plus ancien , et pos- 
sédait ce qu'on appelait autrefois la Métrocomie, ou 
la prééminence sur toutes les autres paroisses de la 
vallée. Celle d'Accous avait le surnom de Capdulh, 
mot dérivé de capitolimny capiiulis locusy ou capi- 
tale '. Plusieurs inscriptions réunies par Palassou, 
dans un petit ouvrage sur la vallée d'Aspe, attestent 
le passage de la route roinaine dans cette vallée, et 
nous-même nous y avons reconnu, dans l'endroit le 
plus étroit, des constructions évidemment romaines. 
Ces mêmes mesures de l'Itinéraire sont également 
€xactes pour Ilurone^ Oloron , qui , dans les temps 
anciens, comme dans les temps modernes, était le 

• fie Marca, Hist. de Be'ar-n. liv. i , cap. 12, 5, p. 69. 



PARTIE 111 , CHAP. VI. 405 

grand marché entre l'Espagne et la Gaule de ce côté, 
et qui le fut aussi dans le moyen âge. Une lettre d'Eu- 
logius de Cordoue à l'évéque de Pampelune^ Vuile- 
sandus , de l'an de 85 1 , témoigne que le commei^e 
des marchands français ilorissait dans Saragosse, quoi- 
que cette \ille fût occupée par les Maures; et à cette 
époque les Maures eux-mêmes vendaient de l'encens 
sur le marché d'Oloron*. 

La position qui vient ensuite est celle de Benehar^ 
num, que l'Itinéraire nous indique à la distance de 
12 lieues gauloises ou i8 milles romains d'Oloron. 
Mais pour que cette mesure nous donne la direction 
de la route du sud au nord, il faut qu'elle concorde 
avec celle de la route qui se dirigeait du nord au sud, 
et avec celle qui allait de l'est à l'ouest. Pour la pre- 
mière, le lieu le plus prochain de Beneharnum que 
les Itinéraires nous donnent, e&X, Aquis , ou Acqs, 
ou Dax, qui est, comme on n'en peut douter, Jquœ 
Tarbellicœ des anciens. La distance entre ce lieu et 
Beneharnum est de 19 lieues gaul. ou 28 \ m. Fom., 
et déjà l'intersection de ces deux routes s'éloigne peu 
de la ligne droite entre Iluro, Oloron, et d'Acqs, et 
fait passer cette route par Orthez, un des pïus anciens 
lieux du Béarn, déterminant le point de jonction un 
peu au sud-est de cette ville, laissant un angle très 
ouvert qui présente sa pointe à la route qui vient du 
sud-est. L'analyse des Itinéraires, pour cette troi- 
sième route, nous a fait reconnaître les Aquœ de 
l'inscription portant une dédicace à Auguste, Ba- 
gnères-de-Bigorre, pour les Aqùœ des Itinéraires 
anciens, Aquœ conçenaruirij selon certains raanu- 

' De Marca , Hist. de Benrn , ch. i5, p. 5, 5i5. 



406 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
scrits. La variante du manuscrit de l'Itinéraire de 
Longolianus, qui donne 8 au lieu de i8 entre cet 
Aquis et oppidum Novum, nous place à Nay pour 
cette dernière position, et la mesure de i8 lieues 
gauloises qui nous est donnée par l'Itinéraire, entre 
oppidum Novum et Beneharnum. , nous porte juste 
au point d'intersection des deux autres routes, c'est- 
à-dire h un lieu ancien nommé Castelnon, aujour- 
d'hui détruit, entre Maslacqet Lagor, à i,5oo toises 
environ de chacun de ces bourgs, sur les bords de 
la petite rivière Lageu , entre cette rivière et le 
Gave, vis-à-vis Lendresse et Arance. Confiant dans 
un tel accord et dans un tel résultat, nous avons 
visité et parcouru ces lieux, et nous nous sommes 
assuré que plusieurs constructions d'une date bien 
plus récente n'avaient pas laissé de vestiges sur la 
superficie du sol. Masiacq ou Marslag, lieu dont 
l'origine remonte à la fin du xi*" siècle, a fait dispa- 
raître jusqu'ai'.x derniers vestiges de Muret et de 
l'église de Miuet ou Mured , qui est souvent men- 
tionnée dans l'histoire de Béarn , et qui fut bâtie sur 
les bords du Gave par Raimond-le-Vieux, évêque de 
Lescar '. Cette église, m'a-t-on dit dans le pays, a 
été enlevée par le Gave, et remplacée par celle de 
Sainte-Marie-de-!Maslacq. L'histoire nous démontre 
qu'il existait aussi dans ce lieu un fort qui y précéda 
l'église, et dont Garisal s'est saisi en 1080'. Le ma- 
riage du vicomte de Gaston avec la comtesse Pero- 
nelle fut célébré dans l'église de Mured, en i ig6. Il 
n'existe plus de trace de ces constructions non plus 
que de Beneharnum. Une mélairie située à quel- 

' De Marca, Ilisl. de Bcnrii, p. 400, j^x'-j ol .((jij. 



PARTIE m, CHAP. VI. 407 

que distance porte le nom de Bernet : à peu de dis- 
tance aussi entre Arance et Lagor, mais trop près de 
Lagor pour convenir parfaitement à la position de 
Beneharnum, est le hameau de Benejacq'. Ce lieu est 
ancien. Gaston céda tous ses droits sur la seigneurie et 
le village de Benejac. En 1699, Henri IV, dans sou 
édit pour le règlement de la religion, indiqua le ha- 
meau de Benejacq pom- la résidence de l'cvêque de 
Lescar *. 

Après avoir fixé, par les mesures appliquées sur 
la Carte de Cassini, le point d'intersection des trois 
routes qui donnaient la position de Beneharnum, il 
i-estait une objection à résoudre. — Nos mesures sont 
prises entre d'Aqs et le point de Beneharnum, entre 
ce lieu et Bagnères, Aquis , en suivant des routes 
droites, connues, et encore pratiquées. Mais lorsque 
je m'informai des ingénieurs des ponts et chaussées et 
des habitans du pays, à Orthez et à Pau, s'il existait 
une route en ligne directe entre Maslacq et Oloron , 
on m'indiqua des routes de traverse qui rendaient plus 
courte la distance entre Maslacq et Navarreins, entre 
Orthez et Moneins, mais qui, me ramenant toujours 
à l'un de ces deux lieux par où passe la route actuelle, 
allongeaient encore trop le trajet pour convenir aux 
mesiu'es de l'Itinéraire. On m'assura que la route que 
je cherchais n'avait jamais existé, et que la nature 

' De Marca , Hisl. de Be'arn^ liv. v, ch. i-i i, p. 576. — Eu l'iyS, 
(jaston de Béarn est nommé (iasto de Bierna , voyez de Marca , 
p. 655. Sur le plan du cadastre qui m'a été communiqué à Pau , 
Benejacq se trouve dans les limites de la commune de Lagor, et 
forme la section F. 

' Poeydavant, Uist. des liouhles sui venus en Be'nrn , toni. 11 
p. 56.',. 



408 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
du sol se refusait à ce qu'elle fût pratiquée. La seule 
inspection des lieux me prouva le contraire : les pentes 
continuelles et les détours des routes modernes qu'on 
m'indiqua, et que je parcomnis, me convainquirent 
qu'elles ne représentaient pas l'ancienne route des 
Romains. Un cocher du château de Maslacq m'apprit 
que, quand le temps était propice, il conduisait ses 
voitures de fourrage par une route différente de celles 
qu'on suivait ordinairement, et qui allait directe- 
ment de Maslacq à Oloron ; mais il ajoutait que les 
conducteurs de bestiaux seuls la suivaient quelque- 
fois. D'après les détails qu'il me donna, j'entrepris 
cependant de traverser cette route en voiture; j'y par- 
vins h l'aide d'un seul cheval, et d'un jeune Béarnais 
de douze ans, qui m'aidait à retirer mon léger ca- 
briolet des ornières, ou à le conduire lorsque le dan- 
ger de verser, ou le désir d'examiner de plus près la 
nature de la chaussée, me forçait d'en descendre. Je 
trouvai, à ma grande satisfaction , des vestiges de la 
voie romaine subsistant encore dans plusieurs en- 
droits, et notamment sur les confins des communes 
de Luc et de Lagor, où , ayant été coupée perpen- 
diculairement par les habitans d'une maison Aoisine, 
à laquelle cette chaussée plus élevée nuisait, il était 
facile d'en observer l'encaissement et les diverses cou- 
ches. La route moderne, en sortant d'Orthez pour 
se diriger sur Maslacq, circulant sur les hauteurs qui 
séparent les rivières de Laa et de Lageu, paraît re- 
présenter la route ancienne, et c'est dans ce trajet 
qu'on voit se déployer devant soi dans un lointain 
immense, à droite, les plaines de Nnvarreins, et h 
gauche, celles d'Orthez et les hauteurs pittoresques 



PARTIE III, CHAP. IV. 409 

du Gave de Pau. Après avoir passé Maslacq et franchi 
les limites de cette commune, le chemin moderne fait 
un détour, que n'a pas dû faire la route ancienne; 
aussi je vis un sentier qui coupait plus directement, 
mais entre des coteaux , et praticable seulement par 
des bouviers ou des hommes à cheval. Cette portion 
de route, qui doit représenter l'ancienne, abrège 
encore, m'a-t-on dit, le trajet d'une demi-heure. 
On passe ensuite à Sauvelade ou Saubalade, village 
dont les maisons sont éparses. L'abbaje célèbre de 
ce nom (Silça Lata du moyen âge) est située en 
bas du coteau et à l'écart de la route, dans une 
belle prairie. On entre ensuite dans la commune de 
Lagor; on laisse Villesegure à droite, et le village 
de La Hourcade à gauche, que l'on ne voit pas. La 
route s'embellit beaucoup en approchant de Luc , 
où était une célèbre abbaye qui avait une grande 
puissance, et joue un rôle important dans l'histoire 
du moyen âge; c'est aujourd'hui un bourg qui ex- 
ploite les forêts voisines, et qui fait un grand com- 
merce de tannerie. L'abbaye était de l'ordre de saint 
Benoît. De Marca , dans sa savante Histoire de Béarn , 
s'est souvent aidé de la charte de Sancti Vincenti de 
Luco. Les restes de cet abbaye m'ont présenté une 
sacristie curieuse par une architecture romaine du 
ix^ ou X* siècle, qui contraste avec celle de l'église 
qui est en ogive. Sauvelade ou Saubalade ' était de 

• De Marca, lib. v, cap. 22, p. 419-421, etliv. vi, cap. 11, p- 499- 
La Charte de Silva Lata ou de Sauvelade est datée de l'église de 
Sainte-Marie-de-Mured , le même jour que Gaston épousa la lille 
de Bernard, comte de Saint-Bertrand-de-Comenge. «■ Datuni est 
« hoc apud Sanctam Mariam de Mured, eadeni die, qua Gasto 
« duxit in uxorem filiam Bcrnardi comitis Convcnarum. » Et ce fut 
Bernard, abbé de Silva Lala, qui célébra le mariage. 



410 GÉOGRAPHIE ANCIENTNE DES GAULES, 
l'ordre de Citeaux : lorsqu'on a franchi la moitié de 
l'espace qui sépare Luc d'Oloron, on rejoint la route 
moderne de Moneins , qui se dirigeant du nord au 
sud, droit sur Oloron, se confond alors avec la route 
ancienne. Les communes de Lagor et de Luc sont 
fort étendues , et remplissent presque tout l'espace 
que l'on parcourt entre Maslacq et Luc. 

L'autre voie romaine qui , de Nay, oppidum No- 
vum, se dirigeait sur Beneharnum, n'est pas entière- 
ment représentée par la route moderne : elle se diri- 
geait droit sur Lagor, le long de la rive gauche 
du gave de Pau, au midi de ce gave, et ne pas- 
sait pas par la ville de Pau : des routes de traver- 
ses, qui sont très bonnes et très belles, mais fermées 
par des barrières, conduisent directement d'Arbus 
à Lagor '. La route antique ne me parait pas non plus 
avoir été pratiquée, comme la route moderne, sur 
la hauteur de Lagor, mais passait entre le coteau et 
le Gave, où on a le projet de la rétablir '. 

Le siège épiscopal a été transféré de Benehanium 
à Lescar ou Lascar, mais à une époque très récente, 
cette ville n'ajant été commencée qu'en g8o , sur 
un terrain auparavant non habité, et Beneharnum 
subsistait encore au vii^ siècle, puisque Grégoire de 
Tours en fait mention \ 

' Conférez V Analyse des Itinéraires , toin. ni de cet ouvrage 
' CeUe live du Gave est assez élevée pour être garantie des inon- 
dations qui ont lieu de l'autre côté du Gave ; et comme les maté- 
riaux d'entretien et de construction sont les cailloux même du 
Gave, il y aurait une grande économie à faire passer la route 
en bas. 

^ Gregor. Turonensis , lib. ix, cap. 20. — De Marca, "//«/. de 
Bcnvu , iil). I, cap. 11, p. j5. 



PARTIE III, CHAP. VI. 411 

Provincia Narbonensis prima. — N" YI. 

Diocèses de 

Metropolis cwitas Narbonensium. . . . JNarboiine. 

— Tolosatium Toulouse. 

— Beterrensium Béziers. 

— Nemausensium. . . . Nîmes. 

— Lutei>ensium Loclève. 

Castrum Uceciensej alias cwitas 

Uceciensis Usez. 

Provincia Narbonensis secunda. — ]N° VII. 

Melropolis clvitas ylquensiuTYi Aix. 

— Aptensium Apt. 

— Reiensium Riez. 

— Foro Juliensiiun. . . Fréjus. 

— Tappincensium. . . Gap. 

— Segesteriorum. . . . Sisterou. 

— Antipolitana Antibes. 

Provincia Alpiuni maritiniaruin. — IN" V^III. 

Metropolis civitas Ebrodunensium. . . Embrun. 

agitas Diniensium Digne. 

— Rigomagensium Chorges. 

— S olliniensiuniy ou S alinensium. Castellane. 

— Sanitiensium , Senez. 

— Glannativa Glandève. 

— Cemelenensiurn Cimiez. 

— Tintiensiiun Vence. 

lu prru'inciis xvii, civilnlcs cxv. 



412 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Cette fin de la Notice confirme ce que j'ai annoncé 
précédemment. La récapitulation annonce cent 
quinze cités et diocèses, et on en compte cependant 
cent vingt, ce qui prouve qu'il y en a au moins 
cinq qui doivent en être retranchés et qui n'exis- 
taient pas, comme diocèses, an temps d'Honorius, 
où la Notice fut dressée. 

Civitas Rigomagensium^ et civitas Solliniensium^ 
présentent seuls, dans cette dernière pro-vince, des 
motifs de doute relativement à leur emplacement et 
à leurs limites. Valois et d'autres rapportent Rigo— 
magensium à Rie ou Rogen, qui me paraît trop 
près de Senez. Contre ceux qui veulent changer ce 
mot en celui de Brigantium ou Caturigomagen- 
sium, on doit remarquer que les Notices imprimées 
dans la collection des historiens de France portent 
toutes, sans variantes, Rigomagensium. Si on rap- 
porte Solliniensium au Salinœ de Ptolémée, il n'y 
aura plus de difficulté, puisque nous avons déter- 
miné l'emplacement de ce dernier lieu. Un des ma- 
nuscrits de la Notice porte, en effet, civitas Salinen- 
sium^ , ce qui autorise à considérer le lieu nommé 
Salinœ comme le chef-lieu de ce diocèse. 

Ainsi que je l'ai déjà dit, la division politique éta- 
blie par les Romains dans les Gaules subsista après 
la conquête des Francs, comme division ecclésiasti- 
que. Les rois francs ne purent parvenir à changer 
ces divisions pour les mettre d'accord avec les limi- 
tes de leurs territoires. Chilpéric voulut ériger e» 
évêché Melun, mais le métropolitain, l'archevêque 

• Voyez Recueil des Jlist. de France , tom. ii, p. 5, C. 



PARTIE m, CHAP. VI. 413 

de Sens, s y opposa. Le clergé se souleva de même 
contre l'érection d'un nouveau siège à Châteaudun ', 
et il n'eut pas lieu. 



DIVISIONS CIVILES ET MILITAIRES DE LA GAULE TRANSALPIHE. 

La Notice des dignités de l'Empire, dans laquelle 
on peut puiser des notions très exactes sur les divi- 
sions administratives, tant civiles que militaires, de 
l'empire romain, est le dernier monument historique 
qui nous reste à examiner'. Il a été dressé à la même 
époque que la Notice des provinces de la Gaule, et 
le Livre des provinces de l'empire romain ^, c'est-à- 
dire au commencement du règne d'Honorius, vers 
l'an 40 1 . La copie qui nous en reste contient quelques 
intercalations qui ont induit en erreur plusieurs sa- 
vans modernes qui ont voulu attribuer ce catalogue à 
Théodose II , vers 45o ^ : d'autres en ont fixé la date 
vers 450^; et d'autres, en 457^- Mais il est évident, 
qu'il a été dressé lorsque l'empire d'occident était 
encore intact, et, par conséquent, avant l'an 406. 

' Becueildes Hist. franc., tom. v, p. 60. — Labbe, v, 918 à 921. 
-- Guérard, Essai, p. 8i-85. 

' Voyez Notitia dignitatum imper. Roman. , edit. Pancirol ; 
Liigdun., in-folio, 1608. — Edit. Labbe, in-12 ; Parisiis, i65i. 

' Libellas provinciarum Romanar., dansGrouovii Varia Geogr., 
p. 25. 

* Pancirol., in Prcefatione ad Notit., p. 2 à 5. 

' ^gidius Bucherius, in Belg. Roman., lib. xvi, cap 5 , p. 495. 
— Laguillus, Hist. d'Alsace, lib. m , p. 36. 

* Albertus Fabricius, Bibliotheca latina, tom. i, lib. iv, cap. 5, 
n" 6 , p. 752. — Longuerue , Description de la France, lib. 11, 

p. 223. 



414 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Nous trouverons des preuves incontestables de cette 
vérité dans ce qui s'y trouve relativement à la Gaule 
seule. Nous lisons dans cette Notice qu'il y avait 
deux fabriques d'armes à Trêves, et, en 45o , Trêves 
avait été pillée trois fois, et presque entièrement dé- 
truite. Te commandement militaire de Mayence se 
trouve délaiilé dans cette Notice, et, dès l'an 4*^9, 
ainsi que nous l'apprenons par saint Jérôme, cette 
ville avait été prise et pillée par les Vandales. Toutes 
les troupes du préfet de la Germanie seconde et de 
la Belgique sont détaillées, quoique ces provinces, 
en 450, fussent, depuis bien long-temps, au pouvoir 
des Francs. Les dix-sept provinces des Gaules sont 
énumérées dans cette Notice, comme intactes, aussi 
bien que la Rhsetie , tandis que cette dernière avait 
été prise par les Allemani, et que la Narbonnaise et 
l'Aquitaine avaient été occupées par les Goths, sans 
compter d'autres parties des Gaules, dont les Barba- 
res s'étaient emparés. La Notice détaille encore les 
officiers et les troupes qui se trouvaient dans la 
Grande-Bretagne, l'un des diocèses de la préfecture 
des Gaules; et, dès l'an /^.lo, les Romains avaient 
retiré leurs officiers et leurs troupes de cette île. 

Il est étranger au but de cet ouvrage de discu- 
ter la nature des différentes dignités, et des différens 
emplois, dont il est question dans la Notice de l'Em- 
pire ; cette tâche , d'aille^irs , a été exécutée avant moi 
par plusieurs hommes très habiles, mais je dois faire 
connaître les divisions administratives, tant civiles 
que militaires , relatives aux Gaules , qui s'y trouvent 
détaillées, aussi bien que les villes ou peuples de ce 
p.'iys qui y sont mentionnés , et dont il n'a point 



PARTIE 111, CIIAP. M. 415 

été fait meiition clans les écrits qui nous restent de 
l'antiquité, antérieurs à celui-ci. 

La préfecture des Gaules, à l'époque dont nous 
traitons, était divisée eti trois diocèses '. 

1 . Le diocèse des Gaules, contenant dix-sept pro- 
vinces. 

2. Les Espa«nes , composées de sept provinces 
présidiales. 

5. L'île de la Grande-Bretagne, composée de cinq 
provinces. 

Ainsi la préfecture des Gaules renfermait vin£;t- 
neuf provinces. 

Avant Constantin, l'administration civile et l'ad- 
ministration militaire étaient réunies, et étaient exer- 
cées, dans tout l'Empire, par deux et quelquefois trois 
préfets du prétoire, qui ne recevaient d'ordres que de 
l'empereur. Constantin, pour prévenir les révoltes, 
et diminuer la trop grande puissance des préfets du 
prétoire, en doubla le nombre, et sépara le pouvoir 
civil du pouvoir militaire, en créant un maître de 
la cavalerie et un maître de l'infanterie, qui avaient 
le commandement des troupes, et dont les fonctions 
furent indépendantes de celles du préfet du prétoire. 
Ces changemens , qui sont l'objet des lamentations de 
l'historien Zosyme*, et auxquels il attribue, en par- 
tie, la décadence de l'Empire et le succès des Barba- 
res , nous obligent à détailler séparément les divisions 
relatives à l'administration civile , et celles qui sont 
relatives à l'administration militaire. Dans les idées 
des Romains qui , d'abord, s'étaient gouvernés en ré- 

' Notitia, sect. 54 et 36, p. 57 et 62, edit. Labbe, et p. ii5 et 
117, edit. Pancirol. 

' Zosyinus, Hist. , lib. 11, cap. -iS et 54, p. i4i p* i^Qi edit. Reit. 



41G GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
publique, le pouvoir civil était supérieur au pouvoii' 
militaire : nous commencerons donc par donner le 
détail des divisions qui résultent de l'administration 
civile. 



A. Divisions civiles de la Gaule. 
Du préfet du prétoire des Gaules. 

Le préfet du prétoire des Gaules , prcefectus prœ- 
torio GalliaT'U7?iy était le premier magistrat de la pré- 
fecture des Gaules , et son pouvoir s'étendait sur les 
vingt-neuf provinces de cette préfecture '. 

Le préfet du prétoire , de la préfecture des Gaules, 
résidait à Trêves, Treçirisy que l'historien Zosjme" 
nous apprend avoir été dans le v^ siècle , avant sa des- 
truction par les Barbares , la plus grande ville qui 
fût au-delà des Alpes. Suivant le témoignage d'Eu- 
mène, Constantin avait donné h la ville de Trêves 
une forme nouvelle et digne de la résidence des em- 
pereurs ^. Entre l'an 5i5 et l'an 5go, le nombre des 
lois rendues par les empereurs, et datées de cette 
ville, se monte à cent sept, et ce nombre est le double 
de celles qui ont été rendues à Rome dans le même 
intervalle de temps '^. Ausone parle de Trêves comme 
de la capitale des Gaules ^ : il j avait une école célèbre, 
et la loi de Gratien accorde un traitement plus fort à 

' Notitia dignit. imper., edit. Pancirol., pars 2, p. 79. — Edit. 
Labbe, sect. 54, p- 5n. 

' Zosymus, lib. m, cap. 7, p. 211, edit. Reit. 

' Hertzrodt, Notice sur les Trévirais , p. 96, 106. — Hontheim, 
Podrom., p. i54 et suiv. — Eumène, D. Bouquet, tom. i , p. 8. — 
Amm. Marcellin, lib. xv, cap. 11, p. io5. 

* D. Bouquet, tom. 1, p. 716. 

* Auson. Opéra, Grat- act., p. Sôj. — Gregor.Jilio, p. 2^5; Tre- 
s'iri , p. 288, edit. ad iisitrn Delph., ijBo, in-4°. 



PARTIE III, CHAP. VI. 417 

ceux qui enseignaient l'éloquence et la langue latine 
à Técole de Trêves, comme la ville la plus illustre ' . 
Lors de l'irruption des Barbares, le préfet des Gaules, 
incapable de défendre le chef-lieu de son diocèse, se 
retira dans l'intérieur. Sa retraite paraît avoir eu lieu 
vers l'an 402, lorsque les Francs saccagèrent Trêves '. 

Les Francs saccagèrent et brûlèrent Trêves une se- 
conde fois, en l'an 4i i ' • 

Trêves, l'an 44<^> ^^* encore dévastée deux fois ^. 

Ce ne fut qu'en 464, après une cinquième des- 
truction , que cette ville passa définitivement sous 
la domination des Francs ^. Nous voyons dans la 
Vie de saint Germain, que, vers l'année 4^4» ^® 
préfet des Gaules se tenait à Autun *". 11 se trans- 
porta ensuite à Arles, qui avait reçu le surnom de 
Constantine. Cette ville s'était considérablement 
agrandie et enrichie par le commerce , et l'auteur 
anonyme , qui a écrit sous les empereurs Constance 
et Constant, dit que la ville d'Arles expédiait pour 
celle de Trêves les marchandises qui lui arrivaient, 
pour cette dernière, de toutes les parties du monde'. 
Le préfet y convoqua les états de la Gaule ; mais 

' Voyez Pagi , Crit. in Annal. Barotiii, à l'an l^oi , n° 52. — Dom 
Bouquet, tom. i, p. "^66. 

* Gregor. Turon., Recueil des Hist. de France, liv. 11, cap. g. 

' Salviaaus , de Gubern. Dei , Bouquet, tom. i , p. 780 et 781. 

* Anonym. auct., Duchesne , Script. Franc, tom. i, p. 692. — ■ 
Honlheim, Podrom,, p. 65 et 419- — Hertzrodt, p. 126. 

^ Lacarry. Hist. Gall. sub. Prœf. Prœlorio , p. 126. — Dubos , 
Hist. crii. de ie'tabliss. de la Monarchie franc . dans les Gaules, 
tom. I, p. 589, édit. in-i2. 

* D. Bouquet, tom. i, p. 98. 

' Recueil des Hist. de France, tom. 1, p. 766. — Sirmondus , iu 
Noiis ad Sidonium , p. 245. 

n. 27 



418 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
son édlt ëtant resté sans effet, l'empereur Honorius 
puWia ce célèbre édit de 4i8> adressé à Agricola, 
préfet des Gaules, dans lequel il justifie le choix qu'il 
a fait de la \ille d'Arles, dans les termes suivans ' : 

« Il reviendra encore à nos sujets (dit Honorius), 
( un avantage du choix que nous avons fait de la ville 
X Conslantine (Constantina urbs) y pour le lieu de 
l'assemblée que nous voulons être tenue annuelle- 
ment — L'heureuse assiette d'Arles la rend un lieu 
d'un si grand abord , et d'un commerce si florissant, 
qu'il n'y a point d'autre ville où l'on trouve plus 
( aisément à vendre, à acheter, et à échanger, le pro- 
( duit de toutes les contrées de la terre. 11 semble que 
( ces fruits renommés , et dont chaque espèce ne par- 
( vient à sa perfection que sous le climat particulier 
( qu'elle rend célèbre, croissent tous dans les en- 
( virons d'Arles. On y trouve encore, à la fois, les 
trésors de l'Orient, les parfums d'Arabie, les déli- 
catesses de l'Assyrie , les denrées d'Afrique, les no- 
bles animaux que l'Espagne élève > et les armes qui 
se fabriquent dans les Gaules. Arles est enfin le 
chef-lieu que la mer Méditerranée et le Rhône 
( semblent avoir choisi pour y réunir leurs eaux, et 
( pour en faire le rendez- vous des nations qui habi- 
( tent sur les côtes, et sur les rives qu'elles baignent. 
( Que les Gaules aient donc de la reconnaissance de 
( l'attention que nous avons eue de choisir, pour le 
( lieu de leur assemblée, une semblable ville. » 
C'est à tort que l'on a suspecté l'authenticité de 

' Voyez Dubos, Etabl. de la Mon. franc., iota, i, p. Sji, édit. 
in-i2. — D. Bouquet, Recueil des Ili.st. de France, toni. i, p. 766, 
— Ch. Giraud, dans les notes de sa Notice sur Fnhrol , p. 196. 



PARTIE III, CHAP. VI. 4 a) 

l'édit d'Honoriu!», à cause de son stjle déclamateur. 
Dans le déclin des empires , plus l'autorité s'afTaiblil, 
plus elle s'exprime avec emphase; la pompe des litres, 
et la vanité de ceux qui en sont pourvus , aug- 
mentent dans la même proportion; on ne doit donc 
pas s'étonner non plus de cette qualification de viro 
illustri, donnée au préfet des Gaules. Quant à l'objec- 
tion tirée de l'assertion de la chronique d'Idace, qui 
dit qu'en l\\%y l'année même de l'édit, Honorius 
avait cédé aux Goths deux des sept provinces, on 
pourrait dire , que l'édit fut antérieur h cette cession, 
et que ce fut elle qui en empêcha l'exécution, ou que 
cette antique autorité des empereurs romains eut 
encore assez d'ascendant pour que les rois barbares, 
auxquels on était obligé de céder des provinces de 
l'Empire , se regardassent comme les délégués de 
l'empereur, et qu'à l'égard de leurs compatriotes 
turbulens et insoumis, ils fondassent leur puissance 
sur ce titre. Enfin, de ce que Hincmar, en parlant de 
cet édit, mentionne la Lyonnaise, au lieu d'une des 
deux Viennaises, il ne faut pas en inférer, comme l'a 
fait Dubos, que les sept provinces convoquées à 
Arles n'étaient pas les mêmes que les sept provinces 
de la Notice de l'Empire. C'est une erreur manifeste 
du copiste d'Hincmar, qui, ignorant que la Vien- 
naise était subdivisée en deux , aura cru bien faire, en 
voyant ce nom deux fois répété, de lire Lyonnaise , 
et Viennaise ' . 

' Voyez Hincniar, Epi.st. 6, cap. 17, edit. Mog., p. 3i i. — L'abbé 
Dubos, Hist. critique de la Mon. franc , tom. 1, p. 585, édit. in-12. 
— Voyez Tillemont , Hist. des Emp., tom. v, p. Q^\. — Codex 
Theodos.., loi i5 du liv. i , tom. xv, et ci-dessus, p. 55o et 570. 



420 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Du vicaire des dix-sept provinces. 

Le préfet des Gaules avait sous lui trois vicaires 
pour chacun des diocèses de la préfecture des Gaules. 
Le vicaire du diocèse des Gaules était aussi appelé 
le vicaire des dix-sept provinces, parce que ce diocèse 
était , ainsi que nous l'avons vu , divisé en dix-sept 
provinces. Six de ces provinces étaient gouvernées 
par des proconsuls , c'est-à-dire par des gouverneurs 
qui primitivement , et selon ce qui avait été réglé 
par Auguste , étaient censés être nommés par le 
sénat, et onze étaient administrées par des présidens 
nommés par l'empereur. Ces consulaires et ces 
présidens recevaient les ordres du vicaire des dix- 
sept provinces et étaient , selon les expressions de 
la Notice , « suh dispositione spectabilis viri vicarii 
« deceni septem provinciarum ' . » Ce qui partageait 
toute la Gaule en 

Provinciae consulares. — VI. 

Viennensis. 
Lugdunensis prima. 
Oennœiia prima. 
Germania secunda. 
Belgica prima. 
Belgica secunda. 

' Notitia digiiitatutn imper, roni., edit. Pancirol; Lugd., 1608, 
tom. II, p. i56 et iSy. — Edit. Labbé, sect. 48, p- 94> — Dans l'édit. 
de Pancirol, Genevae, 1623, part. 11, p. g5 et gg. — Labbe ne paraît 
pas avoir connu cette édition de i625; il parle à la fin de son Index 
de celle de 1608 comme de la dernière. Sur les diverses éditions de 
la Notice, voyez Bôcking, Ueber die Not. dign. imp., p. 4i"74- 



PARTIE III, CHAP. VI. 421 

Proviuciae praesidiales. — XI. 

Alpes maritimœ. 
Alpes penninœ et graîœ. 
Maxima Sequanorum. 
Aquitania prima. 
Aquitania secunda, 
Novempopulana. 
Narbonensis prima. 
Narbonensis secunda. 
Lugdunensis secunda. 
Lugdunensis tertia. 
Lugdunensis senonia. 

Du trésorier général de l'Empire. 

Sous les ordres du préfet du prétoire et du vicaire 
des dix -sept provinces étaient les quatre préposés 
du comte des largesses impériales, ou trésorier gé- 
néral de l'empire d'occident, ainsi distribués ' : 

Sub djspositione viri illustris co- Sous les ordres de l'illustre comte 
mitis sacrarum largitionum trésorier de l'Empire. 

Imperii. 

Praepositi Thesaaroram in Galliis. Préposés du Trésor dans les Gaules. 

Prceposittis Thesaurorum per Un préposé du Trésor en 

Gallias Lugdunensis. Gaules à Lyon. 

— — Arclatcnsiam. — — à Arles. 

— ^— Ncmausensium. — — à Nîmes. 

— — Trebirorum. — — à Trêves. 

11 y avait encore sous les ordres du même chef 

' Voyez Notitia dignilatum imper., edit. Pancirol. Lugd., part, ii, 
{). i4o. — Edit. Labbe , scct. 4'^, P- 85. 



4-22 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

trois procurateurs ou directeurs des monnaies, ainsi 

distribués : 

Procnratores Monetae '. Directeurs des Monnaies 

Procurator monctœ Le directeur ties Monnaies ^ 

Lugdunensis à Lyon. 

— — Arclatensis. — — à Arles. 

— — Triberorutn. — — à Trêves. 

Trois préposés ou directeurs d'ateliers d'orfèvres 
impériaux ou damasquineurs, ainsi distribués : 

Prœpositi brarabaricariorum sive Directeurs des ateliers d'orfèvres et 

arf^entariorum '. de damasquineurs. 

Prœpositus brambaricariorum Le directeur des orfèvres et 

sive argentariornm damasquineurs 

Jrelntcnsiiun d'Arles. 

— — Reincnsiiiiu, — — de Reims. 

— — Triberorum. — — de Trêves. 

Un seul procurateur pour les achats de lin , mais 
six inspecteurs des ateliers d'étoffes de laine, ainsi 
distribués : 

Procurator linificii Viennensis Inspecteur des Gaules pour le lin 
Galliarum. dans la province Viennaise. 

^ Procnratores gyneciornm '. Inspecteurs des ateliers en laine. 

Procurator gj'necii Jre.latcnsis , L'inspecteur des ateliers en 
provinciœ Viennensis. laine, à Arles, dans la pro- 

vince Viennaise. 
— Lugdunensis. L'inspecteur des ateliers en 

lainedela province Lyonnaise. 

' Notitia dignitat. imperii, edit. Pancirol. Lugd., p. i4i. — Edit. 
Gen., 1623, tom. 11, p. 65, 65 et 67. — Edit. Labbe, sect. 42, p- 84. 

' Ib.y edit. Pancirol. Lugdnni , p. t4i. — p. 65 et 67. — Edit. 
Labbe, p. 86. 

^ Ib., edit. Pancirol. Lugduni, p. i4i ; edit. Gen., p. 65 et 66. — 
Edit. Labbe, sect, 42, p. 84- 



PARTIE m, CHAP. VI. 



423 



— Remensis, Belgicee secundœ. — à Reims, clans la Relgicjiie 

seconde. 

— Tornacensis , Belgicœ se- — àTournay, dans la Belgique 
cundœ. seconde. 

Prncuratnr gynecii Triberorum , L'inspecteur des ateliers en 
BeJgicœ jirimœ. hiine, à Trêves, dans la Bel- 

gique première. 

— Jugustoduni , trarislati Me- L'iris[)ectcur des ateliers on 
Us. laine d'Autun, transporté à 

Metz. 



Deux inspecteurs des teintureries, ainsi distribués : 

Procnratores baphioruin '. Inspecteurs des teintureries ( pour 

teindre en pourpre les étoffes de 
laine et de soie). 

Procuralor bnphi Telonensis Inspecteur des teintureries 

Calliarutn. des Gaules à Toulon. 

— — Nnrhoncnsis. — — à Narhonne. 

Il n'est question de Toulon que dans cet endroit 
de la Notice, et dans l'Itinéraire maritime sous le 
nom de Telo niartius. Les mesures que fournit cet 
Itinéraire en déterminent bien la position '. Toulon 
devint siège épiscopal dès le vi^ siècle, ainsi que le 
prouve la souscription de plusieurs évêques. 

Il y avait encore, pour toute la Gaule, un inspec- 
teur des transports , prœpositus hastagœ primœ 
Gallicanorum et quartœ. 

' Notilia dignit- , edit. Pancirol Lugdun., p. i4o. — Edit. Gen., 
lom. Il, p. 85. — Edit. Labbe, sect. 42, p. 85. 

* Voyez V Analyse des Itinâaires maiitimes , tom. m de cet ou- 
vrage! 



AU GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 



De l'intendant de l'empereur. 

Sous les ordres de l'intendant de la maison de 
l'empereur, il y avait dans les Gaules deux receveurs 
des deniers impériaux , trois inspecteurs ou procu- 
rateurs des biens de l'empereur, et un directeur des 
transports de la maison impériale, distribués ainsi : 



Sub dispositione viri illustris 
comitis rerum privatarum '. 

Kationales rei prlvatae. 

Rationalis rei privatœ per 
Gallias. 

Rationalis rei privatœ per 
quinque protàncias. 



Sous les ordres de l'illustre comte 
intendant de l'empereur. 

Receveurs des domaines impériaux. 

Receveur général des do- 
maines impériaux pour toute 
la Gaule. 

Receveur particulier des do- 
maines imjjériaux pour les 
cinq provinces. 



J'ai déjà observé que les cinq provinces étaient 
synonymes des sept provinces. 



Procuratores rei privatœ. 

Procurator rei privatœ per 
Sequanicuni et Gerinaniam pri- 
mam. 

Procurator rei privatœ gynœ- 
ciorum Triberorum. 



Procurator gynœcii Juvarensis 
rei privatœ , Métis translati An- 
fielas. 



Inspecteurs des domaines impériaux. 

Procurateur des domaines 
impériaux pour la Séquanaise 
et la Germanie première. 

Procurateur des ateliers en 
laine appartenant au domaine 
impérial , dans la ville de 
Trêves. 

Procurateur des atelier-» eu 
laine de Juvarensis, transporté 
de Metz à Anhelas. 



' Notitia di^nit. imper., edit. Pancir. Lugdun., p. i44; Gencv. , 
tom. II, p. 71 et 72. — Edit. Labbe, sect. 4^, p. 87 et 88. 



PARTIE III, CHAP. Vf. 425 

Je n'ai pu découvrir quel était le lieu nommé 
Javarus (si toutefois c'est un nom de lieu ) , et celui 
qu'on appelait Anhelas. D'Anville ni Valois n'en font 
pas mention ; mais Ortelius, dans son Dictionnaire, 
a été plus exact : il veut qxx Anhelas ait été en Bel- 
gique ; peut-être faut- il le placer h Douai, près 
duquel est Anhiers, et Juvarus à Juvardeil. 



B. Divisions militaires de la Gaule. 

Les troupes, dans chaque diocèse, étaient comman- 
dées par deux chefs : un maître de la cavalerie et un 
maître des soldats présens, c'est-à-dire un généralis- 
sime de la cavalerie, et un généralissime de l'infanterie. 
Les soldats présens étaient la garde de l'empereur, 
instituée par Constantin lorsqu'il eut cassé les cohortes 
prétoriennes. Les régimens de ce nouveau corps con- 
servaient toujours leurs titres lorsqu'ils étaient en 
campagne ; ceux qui accompagnaient les généraux 
étaient nommés soldats accompagnans ; ceux qui gar- 
daient l'empereur, soldats palatins. {^Milites prœsen- 
tales y milites comitantes , milites palatini.^ 

On ne sait guère quel était celui des deux chefs 
subordonné à l'autre lorsqu'ils étaient en campagne. 
C'est sans doute pour éviter tout conflit d'autorité 
que, dans les Gaules , les empereurs ont presque 
toujours réuni les deux commandemens : ainsi l'his- 
toire nous apprend qu'Aetius, sous Valentinien III, 
et Egidius sous Majorien , étaient à la fois généra- 
lissime de la cavalerie, et généralissime de l'in- 
fanterie. 

Dans la Notice des dignités de l'Empire, on lit les 



426 GÉOGRAPHIE ANCIEI^JNE DES GAULES, 
noms de plusieurs corps de troupes auparavant in- 
connus ', parce que les empereurs prirent à leur solde 
un grand nombre de ces étrangers barbares , qui 
seuls soutenaient , contre les attaques des autres 
Barbares, l'État qui penchait vers sa ruine. Dans la 
liste des trente-deux légions accompagnantes qui ne 
résidaient point dans la Gaule , et qui étaient sous 
les ordres du maître des soldats présens , j'observe 
des Brisigavi senior es et des Brisiga^^i juniores. 
Ceci nous fait connaître qu'avant la chute de l'empire 
romain les environs de Frejburg , au nord de l'Hel- 
vétie , étaient habités par un peuple nommé Brisi- 
gai^i * et que le nom de Brisgau moderne en est pro- 
venu. Après ces observations préalables, donnons 
les divisions militaires qui se trouvaient dans la 
Gaule. 

I. Du généralissime de la cavalerie. 

Sous les ordres du maître de la cavalerie, étaient le 
général du commandement Armorique et Nervien , 
le duc de la province Séquanaise, le duc de la seconde 
Germanie, le duc de Mayence , le duc de la Belgique 
seconde et le comte militaire du district d'Argentine 
ou de Strasbourg. 

Intra Gallias cum virn illiis- Dans les G:uiles, avec l'illus- 

tri magistru equituni Gallia- fre maître de la cavalerie des 
7um ^. Gaules. 

' Voyez le nom du petit nombre des légions qui existaient sous 
Dioclétien, d'après une ancienne inscription, dans Pancirol, Nnt. 
dignit., edit. in-folio, 1620, p. 61 et 62. 

' Notit. dignilat., edit. Pancirol. Lugdun., 1608, p. 12G. — Ge- 
nevae, 1620, tom. 11, p. 54 et 4o. — Edit. Labbe, sect. 58, p. 66. 

^ Ib., edit. Lugd., p i55; Genevs, lom. 11, p. 49 - Edit Labbe, 
hccl. 09, p. 74 et 75. 



PARTIE III, ClIAP. VI. 4?.7 

La Notice donne sous ce titre une longue suite de 
lésions dont nous ne répéterons point ici les noms ; 
nous observerons seulement que, dans le nombre de 
ces noms, on en remarf[ue quelques uns qui intéres- 
sent la géographie de la Gaule; ce sont les suivons : 

Cortoriacenses , qui désigne ceux de Courtray et 
nous olïre la première mention de cette ville. Il est 
parlé du Curtrisus pagus dans un capitulaire de 
Charles-le-Chauve dès l'an 853 ; et j'ai déjà observé 
que c'était dans les environs de cette ville qu'Auguste 
établit des Suevi , dont le village de Sueveghem , 
situé dans ce canton , retient encore le nom '. 

Les Valentinianenses (dont le nom est dérivé de 
l'empereur Valens , ou est une interpolation faite h 
la Notice , s'il provient du nom de l'empereur 
Valentinien) ont peut-être donné naissance à Va- 
lenciennes , où ils se trouvaient cantonnés; le nom 
de cette ville est Valentmianœ on Valentianœ , 
dans le moyen âge. On remarque encore les Ande- 
reniciani , qui sont peut-être les Anderitiani ou les 
G ah ail , dont la capitale était Anderitum ou Anter- 
rieux ; les Garronenses ^ qui désignent peut-être 
ceux du district de la Garonne ; les Abrincateni , 
qui paraissent être ceux d'Avranches ; les Musma- 
genses ou Mosoinagenses , qui désignent probable- 
ment ceux des environs du lieu nommé Mosomagus 
dans l'Itinéraire, qui est Mouson *. Les Trecisemani 
tiraient probablement leur nom de la legio trigesima 

' Voyez Wastelain, Description de la Gaule belgique, p. 4o4- — 
VitaEligii, in Spicil., t. ii, p. 91. — Hensch., deEpisc. trnject., p. 16. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. H a 
été trouvé pi'ès de là des antiquités : Cavius, Antiquités , tom. vir, 
PI. 95, n° ô. 



428 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Vlpia cantonnée à Alpen, et mentionnée dans l'Iti- 
néraire. 

Enfin, on remarque encore les Bructeri, les Salii 
seniores , les Tungri , les Bataçi, les Nervii galli- 
cani , les Menapii , les Sequani, les Osismiaci , 
corps de militaires qui devaient les noms qu'ils por- 
taient à des peuples bien connus de la Gaule trans- 
alpine. ^ 

Parmi les régimens de cavalerie immédiatement 
sous les ordres du généralissime , il n'y en a aucun 
qui ait quelque rapport avec la géographie de la 
Gaule. 

Sub dispositione viri spectabilis Sous les ordres de l honorable 
ducis provinciae Sequanici. duc de la province Se'quancdse. 

Milites Latovicnscs, OUnorie. Les I.ataviciises, campt-s à 

Olons, près Chàlons-sui-Saônc. 

Olino se trouve figurée dans la Notice par un 
grand édifice ', tel que celui qui est consacré aux villes 
considérables : aussi Valois voulait-il substituer P^e- 
sontio à Olino. Plusieurs savans ont adopté la con- 
jecture de Rhenanus % qui prétend que ce lieu est 
Holé, près de Bâle, où l'on a découvert quelques 
antiquités, et qu'une tradition populaire veut avoir 
été la demeure d'un roi. Il nous paraît plus probable 
que ces Latavienses étaient placés à Olons, près Châ- 
lons-sur-Saône , et que l'édifice de la Notice repré- 
sente Cabillonum. 

' Notitia, edit. Pancirol. Lugd., p. 175. — Edit. Genev., tom. ir, 
]>. i35. — Edit. Labbe , sect. 60 , p. 1 13. 

" Beatus Rhenanus Rer. German., lib. 1, p. 14. — Schœpflini, 
Alsalia illuslrata, tom, 1, p. 197, — D'Anville, Notice de la Gnulr , 
p. 5o5. 



PARTIE in, CHAP. VI. 



429 



Suh dispositione viri spectabilis Sous les ordres de l'honorable 
ducis traclus Armoricani et duc de Indivision Armoricaine 
Nervicani '. et Nervicane. 



Tribunus coliorttsprimœ Nouce 
Armoricœ , Gronnone in littorœ 
saxonico. 



Prrefectus militum carroncnsiuni , 
Bldbia . 

— Maurorum venetorum , Fe- 
netis. 

— militum maurorum osismia- 
rorum , Osismiis, 

— militum superveniorum ' , 
Mannatias. 

— Martcnsium , — Aleto. 

— primœ Flaviœ , — Constan- 
tia. 

— ursariensium , — Rotho- 
mago. 

— Dalmatarum, — Abrincatis. 

— Grannoncnsium , — Gran- 
none. 



Le tribun de la première cohorte 
de la Nouvelle- Armoriqno 
(la Bretagne), sur le rivage où 
est Brest, et dans les environs 
de la forêt de Grannon, 

Le commandant des soldats 
carronenses, à Blaye , sur la 
Garonne. 

— des Maures vénètes, à Van- 
nes. 

— des soldats maures osis- 
miens, à Saint-Pol-de-Léon. 

— des chasseurs, à Matignon. 

— des soldats de Mars', à Alet 
(près Saint-Malo). 

— de la première h'gion Fia- 
vienne, à Coulances, 

— des soldats ursarienses , à 
Rouen. 

— des Dahnatcs, à Avranches. 

— des Grannonenses , à Gran- 
ville. 



A la suite de ce détail des lieux où résidaient des 
troupes, dans le tractus Armoricanus et Nen^icanus , 
il est écrit : 



' Notitia, edit. Pancirol. Lugd., p. i']^. — Genev., tom. ii, p. 157. 
— Labbe, sect. 81, p. 1 13 et 1 14. 

' Ceux qui désireraient connaître l'exacte signification de cette 
dénomination de milites superventores peuvent consulter Yegetius , 
lib. lu, cap. 19. — Anim. Marcellinus, lib. xix. 



430 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

« Extenditur tamen tractus Armoricanl et ISer- 
i< vicani liniitis per provincias qiiinque ; 

« Per Aquitanicam primam et secundam, Seno- 
(( niam , secundam Lugdunensem et tertiam. » 

C'est-à-dire, la division quifoi^mele commandement 
Armorique et Nervicain renferme cinq provinces, 
qui sont : 

I. L'Aquitaine première ; 

y. L'Aquitaine seconde ; 

3. La Lyonnaise quatrième, ou Sénonaise; 

4. La Lyonnaise seconde; 

5. La Lyonnaise troisième. 

On voit par -là que cette grande division était 
iHie vaste circonscription qui comprenait toute la 
Gaule occidentale, située en général entre la Ga- 
ronne et la Seine , et cette partie de la chaîne des 
montagnes des Cévennes qui se dirige du nord au 
sud. On a prétendu qu'il y avait ici erreur dans la 
Notice, parce que, sur les cinq provinces, il yen 
avait deux dans l'intérieur, ce qui ne pouvait con- 
venir, dit-on, à un commandement maritime, et que 
d'ailleurs la Belgique seconde, où se trouvaient les 
Nerifii y n'y était point mentionnée. Ce qui a trompé 
tous les modernes à cet égard , c'est qu'ils n'ont 
point observé que les Nerçii n'étaient nullement 
compris dans le tractus Armoricanus et Neivi- 
canus. Ce qui le prouve c'est que la Notice, dans 
le détail des lieux renfermés dans cette division, n'en 
indique aucun qui ne soit placé sur les côtes des 
provinces qu'elles a mentionnées comme en faisant 
partie, et que, d'un autre côté, elle établit dans 



PARTIE 111, CHAP. VI. 431 

la Belgique seconde un commandement militaire 
particulier et distinct de celui du tractus Armori- 
canus et Newicanus : donc \es Newii y peuple de 
la Belgique seconde , ne faisaient point partie du 
commandement Armoricain etNervien. 

D'un autre côté, nous lisons dans la Chronique de 
l'évêque Idace ' qu'en 463 Frédéric, frère de Théodo- 
ric, roi des Goths, fut tué dans l'Armorique, in Jir- 
moricana provincia; or nous savons par Marins % 
cvéque d'Avranches, que la bataille où ce prince 
perdit la vie fut donnée près d'Orléans , entre la 
Loire et le Loiret, c'est-à-dire dans la Lyonnaise 
quatrième ou dans la Sénonie, et dans le centre de 
la Gaule. Voilà donc une preuve de l'exactitude de 
la Notice, et que le commandement Armoricain 
s'étendait dans l'intérieur : si ce commandement 
fut aussi appelé Neivicanus ou Nervien, c'est qu'an- 
térieurement à cette division, tout le rivage nord 
de la Gaule avait pris le nom de Newicanus ou de 
Belgicanus ; et lorsque les Saxons y multiplièrent 
leurs incursions, on le désigna sous le nom de SaxO' 
nicuSy qui me paraît synonyme de Newicanus. Toute 
la côte ouest jusqu'au cap de La Hogue, extrémité 
du pays des UneUi, fut nommée ^rmonco/ZMj-. Alors, 
pour désigner la petite portion des côtes de la Lyon- 
naise seconde , comprise dans le commandement 
Armoricain qui s'étendait depuis le cap de La Hogue 
jusqu'aux limites du teiritoire des Caleti , faisant 

' Idnlii Chronicon. — Recueil des Hist. de Fiance , toiii. i, p. 622 
et 625. 

' Marii Aventici Chronicuin , ad ann. 465, — Recueil des Hist. de 
Fiance, tom. 11, p. i5, B. 



432 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
pTirtieduNewicanum ou Saxonicum littiis, on ajoulrt 
le nom de Nervicanus à celui dH Àrinoricanus , afin 
de ne laisser aucune prise à l'ambiguité ; mais dans 
l'usage ordinaire on ne se servait guère que de ce 
dernier nom , ainsi que nous le voyons par nos 
annalistes, qui parlent souvent du commandement 
Armoricain, des villes Armoricaines, et jamais du 
commandement Nervien et des villes Nerviennes. 

Nous voyons dans Pline ' que le pays nommé 
Aquitaine avait été primitivement connu sous le 
nom d'Armorique , probablement à l'époque où les 
Phéniciens et les Grecs avaient seulement commencé 
la découverte des côtes occidentales de la Gaule. 
Mais César et Hirtius Pansa désignent généralement 
sous le nom d'Armoriques les peuples situés entre la 
Garonne et la Seine , et les réduisent au nombre 
de six; ils en distinguent formellement les Nervii, 
les Morini , et autres peuples des côtes septentrio- 
nales de la Gaule ' : ce qui s'accorde avec la division 
établie par la Notice. Cependant César et Hirtius 
Pansa , conformément à l'usage primitif du mot 
Armorlque , nous avertissent que tous les peuples 
qu'ils mentionnent sous ce nom sont situés sur les 
bords de la mer : aussi les Lemovices armorici, dont 
il est fait mention dans César , sont évidemment 
différens, ainsi que je l'ai démontré, des Lemovices 
de l'intérieur. Mais ce n'est point par erreur, comme 

' Plin., lib. IV, cap. 5i (17), tora. 11, p. "^56, edit. Lemaire : 
« Aquitanica , Areniorica antea dicta. » 

' César, de Bclln gal/ico, lib. v, cap. 55; lib. vu, cap 76, tom. 1, 
p. 225, 578, édit. de Lem. César, éuumcrant les nations de la Gaule, 
nomme les Kervii et les Morini avec les auties, et il passe ensuite 
à ceux qu'il appelle Armoiici. 



PARTIE III, CHAP. VI. 433 

l'a cru Valois , et uniquement pour avoir lu dans le 
texte de César les Lemovices au nombre des peuples 
de l'Armorique, que saint Ouen, dans* la Vie de saint 
Éloi, et Flodoard ', en parlant de saint Basile, nom- 
ment les Lemovices de l'intérieur comme un peuple 
de l'Armorique : c'est qu'à Tépoque où écrivaient 
saint Ouen et Flodoard l'ancienne division indiquée 
par la Notice, qui met l'Aquitaine première, et par 
conséquent les Letnoçices , dans l'Armorique, ou 
dans le tracius Annoricanus , subsistait encore. C'est 
pour avoir rejeté le témoignage positif de la Notice 
de l'Empire, et pour avoir méconnu les limites de 
cette grande division de l'Armorique, que des hom- 
mes très savans , tels que Valois et autres , ont sup- 
posé dans nos premiers annalistes et dans plusieurs 
auteurs du moyen âge des erreurs qui n'y sont pas. 
La Chronique d'Idace, pour l'année 4^5, nous ap- 
prend que Frédéric , frère de Tliéodoric , roi des 
Goths, fut tué in Armoricana prot^incia, et nous 
savons par Marius, évêque d'Avenche, que ce prince 
perdit la vie près d'Orléans, jiixta Aurelianis ; donc 
Orléans était à cette époque dans l'Armorique '. 

Ausone met les Baiocasses dans l'Armorique ^ : 
dans un autre endroit il désigne la mer qui baigne 

' Idatii et Marii Chronic , dans le Recueil des Hist. de France, 
toni. I, p. 6'22; tom. II, p. i5. 

' Audœnus, Viia S. Eli^ii. — Fodoardus, Hist. eccles. rem., 
lib. II. — Valesii Notitia, p. 269. 

' Ail sujet du rhéteur Attius — Doctor potentum rhetorum , 

Tu Bajocassis stirpe Druidarunt satns. 

et dans le Carmen 10, sur les Professeurs de Bordeaux, il dit du 
même : Stirpe satus Dviiidum, s,eniis Avmoricœ. — Auson., Coin- 

II. 28 



434 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
les côtes des Santones et des Pictones sons le nom 
de met- Armorique ' . Le moine Jonas, dans la Vie de 
saint Columbaii, met Conslanlia, Coutances, au nom- 
bre des cités de l' Armorique '. Le moine Gervasius ^ 
appelle la Bretagne Armoricana; et cette province 
ayant par la suite exclusivement conservé ce nom , 
plusieurs auteurs modernes ont cru à tort qu'à 
elle seule appartenait le nom ancien à' Armorique ; 
mais Bernard, évéque de Lodève , même dans le 
commencement du xiv*' siècle , appelle encore Ar- 
morique toute la province ecclésiastique de Tours. 
Dans une lettre sjnodi({ue adressée aux habitans 
de Vannes par Perpétue , évêque de Tours , en 465 , 
au nom de tous les évéques de la province Armo- 
ricaine , on remarque , outre la signature des évé- 
ques de la province de Tours, celle des évéques 
de la province de Rouen , c'est-à-dire de la Lyon- 
naise seconde, que la Notice comprend dans l'Ar- 
morique. D'un autre coté, aucun auteur ancien, ou 
du moyen âge, ne cite de peuples ou de villes, dans 
l'Armorique ou dans le tractas Armoricanus et 
Ners>icanus , situés hors des limites des cinq pro- 
vinces mdiquées par la Notice. Ainsi la Notice se 
trouve d'accord avec tous les moiuimens historiques 
qui la précèdent et qui la suivent , qui tous con- 
firment son exaclitude. J'en rapporterai cependant 
encore une dernièje preuve. J'ai déjà remarqué que 

memor. prnfcss. carm. 4 et lo , p i59 rt i5o , edit ad usum 
Delph. , in-4°- 

' Episldla i3. 

" Valcsii Notifia, p. 43 

* Ibid., p. 44- "' Conférez Recueil des Hisl. de Fiance , tom. ni 
p 449, 4^5, 552, 68i. 



PARTIE III, CHAP. VI. 435 

les lieux mentionnés dans la Notice sont situés entre 
les embouchures de la Garonne et de la Seine, et 
l'on sait que, dès le temps de César, la Seine était 
regardée comme traçant, en général , la limite des 
Belges et des Celtes , ([uoique les Caletes et les Ve- 
liocasses y peuples de la Celtique, et ensuite de la 
Lyonnaise seconde, et par conséquent de l'Armo- 
rique , dépassassent un peu cette limite. C'est par 
cette raison que Erric, dans le livre v^ de la Vie de 
saint Germain ', en prodiguant des injures aux Ar- 
moricains, dit qu'ils sont situés entre deux fleuves 
très connus, c'est-à-dire entre la Garonne et la Loire : 

Gens inter goriiiios notissima clauditur amnes , 

Armoricana prius veteri cognomcne dicta, 

Toiva , Jerox , ventosa, procax, incauta, rebellis , etc. 

En général, sauf la partie qui se trouve à l'orient, 
ou est voisine de la chaîne des montagnes qui trace 
la limite du bassin occidental de la Saône , c'est-à- 
dire sauf les j^dui et les Seqiiani , cette division 
de l'AiTTiorique était l'ancienne Celtique de César 
rétablie. 

Mais à quelle époque cette division a-t-elle été 
fiùte? je pense que sa première origine est anté- 
rieure même à Constantin , et qu'on commença à 
la former sous Dioctétien . En effet, nous voyons 
qu'en 286, Dioclétien donna à Carausius, qui se 
trouvait à Boidogne , le soin de nettoyer la mer des 
pirates francs et saxons qui pour lors infestaient les 
côtes du commandement Armorique et Belgique , 
per tractum Belgicœ et ArmoricfT '. Ceci nous expli- 

' Valesii NntHia Gnlliani'n , p. 4^>- 

' Eutrop , lib. ix, cap. 21 : <f Carausius.... cura apud Bononiam 



436 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
que pourquoi toute cette côte fut appelée Saxonicus 
littus, et la Notice nous apprend par quelle raison ce 
commandement ne comprenait point, au temps où 
elle fut dressée, toutes les côtes occidentales et sep- 
tentrionales comme au temps de Dioclétien : c'est qu'à 
cause de la fréquente invasion des Barbares par mer 
et par terre , on créa une division particulière pour 
la Belgique seconde , et que le duc qui la comman- 
dait avait aussi des flottes stationnées sous ses ordres. 
L'ancien commandement maritime n'en conserva 
pas moins l'ancien nom de Neivicanus , quoique les 
JVejvii n'y fussent plus compris. Toutefois on doit 
observer que , dans les manuscrits de la Notice , les 
ligures des enseignes du commandement de cette 
division portent seulement : Notitia dux tractus 
Armoricani ejusque insignia \ 

Aussi une des erreurs les plus considérables qu'a 
occasionées cette partie de la Notice, mal entendue, 
a été de prolonger, contre toute raison, le territoire 
des Neivii , et de méconnaître les limites des Me- 
napii : ce qui a brouillé, ainsi que je l'ai prouvé pré- 
cédemment , toute cette partie de la géographie 
ancienne. 

Disons actuellement un mot sur chacun des lieux 
situés sur la côte où se tenaient en station les vais- 
seaux et les troupes de ce vaste commandement. 

Blahia ou Blaçia, Blaye, sur la Garonne. La posi- 
tion de ce lieu, dont il est aussi fait mention dans 

« per tractum Belgicœ et, Armoricîe pacandum mare accepisset, quocl 
« Franci et Saxones infestabant. »i — P. 70g, edit. Tzscliuck ; p. 462, 
edit. Verheyk. 

' Nntit. di^nit., p 174, edit. Panciiol., Lngd., ou p i36, cdil. 
Pancirol., G<nev. 



PARTIE III, CHAP. VI. 437 

Ausone, est démontrée par les mesures de la route 
ancienne qui va deBurdigala à M ediolanum^ Saintes, 
dont on trouve le détail dans l'Itinéraire et dans la 
Table ' . Ausone en parle comme d'un poste militaire % 
et nos premiers annalistes, Grégoire de Tours, Ai- 
moin, l'Appendix de la Chronique deFrédégaire, les 
Annales de Metz % s'accordent avec la Notice et avec 
Ausone , et désignent toujours ce lieu comme une 
citadelle ou un lieu fortifié, en l'appelant castrum 
Blat^ium , ou castrum Blai^iain. Valois, et après lui 
d'Anville •*, ont donc eu tort de vouloir rapporter 
ce lieu de la Notice à Blavet, dans la Bretagne, qui 
est un lieu moderne et dont il n'est question dans 
aucun monument de l'antiquité. Le nom de la ri- 
vière Blavet, appelée en latin Blavetum flumen , est 
mentionné pour la première fois dans un titre du 
vi^ siècle, à l'occasion de saint Gildas, premier abbé 
de Ruis, mort en Syo, et qui construisit un oratoire 
à l'endroit de la chapelle qui se trouve sous l'invo- 
cation de saint Gildas, et près de la fontaine que l'on 
voit dans la presqu'île de Gavre. Sur la rive opposée, 
dans le lieu où est actuellement Port-Louis, il n'y 
avait encore, en i486, qu'un petit hameau nommé 
Loc-Péran, lieu de pierre ^ . Cette erreur de Valois et 

» Voyez V Analyse des Itinéraires romains , toni. m de cet ou- 
vrage. 

* Âat iteralaruni qua glarea trita viarum , 

F*rl milita rem ad lllaviam 

Adson., Epist., X, 16, p. 464- 

' Gregor. Turon., in Libro cnnf essor. — Aimoin., Gesta Franc. 
— Annal. Met. — Fredeg., Chron. contin. Dans le Recueil des 
Hist. de France, lom. 11, p. 455, 56o, S'jli, 668, 684- 

* D'Auvillo, Notice de la Gaule, p. 164, et Valesii Notifia, p. 89. 

* La Sauvagèro , Recherches sur l'ancienne Blabia des Romains , 



438 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

de d'Anville provient de la fausse idée qu'ils s'étaient 

faite de la véritable signification de tractus Armo- 

ricanus y et de l'étendue du commandement ainsi 

désigné. 

Grannona , Gray , près du havre de Bernière , 
et Grannoniun , à Granville. Je m'accorde entière- 
ment avec d'Anville ' pour distinguer ces deux lieux, 
ainsi que pour l'emplacement qu'on doit leur assi- 
gner. La position du dernier n'est fondée que sur 
une ressemblance entre les noms anciens et les noms 
modernes, qui déjà avait frappé Sanson. Quant à 
Grannona , comme il est ajouté à ce nom dans la 
Notice in littore Saxonico , on a observé qu'il y 
avait des Saxons établis sur la côte voisine de Bayeux, 
qui y subsistaient encore au temps de Grégoire de 
Tours '. Cet historien en fait mention sous le nom 
des Baiocassini Saxones, dont le nom s'est conservé 
dans celui de Saintes de Bayeux , près de Gray et 
du havre de Bernière : les antiquités trouvées dans 
ce dernier- lieu' donnent encore une nouvelle force 
à cette conjecture. 

La mention faite, par la Notice, de la capitale des 
Osismii , confirme, par le rang qu'elle occupe, la 
position que nous avons assignée à cette ville an- 
cienne. Quant au lieu nommé Mannatias , on en 
ignore la position ; ce qui a porté à substituer le nom 

dans le Recueil d'antiquités de la Gaule ; Paris, in-4°, 1710, p. 2g5 
à 326. — Yoyez encore Alta-Serra, Jiei\ Aquitanic, p. 54- 

■ D'Anville, Nnlic, p. BSgetSeo. 

* Gregor. Turon., Hist. , lib. v, cap. 27, et lib. x, cap. 9. — 
S. Gregor., Epist., cap. 80. — Forlun., lib. m, carm. 9. 

^ Caylus , Ant., tonî. v, p. ii3, PI. îivi. — De Caumont, Cours 
d'Ant. monum. , tom. ii, p. 80. - Bccucil des Hist. de France, 
tom, 11, p. 25o, 368-397. 



PARTIE m, CHAP. VI. 430 

(le Naninetas , sans qu'on y soit autorisé par aucun 
manuscrit , qui tous portent Mannatias ^ et l'ordre 
conservé par la Notice porte ce lieu sur la côte de 
Saint-Brieux, probablement à Matignon, ^/e^o^, Alet, 
est mentionné ici pour la première fois; ce lieu est 
devenu siège épiscopal. Dans le xii* siècle, ce siège 
fut transféré dans File d'Aaron ou Saint-Malo; l'an- 
cien emplacement d'Alet, sur une pointe de terre 
près de la ville de Saint-Servan , est appelé dans le 
pays Guich-Alet '. Les positions des autres lieux ont 
été suffisamment démontrées précédemment. 

Sub dispositione viri spectabilis Sous les ordres de l'honorable 
(lacis Belgicae secundae ^. duc de la Belgique seconde. 

Prœfcctus Dalmatœ, Marcis, Le préfet des Dalnialcs, à 

In Uttore saxonico. Mardick , sur le rivage saxon. 

Prœfcctits clnssis Sambricœ , Le préfet de la flotte sur la 

in locoQnartensi sive Horncnsi^. Sanibre, dans le lieu nommé 

Quart (au midi de Bavay), ou 
à Hargnies. 
Tribantis militum Nerviorum, Le tribun du corps des Ner- 

portu JEpatinci. viens, à l'ancien port de Scar- 

phaut, non loin d'Ald-Borg. 

' Il y a même dans le diocèse d« Saint-Malo un archidiaconé que 
Ton nomme aujourd'hui Poulet , et qui tire son nom de pagus Ale- 
tcnsis , parce qu'en Bretagne le nom de pagus est remplacé par ce- 
lui de Pou. — Voyez d'Anville, Notitia, p. 5i. 

" Notitia, edit. Pancirol : Lugdun., p. 1^4; Genevs, lôao, part, n, 
p. iSg. — Edit. Labbe, sect. 62, p. ii5. 

• Sur le passage de la route romaine : on y trouve des antiquités 
romaines. Voyez Bast., Recueil d Antiquités , p. 290, édit. in-4'*. 
— En 1777, il a été trouvé une sorte de borne niilliaire près de 
Quart , avec une inscription qui nous apprend qu'elle fut posée 
par Vipsanius Agrippa, préfet des flottes , proconsul de la Nervie 
cl gouverneur de la Gaule belgique , Tan 12 avant la naissance de 
Jésus -Christ (Bast, Recueil d antiquités romaines et 'gauloises, 



440 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

On a formé diverses conjectures sur Marcis; mais 
il me semble que la route romaine tracée par la 
Table de Peutinger jusqu'à castellum Menapiorum , 
ou Cassel , et dont on a suivi ensuite les vestiges 
jusqu'à Mardick, porte dans ce dernier lieu le Marcis 
de la Notice. Cette position me paraît préférable à 
celle de Merle ou Mark, à quelque distance de la mer, 
entre Calais et Gravelines, indiquée par Valois et par 
d'Anville. D'Anville met avec raison Quartensis à 
Quart, sur la route romaine, et juste à quatre milles 
romains de distance de Bagacum, Bavaj, sur les 
bords de la Sambre, près Pont-sur-Sambre. La posi- 
tion de Hornensis est plus difficile à déterminer : il 
j a beaucoup de lieux nommés Horn dans les Pays- 
Bas; mais comme celui du chef-lieu du comté de 
Horn, qui ne date que du xiii^ siècle, ces lieux ne 
sont pas sur la Sambre, ni dans les limites de la 
seconde Belgique : d'Anville ' place Hornensis au 
confluent d'une petite rivière qui se jette dans la 
Meuse, et qu'on nomme Heur ou Hour ; mais, d'après 
sa propre Carte, ce Heu n'est pas même renfermé 
dans les limites de la Belgique seconde. Je préfère 
de beaucoup la conjecture de Wastelain , qui place 
Hornensis à Hargnies, tout près de Quart, 

second supplément, p. 4H ; Gand , in-4'', i8i5 ). — Me'ni. de l'Acad. 
de Bruxelles, loni. v, Hisl. de l'Acad., )>. xxxix et suiv. — Item, des 
Roches, Hist. ancienne des Pays-Bas , in-4°, ]»• 5o8. 

' D'Anville, Notice , p. ôyS. — M. Henri, dans son Essai sur 
Boulogne, p. 8i , veut rapporter le classis Samb?icce k Son\hres, 
petit village près de Wissant, et Hornensis , à la pointe d'Hornez, 
dans la baie de Qiianclirs ; mais il suffit d'observer que ce lieu 
ipst dans le comniandcnienl Armoricain et non dans la Belgique 
seconde. 



PARTIE III, CTIAP. VI. 441 

On n'a aucune donnée pour déterminer avec cer- 
titude la position du portas ^patiaci : d'Anville ' 
le place, avec quelque degré de vraisemblance, à 
Scarphaut non loin d'Ald-Borg , détruit en i354. 
— On voit, par la flotte stationnée à Quart, près de 
Bavaj , que le duc de la seconde Belgique résidait 
habituellement dans cette capitale des Neivii : ce 
qui prouve bien que ces peuples ne faisaient point 
partie du tractus Armovicanus et N erçicanus ; et on 
conçoit facilement comment il a pu , dans un tel 
état de choses , exister un régiment de Nerviens 
stationné dans un des ports les plus voisins de ce 
peuple, sans que ce port et la cote où il se trouvait 
situé fussent sous la juridiction des conservateurs 
des limites. 

Sub dispositione ducis primae Sous les ordres du duc de la 

Germaniae *. Germanie première. 

Je mets ici le duc de la Germanie, pour montrer 
la gradation des rangs et l'ordre géographique; car 
ce duc est indiqué dans la Notice comme sous les 
ordres du généralissime de l'infanterie, ainsi que 
nous Talions voir dans un instant; mais dans les 
Gaules ces deux commandemens se trouvaient réu- 
nis : de là les répétitions qu'on observe dans la 
Notice. Ce duc des limites de la Germanie première, 
dont les attributions étaient différentes de celles du 
duc de Majence, étendait sa juridiction dans la Ger- 
manie seconde, dont il était le chef militaire ^. On 

' D'Anville, Notice, p. 529. 

* Notitia dignit., edit. Pancirol, Lugdun., p. ii5; edit. Labbc, 
S- 7)4, p. 58. 

' 11 n'y a donc pas lieu à corriger le texte de la Notice, ni à pcnset 



442 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
ne peut pas dire ([ii'à l'époque où fut dressée la 
Notice , la Germanie seconde était au pouvoir des 
Barbares : la preuve qu'elle était encore intacte, c'est 
qu'on trouve dans la Notice un corps de Lœtes sta- 
tionné à Tongres. Prœfectus Lœtorwn lagensiuni, 
prope Tungros Germaniœ secundœ. 

Sub dispositione viri spectabilis Sous les ordres de l'honorable 
ducis Mogontiacensis '. duc de Mayence. 

Prœfectus militunt Pacensium , Le préfet de la légion de la 

— Saletione. paix, à Seltz. 

— Menapiurum , — Tahernis. — des Ménapiens, à Rhein- 

Zahern. 

— Anderecianoruin , — Fico — des Anderecians à Gcmers- 
Julio. heim. 

— Vindicum, — Nemctes. — des Vindics, à Spire. 

— Martcnsium ^ — Alta Ripa. — des Martenses, à Alt-Rip. 

— secundœ Flaviœ , — Van- — Flavienne seconde, àWorins. 
gioncs. 

— Armigcrnrum y — Mogon- — des Belliqueux, à Mayence. 
tiaco. 

— Bingensium , — Bingio . — des Bingonois, à.Bingen. 

— Balistariorum , — Bodo- — des Balistaires, à Boppart. 
Briga. 

Prœfectus milUum Defensoruni , Le préfet de la légion des dé- 

— Confiuentibus. fenseurs, à Cobleniz. 

— A cincensium , — Antonaco. — des Acinois, à Anderuach. 

On voit que ces lieux sont mentionnés dans un 
ordre parfaitement géographique , et qu'à partir de 

(pi'il y a, dans cet endroit de ce texte, une omission, comme le 
prétendait le savant Dubos, Hist. de l'établiss. de la. Mon. franc. , 
lom. I, p. ICI, édit. in-12. 

' Notilin, cdit. Pancirol : Lugd., p. 78 et 79; Genev., p. i45 

— Edit. Labbe, sect. 64, p. 119. — Recueil des Hist.de France , 
lom. I, p. 1*28. 



PARTIE III, CHAP. VI. 443 

Saletione, Seltz ', limite du tractus Ârgentoratensis , 
ce commandement militaire s'étendait sm- la rive du 
Rhin jusqu'à Andernach. On voit aussi clairement, 
comme je l'ai remarqué précédemment , pourquoi 
on enleva aux Treviri cette portion de leur territoire 
qui avoisine le Rhin, pour la joindre à la Germanie 
supérieure ou première, qui se trouvait ainsi par- 
tagée en deux commandemens militaires : tractus 
Moguntiacus et tractus Argentoratus. 

Si on excepte vicus Julius et ^Uta Ripa, tous les 
autres lieux sont mentioimés dans l'Itinéraire d'An- 
tonin et dans la Table de Peutinger , sur la route 
romaine qui suivait les bords du Rhin , entre Argen- 
toratum , Strasbourg , et colonia Agrippina , Co- 
logne * ; et les mesures de cette route déterminent 
exactement ces positions. La convenance de loca- 
lité, et les antiquités trouvées à Gemersheim, situé 
entre Zabern et Spire, y ont depuis long -temps 
fait placer le vicus Julius de la Notice ^ ; quant à 
Alta Ripa y ce lieu conserve encore son nom dans 
celui de Altrip. On trouve dans le Code Théodosien 
une loi de l'an 56g, adressée par Valentinien au pré- 
fet des Gaules, et datée à' Alta Ripa, Altrip; celle 
d'ensuite est datée de Brisiaci , le Mons-Brisiacus 
de l'Itinéraire, ou Yieux-Brisach : ce qui prouve 
que ce fut dans cette année 569 que Valentinien fit 

' Le Saletione de la Table; Saliso , dans Ammicn Marcellin. Le 
Rhin, en se portant à l'ouest, a couvert une partie de cet ancien 
lieu. — Voyez Schœpflin , Alsalia illustr., tom. i, p. a^S. — D'An- 
ville , Nolic. , p. 567. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires romains, t. m de cet ouvrage. 

' Cluvcrius , Gcrman. , lii). 11, cap. li, p. 45- — Cellarius , 
Geogr., tom. 1, lib. ii , cap. 3, p. 3io. — Schœpflin, p. 23i. 



444 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
construire sur les bords du Rhin ces forts, dont il 
est question dans Ammien Marcellin '. 

Sub dispositione viri spectabilis Sous les ordres de l'honorable 
coniitis Argentorentensis '. comte de Strasbourg. 

Tractus Jrgentoratensis. Le district de Strasbourg. 

La Notice ne donne point le détail des lieux ren- 
fermés dans cette division , qui comprenait tout le 
territoire des Trihoci : peut-être n'y avait-il d'autres 
troupes que celles qui étaient stationnées à Stras- 
bourg même : les autres lieux, tels qaElcebus^ Elle, 
y4rgeTito(>ariaj Artzenheim, et Brocomagus j Brumat, 
dont il est question dans les Itinéraires, se trouvent 
beaucoup plus éloignés du Rhin que ceux de la divi- 
sion précédente. Schoepflin démontre assez bien que 
le comte de Strasbourg n'était point soumis à la juri- 
diction du duc de la Séquanaise ni à celle du duc de 
Majence, mais que, comme comte des limites, son 
rang était égal au leur \ 

2. Du généralissime de l infanterie. 

Non seulement les empereurs de l'Occident sépa- 
rèrent le pouvoir civil du pouvoir militaire dans le 
gouvernement des provinces; mais, par la même 
raison , ils voulurent encore diviser le pouvoir mi- 

' Codex Theodosianus , tom. iv, p. 282, et toni. 11, p. 24'i. 
Toutes les autres de la même année sont datées de Trêves ; il y en 
a une datée d'Alteio, qui est probablement Eltz ou Altzheim , 
près de Trêves. — \ oyez Gotbofr., tom m, p. 4o8, et Recueil des 
IIi\t. de France, tom. i, p. 754. 

^ Notifia, edit. Pancirol., 1608, p. 162 ; edit. 1625, part. 11, p. 1 15, 
— Edit. Labbc, sect. 55, p. loo. 

' Scliœpflin, Alsatia ilhutrata. cap 2, sccl 55, p. ôop. 



PARTIE m, CHAP. VI. 445 

Iltaire entre deux chefs éi^aux par le raiii»: cela ne se 
pouvait qu'en temps de paix ; et dans les Gaules, qui 
étaient continuellement menacées et envahies par les 
Barbares, cela était tout-à-fait impossible. Aussi les 
chefs militaires des Gaules paraissent-ils avoir réuni 
les deux titres. C'est probablement par cette raison 
que l'on voit certaines dignités, telles que celles de 
duc de l'Armorique , de la Belgique seconde , de 
Majence,de Strasbourg, de la Séquanaise, répétées 
deux fois. 

Sub dispositione viri illustris ma- Sous les ordres de V illustre maître 
gistri pcditum praesentalis '. des fantassins présens. 

Comités tractus Argentora- Le comte de la division de 
tensis. Strasbourg. 

Duces limitnm infra scriptornm : Les ducs des limites, savoir : 

Dux Belgicœ secundœ ; Le duc de la Belgique seconde; 

— Germaniœ primas ; — de la Germanie première; 

— Mogontiacensis . — de Mayence. 

Tous ces commandemens , ainsi que nous l'avons 
observé, sont les mêmes que ceux dont on trouve le 
détail dans ce qui concerne le généralissime de la ca- 
valerie. Il semblerait, d'après l'ordre adopté ici par 
la Notice, que le comte de Strasbourg, seul comte 
des limites dans la Gaule, surpassait par le rang les 
ducs des limites. Serait-ce parce qu'il commandait 
des soldats présens, sorte de troupe choisie , comme 
était notre garde impériale ? 

Il y a, dans les diverses éditions de Pancirol, Se- 

' Notitia, edit. Pancirol : Lugd., p 116 et 127; Genev., p. 27 et 
53. — Edit. Lal>!)e, scct. 58, p. 64 



AA6 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
qiianici Armoricani sur une seule ligne ', avant Bel- 
sicœ secimdœ. Lahbe a retranché ces mots de son 
édition sans en prévenir, et même sans les indiquer 
dans les variantes. Il est vrai que, dans le titre géné- 
ral des ducs des limites pour tout l'empire romain, 
la Notice n'en indique que dix, et que ces deux en 
porteraient le nombre à douze; et nous avons vu 
d'ailleurs que ceux-ci étaient sous le commandement 
du maître de la cavalerie; mais ils se trouvent, dans 
certains manuscrits, récapitulés de nouveau, pour 
compléter la liste de ceux qui, dans la Gaule, avaient 
le titre de duc, et peut-être aussi pour indiquer 
qu'ils joignaient à leurs autres titres celui de duc des 
limites, pour eux secondaire. 

Praepositurae magistri luilitum Sous le commandement du maî- 
praesentalium a parte peditnm. tre des soldats présens dans 

la division de l'infanterie. 

I. In provincia Gallîa ripariensi '. Dans la province dite Gaule 

riveraine. 

Prœfectus classis Jliuninis Le préfet de la flotte sur le 

Hhodani, Vicnnœ sive ArAoti. Rhône, à Vienne ou à Arles. 

Prœfectus classis Barcario- Le préfet de la flotte des Bar- 

rum , Ehreduni Sapaudiœ. cariens, à Iverdun en Savoie. 

Prœfectus militum Muscula- Le préfet des sapeurs, à Mar- 

rioruni , Massiliœ Grœcoruin. seille des Grecs. 

Prœfectus cohortis primœ Fia- Le préfet de la cohorte Fla- 

viœ , Sapaudiœ Calarnnr. vienne jiremière , à Grenoble 

on Savoie. 

Ceci nous fait connaître une division intéressante 

■ Confères Notitia dignit., §.58, p. 65, édit. Labbe. et p. 126 
et 127, édit. de Pancirol; Lugd., 1608. 

* Notitia, edit. Pancirol., Lugdun., p. 17g; Genevae, p. 147- — 
Edit. Labbe, sect. 65, p i->i. 



PARTIE III, CHAP. VI. 447 

qui, depuis Marseille, s'étendait sur tout le cours du 
Rhône, dans la contrée située à l'orient de ce fleuve, 
et qui se prolongeait au nord jusqu'à Iverdun. Nous 
voyons que le commandant de la flotte se tenait 
tantôt à Vienne, tantôt à Arles, et qu'il avait une 
seconde flotte sur le lac de Neuchâtel , qui commu- 
niquait avec le Pihin par l'Aar, et avec le Rhône et 
le lac de Genève par la rivière d'Orbe et la Venoge. 
Il y a plusieurs inscriptions qui font mention du 
corps des nautonniers du Rhône ' : ce corps est évi- 
demment celui qui faisait le service de ces flottes dont 
il est question dans la Notice. 

Nous voyons aussi paraître ici pour la première fois 
le nom de Sapaudia, qui, ainsi que je l'ai observé, 
désignait toute l'AUobrogle et une partie de l'Hel- 
vétle, jusqu'à Ebredunum ; la position de ce dernier 
lieu à Iverdun est démontrée par les stations d'une 
route ancienne dont la table nous fournit les me- 
sures*. Nous avons vu aussi précédemment qu'il en 
était question dans la Notice des provinces, sous le 
nom de castruni Ebredunense . J'ai démontré précé- 
demment la position de Cularo à Grenoble. 

2. In provincia Noveinpopulana '. i. Dans la province Novempopulane . 

Tribiinns cohortisNovempopu- Le tribun de la cohorte de 

lance , Lapurdo. Novempopulane, à Bayonne. 

' Gruter, Insciipt., p. 4i8, n" 3, et p. 471, n° 9- 
" Voyez Vjénnlj-se des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. — 
Au-delà d'Iverduii on a trouvé une colonne niilliaire qui marquaih 
vingt-un milles, à l'égard d'Avenche , ce qui n'est pas une raison 
pour corriger la Table, ainsi qu'a fait d'Anville , p. 284. — Voyez 
Duiandi, dell Antico staln d'Itnlia, p. 25. 

^ Notilia, edit. Pancirol : Lugdun., p. 179; Genev., p. 147. — 
Edit. Labbe , sect. 65, p. 121. 



448 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Cet endroit de la Notice est le premier monument 
historique où il soit fait mention de Lapurdum, qui 
est Bayonne. Sidoine Apollinaire parle des locustœ 
Lapurdeîises\ qui sont les langoustes, et Grégoire de 
Tours fait mention de Lapurdum, dans l'accord fait 
entre les rois Cfilldebert et Gontran '. Cette ville a 
pris depuis le nom de Bajona ^, qui en langue basque 
signifie port; mais, ainsi que nous l'avons observé, le 
nom de Labourd est resté au pays. 

3. In piovincia Lngdunensi prima. 3. Dans la province dite la Lyon- 
naise première. 

Prœfectus classis Araricœ , Le préfet de la flotte de la 
Cahalloduno. Saône, à Châlons-sur-Saône. 

Il est aussi question, dans plusieurs inscriptions, 
du corps des nautonniers de la Saône ^ ; ce sont ceux 
qui faisaient le service de cette flotte, et l'on voit, par 
ces inscriptions, qu'ils se réunissaient souvent avec 
ceux du Rhône et de la Loire. — Dès le temps d'Am- 
mien Marcellin, l'Arar avait pris le nom de Sauconnay 
d'où est venu celui de Saône : Ararim quem Sau- 
connam appellant , dit cet historien ^ . 

' Sidonius Apollinaiis , lib. viii, L'pist, 12. — Recueil ries Hist. 
de France , tom. i , p. 81. 

* Gregorius Turon., lib. ix, cap. 20. — Rec. des Hist. de France, 
tom. Il , p. 344- 

' Oihenarti Notitia Vasconiœ , p. !^o\ , 55g, 54o, 54i et 542. 

* Gruter, p. 471, n" 9, p. 485, n° 9, et 4i8, n" 5. 

' Ammiau. Marcell., lib. xv, cap. 11, p. 107, edit. Vales., 1681, 
iii-folio. 



PARTIE m, CHAP. VI. 449 

In (trovincia Lagdanensi, Senonia '. Dans la province Lyonnaise, Séno- 



naise. 



Prœfectus classis Anderetia- Le préfet de la flotte d'An- 

norum, Pansus. dresis, à Paris. 

Prœfectus Lcetorum Teutoni- Le préfet des Laetes Teutons, 

cianorum, Carnunto, Senoniœ à Chartres, dans la province 

Lugdunensis. SénonaisÊ ou Lyonnaise. 

Cette partie de la Notice qui nous indique une 
Hotte en station à Paris est d'autant plus intéres- 
sante qu'elle se trouve confirmée par une inscription 
qui porte nautœ Parisiaci, et qui a été bien souvent 
rapportée \ — J'adopte l'ingénieuse conjecture de 
d'Anville % que le surnom à^ Anderetiani, donné aux 
mariniers de la flotte de Paris, provient du nom 
d'Andrezj, village avantageusement situé au-dessous 
de la jonction de l'Oise avec la Seine. D'autres ont 
pensé, avec quelque degré de vraisemblance, que 
c'est Andrezj qui a tiré son nom du séjour des nau- 
tonniers de la flotte de Paris nommés Anderecianiy 
^ AnderituTii , Anterrieux , capitale des Gahali ^. — 
Au lieu de Carnunto , il faut lire Carnuto dans la 
Notice. 

' NoUtM, edit. Pancirol , lôaS, p. i47- — Labhe , sect. 65, 

p. 121. 

' Muratori , Inscript., tora. ii , p. io66, n° 5, et p. 1067, n"' i, 
2 et 5. — Sur d'autres antiquités trouvées à Paris, voyez Caylus , 
tom. 111, PI. 106 à 1 12 , et p. 089 à 409; et Acade'm. des Inscript., 
Hist., tom. ni, p. 242. 

' D'Anville, Notice, p. 427. — Lebeuf {Hist. du diocèse de Paris, 
tom. IV, p. i55) rapporte cette opinion à Lancelot, dont il cit^ seu- 
lement le manuscrit. 

* Lebeuf, Hist. du diocèse de Paris , tom. iv, ji. i55. 
II. 29 



450 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 



In protrincla Lagdaaensi secanda. 

Prœfecttcs Lœtonun Batavo- 
riim et. gentiliuni Sucvoruni , Bn- 
jocas et Constantlœ, Lugdiinensis 
secundœ. 



Dans la seconde Lyonnaise. 

Le préfet des Laetes Balaves 
et des Siièves , à Bayeux et à 
Coutaiices, (l;ms la Lyonnaise 
seconde. 



Cet endroit de la Notice est celui où il est fait men- 
tion pour la première fois de Coutances , car nous 
avons déjà observé que c'était à tort qu'on voulait 
appliquer à cette ville ce qui est dit des castra Con- 
stantia, dans Ammien Marcellin, au sujet de l'expé- 
dition de Constance dans l'île de Bretagne, qui eut 
lieu l'an 296, avant J.-C.', c'est-à-dire plus d'un siè- 
cle avant l'époque où la Notice fut dressée. 

Dans la Lyonnaise troisième. 

Le préfet des Laetes bataves 
et de la légion des Snèvcs gen- 
tils, au Mans, dans la Lyon- 
naise troisième. 



In provincia Lagdunensi teiiia *. 

Prœfectus Lœtonun gentiliiim, 
Suevorum , Cenomannus , Lag- 
dunensis tertiœ. 



Prœfectus Lœtoruni Franco- 
rum , Redonas, Lugdunensis ter- 
tiœ. 

In provincia Belglca prima. 

Prœfectus Lœtorum Hngo- 
nensium , per diversa disperso- 
rum Belgicœ primœ. 

Prœfectus Lœtoruni Actonun, 
Epuso, Belgicœ primœ. 



Le préfet des Laetes Francs, 
à Rennes , dans la troisième 
Lyonnaise. 

Dans la Belgique première. 

Le préfet des Laetes langrois, 
dispersés dans divers lieux de 
la Belgique première. 

Le préfet des Laetes Astores ^, à 
Yvoy,d ans la Belgique première. 



' Notitia dignit., edit. Pancirol. ; Lugd., p. 179. — Edit. Labbe , 
^. 63, p. 122. — Voyez Eum. Pancgj'ricus in Constantium, cap. i5, 
et ci-dessus, p. 502. 

' Notitia, edit. Pancirol. : Lugd., p. 179; edit. Genev., p. 147. 
— Edit. Labbe, §. 65 ., p. 122. 

» Pancirol (edit. Lugd., p. 181), corrige Astorum, et avec raison, 
selon nous. 



PARTIE III, CHAP. VI. 451 

Epusiim est évidemment V Epoïssum de l'Itiné- 
raire d'Antonin', et la position de ce lieu à Yvoy, 
aujourd'hui Carignan, sur les limites de la Belgique 
première, est démontrée par les mesures de la route 
qui conduisait de Durocotorum, Reims, à Augusta 
Tret^irorum , Trêves . 

In provincia Belgica secunda '. Dans la Belgique seconde. 

Prœfectus Lœtorum IServio- Le préfet des Laetes Nerviens, 

rum, Fano-Martis, Belgicœ se- à Fammars, dans la Belgique 

ciindœ. seconde. 

Prœfectus Lœturuin Batavo- Le préfet des Laetes Balaves 

rum ncmetacensium , Atrehatis, artésiens, à Arras,dans la Bel- 

Belgicœ secundœ. giqoe seconde. 

Prœfectus Lœtorum Batavo- Le préfet des Laetes Bataves 

rum Contrnglnensium , Novio- deCondren, à Noyon, dans la 

mago , Belgicœ secundœ. Belgique seconde. 

Prœfectus Lœtorum genti- Le préfet des Laetes gentils , 

Uum,Remos etSylvanectaSyBel- à Reims et à Senlis , dans la 

gicœ secundœ. Belgique seconde. 

Nous voyons ici dans ces mots, nemetacensium , 
Atrehatis, le nom primitif de la capitale des Atrehates 
(Nemetacum) , employé comme un surnom de peu- 
ple, et le nom même des Atrehates y servant à désigner 
la capitale de ce peuple, suivant l'usage de ce temps. 

Le surnom de Contraginenses vient de Contra- 
Aginnum y lieu dont il est fait mention dans l'Iti- 
néraire d'Antonin ^ Je ne nie pas, ainsi que le dit 

' Voyez V Analyse des Itinéraires romains , toni. m de cet ou- 
vrage. — Wesseling, p. 566. 

* Notitia, edit. Pancirol. ; Lugd., p. 179, et Genev. , p. i^'j. — 
Edit. Labbe, §. 65, p. 122. Au lieu de Fanomantis , lisez Fano- 
Martis. 

' Voyez Wesseling, p. 579 , et V Analyse des Iline'raires , toin. m 
de cet ouvrage. 



452 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
d'An\ille ', que Condren n'ait tiré son nom de Contra 
jéginensum; mais l'exactitude des mesures démontre 
que Contrag'inuni était situé à environ deux m^Ules 
romains au-delà de Condren, du côté de Solssons, 
à Amlgny-Rouj. 

Ce n'est que dans la Notice qu'il est question de 
Fano-Martis; mais la ressemblance du nom de ce lieu 
avec celui de Famars, les antiquités qu'on a trouvées 
à Famars % et enfin le nom àe pagiis Fanomartensis^ 
dont Famars était le chef- lieu dans le moyen âge, 
ne laissent aucun doute sur l'identité de position 
entre le lieu ancien et le lieu moderne , qui est envi- 
ron à deux mille toises au sud de Yalenciennes. 
f^e pagus Fanomavtensis , ou le canton de Famars , 
était distingué du Halnaut dès le milieu du vu'' siècle; 
il était renfermé entre l'Escaut, le Cambrésls, la 
Fagne et le Halnaut^. L'historien Eginhard'^, les di- 
plômes des rois francs ^ et les anciens titres^font men- 
tion de Valenclennes, de Solèmes, de Maroilles près 
de Landrecies, et de Fichau près d'Avènes, comme 
situés in pag'o Fanomartensi. Folquln, qui écrivait 

' D'Anville, Notice, p. •244- 

' On n'en a touvé aucune à Fan, k 1 1 milles de Yalenciennes , où 
Cluverius, Germania antiqiia, lib. ii, cap. •as, p. 4^3, veut placer 
Fano-Martis 

' J. Desroches , Me'm. sur les dix-sept pnwinces des Pays-Bai 
et la principauté de Lie'^e, p. 45 

* De Transi., SS. Mart., Peiri et Marc. 

* Un diplôme du roi Lotliaire , de l'an 85o. - Dipl. Belg., lib. n, 
cap. ç. — Un diplôme do (^diiidebert, de l'an ^oS. — Dipl. Belg., 
lib. Il , cap. 5. 

* Donation de saint Huiitbert , de l'an 667. — Vojez Cod. Don. 
Piur., 1.30. 5. 



PARTIE III, CHAP. VI. 453 

dans le x* siècle, nous apprend que, de son temps, 
pagus Fanomartensis était synonyme de Hainaut '. 

In provincia Geraiania secanda. Dans la Germanie seconde. 

Prœfectus Lcetorum Lagen- Le préfet des Laetes de Liiaige, 
sitim "* , prnpe Tungros , Germa- à Tongres, dans la Germanie 
niœ secundœ. seconde ^. 



In provincia Aqaitaaia prima. 

Prœfectus Lœtoruni gentilium 
Suevorum, Arvernos, Aqidtanias 
primœ ^. 

In Gallia. 

Prœfectus Sarmatorum et Taï- 
faloruin gentilium , Pictavis , in 
Gallia. 

Prœfectus Gentilium à Chora, 
Parisios usque. 

Prœfectus Sarmatorum gen- 
tilium, inter Rcmos et Ambianos, 
provinciœ Bclgicœ secundœ. 



Dans V Aquitaine première. 

Le préfet des Laetes gentils 
Suèves, à Clermont, dans l'A- 
quitaine première. 

Corps de Sarmates répandus 
dans toute la Gaule. 

Le préfet des Sarmates et de 
la légion des gentil;; dn pays 
de Tiffauge , à Poitiers , dans la 
Gaule; 

Le préfet de la légion des 
Gentils, depuis la Ville-Auxerrc, 
près Saint-Moré, jusqu'à Paris. 

Le préfet des Sarmates gen- 
tils, entre Reims et Amiens, 
dans la Belgique seconde. 



' Fulcuinus , de Gestis Abbat. Lobiens. , apud d'Achery , in 
Spicil., tom. II, p. ^Di. — Voyez aussi Description de l'ancienne 
ville de Famars , Fanum-Martis dans Bast , Second supplément 
ou Recueil d'antiquités gauloises trouvées dans la Flandre propre- 
ment dite, p. i5i. 

' Lagum est Luaiges, sur la rivière de Jare ou Jecker, où le père 
lîoucher a vu d'anciennes constructions romaines. (Bucherius, Bclg. 
rom., p. 475 et 49^-) — Notitia, edit. Pancirol., p. 179. — Edit. 
Labbe, §. 65, p. i-iD. 

' Notitia dignit. imper, occident., edit. Pancirol., Lugd., p. 179; 
Geoev., p. 147. — Edit. Labbc, sect. 65, p. i23. 

* Notitia dignit., edit. Pancirol., p. 179- — Edit. Labbe, §.65, 
P ''^4. 



454 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES 

Prœfectus Sarmatorum gen- Le préfet des Sarmates gen- 

tilium , per tractum Segalauno- tils, dans le diocèse de Valence. 

rum. 

Prœfectus Sarmatorum gen- Le préfet des Sarmates gen- 

tilium, Lingonas. tils, à Langres. 

Prœfectus Sarmatorum gen- Le préfet des Sarmates gen- 

tilium , À ugustodunum . tils, à Aiitiin. 

Les Teifali sont mentionnés par Ammien Marcel- 
lin et par l'historien Zosime ', qui nous apprend 
qu'ils sont Scythes d'origine. La légion des Sarma- 
tes Taïfali , dans les environs de Poitiers , forma 
une peuplade particulière qui y subsista long-temps 
sans se mêler avec les habitans , et le canton qu'elle 
habitait fut nommé Taifali; ce nom a duré jus- 
qu'à nos jours dans celui de Tiffauges. Grégoire fait 
plusieurs fois mention du peuple et du canton " : il 
faut donc, sur une carte de la Gaule ancienne, in- 
scrire les Taifali, aux environs de la ville moderne 
de Tiffauges dans l'ancien Poitou, actuellement dans 
le département de la Vendée , et à trois lieues deux 
tiers à l'est de Montaigne. 

J'ai déjà observé que Pasumot, d'après des titres 
et des monumens historiques, avait démontré la po- 
sition de Chora aux ruines de l'ancien lieu nommé 

' « Adeo quidem ut Thaifalis natione scythica. » — Voyez sur les 
Taïfali, Pancirol in Notit. imper, orient., edit. i625, p. 58. — 
Adrien de Valois , Notit. Galliar., 545. — Dubos, Hist. critique de 
la Monarchie française y tom. i, p. 284, et tom. iv, p. 196 et 197, 
édit. in-i2. 

^ Gregorius Turon., Hist., lib. iv, cap. 18; lib. v, cap. y. — 
Recueil des Hist. de France, tom. 11, p. 212, D, et p. 23^, D. — 
Ibid, de Vitis patrum . cap. i5. « Igitur beatus Senoch, génère 
« Theïfalus Pictavi pagi quem Theïfaliam vocant, oriundus fuit. » 
Voyez encore Glaber Rodolfus, lib. v. 



PAPiTIE III, CHAP. Yl. 455 

la Ville-Auxerre vis-à-vis Saint-More' : on plaçait à 
tort auparavant ce lieu à Cravan ou à Cure. 

Du maître des manufactures d'armes. 



Sub dispositione viri iUustris ma- 
gisti'i oflScioruin '. 

Fabricae in Galliis VIII. 



Argentoratensis , — armorum 

omnium ; 
Matisconensis , — sagittaria ; 

Jugustoduncnsis , loricaria ; 

Suesso/tiensis , — scutaria , bn- 
listaria , clibanaria ; 

Remcnsis , — spatharia ; 

Triberorum , — spatharia et ba- 

listaria ; 
Amhianensis , — spatharia et 

scutaria. 



Sous les ordres de l'illustre maî- 
tre des manufactures d'armes. 

Les manufactures d'armes sont au 
nombre de huit dans les Gaules. 

Manufactures de toutes sortes 
d'armes, — à Strasbourg ; 

— d'arcs et de flèches, — à 
Mâcon ; 

— do cuirasses loricaires , — 
à Autun; 

— de boucliers, de batistes, de 
cuirasses clibauaires, — à 
Soissons ; 

— d'éjDées larges , ou sabres 
spatules, — à Reims; 

— de sabres et de balistes, — 
à Trêves ; 

— de sabres et de boucliers , 
ù Amiens. 



Dans la Notice, Triberorum se trouve répété deux 
fois, ainsi : 

I . Triberorum spatharia. 
>.. Triberorum balistaria. 
D'après cela, il semblerait qaeSuessotiiensis devrait 

' Pasumot, Me'm. ge'ogr. sur quelques antiquite's de la Gaule, 
p. S"]. — Voyez LeLeuf, Hist. d'Au.xerre, tom. i, p. 1 16. — Acad. 
des Inscript.., tom. i. — Jonas de Bobio, de Vita sancti Columbani, 
cap. 22. — Annales Benedict., secul. iv, tom. n, lib. i, subfinem, 
iib. n, ineunte. — Edit. Pancirol, p. 60. - Lablje, sect. 4i, p. 81. 

' Pancirol., edit. I.ugdun., p. t3S; edit. Genev., p. 60. — Edit, 
Lal)l)e, sect. 4'» P- 81 . 



456 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
être répété trois fois , et Amhianensis deux fois j 
cette variation est due à un caprice, ou à une erreur, 
de copistes. 

J'observerai qu'il y avait cette différence entre la 
lorica et le clibanus, que la première sorte de cui- 
rasse était composée d'anneaux de fer ou de parties 
détachées, et répondait à ce qu'on appelait cotte de 
mailles, avant l'invention des armes à feu; au lieu que 
clibanus était une cuirasse formée par un seul mor- 
ceau de fer solide qui couvrait le corps comme un 
vaste bouclier'. Ces deux sortes d'armures, exigeant 
un travail tout différent, ne se fabriquaient pas dans 
les mêmes manufactures. Tout le monde sait que la 
baliste était une machine à lancer des pierres. Les 
sagittaria fabriquaient probablement aussi des arcs : 
car nous ne voyons pas que, dans la Notice, il soit 
question à' arcuaria ou de fabricateurs d'arcs pour 
le vicariat d'Italie, tandis qu'il est parlé des sagù- 
taria. 

' Voyez Facciolati, Totius latinitatis Lexicon , tom. i, p. 479, et 
tom. Il, p. ^33. 



PARTIE III, CHAP. VIL 467 



CHAPITRE VII. 

De la Gaule cisalpine au commencement du second siècle de l'ère 
chrétienne. — Détails géographiques donnés par l'inscription 
gravée sur cuivre, nommée Table alimentaire véléiane, dite de 
Trajan. 

Plusieurs auteurs ont voulu attribuer à Trajan 
une partie des changemens qu'on observe dans les 
divisions des provinces romaines après Dioclétien et 
Constantin; leur opinion est destituée de preuves, et 
n'est qu'une conjecture sans aucune base. Mais un 
monument du temps de cet empereur rompt , en 
quelque sorte, le long silence de l'histoire relative- 
ment à la géographie de la Gaide cisalpine, et nous 
donne quelques notions précieuses sur la topographie 
de cette contrée. C'est une inscription qui est au 
nombre des plus longues et des plus intéressantes 
de toutes celles qu'on a découvertes jusqu'à ce jour : 
cette inscription nous initie en quelque sorte dans 
les subdivisions les plus minutieuses d'une grande 
partie de la Ligurie et de la Gaule cispadane, et même 
dans le partage des propriétés particulières. 

Elle contient deux ' obligations de deux sortes : 

' Cette inscription a été trouvée, en 1747» dans les environs de 
Macinesso, à i8 milles de Plaisance, dans le torrent de Chero ; 
les morceaux en furent réunis par Rocca et Roncovieri ; Muratori 
en publia, en 1749, une explication intitulée : E sposizione delV in- 
signe Tavola di Firenze , iu-8", qui a été imprimée de nouveau 
dans le tom. ni de ses œuvres; Arezzo, 1767. — Maffei, dans son 
Muséum Veronensc , 1746, a aussi donné cette inscription. — 
Masdeu l'a donnée et commentée dans son Hisloria critica de 
Espahn , tom. v, p. ijç) à 270; — enfin, Pitarelli a fait paraîtic 
son explication, qui sert de base à noire Iraxail; clic est intitulée . 



458 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
la première est un don d'un million quarante mille 
sesterces, la seconde de soixante et douze raille 
sesterces. Le donateur de la première de ces sommes 
est anonyme ; celui de la seconde est Cornélius 
GalUcanus , Cornélius le Gaulois. Ces deux actes, 
revêtus de l'approbation de l'empereur Trajan , vers 
l'an io4 de J.-C. ', ont pour objet de fournir des 
alimens à des enfans pauvres. Ils contiennent la 
désignation des fonds engagés, et sur lesquels se trou- 
vaient hypothéquées les sommes destinées à cette 
œuvre de charité , les noms des pagi et des vicl, 
c'est-à-dire des cantons et des communes où se trou- 
vent les fonds, et les noms de ceux qui en étaient 
propriétaires. En ne considérant cette inscription 
que relativement à l'objet qui nous occupe, nous 
voyons que tous les biens fonds qui s'y trouvent dé- 
signés étaient partagés entre cinq cités ou districts : 
lesVéléiens, les Placentins, les Liburnéens, les Par- 
méens et les Lucquois. Nous avons déjà déterminé 
l'emplacement de ces différens peuples et districts 

Délia Tavola alimcntnria di Trajano spiegazione , etc., in -4°; 
Torino, 1760, p. 262. — Depuis, il a paru un autre ouvrage où 
l'auteur, P. Lama, s'est attaché à reproduire cette inscription avec 
plus de correction, mais sans chercher à donner aucune interpré- 
tation géographique; cet ouvrage est intitulé : Tm'ola alirnentaria 
f^elejate detla Trajana , resiituita alla sua vera lezione da Pietro 
de Lama, prejello del Ducal Museo, co/i alcune nsservazioni del 
medesinio ; in Par ma, 1819. 

' Trajan a commencé à prendre le surnom de Dacicus vers l'an io5, 
après son premier triomphe sur les Daces. Pendant cette année et 
la suivante il paraît avoir résidé à Rome , et s'y être occupé de divers 
objets d'administration. En l'an 106 il triompha de nouveau des 
Daces, et réunit la Dacie à l'empire romain ; mais il partit presijue 
aussitôt pour faire la guerre aux Parthes. — Conférez IMannert^ 
Jics Trajani imperaloris ad Danubium geslœ , p. 4>' 



PARTIE III, CHAP. VII. 459 

particuliers , et nous avons déjà observé que les po- 
sitions de leurs chefs-lieux étaient prouvées par les 
mesures des Itinéraires. 

Les pagi , communes ou cantons dépendans de 
ces cinq cités, qui se trouvent désignés dans la Table 
alimentaire (c'est ainsi que nous nommerons notre 
inscription), sont au nombre de trente-sept, et le 
nombre des vici ou Ai liages mentionnés dans l'inscrip- 
tion ne sont qu'au nombre de sept, et tous désignés 
comme étant situés sur le territoire des Velejates. Un 
très grand nombre de biens fonds désignés par des 
noms particuliers sont mentionnés comme apparte- 
nant aux territoires de ces trente-sept pagi ou can- 
tons. Les noms des biens fonds paraissent avoir été, 
dans beaucoup de cas, les mêmes que ceux des villages 
et autres petits endroits dont ils faisaient partie, et 
c'est de la réunion de ces villages et petits lieux qu'é- 
taient composés les pagi ou cantons. Une recherche 
attentive et suivie, faite dans le pajs, a dû faire dé- 
couvrir un assez grand nombre de noms modernes 
presque semblables h ceux que mentionne la Table 
alimentaire '. De la multitude de ces noms presqvie 
identiques est résultée une présomption raisonnable 
de l'identité de la plupart des positions anciennes et 
modernes. La réunion de ces positions détermine 
ainsi l'emplacement, l'étendue et les limites de chacun 
des pays ou cantons sur lesquels les Itinéraires et les 
monumens géographiques de l'antiquité ne fournis- 

' M. Pitarelli a commencé à développer cette idée en lySS, et 
publia en 1788 une petite brochure in- 4°, intitulée . Idca ddla 
spicgazione délia Tavoln alimeiitaria di Trajano ; Torino, 1788. — 
Son ouvrage a paru deux ans après, en 1790. 



4C0 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
sent aucun renseignement ; mais la réunion de ces 
pagi ou cantons ne détermine pas de même l'étendue 
et les limites des cantons, cités ou districts^ auxquels 
on les attribue, ainsi que l'a cru le savant Pitarelli. 
11 résulterait en effet de ce système que le district des 
Pelejates se serait étendu à la droite et à la gauche 
du P6, depuis le mont Vésule jusqu'pu lac Garda , et 
qu'il aurait renfermé les marquisats de Saluées, de 
Ceva , les provinces d'Alba, d'Acqui, d'Alexandrie, 
de Tortone, le Bobbièse, la Novarèse, le district de 
Pavie, le Brescian ; que les Placentins auraient étendu 
les limites de leur territoire dans le district de Ver- 
ceil et les environs de Valenza, et peut-être même 
jusque dans les environs de Florence , en Toscane, ce 
qui contredit toutes les notions qui nous ont été 
transmises par les géographes, et tous les monumens 
de l'antiquité, sur les divisions de la Gaule cisalpine, 
et même sur les divisions de l'Italie en général. Il est 
bien plus naturel de penser que les Romains établi- 
rent à différentes époques des colonies à Parma, \\ 
Placentia, à Liica, à T'elleja et à Liharna; qu'après 
la conquête de la Ligurie et de la Gaule cispadane, ils 
distribuèrent d'abord, suivant leur usage, aux nou- 
veaux colons, une partie des terres des vaincus, et qu'à 
mesure qu'ils étendirent leurs conquêtes au-delà du Pô 
ils firent à ces mêmes colons, ou aux nouveaux qu'ils 
y transportèrent, de nouvelles distributions, afin de 
les intéresser à la défense des nouvelles conquêtes. 
Ce qui confirme cette conjecture, c'est que l'his- 
toire nous apprend que Parme et Plaisance furent les 
premières colonies romaines dans la Gaule cisalpine, 
et pendant long-temps les seules : de là, est résulte 



PARTIE m, CHAP. VII. 461 

en faveur de ces colonies des enclaves ou des portions 
de territoire qui en dépendaient, et qui cependant se 
trouvaient situées dans les limites d'autres districts ou 
cités. Pour désigner avec moins de circonlocutions ces 
nombreuses enclaves, la Table alimentaire a fait figu- 
rer les diverses cités ou pagi où ces enclaves se trou- 
vaient situées, comme des dépendances des colonies 
romaines qui en étaient propriétaires. On voit d'après 
cela que cette inscription ne peut fournir aucun do- 
cument certain sur les grandes subdivisions de la 
Gaule cisalpine, et sur l'étendue et les limites de ses 
différens districts; mais elle nous fait connaître le 
nom et la situation d'un grand nombre de bourgs et 
chefs-lieux de cantons, qui ne nous sont point connus 
d'ailleurs ; elle nous instruit des territoires plus ou 
moins nombreux que les cités de Parme et de Plai- 
sance , celle des T^ellejates, des Libarnenses et des 
Lucenses , possédaient sur le territoire des autres 
cités. Ainsi, par exemple, ces mots : « et ohligare ohsi- 
(( dianum Àrrianwny qui est in Velleiate, pago Ka- 
« lerioy » signifient que ce territoire d'Arrian situé 
dans le pagus Palerius ressortait des T^ellejateSy 
mais nullement que les Vellejales étendissent les li- 
mites de leur territoire jusque au-delà de Parme, où 
paraît avoir été situé \e pagus Valerius '. 

Après cette explication préalable, nous allons of- 

■ Ce qui démontre encore mieux la vérité de cette explication , 
c'est que la Table alimentaire attribue quelquefois un même pagus 
à deux peuples ou districts différens. Ainsi on y trouve « Funduni 
« Antonianum in Velleiate pagis Yenerio ; funduni Cornelium, qui 
« est. in Placentino pag. Venerio : » ce qui prouve que les Vel~ 
lejates et les Placc.ntini possédaient tous les deux des fonds de terre 
dans le pagus \enerius. — Voyci: Pilarelli, p. i55. 



462 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
frir un court extrait de ce qui nous a paru le moins 
incertain dans les recherches que M. Pitarelli a 
consignées dans son volumineux ouvrage, et nous 
disposerons cet extrait dans un ordre méthodique et 
conforme au but que nous nous proposons. 

lues, pagi mentionnés dans la Table alimentaire de 
Trajan se montent au nombre de trente-sept *. 

i6 sont attribués aux Vellejates. 
i6 — aux Placentini. 

2 — aux Pamienses. 

2 — aux Libarnenses. 

I — aux Lucenses. 

Les Lucenses appartenant à la Toscane , semblent 
sortir des limites de notre sujet; mais ils y tiennent, 
puisqu'ils sont mentionnés dans cette inscription 
comme possédant des terres sur le territoire des 
T^ellejates. 

VELLEJATES. 

Voici les noms des seize pagi dans le territoire 
desquels les J^ellejates possédaient des fonds de terre. 

I. Albensis pagus, città d'Alba '. 

J'ai déjà précédemment parlé de cette cité, et on 
peut consulter sur ce qui la concerne les inscriptions 

' Conférez Lama, Tavol. alim., indic. 5, p. 167, et Pitarelli, 
Délia celebratissima Tavola alimentaria di T r aj a f 10, ia-^°, 1790- 
— A la page io5 M. Pitarelli donne dix-sept pagi aux Vellejates, et 
à la page 55 il ne leur en donne que seize : cela provient de ce 
qu'on ignore si le Brnç^otitiiim pngiis appartenait aux Vellejates : 
même doute sur VApoUinaris. J'ai suivi Lama pour ces nombres. 

' Pitarelli , p. loj. 



PARTIE III, CHAP. VII. 463 

rapportées dans la dissertation de Durandi sur les 
villes de Pedona, de Cahurro et de Germanicia. 

Les fonds qui en dépendaient sont au nombre 
d'environ quarante et un. 

Voici quelques uns des noms anciens avec les-noms 
modernes correspondans : 

Atilianus, Atii ; ce territoire est situé entre Albe- 
retto Serra valle, et Bossolasco '. 

Bassilianus , Mombasilio. 

Blondelia, mentionné comme vicus in Alhense 
Velleiate dans l'inscription, mais dont la posi- 
tion est inconnue. 

Cornelianus , dl Cornigliano ; l'antiquité de la 
terre de Cornigliano se trouve attestée par d'an- 
ciennes chartes citées par Durandi \ 

Lœtianus , di Lezegno. 

Leucomelius saltus , dl Lecqulo d'Alba, 

Lubello, mentionné comme vicus in Alhense T^el- 
leiate sur l'inscription, Montelupo. 

Munatianus , di Mulazzano. 

Paternus, Perno, au midi d'Alba, à l'est de Che- 
rasco. 

Rodelius , Rodello. 

Secenia vicus ^ mentionné comme vicus in Alhense 
Velleiate sur l'inscription, 11 vlco di Scinlo. 

Serranellianus , dl Serravalle. 

Valerianus, dl Vagllerano, à l'occident d'Asti, et 
près de cette ville; il en est fait mention dans 
une charte de l'an 899. 

• Pitarelli, p. 181. 

' Durandi, Piemonte cispadano antico , p. 291. 



464 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Vetulianus ',) délia Vezza , au nord-ouest d'Alba, 
f^etiitianus , \ entre le Tanaro et le Borbore. 
T^iriaiius y V^icanianus , Varilie. 
Virtianus , Lucanianus , di Verdun, au sud-ouest 
d'Alba. 

On voit , d'après ces positions , que V Alhensis 
pagus renfermait le territoire moderne de la ville 
d'Alba et une partie de la province d'Asti. Alba 
avait le droit de ville latine, et était une ville con- 
sidérable : elle avait reçu une colonie romaine, et 
appartenait à la tribu Camille '. 

2. Amhitrebius pagus ^. 

Ce pagus j ainsi qu'il paraît d'après les fonds qui 
lui sont attribués, était situé entre Asti et Alexan- 
drie , et divisé en deux par le Tanaro. 

Parmi les fonds qui en dépendaient, se trou- 
vaient : 

Attianus saltus , di Azano, à la droite du Tanaro, 
dans le voisinage d'Asti. 

MessianuSy di Masio, à la droite du Tanaro, dans 
le voisinage du Tion, entre Asti et Alexandrie. 

Metellianus ,\ di Migliandolo , dans le voisinage 

Melilianus 3 S d'Asti. 

' Ils sont nommés clans l'inscription Acutiani ï^ctuliani. Voyez 
l'édit. de Lama, col. 4î ligue u6, p. 126, et ligne 3i, Vetulianus 
secundianus , et non Vetulianus , comme il est dit dans l'Index de 
D. P. Lama, p. 188, qui contient une faute en cet endroit. 

' Yovez Pitarelli, p. 104. — Duraudi , Délie antiche città di Pe~ 
dona, Caburro e Germanicia, p. 77. — Gruter, p. 214. — Cluve- 
rius, Ital. antiq., lib. 1, p. 86. — Poggiali, Stoiia Piacentina. 

^ Pitarelli, p. 108. 



PARTIE III, CHAP. Vil. 465 

Ovilia, Oviglio, à la droite du Tanaro, non loin de 
Redabuè dans le territoire d'Alexandrie; les ha- 
bitans du pays appellent ce lieu Ovii, mais dans 
les titres il est nommé Oviliœ '. 
Paspidianus j |di Piepasso, à la gauche du Tanaro 
Passenianus, ) et à l'ouest d'Alexandrie. 
P^aleriana prœdiay Poderi di Valio. 

3. f'^agiennus ou Bagiennus pagus, città di Bene '. 

Ce pagus y d'après les fonds qui lui sont attribués , 
s'étendait depuis le mont Vésule jusqu'au mont Ze- 
molo , et de là jusqu'à l'Apennin ; il était arrosé par 
le Pelice, le Pô, l'Uraïta , la Maïra, la Grana, la 
Stura, le Gesso, le Pesio et le Tanaro, et, dans 
une partie de son cours, par le Belbo. J'ai déjà dit 
i\ji Augusta f^agiennorum, capitale des Vagienni ou 
Bagienni, était le lieu nommé città di Bene; le Ba^ 
giennus pagus de la Table alimentaire nous repré- 
sente évidemment le territoire de cette \iile, ou des 
T^agienni proprement dits : d'après l'interprétation 
que j'ai fait connaître plus haut, il ne s'ensuit pas que 
les Vagienni se trouvassent confondus avec les VeU 
lejates , et renfermés seulement dans leurs limites, 
mais seulement que les Vellejates avaient des biens- 

' Duraodi, Piemonte cispadano, p. 290 et 291. Ovilia signifie 
une étable ou une clôture où l'on fait parquer des ti-oupeaux, ce 
qui n'empêche pas que ce mot n'ait pu être un nom géographique. 
D. Lama (p. 20 et 4o) a donc tort de reprocher à M. Pitarelli de 
vouloir le considérer ainsi. D. Lama ne s'est pas aperçu que c'est 
M. Durandi, et non M. Pitarelli, qui, le premier, a appliqué le nom 
de VOvilia de la Table alimentaire à Oviglio. 

* Pitarelli, p. iio. 
II. 5o 



460 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
fonds situés sur le territoire des Vagienni ou dans 
le pagus Vagiennus. 

Parmi les fonds qui dépendaient de ce pagus, on 
trouvait : 

Alhianus , di S.-Albano, entre la città di Bene , 
et Fossano. 

Atilianus, Agliano. 

BweliuSy Belvédère , au sud-est de Dogliani , ap- 
pelé Bervei par les habitans. 

Didianus , di Dogliani? — Cependant Pitarelli 
avoue que ce lieu est nommé Dulianum ou 
Dolianum dans les chartes du moyen âge. 

I(^anelius viens, il vico di Lavelio , à l'ouest de Bra. 

Minicianus, àÀMÀnnsi^xo. — On a trouvé dans 
ce lieu une inscription où la tribu Camilla se 
trouve mentionnée. Il a été trouvé aussi, dans 
un lieu nomn é Mellia, une inscription qui con- 
state l'existence des Minicii dans \e pagus Ba- 
giennus '. 

Atilianus Nitielius % la Niella di Bene, entre Bene 
et Ceva. 

Vihianus, di Bibiana , au sud-ouest de Turin vers 
Lucerna . 

Vihidlianus^ di Revello, où Pline indique le fo- 



■ Pitarelli, Lettern al vignor A. Car. Atari. TFalckenaer, deW Ac- 
cademia délie Scienze di Toriiio. — Turino , in-8°, 1810, p. i8 : 
brochure de 34 pages. 

' L'inscription, col. 5, lig. 55, porte Atilianus Nitielius. L'Index 
de D. ïama, p. 172, porte à tort Nitiolus. i\L Pitarelli ajoute à ce 
mot le surnom de vicus, qui ne se trouve pas dans l'inscription, et 
écrit à tort Nite.lius. 

' M. Pitarelli place dans ce pagus Fiamunus Rocca di Vion. où 



PARTIE III, CHAP. VII. 407 

4 Dianus pagus '. 

Ce petit pagus s'étendait dans la partie occiden- 
tale du Placentin , et était arrosé par le Tidone, le 
Tidoncello et la Bardinezza. 

Parmi les fonds qui lui sont attribués dans l'in- 
scription , se trouvent : 

Nœi>ianuSy di Nibiano, à la gauche du Tidone, 
mentionné dans une charte du x* siècle. 

Taxtanulœy di Tassara , à la gauche de la Bardi- 
nezza. 

Tudinus, del Tidone (ponte). 

Valerianus, di Valerenia , à la droite du Tidon- 
cello et à l'orient de Nibiano. 

5. Domitius pagus '. 

Ce pagus s'étendait assez irrégulièrement à la 
droite du Tanaro, ouest Viano et Blangero; Asti s'y 
trouvait compris. 

Les fonds qu'on y remarque sont ; 

Claris f monte Chiaro, au nord-ouest d'Asti. 
Comelianus, di Corneliano, non loin d'Alba. 
Hilvonus saltus , i boschi di Avuglione, entre 

Turin et Vernea , au nord-ouest de Villanova 

d'Asti. 
Eborelitty Burio. — Ce lieu nous indique la posi- 

l'on a trouvé une inscription portant Vibius Veamonius, lemmi Fil.; 
mais le mot Viamunus ou P^eaminus , ni autre semblable, ne se 
trouve pas dans la Table alimentaire, ni comme nom de lieu, ni 
comme nom d'homme. 

' Pitarelli , p. ii4- 

' Jd., p. II 6. 



468 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

tlon des Eburiates de Pline et de VEporedia 
des Vagienni de Paterculus. Biirio est nommé 
Ebuîias, au Heu à'Euburia, dans une ancienne 
charte rapportée par Ughelli '. 

Macatianus, di Magliano, Majan , à la gauche du 
Tanaro près de la ville d'Alba. 

MessianuSj Massé, à l'ouest de Villanova d'Asti. 

PaternuSj di Perno. 

Petilianus , di Piea. 

Rubacostus, i ,. ^ 1 1»* ^• 

„ . . di Roatto, au nord-ouest d Asti. 

nubacottius, \ 

Scantiniacus, di Santena, au sud-est de Turin. 

Soliceli colonia^ di Sciolze, au nord-est de Turin. 

Valerianus, di Valierano, à l'occident, et à peu 
de distance de la ville d'Alba : ce fonds se trou- 
vait aussi en partie situé sur ce dernier pagus. 

Vettutianus , délia Vezza. 

Virianus , di Varilie. 

Volumnianus saltus , di Valminiè. 

6. Florejus pagus '. 

Ce pagus s'étendait entre le mont Vésule et le 
duché de Mantoue; il occupait le Brescian, le Cré- 
masque, et une partie du Milanais jusque vers la 
Lambro. 

Dans le nombre des fonds qui sont attribués à ce 
pagus dans l'inscription , on remarque : 

Calidiani y di Calignano , au nord de Cremo , 
entre l'Oglio et le Serio. 

' Conférez PitarelU , p. 2io, et Durandi, Piemonte cispadnno 
anticn, p. 284- 
' Pitarelli , p. 1 19. 



PARTIE III, CHAP. VII. 460 

Caweaniafius y di Cavegnano, à l'orient di Orchi- 

Vecchil dans le Brescian. 
Cassianus , di Cassiano, près des rives de l'Adda. 
Cornelianus y di Cornegliana, au midi de Cassano 

et à la droite de l'Adda , au-dessus de Lodi. 
Dellianus , di Dello, au nord de Crémone, sur la 

rive gauche de l'Oglio. 
Ferramianus j di Farra, au midi de Bergame, et 

à la gauche de l'Adda. 
Flavianus , di Fianello, à la droite du fleuve 

Mella , vers le confluent de l'Oglio : ce lieu est 

marqué dans la Carte du duché de Milan , par 

Giovanni Settala. 
Petronianus , Pedergnano . 
MarianuSj di Mairano , au nord de Crémone , et 

à peu de distance de Dello et de Oflfraga. 
Tricellianus , di Trecella , sur la rive gauche de 

l'Adda , entre Lodi et Bergame , à l'orient de 

Milan. 

7. Junonius pagus ' . 

Ce pagus comprenait les territoires de Tortone 
et des environs de Novi ; il s'étendait entre l'Orba 
et la Staffora : Tortone se trouvait au milieu. 

Dans le grand nombre de fonds attribués à ce 
pagus dans l'inscription, sont : 

jilbonianus , Alhoneœ vicus ou plebs Alboneœ , 
du moyen âge, aujourd'hui Vicobiano, à un mille 
du torrent de Rotorbio. 

Arsuniacus y di S.-Arosio, au sud-est de Tortone, 
entre les torrens d'Ossona et de Grle. 

' Pitarelli, p. 122. 



4T0 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Brœtianus , di Berzano, à l'orient de Tortone, et 
à la droite du torrent de Cru. 

Cassianus , di Cassano-Spinola , au midi de Tor- 
tone ; ce lieu est nommé Cassianum dans une 
charte de l'an 8g6 '. 

Cornelianus , di Corniasco , au midi de Tortone , 
à la droite et à peu de distance de la Scrivia. 

EgnatianuSy di Nassano , ou riva di Nassano, lieux 
placés à la rive gauche de la Staffora , au midi 
de Voghera , et au nord-est de Tortone. 

Julianus, di S. Giuliano, à l'ouest de Tortone, 
près de Marengo. 

Manlianus Hostilianus , di Moliano, près de Vi- 
gozzolo. 

Manlianus Storacianus , di Moliano vers Starez- 
zano; ces deux lieux sont situés dans le district 
de Tortone , entre la Scrivia et le torrent de 
Curone, au sud-est de la ville. 

Novianus , di Novi : ce fonds dérivait son nom 
de la ville à l'occident de Tortone, entre l'Orba 
et la Scrivia. 

Statianus j, di Stazzano, au midi de Tortone, et à 
la droite de la Scrivia. 

Suigianus y di Suizan. Pitarelli ' dit que Jacob 
Hondius, dans sa Description de l'Italie, fait 
mention d'un lieu nommé Suizan, qu'il n'a pu 
retrouver sur les cartes. Après une longue re- 
cherche, je n'ai pas été plus heureux que Pita- 
relli. Ce lieu, suivant Hondius, est dans le 
district-'de Tortone. 

' Voyez Pitarelli, p. 197. 
' Ib., p. -256. 



PARTIE III, CHAP. VII 471 

8. Lureate pagus '. 

Cepagus paraît avoir été situé entre la Lambro et 
la Gogna , dans les environs de Milan, où l'on trouve 
Lurate et Basiano. L'inscription ne mentionne que 
deux fonds ; un des deux est ; 

Blassianus j Bersano, h la gauche de l'Onsina. 

g. Medutius pagus '. 

Ce pagus était situé à l'ouest de Bobbio, entre les 
l'ivières de Borbera et Curone; il était baigné en 
partie par la Staffora , et il s'étendait vers la Scrivir.. 
On y remarque les fonds suivans : 

Crœdelius j di Credolo, sui' les confins méridio- 
naux de la province de Tortone, à la source du 
Curone. 

JulianuSj di S.-Giuletta. 

Nœvianus , di Nivione, au nord de Credolo, entre 
la Staffora et le Curone, au sud-est de Tortone, 
nommé Nwionum en latin. 

Senianus , di Senzani , à la droite de la Staffora, 
et vers sa source, à l'orient de Credolo. 

Valerianus , di Valera, près de Bobbio. 

Varianus , di Vairano, à la gauche de la Borbera, 
dans l'ancienne province de Tortone. 

Vippunianus , Vigoponzo, au nord-est de Tor- 
tone, entre les torrens de Borbera et de Curone. 

' Pitarelli, p. 124. 
' Ib., p. 126. 



472 GÉOGR/^PHIE ANCIENNE DES GAULES. 

10. Salutaris pagus '. 

Situé dans le basNovarais, entre la Sesia, le Tésin 
et le Pô. 

Parmi les fonds qui en dépendaient, on remarque ; 
Cotiasanus , di Cozzo, dans la Lumelline. 
Geminiani, di Zeme , à la droite de la Gogna et 

de la Mortara. 
Pisuniacus , di Pisnengo , dans le JNovarais , à 

l'ouest de Novare. 
Vecalenius , di Valeggio, à l'est de Lumello. 
Kirogœsius , di Vignarello , au sud-est de No- 

vare. 

1 1 . Salvius pagus *. 

Ce pagus occupait une partie de la province mo- 
derne d'Acqui; il s'étendait à l'occident des Sla- 
tielli y vers les confins des Bagienni et du pagus 
Alha; il était borné par ceux à! Ambitrebius et de 
Marzius. 

Les fonds qu'on y remarque sont ; 

Cœsiani y di Cesole. 

Carigenus y del Caïro. 

Ferrania colonia, Ferrania, abbaye située près de 
la Bormida orientale , dont les chartes remon- 
tent au xi^ siècle. 

Marianus , di Meïrano , à la gauche de la Bormida 
orientale , dans la province d'Acqui , nommé 
Camaraïna dans des chartes du x" siècle. 

Magimagiana colonia , il Mango. 

■ Pitarelli, p. 127. 
' Ib., p. 128. 



PARTIE III, CHAP. VIT. 473 

Metilianus , Cortemiglia, mentionné sous le nom 

de Cm^te-MIlia dans une charte du x*" siècle. 
Velleianus , di Valio , à la droite de la Bormida 

orientale. 

12. Statiellus pagus '. 

Ce pagus était le district d^yéquœ Statiellœ ou 
d'Acqui. Il s'étendait vers le Tanaro; il était coupé 
par la Bormida, et baigné par la Belbo. 

Parmi les fonds qui lui sont attribués , on i^e- 
marque : 

Betutianus j di Bestagno. 

Lucilianus y di Lussi , au midi de la ville d'Acqui. 

Vihianus , délie Vibie, au midi d'Acqui, sur les 
bords de la Bormida , et à la gauche du torrent 
de Ravanasco. 

Undigenus , del piano d'Undici , au nord d'Ac- 
qui; cette plaine est mentionnée dans d'anciens 
titres. 

i3. Valerius pagus '. 

de pagus était situé entre les fleuves Taro et Enza, 
dans la partie méridionale de Parme. 
On y remarque les fonds suivans : 

Caruccia, di monte Chiarugolo, au sud-est de 

Parme , sur la rive gauche de l'Enza. 
Luciliani , di Lucignano , au sud-est de Parme. 

■ Pitarelli, p. i5o. 

' Ib., p. i52. Nous omettons le Sulcus pa^us. La Table alimen- 
taire ne lui donne qu'un seul fonds, et sa situation est inconnue. 
Le nom de ce fonds est Neviduiius. 



474 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

i4- Vellejus pagus '. 

Cepagus était situé dans les environs de Nlbbiano, 
vers les sources du Tidone, et au nombre de ses 
fonds étaient : 

Satrianus , di Sarturana , entre le Tidone et la 
Trebbia. 

Vettianus , di Vidiano. 

PLACENTINI. 

Voici les noms des pagi qui ressortaient des Pla- 
centini j et ceux des fonds qui leur appartenaient 
dont il est possible de conjecturer la situation. 

2. Cerealis pagus '. 

de pagus était situé à l'entour de Ceriano, entre 
Plaisance et borgo San-Donnino. 
Voici les fonds qu'on y remarque : 

Antonianus , di Antognano, aux sources du fleuve 
Chiavenna. On y a trouvé une ancienne inscrip- 
tion. 

Cornelianus , di Corniano , au nord -ouest de 
Ceriano. 

Tirenteani , Tranrano , au midi de Ceriano , et au 
sud-est de Plaisance. 

1. Farraticanus pagus. 

Ottavio Rossi assure qu'une inscription trouvée à 

' Pitarelli, p. i34. 
Ib., p. 177. La position de V ApoUinaris pagus (p. i35), qui dé- 
pendait des Placentini , sur le territoire duquel la Table n'indique 
qu'iui seul fondrf, les Fibulliani agclli, est inconnue, ainsi que celle 
du Biiagnntinus pagus , auquel la Table attribue quatre fonds. 



PARTIE III, CHAP. VII. 475 

la terre de Pedegnana ', nommée Pederiana en latin, 
près de l'Oglio, établit que Farratica était nnpagus 
dépendant du territoire de Brixia , sur les confins 
du Créraonais ; la terra di Farfengo paraît avoir été 
le centre de ce pagus, où la Table alimentaire n'in- 
dique qu'un seul canton , savoir : 

Polionianus , di Polengo , dans le Crémonais. 

3. Herculanius pagus '. 

Cepagus s'étendait dans le territoire de Plaisance, 
arrosé par la Trebbia , la Nure et la Piacenza. 

Parmi les fonds qui lui sont attribués, on dis- 
tingue : 

Ligusticus j di Ligurzano, au midi de Plaisance, et 
à la gauche de la Nura. 

MarcilianuSj di Marsola , près de Bobbio, au sud- 
est. 

Marianus , di Majano , près de Saffignano , vers 
Plaisance , mais au midi de cette ville. 

Matellianus , di Mitlea, entre la Trebbia et la 
Nure, au sud-est de Bobbio; dans la Description 
du diocèse de Plaisance, par l'évéque Siga , ce 
lieu est nommé Mitelia. 

Messianus , di Missano. 

MestrianuSy Mistriano; ce lieu est au-dessus de 
Castel Arcuato , il est nommé Mistriano, dans 
les anciens titres, et l'abbaje de Tolla possédait 
un prieuré nommé S. -Maria di Mistriano ^ . 

• Pitarelli , p. 1 4o , rapporte cette inscription ; elle a été donnée 
aussi par beaucoup cl'auti-es auteurs. — Conférez Holstenius, Annot. 
in Ortelium, p. 80. 

' Pitarelli, p. i4''- 

' Ib., p. 935. 



476 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Oclavianus y dl Oltavello, au nord-est de Travi, 
entre la Trebbia et la Nure. 

Pescennianus , di Pescarola. 

Saffinianus , di Saffignano, au midi de Plaisance, 
entre la Trebbia et la Nure. 

Sevonianus , di Sevino , à peu de distance de Plai- 
sance, au midi , au-delà d'Ancarano. 

Velleianus j diViano, au midi de Plaisance. 

Kicrianus y Vizzerano '. 

4. Pagus Juliiis. 

Le centre de ce pagus est représenté par la terra 
di Giulio, qui esta gauche de la rivière de Parme. 
On y distingue les fonds suivans : 
Littonianeus y délia Latta, au sud de Parme. 
Ucubatianus , di Cubinara, entre les rivières de 
Parme et de l'Enza. 

5. Minervius pagus '. 

A l'entour de la villa di Travi , où l'on a décou- 
vert beaucoup d'inscriptions relatives à Minerve ^, à 
la gauche de la Trebbia. 

Les fonds qu'on y remarque sont : 

Cabardiacus , di Caverzago , à la gauche de la 
Trebbia, et dans le voisinage de Travi; c'est 
près de ce lieu que l'on a trouvé une inscrip- 
tion en l'honneur de Minervœ Cabardiœ . 

Scrofulanus y di Scrivellano, à la gauche de la 
Trebbia , sous Travi , vers Statto ; il est ques- 

■ Pitarelli, Addiz., p. 59.4. 
'' Ib., p. 145. 

' PilarcUi, p. 189 et 190. — Gruter en a public une autre, Mi- 
nei'vœ Cabavdiaccnsi. 



PARTIE m, CHAP. VIL 477 

tion tl,e ce lieu dès le xi*" siècle , dans l'histoire 
du diocèse de Plaisance. 
Succonianus , di Cicogiii, au nord de Bobbio , 
entre la Trebbia et le Tidone. 

6. Sinnensis pagus '. 

Ce pagus s'étendait entre Lucques et Florence. La 
te/Ta di Signa y nommée curtus Sinna dans un di- 
plôme de l'empereur Bérenger , au commencement 
du x^ siècle, prouve incontestablement que ce lieu 
était le centre ou la capitale du Sinnensis pagus. 

Dans le nombre de ses fonds, on y remarque : 

Mriani , ponte di Era , sur la rivière de ce nom. 
Calventianus , di Calenzano, au nord de Signa, 

à l'ouest, et à peu de distance de Florence. 
Sahianus , di col Salvietto. 
Titiolanus , di Tizzano , à la droite de l'Ombrone, 

entre Florence et Pistoja. 

7. Valentinus pagus ". 

Ce pagus a dû tirer son nom de forum ï^alenti- 
num ou Valenza. La Table alimentaire n'y indique 
qu'un seul fonds , nommé Largonianus. Pitarelll 
veut trouver entre ce nom ancien et le nom mo- 
derne de Mugarone quelque analogie : cette ana- 
logie est bien faible. 

' Pitarelli, p. 147. — Nous supprimons ici le Novioduiius pagus , 
dont M. Pitarelli n'a pu indiquer la position que par une conjecture 
très vague, dans les environs de Foinovo, près du Taro. Les fonds 
qui en dépendaient sont : Campianus et Slatiaiius. Voyez Lama, 
V, 71, 7-2, p. 122. 

' Pitarelli, p. i5t. 



478 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
8. Venerius pagus '. 

Ce pagus était placé entre la Nure et la Chiavenna, 
en prenant depuis Vernosa ; il touchait au pagus 
Cerealis. 

Parmi les fonds de ce pagus se trouvaient : 

Caturniacus y di Catursano. 

Clennanus j à l'orient de Plaisance, est Chiavenna j 

la rivière d'où ce lieu a tiré son nom portait 

anciennement le nom de Clena. 
Cornelianus , di Corniano. 
FurianuSy di Fulignano. 

9. Vercellensis pagus , canton de Verceil *• 

Ce pagus est mentionné onze fois dans la Table 
alimentaire , et il est toujours attribué aux Placen- 
tini , ce qui démontre évidemment la vérité de l'ex- 
plication que j'ai donnée; car il est impossible d'ima- 
giner, avec quelque degré de vraisemblance, comme 
le fait M. Pitarelli, que Verceil, ville considérable si- 
tuée au nord du Pô, ait été renfermée avec toutes ses 
dépendances dans le territoire de Placentia, Plai- 
sance, qui en est très éloignée, et est située au midi 
du Pô : au lieu qu'il est facile de concevoir que 
Placentia , où fut transportée la première colonie 
romaine dans la Cisalpine , reçut en partage une 
grande quantité de terre , lorsque la domination ro- 
maine s'étendit par les progrès de la conquête au 
nord du Pô, et que les Libici , dont Verceil était 
la capitale , eurent été obligés de se soumettre. D'a- 

■ Pitarelli , p. i53. 
' Ib., p. 190. 



PARTIE III, CHAP. VII. 479 

près le détail des fonds mentionnés dans le Vercel- 
lensis pagus , nous voyons qu'il étendait ses limites 
au midi du Pô et dans la province de Casale. 
Voici les noms des fonds les plus remarquables : 

Aconianus pagus, di Ogogna; ce lieu était nommé 
Aconia et Agonia dans le moyen âge. 

Alfiamunatianus y d'Alfiano, dans le MontfeiTat , 
entre le Montechiaro et le Moncalvo. 

Bœhianus , di Colobiano, au nord et dans le voi- 
sinage de Verceil. 

Cœcilianus , di Asigliano, entre Trino et Verceil. 

Cœreïlianus , di Cerretto, près de Mortara. 

Calidiani , di Caliano, entre Asti et Casale. 

Castricianus , di Castelletto. 

Epicandrianus y di Candilia::o, entre Biella et 
Salluzola. 

F'abianus , di Fabiano, dans le voisinage de Ca- 
sale , non loin de la Stura. 

Fla^fianus , di Flevia, au nord de Mosso. 

Lopistus , di Posta, à l'ouest de Borgosesia. 

Marianus, di Camaïrano, entre Verceil et Novare. 

Moschianus y di Mosso, dans le nord et sur les li- 
mites du val de Sesia. 

Paternus , di Piarna. 

Picianœ sihœ , le selve di Pizzana, au sud-est de 
Verceil. 

Rosianus j di Rosignano , à la droite du Pô, dans 
le district de Casale. 

Satriaiîus , di Sartirana , au nord de Valenza. 

V ennuie j anus y di Vignale, au sud de Casale. 

T itidianus , di S. Vito. 



480 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
lo. Veronensis ou Verontensis pagus, Varano '. 

Il ne faut pas confondre ce pagus, dont la situa- 
tion est peu certaine, avec le territoire de la ville 
de Vérone ; la Table n'indique que trois fonds 
dans ce pagus : j4<;illianus , que Pitarelli rapporte 
à Vianino, sur la gauche du Zeno , au sud -ouest 
de Parme; Plautianus , di Piantano; SoUanus y di 
Solignano : ce dernier lieu esta la gauche du Taro. 
Ces positions portent le V^eronensis pagus dans les 
environs de Varano. Ughelli fait mention d'une 
charte du xi^ siècle, où une paroisse du diocèse de 
Plaisance est nommé V^ erroné ; mais on ignore la 
situation moderne de cette paroisse. 

PARMENSES. 

Aux Parmenses ou ceux de Parme appartenaient 
les pagi suivans : 

Mercurialis-^agus. 

Ce pagus était au sud-ouest de Parme. 

Les noms des fonds qu'on y remarque sont : 

Arbistrianus , di Arbazzano, au midi de Parme, à 

la droite de la rivière de ce nom. 
Putuanus , di Patuino , au midi de Parme, h l'ouest 

du mont Bello. 

LIBARNENSES. 

Aux Liharnenses appartenaient les pagi qui sui- 
vent : 

I. Eboreus pagus. 

Dans les environs de l'antique Libarna , dans le 

' Pitarelli, p. i58. 



PARTIE III, CHAP. VIL 4^1 

voisinage de Serravalle, entre Tortone et Gênes; 
la Table alimentaire n'indique qu'un fonds. 

Caudajascus , di villa Calde o di val Calde. 

Les Caudajasci sont mentionnés dans l'inscrip- 
tion comme ayant, avec \ç.s Areliasci (Revigliasco, 
nommé vulgairement Arviasch, près d'Asti), un 
droit de pâturage ou d'affouage dans les bois ou les 
prairies d'une partie des Apennins '. 

2. Martius pagus '. 

Ce pagus était situé dans le voisinage de Savone 
et de Noli , dans les en\ irons de Culiano , qui est le 
Culianus fundus, l'unique fonds que la Table ali- 
mentaire nous indique. 

5. Moninates pagus '. 

Ce pagus était situé dans le voisinage de Ceva , et 
était évidem^ment limitrophe du Bagiennus pagus ^ 
des Vellejates, puisque le Blœsolia saltiis se trouve 
indiqué dans la Table alimentaire comme apparte- 
nant à la fois à ce pagus et aux Moninates : « Saltum 
Blœsoliam qui est in Vellejate, pagis Bagiennos et 
Moninates. » (Col. 7, lig. 4^0 

Les fonds qu'on remarque dans ce pagus sont ;- 

Blœsolia saltus f i bosclii d'IIia. 
Cornelianus y di monte Cornio ; ce lieu est appelé 
dans les actes de saint Dalmazzo, nions Cornelia- 

' Conférez Lama, Tavol. aliment., p. 34, et Pitarelli, p. 178. 
' Voyez Jacopo Diirandi, Picmonte cispad., p. 87, et Pitarelli, 
p. 161 et p. aoS. 
^ Pitarelli, p. i65. 

II. 5i 



482 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

nus y et dans des chartes du ix" el du x*' siècle, 
mons Coj^nius. 
V^irtianus j dl Versi , près de Noli. 



LUCENSES. 



Tite Live nous dit que le district des Lucenses 
ayant été enlevé aux Liguri , on y conduisit de 
Rome deux mille colons. Il est probable qu'ils re- 
çurent alors des terres de l'un et de l'autre côté de 
l'Apennin ; car la Table alimentaire nous apprend 
qu'ils avaient hypothéqué des biens qii'ils possédaient 
dans \es pagi à' yllba, de F/orejits , de MedusiuSy de 
Mineivius , de Sahitaris , de Statiellus , de V^ale- 
rius , de T^ellejus ; ce qui ajoute encore aux preuves 
nombreuses de l'explication que j'ai donnée de cette 
inscription. Elle n'indique ?^wç\\w pagus particulicj', 
relativement aux fonds appartenant aux Lucenses ; 
mais parmi les fonds dont elle fait mention, et qui 
en dépendaient, on lemarque ; 

Bargœ y di Barga, au nord de Lucca, à la gauche 
du Serchio ; le castrum de Bargha est men- 
tionné dans des actes du xiii' siècle, et le vica- 
riat de Barga, dans le xiv° siècle, avait sous sa 
dépendance vingt-six lieux principaux. 
Berusetis , di Berceto, aux sources de la Baganza, 

dans le district de Parme. 
Betunias , Bistagno, dans ]c pagus des Statielli. 
Biœlis y di Biliolo , dans le voisinage de la Magra. 
Cœliana , di Cella , près du ileuve Baganza, au 

midi de Parme. 
Diniuni saltus et prœdia , di Dénia, sur la rivière 
orientale de Gênes, à l'est de Moneglia. 



PARTIE III, CHAP. VIT. 483 

Lœveli saltus prœdiaque , di Le\ ei , au midi de 
Macinesso, dans le Placentiii , à peu de dis- 
tance du chef-lieu des V elle j aies , et par consé- 
quent dans le V elle jus pagus. 

Latavio saltus pra'diaque , di Lavia, à la gauche 
de la Magra , au-dessus de Sarzana. 

Mettiœ saltus prœdiaque, Meja, entre Sarzana et 
Lerici '. 

Poptis saltus prœdiaque , Alpe di Pobbia , à la 
droite de la source du Serchio, vers Carrara. 

Tarhoniœ saltus prœdiaque, di Tribonia, près 
de Porto-Fin o. 

Tigulliœ saltus prœdiaque , Trigosa ; il est fait 
mention de Tigulia dans Mêla , dans Pline , 
dans Ptolèmée , comme d'une ville de la Li- 
gurie , et l'Itinéraire maritime en détermine la 
position '. 

Varisio saltus prœdiaque , au nord de Brugnetto 
dans l'Apennin, vers la source de la rivière 
Verra . 

Vellanium saltus prœdiaque , Vellano , à la gau- 
che du ruisseau de Pescia , au nord-est de Luc- 
ques et du lac Bientina. 

En parcourant la liste précédente avec attention, 
on a pu observer que la ressemblance des noms an- 
ciens et des noms modernes est souvent presque 
identique , et que la position des lieux qu'ils servent 

■ Pitaielli, p. 254- -^ 

' Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. — 
Ptolem., lib. m, cap. i, p. 68 (6i). — Mela,lib. ii , cap. 4, p. 6i, 
edit. Tzscbuck. — Plin., lib. m, cap. 7, tom. 11, p. 74, edit. T.eni., 
et ci-dessus, loin, ii, p. 107. 



484 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
à désigner concorde avec cette ressemblance pour 
établir d'une manière précise l'emplacement des dif- 
férens pagi dont il est fait mention dans l'inscrip- 
tion. Trop de facilité à faire des rapprochemens 
forcés pour étendre la concordance des noms anciens 
et des noms modernes, des conséquences erronées 
des résultats obtenus , qui blessaient certaines loca- 
lités dans leurs vaniteuses prétentions, ont valu à 
M. Pitarelli des critiques acerbes et injustes qui n'ont 
pu lui ravir l'estime due à son utile travail. 

Je dois, en terminant, observer que l'inscription 
désigne le territoire propre des Vellejates, des Pla- 
centini et des Lucenses , par le mot de îvspublica , 
qu'elle ajoute au nom de ces peuples : ce qui prouve 
encore la vérité de l'explication que j'ai donnée, et 
démontre que ces mots si souvent répétés in Velleiate, 
ne signifient point que tous \espagi attribués de cette 
manière aux Vellejates étaient situés dans l'étendue 
de leur territoire, mais seulement qu'ils leur appar- 
tenaient : peut-être même qu'ils ne servaient qu'à 
exprimer le droit de propriété des citoyens Velle- 
jates , sur les fonds renfermés dans ces pagi. En 
mi mot , in Velleiate est une sorte d'ellipse pour 
in Velleiatoruni potestate ' . 

' D. Lama, Tm>ola alimcntaria ; Panne, 1819, 10-4°, p 4^, i54, 
i55-i57, lôi'b et passim. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 485 



CHAPITRE VIII. 

De la Gaule cisalpine, depuis le règne de Trajan, ou l'an 117 de J.-C, 
jusqu'à la chute de l'empire romain en Occident, l'an 4io. 

Quoiqu'il ait été souvent impossible de déterminer 
l'année précise de quelques unes des divisions qui 
ont eu lieu dans la Gaule transalpine , cependant 
nous sommes parvenu à fixer à peu près l'époque 
oii elles ont été faites, et les intervalles de temps 
durant lesquels elles ont été en usage. 

Il n'en est pas de même de la Gaule italienne ou 
cisalpine : aussitôt après la conquête qui en fut faite 
par les Romains, les divisions dont il est question 
dans les auteurs sont plutôt des divisions naturelles 
ou chorographiques , que chaque écrivain établit 
pour la clarté du discours , que des divisions ab- 
solues, reconnues et décrétées par l'autorité, pour 
l'ordre de l'administration. Nous avons déjà ob- 
servé que la division de l'Italie en onze régions , 
par Auguste, dont Pline nous a conservé le détail, 
n'était pas suivie par Strabon , et qu'elle paraît seu- 
lement avoir été faite pour donner plus de clarté à 
la description de l'Italie dont cet empereur était 
l'auteur. Il ne paraît pas que cette division ait occa- 
sioné aucun changement dans l'usage habituel ; du 
moins on n'en retrouve plus de trace dans les écrits 
et les monumens de l'antiquité qui nous restent, et 
il n'en est absolument question que dans Pline. 
11 n'est fait ensuite aucune mention de change- 



486 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
mens dans les divisions de la Gaule cisalpine, si ce 
n'est après la translation de l'empire romain à Con- 
stantinople. Les diverses divisions qui la composent 
se trouvent dès lors désignées par des noms ou en- 
tièrement nouveaux, ou qui du moins avaient une 
tout autre signification que celle qu'on avait habitude 
de leur donner. 

Ainsi la Gaule cispadane se trouve partagée entre 
trois provinces nommées : Flaminia, ^milia et 
Picenunij et la Gaule transpadane, en deux provinces 
appelées : T^enetia etistria, ttLiguria.\)e chaque côté 
du Pô, vers ses sources, tout le district montagneux 
qui forme la limite de l'Italie composa la province 
des Alpes cottiœ : enfin on réunit à l'Italie les Alpes 
qui sont au nord, et on en forma les deux provinces 
de Rhœtia prima et Rhœtia secunda. La Maurienne 
et le val de Suze paraissent avoir formé une petite 
province particulière, sous le nom d'Alpes graiœ. 

On devine, plutôt qu'on ne prouve, l'époque de 
ces différentes divisions , ainsi que lem^ étendue et 
leurs limites respectives : sans entrer dans le détail 
des longues discussions qui ont eu lieu à ce sujet , 
nous exposerons l'opinion que nous nous sommes 
formée après la lecture attentive de tous les histo- 
riens anciens , et nous l'appuierons de quelques 
citations. 

Le partage de l'empire romain en deux portions, 
orientale et occidentale , déjà commencé par Dio- 
clétien et entièrement achevé par Constantin, pro- 
duisit une nouvelle division en provinces , et ensuite 
en préfectures, diocèses, vicariats, etc. : on en 
trouve les élémens dans la Notice des dignités de 



PARTIE III, CHAP. VJll. 487 

l'Einjîire, dans le Code Théodosien, et dans ie livre 
des provinces de l'empire lomain '. 

Ce dernier monument , qui est antérieur à la 
Notice des provinces de la Gaule transalpine , nous 
présente l'Italie divisée en dix-sept provinces; et la 
Gaule cisalpine, avec les Alpes qui la bornent, ren- 
ferme les provinces suivantes : 

jEmilia. — li'jî^milie, dont la capitale parait 
avoir été Placentia, Plaisance, ou Bononia, Bo- 
logne ; mais à l'est du Bolonais , commençait la 
province nommée Flaminia. — \J jEmilia occupait 
toute cette portion de la Gaule cispadane qui était 
au midi du Pô, qui avait été autrefois habitée par 
les Ananiani et les Boii, et avait formé la portion 
la plus occidentale de la huitième réi^ion d'Auguste. 
Le territoire de l'Emilie répond aux divisions sui- 
vantes du moyen âge : portion du ducatus Pa^sfiensis 
au midi du Pô; \e gastaldatus^ Placentinum ; \q gas- 
taldatus Pannensis ; le gastahlatus cwitatis Noi'œ; 
la partie orientale de l'exarchat de Ravenne, dans le 

' Libellas provinciaruni Romaiiaium , dans Groiiovii Varia geo- 
^laphica, p 25, et dans VEulrope de Verheyk , p. 761. 

' Diverses ont été les étymologies données à ce mot de i^astnldus 
ou guastallu.s , pour désigner le chef ou possesseur d'un gastaldatus- 
ou s,unstal(lntii.s. Sous la domination lombarde gastaldus signiliait, 
dit-on, dans la langue des lombards, un homme fort, digne de 
commander aux auties hommes, ciistos hnminum (voyez de. Italia 
medii œvi dissertai., p. xxxix ; dans Muralori , Rer. liai, script., 
tom. x). D'autres font dériver gastahlatus du mot i:,ualdus , qui ne 
signifie pas seulement un bois, un pays désert, comme l'explique 
Du Gange, mais une grande étendue de pays (voyez (iahitli, Aiitica 
cittii di Sahina, p. 5i). Gast, dans notre ancien langage roman, 
est sans doute, le même mot que ç^astaldus , et de là j)rovienneut les 
mots Gastinois dans l'Orléanais, (iastine dans le bas Poilou, Guas- 
lalla en Italie. 



438 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
moyen âge, ou le Pavèsc. Ces contrées correspondent 
aux Feudi imperiali , à la portion de la province 
d'Alexandrie qui est au midi du Pô, à l'Etat de Parme, 
à celui de Modène , à la portion occidentale de la 
province de Bologne. 

L'^Emilie tirait son nom de la voie Émilienne qui 
la traversait dans toute sa longueur. 

Flaminia, in qua estRaçenna. — Flaniinia, dont la 
capitale est Ravenne. — Cette province ne renfermait 
que le territoire qu'avaient habité \es Lingones , ou 
la partie orientale de la huitième région d'Auguste : 
elle répondait à la portion orientale et maritime de 
l'exarchat de Ravenne, et se trouve représentée au- 
jourd'hui par la portion orientale de la légation de 
Bologne, par celles de Ferrare et de Ravenne, et par 
la portion de la légation de Forli qui s'étend jusqu'à 
Y Aprusa J1.u(^ius ou l'Ausa, renfermant dans ses li- 
mites le Rublcon et Ainninium , Rimini. Cette pro- 
vince avait pris son nom de la voie Flaminienne. 

PicENUM. — Picenuin , dont la capitale était Sena 
Gallica, Sinigaglia. Cette division était autrefois 
occupée par les Senones : elle répond à Vager Galli- 
cus des premiers temps de la conquête de la Gaule 
cisalpine par les Romains ; elle formait la partie 
orientale de la sixième région d'Auguste', qui ren- 
fermait aussi rOmbrie : le district connu dans le 
moyen âge sous le nom de DecapoUs la représente 
en partie : il en est de même du duché d'Urbin, dans 
les temps modernes : et aujourd'hui elle se trouve 
représentée par la légation d'Uibln et de Pesaro, 
et par celle d'Ancône. 

' Voyez Plin , Hb. m, cap. 19, tom. 1, p. 292, édit. de Biottier. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 489 

Il faut se garder tle confondre ce Picenuni , sur- 
nommé Annonarii dans la Notice , avec le véritable 
Picenum , nommé Picenuni suhurhariuni , parce 
qu'il appartenait au vicariat de Rome. Ce dernier 
se trouve représenté par la légation de Macerata et 
Camerino, et par celle de Fermo et Ascoli. Comme 
jamais cette province n'a été mêlée avec les divisions 
de la Gaule cisalpine y elle n'appartient pas à notre 
sujet. 

LiGURiA , in qua est Mediolnniim. — La Ligurie , 
dont la capitale est Milan. — Cette province renfer- 
mait tout le pays au nord du Pô, autrefois occupé par 
les Insubres, les Libici et les Taurini, et tout le pays 
au midi du Pô supérieur, occupé par les Tagienni, 
les Statielli, les Appaani, ou l'ancienne et primitive 
Ligurie, dont la capitale était Gênes; ce qui compre- 
nait la neuvième région d'Auguste et toute la partie 
de la onzième région située à l'ouest de l'Adda. Dans 
le moyen âge , cette province fut divisée en ditFérens 
duchés : le duçatas Mediolanensls , le diicatus Jidii, 
Eborejensis y Taurinensis , le Vercellensis y le du- 
çatas Astensis, Aquensis , et enfin , sur la côte de 
Gênes, le ducatus Ligurice. Dans nos temps mo- 
dernes cette province se tiouve représentée par la 
légation de Milan, celle de Côme, celle de Sondrio 
ou la Valteline, le Piémont, le Montferrat et l'État 
de Gênes, ou les intendances de Novare, d'Aoste, 
de Turin, d'Alexandrie, de Nice, et le duché de 
Gênes. On distingua cette nouvelle Ligurie en Ligurie 
plane et en Ligurie montagneuse. Ce ne fut que 
postérieurement au vi'' siècle (}ue la Ligurie monta- 
gneuse, ou l'ancienne et primitive Ligurie, fut réunie 



490 GEOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
k la province des Alpes cottiennes, ainsi que nous 
Talions bientôt démontrer. Piocope semble restrein- 
dre ce nom de Lii^uriens aux liabitans des mon- 
tagnes au nord de Gènes, et nous apprend que, de 
son temps, les plaines situées au sud-ouest de Gènes 
jusqu'au Tanaro formaient un district particulier qui 
avait pris le nom de Langenses , nom d'un peuple 
situé aux environs de Langasco, qui subsistait encore 
sous ce nom cent soixante ans avant J.-C, ainsi 
que le démontre l'inscription trouvée dans la vallée 
de Polcevera , dont nous avons donné l'explication 
géographique '. 

Venetia , cwm HisTRis, in qua Jquileia. — La 
Venétie et i'Istrie, dont la capitale est Aqaileia. 
— Cette province, la plus grande de toutes, com- 
prenait Xlstria , le pajs des Carni, l'ancienne T^e^ 
netia , et tout le pays des Cenomanni , c'est-à-dire 
toute la dixième région d'Auguste et la portion de la 
onzième, situéeà l'est de l'Adda. Dans le mojen âge, 
VHistria conserva son nom ' ; le pa js des Carni forma 
Vj4iistria, qui comprenait le ducatus Forojuliensis , 
le ducatus Tarvissinus , le ducatus Feltrinus. La 
J'^enetia proprement dite, et le pajs des Cenomanni, 
furent divisés en trois duchés principaux: le ducatus 
i-'^eronensis , le ducatus Brixiensis , et le ducatus 
Bergomensis. Toutc^ hi bande marécageuse de la 
côte forma un autre duché sous le nom de ducatus 
Fenetus. Dans les temps modernes, ce pays se trouve 

' Voyez Procope, Guerre des Gotlis, liv. i, chap i5, toni. i, p. 585, 
l'I ci-dessus, toin. i, p iG5, et Serra, Discorsn, de, cap. -j, p. 55. 

' Dclla Coslilnzioiie geograficn e ci\-ilc (hll Istrin, Friiili, c Dal 
niazia , p. i lo. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 191 

représenté par l'Istrie , le Frioul , le Trévisaii , le 
Vicentlii, le Padouan, le Véronais et le Brescian. 
Nous voyons, par la Notice de l'Empire, que la Car- 
niole et l'Istrie étaient désignées sous le nom parti- 
culier de f enetla inferior, dans laquelle se trouvait 
Aquileia , la capitale de toute la province. 

Alpes cottle. — Les Alpes cottiennes. — Cette 
province ne renferma d'abord , au temps où fut écrit 
le Libellus provinciarum, que la vallée de Suze, le 
Briançonnais , le val de Pragelas. f.es limites de cette 
province, au sud et à l'est, sont peu connues ; mais, 
ainsi que nous Talions démontrer, elles ne passèrent 
pas le Tanaro, 11 est probable qu'elles ne s'étendaient 
pas beaucoup au-delà de la Stura. Ocelum, Uxeau, 
et Suze , appartenaient à cette province : il paraît 
que par la suite Turin en devint de bonne heure la 
capitale , et cette circonstance fut peut-être une des 
causes de la grande extension que nous verrons pren- 
dre plus tard à la province des Alpes cottiennes. 

Alpes grai.e. — Les Alpes graies renfermaient la 
Maurienne , le val d'Aoste , du côté de l'Italie , et 
paraissent avoir eu pour capitale Aoste ou Augusta 
prœioria. Ainsi cette province se composait du 
territoire des Medulli et de celui des Salassi. Comme 
cette province est m.entionnée la dernière dans le 
Libellus proi^inciarum, et qu'on trouve dans le même 
Catalogue une autre province à' Alpes graiœ, dans la 
Gaule, on a cru que c'était ici une erreur ou une 
addition faite par les copistes; mais cela ne peut être, 
puisque, si l'on retranchait cette province, le nombre 
de dix-sept, qui est annoncé dans le titre, serait incom- 
plet : d'ailleurs, tous les manuscrits sont d'accord sur 



492 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
ce point. Il faudrait aussi supposer ([\x Alpes cottiaij 
qui était primitivement synonyme ^ Alpes mari- 
timœ, est aussi un double emploi. Si l'on se rappelle 
les motifs qui ont présidé h la formation des pro- 
vinces, et que j'ai développés précédemment, on 
concevra facilement pourquoi on conserva à deux 
districts montai^neux assez restreints, mais impor- 
tans par les passages qui s'y trouvaient, le titre 
fastueux de province. Ce fut pour augmenter le 
nombre des provinces de la Gaule que l'on détacha 
des Alpes cottiennes et des Alpes graies toute la 
partie du revers des Alpes tournée du côté delà 
Gaule, qui auparavant appartenait h l'Italie; et en 
même temps , pour ne pas diminuer le nombre des, 
provinces de l'Italie, on dut conserver le titre de 
province à ce qui restait de celles qu'on venait de 
démembrer; seulement, la portion italienne d'une 
de ces piovinces retint le nom à' Alpes cottiœ, tandis 
que la portion gauloise fut nommée Alpes mari- 
timœ; et, dans l'autre, on nomma Alpes graiœ la 
portion italienne; et, la portion gauloise, Alpes 
graiœ et penninœ. 

RHr^TiA PRIMA. — La Rhaetle première, ayant 
pour capitale Cura, Coire , dont la position est 
démontrée par les Itinéraires, et renfermant aussi 
Teriolis , castel Tirolo, dont il est fait mention dans 
la Notice, et Bregantiiuiiy Brcgentz. Cette province 
renfermait l'ancienne Rhœtin de Ptolémée ', c'est-à- 
dire le pays des Grisons, la Valtelinc et une partie du- 
Tyrol, jusqu'au lac de Constance et aux montagnes^ 

' Ptoleiii., Geo^r., lib. ii , cap. 12, p. 61 {S5^ 56). 



PARTIE ÏII, aiAP. Vin. 403 

qui sont au nord d'Inspruck : cette division ren- 
fermait le territoire des Brixentes , des Nanties, 
des J^enostes , des Camuni , des Sarunetes , des 
Brenni et Genauni, des Lepontii , et autres peuples 
des Alpes dont nous avons précédemment assigné les 
positions. 

Rh^tia secunda. — La Rhaetie seconde, ayant 
pour capitale Augasta Vindelicorum , Augsbourg, 
dont la situation est démoutrée par les Itinéraires. 
Cette province renfermait l'ancienne Vindelicia ', 
c'est-à-dire une partie de la Souabe et de la Bavière 
jusqu'au Danube, où se trouvaient anciennement les 
peuples nommés Brigantii , Licatii , jEstiones , 
Claudinatii, Rucinates , Launi, Cenni '. 

Nous ne nous arrêterons pas davantage à fixer les 
limites précises de ces deux dernières provinces, qui 
faisaient aussi partie, dans la dernière division de 
l'Empire, du vicariat d'Italie, mais qui sortent pour- 
tant des limites de l'Italie, et n'appartiennent qu'in- 
directement à notre sujet. D'ailleurs la géographie 
de ces montagneuses régions n'est que faiblement 
éclaircie par les auteurs qui nous restent. Le Lech 
paraît avoir formé la limite des deux Rheeties ^. Les 
Lombards formèrent , d'une portion de la Rheetie 
première, le duché de Trente, ducatus Tridentiniis, 
qui devint Marcha, ou marquisat sous la domina- 
tion des Francs. 

' Ptolem., Geo^r., lib. ii , cap. 12, p. 61 (56). 

* Strabo, Geogr., lib. iv, p. 206. 

' Fortun. , Fit! S. Mail. — Paul. Diac, Rcruni Longobard.^ 
lib. II, cap. i5 — Mannert, Gcogr. der gricchcn wid lîoemcr, 
III th., p. 620 , (w8. 



494 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Toutes ces provinces étalent bornées, au nord, 
par le Danube et par les déserts de la Germanie; au 
midi, elles avaient pour limites une seule province 
qui s'étendait dans toute la largeur de l'Italie, et qui, 
sous le nom de Tuscia et Unihria , comprenait aussi 
le vrai Picenum ou le Picenum suhurbariujn de la 
Notice. A l'ouest, ces provinces touchaient à la 
Grande-Séqnanaise, aux provinces des Alpes graies 
et pennines et à celles des Alpes maritimes. A l'est, 
était la Dalmatie,qui faisait partie de la grande di- 
vision nommée Illyrie, renfermant dix-neuf pro- 
vinces, c'est-à-dire une partie de l'empire d'Orient ; 
ce qui prouve que ce Livre des provinces est anté- 
rieur à l'an 3g5 après J.-C, époque h laquelle le 
diocèse d'Illjrie fut divisé, et dont une portion forma 
le diocèse de l'Illjrie occidentale, qui ne contint 
plus que six provinces, et fut adjoint à la préfecture 
d'Italie. 

On a du observer que dans les huit provinces 
dont nous venons de déterminer les limites, il n'y en 
a que six qui paraissent avoir eu une étendue con- 
venable ; les deux autres n'étaient que des districts 
montagneux très restreints. Aussi, dans la Notice des 
dignités de l'Empire , nous voyons que les Alpes 
cottlennes, aussi bien que les deux Rhaeties, étaient 
gouvernées par de simples présldens , tandis que 
rjEmille, la Ligurle, la Flamlnie, à laquelle on joi- 
gnit le Picenum annonarium, étalent régies par des 
consulaires. Les Alpes graies ne sont plus mention- 
nées , dans la Notice des dignités de l'Empire , au 
nombre des provinces de l'Italie, parce que le dis- 
trict montagneux auquel on avait accordé ce titre 



PARTIE ITI, CHAP, VIII. 495 

fut incorporé aux Alpes cottieniies. Cette province 
des Alpes cottiennes fut d'abord restreinte , ainsi 
que je l'ai dit, aux vallées de Suze, de Briançon et 
de Saint-Jean-de-Maurienne ; elle fut ensuite, sous 
Honorius ou sous Valentinien III, étendue jusqu'au 
Taiiaro ' ; mais elle n'outrepassa pas cette rivière 
durant tout le règne du grand Théodoric, puisque 
Cassiodore ^ nous apprend qu'Asti était située dans 
la Ligurie. Si doriC Cassiodore et Jornandès , son 
continuateur, désignent, à propos de la défaite de 
Stilicon par les Goths en 40^-, PoUentia aujourd'hui 
Pollenza, comme une ville de la province des Alpes 
cottiennes, ils parlent de l'état des choses tel qu'il 
existait de leur temps, et non tel qu'il était à l'épo- 
que de l'événement qu'ils racontent. D'un autre 
côté , le père Beretti ^ et Oderico ont tort de 
prétendre que la province des Alpes cottiennes fut 
établie par Justinien après qu'il eut repris l'Italie; 
qu'elle n'existait pas auparavant, et qu'il n'en est 
pas fait mention durant la domination des Goths 
en Italie. Une lettre de Théodoric-le-Grand "^ parle 
des tributs rerais aux provinciaux des Alpes cottiennes. 
Tout concourt donc à prouver, ainsi que je l'ai dit 
précédemment, que cette province des Alpes cot- 
tiennes était une portion de celle qui était autrefois 

' Voyez Durandi , Marca di Torino, p. 33. 

' Cassiodorus , Fnriar., lib. xi , lettre i5. 

' Beretti, apud Muratori, Italie, scripiores, toni. x. — Chor., 
Ital. mcd. œv., col xvii. 

* Cassiodor., lib. iv, cpist. 36; dans cette lettre, écrite vers l'an 495, 
ou au plus tard en 5io, Théodoric remit le tribut de la troisième 
indiction , Provincialihus Alpium cottinrum. — Voyez Piemonte 
traspadann , p. 55. 



496 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
renfermée en entier dans l'Italie , avant qu'on en 
eût détaché la plus grande partie pour la réunir à 
la Gaule. 

Le nom de Ligurie continua encore à rester attaché 
au pays qu'il avait toujours servi à désigner ; mais 
il s'étendit aussi au nord du Pô , et comprit enfin 
tout le vaste pays des Insuhres , des Lihici et des 
Lœvi, jusqu'à l'Adda , ou la neuvième région d'Au- 
guste. Sou chef-lieu Mediolanum, Milan, devint 
aussi la capitale de tout le vicariat d'Italie. Cette 
nouvelle province se trouva divisée en deux portions : 
celle des plaines et celle des montagnes. La première 
fut appelée Ligurie plane , et l'autre reçut le nom 
de Ligurie montagneuse. Le Livre des provinces, 
qui, ainsi que nous l'avons vu, donne Mediolanum 
pour capitale à la Ligurie , n'est pas la seule preuve 
que nous ayons de cette grande extension de la 
Ligurie au nord du Pô. Saint Jérôme ' appelle Verceil, 
ville des Ligures, civitas Liguriarum. Dans la Notice 
de l'Empire, Conium, Côme, ainsi que nous le ver- 
rons, est placé dans la Liguria % et Cassiodore appelle 
cette ville le rempart de la Ligurie planée Cet auteur, 
qui écrivait du temps de la domination des Goths, 
nomme deux fois Hasta, Asti, dans le recueil de 
ses lettres , écrites entre les années 554 ^^ 558 , et 
toujours il en parle comme d'une ville de la Ligurie. 
Mediolanensium , Milan, et PoUentia, Pollenza , 

■ Hieronynii Epistola ad Innocent. 

* Notitia , p. 179. 

' Cassiodor., Var., lib. x, 14. « Montium dévia et laci purissimi 
« vastitatem quasi munis quidam Planœ Liguriœ, qua licet muni- 
« mentuni claustrale probetur esse proviuciae. » 



PARTIE III, CHAP. VIII. 497 

sont mentionnées plusieurs fois dans la Notice de 
l'Empire comme villes de la Ligurie '. 



NOTICE DES DIGNITÉS DE L'EMPIRE. 
A. Divisions civiles. 

L'empire d'Occident, après Constantin, fut divisé 
en deux préfectures préloriales : la préfecture des* 
Gaules et la préfecture d'Italie. Nous avons donné 
les divisions de la préfecture des Gaules, subdivisée 
en trois diocèses, et dont le préfet faisait sa résidence 
à Trêves. — Au temps de la Notice, le préfet d'Italie 
résidait à Rome, et sa préfecture était divisée en 
plusieurs vicariats \ De ces diverses divisions il n'y 
a que le vicariat d'Italie qui soit de notre sujet. Ce 
vicariat renfermait les provinces dont nous venons 
de donner le détail d'après le Lihellus provinciarum, 
mais un peu différemment divisées. 

Du vicaire d'Italie. 

Les provinces gouvernées par le vicaire d'Italie 
étaient au nombre de sept, tandis que celui de Rome 
en avait dix sous ses ordres ^ : ce qui complétait le 

' Notilia, edit. Labbe, §. 65, p. 121, 124; sect. 42, p. 83, 84; 
sect. 42, p. 121. — Edit. Pancirol., 1608, p. i4o, 179. 

' Notifia, §. 55, p. 60, edit. Labbe. — Edit. Pancirol., 1608, 
p. 1 15. 

^ Notitia imp. occident.; edit. Pancirol., Genev., 1623, p. 7g. 
— Labbe, sect. 34, p. 58. 

II. 32 



408 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

nombre des dix-sept provinces qui partageaient toute 
la préfecture d'Italie. Des sept provinces qui com- 
posaient le vicariat d'Italie , quatre étaient régies 
par des consulaires , et trois par des présidens : 
ce qui partageait le diocèse d'Italie de la manière 
suivante : 

PROVmClJE CONSUL ARES \ 
VeNETIA et HiSTRIA. 

(• jEmilia.. 

LlGURIA. 

FlAMINIA et PlCENUM ANNONARIUM» 

PROVINClyE PRjESIDIALES. 

Alpes cotti^. 
Rh^etia prima. 
Rh.etia secunda. 

On voit que le nombre des provinces, qui était 
auparavant de neuf, fut réduit à sept pour l'ordre 
de l'administration : on réunit le Picenum anno- 
nariinn à la province Flaminia , et \es\Alpes graiœ 
aux Alpes cottiœ. On sentit sans doute le ridicule et 
les inconvéniens de divisions trop exiguës. 

Il paraît, d'après une inscription citée par Pan- 
clrol%mais qu'il ne rapporte pas, que l'Emilie, 
c'est-à-dire toute la Gaule cispadane , à la réserve 

' Pancirol., Not. imp. occident., edit. 1608, p. 79. — Edit. Labhe, 
sect. 54, p. 58, 59. 

' Ibid, Not., cap. 5;, p. i5i. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 499 

des côtes, avait d'abord été réunie au vicariat de 
Rome, et qu'elle ne fut adjointe au vicariat d'Italie 
qu'à cause de l'estime singulière qu'on eut pour la 
vertu d'un certain Cranius Eusèbe, vicaire d'Italie. 
Une autre inscription , rapportée en entier par le 
même auteur ', prouve que les provinces de Vénétie 
et d'Istrie furent d'abord gouvernées par de simples 
correcteurs , correctores. Souvent aussi l'jEmilie 
était réunie à la Ligurie, et ces deux provinces étaient 
confiées à un seul consulaire : c'est ainsi que Con- 
stantin les donna toutes deux à gouverner à Ulpien 
Flavien ; et Valentinien II, ainsi que Théodose II, 
à Romulus. 

Il est fait mention dans Sozomène ' , dans Nicé- 
phore de Calliste ^ et dans Oljmpiodore, cité par 
Photius ^, d'un certain lieu nommé Liherona, situé 
dans la Ligurie , à l'occasion de Constantin ^ tyran 
de la Gaule, qui, s'étant rendu en Italie en l\\o ^ 
arriva de Suze à Lib.erona, dans la Ligurie. Plusieurs 
auteurs , ignorant les changemens de nom et les 
nouvelles divisions qui, à cette époque, avaient pré- 
valu dans la Gaule cisalpine , n'ont pas fait diffi- 
culté de rapporter ce lieu ixu Libamum de l'Itinéraire 
et de la Table , dans l'ancienne et primitive Ligurie : 
ce qui s'écartait tout-à-fait de la route parcourue 
par Constantin. Cluverius était trop instruit pour 
commettre cette faute ; et , se fondant sur la ressem- 
blance des noms , il a voulu rapporter ce lieu à 

' Pancirol, p. i5i , cap. 58. 

" Sozonien., Hist. ecclcsiast., lib. vi , cap. ii et 12. 

' Nicephori Calixtii , lib. xiv, cap. 5. 

* Olympiodor., apud Pliot., p. i8*2. 



500 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
T^werone j au nord du lac du même nom, entre 
Verceil et Ivrea ; mais Durandi ' a très bien observe 
que ce lieu s'éloignait aussi du chemin qu'a du suivre 
Constantin, et qu'il fallait chercher Liberona sur la 
voie romaine qui conduisait de Suze h Verceil; or, 
précisément sur cette voie romaine il se trouve un 
lieu nommé Livorno, dont il est question sous le 
nom de LibaiTium ou Lwurninn dans les monumens 
dés x^ et xi^ siècles '. Il n'y a donc pas de doute que 
ce lieu n'occupe la même position que le Liberona 
de Sozomène, de Nicéphore de Calliste et d'Ol^ym- 
piodore. 

Du trésorier général de l'Empire '. 

Sub dispositione viri illustris co- Sous les ordres du comte tre'so- 
mitis sacrarum largitionum. rier général de l'Etnpire. 

Prœpositus thesaurorum pcr Ita- Préposé du trésor, à Aquileia ; 
liam , Aquileiœ ; 

— Mediolanensium , Liguriœ ; — à Milan, dans la Ligu rie; 

— Augustœ vindelicensis, Rhœ- — à Augsbourg, dans la Rhé- 
tiœ secundœ. lie seconde. 

Procnratores monetae. Les directeurs des monnaies. 

Procurator monetœ Jquileiensis. Directeur des monnaies à Aqui- 
leia. 

Procnratores linjficîoroni. Inspecteurs des Gaules pour les achats 

de lin. 

Procurator linificii Ravenatiiim , Le directeur des ateliers pour 
Italia. le lin , à Ravenne, en Italie. 

' Durandi, delï Antica condizione del Verctllese, p. 94. 

' Ibid, délia Marca d' Ivrea, p. 77. 

5 Noiitia dignit. imp., p. 62, — Édit. Labbe, sect. 42, p- 83 et 85. 

— Edit. Pancirol., 1608, p. i4o et 142. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 501 

Piocuratores gyneciorum. Inspecteurs des ateliers en laine. 

Procuratorgynecii, Aquileiensis , Le directeur des ateliers en iai- 
Venctiœ inférions, ne, à Aquileia, dansIaVénétie 

inférieure. 
— MecUolanensis , Ligiiriœ. — à Milan, dans la Ligurie. 

Procuratores bapbiorum '. Les directeurs des teintureries. 

Procuratorbaphii Cissensis, Ve- Le directeur des teintureries 
netiœ et Histrice. dans l'île Bissa , sur la côte 

ouest d'Istrie,ausud dePoia'. 

La Notice, suivant nous, par ces mots haphii 
Cissensis , fait mention de l'île Cissa dont parle 
Pline, et cet auteur indique la position de cette île près 
de la côte d'Istrie, et d'un autre groupe d'îles qu'il 
nomme Pullaria; ces dernières sont le petit groupe 
d'îles qui, près de Pola, sont nommées Brioni, du nom 
de la principale; et l'île Cissa est l'île Bissa, sur la 
même côte, entre Pola et le cap Promontoire ^. 

' Pancirol, edit. Genev., Notit. dignitat., part, n, p. 65; edit. 
Lugdun., p. i4i- — Edit. Labbe, sect. 42, p- 85. 

" Conférez Carta del ?-eg?io d'Italia, coslrutta nel deposito délia 
guerra, 181 1, feuille 5. — Dissert, prima délia cost. dell' Istr., del 
Friuli e Dalmazia, p. 6. — Plin., lib. m, cap. 3o, tom. n, p. 208 : 
n Juxta Istrorum agruni, Cissa Pullaria. jj Cissa ne doit donc pas 
être placé à l'isola del Pago , sur la côte de la Croatie , comme le 
veut d'Anville. — Geogr. anc., tom. i, p. 65, et Carte de l'Italie 
ancienne. 

' Notitia dignit., Pancirol., edit. 1608, p. i4o. — Eklit. Labbe, 
§. 42. 



502 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Divisions militaires. 

Généralissime de ï infanterie '. 

Sub dispositione viri illustris ma- Sous les ordres del illustre maître 
gistri peditum prsesentalis. des soldais présens. 

Covntcs tractas Itnliœ circa Le comte des limites pour le 
Alpes '. district des Alpes. 

Comme il y avait mi duc des limites pour la 
Rliœtie première et seconde , il me paraît évident 
que le tractus circa Alpes comprenait toute la 
partie occidentale des Alpes, c'est-à-dire toute la 
province des Alpes cottiennes et la portion monta- 
gneuse de la Ligurie : ainsi cette division s'étendait 
dans toutes les vallées des Alpes, du côté de l'Italie, 
depuis le lac Corne jusqu'au Var. 

La liste des légions ou corps de troupes qui se 
trouvaient sous les ordres de ce comte, au nombre 
de 28 , ne fournit rien de relatif à la géographie. 

Dnces limitam infra scriptorum ' : Les ducs des limites, savoir : 

Dux Rhœtiœ primœ et sccundœ. Le duc de la Rhétie première 

et seconde. 

Sub tlispositione ; Sous les ordres de ce duc étaient : 

Equités stablesiani seniores J II- Les cavaliers st, scn., k Augs- 
gustani. bourg '^. 

' Notitia dignit. Pancirol., p. 27 et 55. — Edit. Labbe, sect. 38, p. 64. 

^ Notit. dignit., edit. Pancirol., 1608, p. i63. — Edit. Labbe, 
sect. 53, p. 100. 

' Notit. dignit., edit. Pancirol., 1608, p. 172. — Labbe, sect. 59, 
p. iio. . 

* Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage, et 
Vinc. V. Palhausen, Bajoariœ topographia, p. 269 à 368. 

* Manncrt, Geogr. der Griechen und Rômer, dritter theil, p 687. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 



503 



Equités stahlc.siani juniores 
Ponte-OEni, mine Fahianis. 

— stahlesiani juniores , — Suh- 
monloiio. 

Prœjectus legionis tertiœ Itali- 
cœ partis superioris , castra 
Reginea , mine Vallato. 

Prœ foetus legionis tertiœ Itali- 
cœ paitis superioris deputntœ 
ripœ priniœ Submontorio. 

Prœfectus legionis tertiœ Ita- 
lie œ pro parte média prœten- 
dentis a f^imania Cassilia- 
cum usque Camhiduno. 

Prœfectus luilituni ursarien- 
sium , — Guntiœ, 

Prœfectus legionis tertiœ Ita- 
licœ transvectioni specierum 
deputntœ, Fœtibus. 

Prœfectus legionis tertiœ Ita- 
licœ transvectioni deputntœ 
Teriolis. 

Prœfectus alœ primœ Flaviœ , 
Retorum Quintanis. 

Tribunus cohortis nocœ Bata- 
voruni Batavis. 

Tribunus cohortis tertiœ Britto- 
rum, uébusina. 



Les cavaliers st.j'un., à Vœka- 
reit, sur l'Inn. 

— à Schraben Hausen ' , sur la 
rivière Par, 

Le préfet de la troisième légion 
Italique supérieure, à Ratis- 
bonne , maintenant à Rei- 
chei'zhofen '. 

Le préfet de la troisième légion 
Italique supérieure, à Schra- 
ben Hausen. 

Le préfet de la troisième légion 
Italique moyenne répartie 
dans l'espace qui se trouve en- 
tre Immenstadt et Kempfen. 

Le préfet des soldats ursarien- 
ses, à Gunzburg ^. 

Le préfet de la troisième légion 
Italique en station à Pfaeten + 
pour protéger les transports. 

Le préfet de la troisième légion 
Italique en station pour les 
transports à Castel-Tirolo ^. 

Le jiréfet du premier escadron 
de la légion Flavienne , à 
Kintzeu. 

Le tribun de la nouvelle cohorte 
des Bataves, à Passau et In- 
stadt ^. 

Le tribun de la troisième co- 
horte des Bretons, à Neu- 
stadt, sur le Danube ">. 



' Ibid, p. 701. 
" Mannert, loco citato. 
^ Leichtlen, Schwaben , p. 206. 

" Bajoriœ iopographia , von Yinzens V- Palhausen Munch, ia-S". 
p. 7g. — Mannert, m, p. 717. — Palhausen, p. 8g. 

* Mannert, p. 701 . — *^ Ibid, ni, p. Ggg. — " Mannert, ui, p. 701. 



Tribunus cuhortis sextœ Kale- 
rice Rethorum Venaxamo- 
doro. 

Tribunus cohortis primœ Hercu- 
leœ Retorum Parroduno. 



Tribunus cohortis tertiœ Hercu- 
leœ , Pannonioruin Cœlio, 



504 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Prœj'ectus alœ secundœValeriœ Le préfet de la seconde brigade 
singularis , Vallato. de la légion Valérienne , à 

Reicherzhofen *. 
Le tribun de la sixième co- ' 
horte de la légion Valérienne, 
à Venaxamodoro. 
Le tribun de la première co- 
horte de la légion desRhètes, 
dite Herculéenne, à Parthen- 
Kirch \ 
Tribunus cohortis quintœ f^ale- Le tribun de la cinquième co- 
ricB Frigum Pinianis. horte de la légion Valérien- 

ne ^, à Finingen. 
Le tribun de la troisième co- 
horte de la légion Hercu- 
léenne, à Kelmuntz ^. 
Tribunus gcntis per Retins de- Le tribun des gentils ou païens 

putatœ, Tcriolis *. en station à Castel-Tirolo. 

Prœfectus numeri Barbaricario- Le préfet de la corporation des 
rum , Confluentibus sive Bri- damasquineurs , à Coblentz 
gantiœ, ou à Bregentz. 

Prœfectus alœ secundœ V^ale- Le préfet de la seconde brigade 
riœ Sequanorum , Vimania. de la légion Valérienne des 

Séquanais, à Immenstadt. 
Tribunus cohortis Herculeœ Pan- Le tribun de la cohorte hercu- 
noniarum , Arbore ^. léenne de la Pannonie, à Ar- 

bon , dans l'Helvétie. 

' Mannert, ni, p. 701. 

' Voyez V Analyse des Itinéraires, tome m de cet ouvrage, et 
Mannert, m, p. 714. 

' Leichtlen, Schwaben, p. 206. 

♦ Conférez d'Anville, Gebgr. ancienne. 

' Conférez Vinzen V. Palhausen , Bajoariœ topographia ; Mun- 
chcn, 1816, in-8°, p, 89 et 90. 

* Voyez V Analyse des Itinéraires, tom. m de cet ouvrage. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 



505 



Praepositurae magistri niilitum 
praesentalium parte pedituni 
in Italia '. 



In provincia Venetia inferioie. 

Prœfectus classis Venetam , 
Aquileiœ '. 

In provincia Flaminia. 

Prœfectus militum junior um Jta- 
licoriitn , Ravcnnœ. 

Prœfectus classis Ravennatium , 
cuni caris cjus de civitatc Rti- 
venna . 

In provincia Liguria. 

Prœfectus classis coniensis cum 
curis ejusdem cicitatis Como ^. 



Coniniandemens des diverses 
flottes d'Italie sous les ordres 
du maître des soldats fantas- 
sins pre'sens. 

Dans la province de la Vénétie 
inférieure. 

Le préfet de la flotte, à Aqiii- 
leia. 

Dans la province fiaminienne. 

Le préfet du corps des cadets 
de la légion Italique , à Ra- 
venne. 

Le préfet de la flotte de Ra- 
veiine , au(juel est confiée la 
garde de la ville de Ravenne. 

Dans la province de la Ligurie. 

Le préfet de la flotte de Côme , 
auquel est confiée la garde 
de la ville de Côme ^. 



' Noiit. dignii. imper, occid. — Labbe , sect. 65 , p. i2i. — Edit. 
Pancirol., 1608, p. 179- 

' Voyez VAnalyse des Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

' Dans la province de la Pannonie et de la Norique maritime, 
Norici ripenses, il est fait mention d'un commandement de flotte 
transporté de Carnunto , qui est Zuglio , à Vindnmana, qui est 
Vienne — Voyez Labbe, sect 58, p. 109; edit. Pancirol., p. 170. 

* Côme , ainsi que Milan , étaient alors in provincia Liguria. 
Voyez ci-après, cbap. ix, p. 5i3 et 5i5. 



506 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 



In provincia Italia niediterranea '. 



Prœfectus Sarmataruni gciiti- 
lium.. Foro JuUensis. 

— — Opitergio. 

— — Pdtavio. 

— — V^cronœ. 

— — Cremonœ. 

— — Taannis. 

— — Jqids , sive Tertonœ. 

— — Novara. 

— — Rcgionis Sainnitis. 

— — VercelUs. 

— — Bunoniœ, in Mmilia. 

— — Quadratis et Epori- 

zio ^ {Eporedia). 



— — inLiguri(i,Pollentiœ. 



Corps des Sarmates répandus dans tout 
le 'vicariat d'Italie et dans une partie 
de celui de Rome, dans la division 
nommée Italie méditerranéenne. 

Le préfet des Sarmates païens, 
à città di Friul. 

— — à Oderzo '. 

— — à Padoue. 

— — à Vérone. 

— — à Crémone. 

— — à Turin. 

— — à AcquiouàTortonc. 
> — — à Novare. 

— — dans la principauté 

de Bénévent. 

— — à Verceil. 

— — à Bologne , dans le 

Bolonais ^. 

— — à Saint-Michel Qua- 

dradriila , au pas- 
sage de la Doria et 
à Ivrea. 

— — dans la Liguriu, à 

Pollenzo ^. 



La Notice nous fait connaître ici que , sous le 
rapport militaire, l'Italie était quelquefois divisée 

' Notitia dignit. , edit. Labbc, §. Q5, p. i25. — Pancirol, cdit. 
1608, p. i47- 

"^ Pour cette position et celles qui précèdent, voyez V Analyse des 
Itinéraires , tom. m de cet ouvrage. 

^ Quadrates est déterminé parles mesures de la route de Taurini, 
Turin, à Mediolano , Milan. — Voyez V Analyse des Itinéraires , 
tom. m de cet ouvrage; aussi Durandi, Marca d'Ivrea, p. 32. 

< Voyez V Analyse des Itinéraires , tom. ni de cet ouvrage, et 
Duiandi, Picrnontc cisjjadano antiquo, p. i43, et del Collegio degl' 
antichi cacciatnri Pollentini, 1770, in-S", p. 16 à 26, et p. 54 à 72. 



PARTIE III, CHAP. VIII. 507 

en deux grandes portions : l'Italie proprement dite , 
proi'incia ItaliayL\yù comprenait l'ApulIe, la Calabre, 
le pays des Brutii et la Lucanie ; car la Notice place 
des corps de Sarmates dans une division ainsi éta- 
blie. Elle oppose cette division , qui comprenait ce 
qu'on appelait autrefois la grande Grèce, à celle 
de proi^incia Italia mediterranea ; et comme , dans 
cette province, elle comprend regio Samjiiiisj il 
est évident que tout ce qui n'était pas compris dans 
la division de provùicia Italia^ elle le désignait sous 
le nom A^provincia Italia mediteiranea . C'est cette 
division que la Table ' désigne par les mots Media 
proifincia écrits en gros caractères , entre Bergo- 
rnum et Verona. 

Dans la province de Valeriœ Ripensis , qui paraît 
avoir compris le pays des Sahini et des T^estini , ou 
les Abruzzes modernes, la Notice indique un esca- 
dron de cavaliers placés à Àltinuni, qu'on a mis à 
Altino dans la Vénétie ; mais alors cet escadron n'au- 
rait pu être, comme le dit la Notice, sub dispositione 
ducis provinciœ Ripensis. Il est évident qu'il faut 
lire Âterno, au lieu di Altino. Aternum est Pescara, 
sur la côte de l'Abruzze ultérieure, et bien loin des 
limites des contrées soumises à nos recherches. 

Comme, dans la liste des légions qui se trouvaient 
sous les ordres du grand-maître de la cavalerie, il 
n'y en a aucune qui nous donne des renseignemens 
géographiques sur ces contrées, nous passons leurs 
noms sous silence ^ . 

' Tabula Peuting., segment., 5, D et F. 
* Edit. Lahbc, sect. 5^, p. io6. 

' Notifia di^nit. imper., edit. Pancirol., i6o8, p. i06 el 169. — 
Edit. Labbc, §. 5^, \\. 106. 



508 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
Du maître des manufactures d'armes. 

Sub dispositioue viri illustris Sous les ordres del illustre maître 
magistri officiorum '. des manufactures d'armes. 

Fabricœ Italiae. Fabriques d'Italie, 

Concordiensis "^ , sa^ittaria. Fabrique de flèches, à Concor- 

dia. 
Veronensis , scutorum et armo- — de boucliers et d'armures , 

mm. à Vérone. 

Mantuana , loricaria. — de cuirasses loricaires , à 

Mantoue. 
Cremonensis , scutaria. — de boucliers , à Crémone. 

Ticinensis , arcuaria. — d'arcs, à Pavie. 

Lucensis , spatharia. — d'épées larges ou de sabres, 

à Lacques. 

Honorius , vers l'an 4^4 ? quitta Milan pour se 
réfugier à Ravenne , afin d'être plus en mesure 
de pourvoir par la fuite à sa sûreté ^ . Cet exemple 
fut suivi par ses faibles successeurs, et après, par 
les exarques de Ravenne , qui occupaient le palais 
et le trône des empereurs ; de sorte que depuis 
celte époque Ravenne fut considérée, jusqu'au mi- 
lieu du yiii® siècle , comme le siège du gouvernement 
et la capitale de l'Italie. 

Depuis cette année 4o4> les dates du Code Théodo- 
sien deviennent sédentaires à Constantinople et à 
Ravenne'^. 

' Pancirol- , Notit. dirait, imper, occid., edit. i623, p. 60; edit. 
1608, p. i38. — Edit. Labbe, sect. ^i, p. 81. 

' Pour la correspondance de ce lieu et de ceux qui précèdent, 
voyez V Analyse des Itinéraires , toni. m de cet ouvrage. 

^ Gibbon, Hist. of the Décline and Fall of the Rom. Emp., 
cap. 3o, tora. V, p. 210, edit. London, in-S", 1797 

* Godefroy, Chronoloç^ie des Lois, toni. i, p. i48. 



1 



PARTIE m, CHAP. VIII. 509 

On trouve encore, h la vérité, en 554, ^i^ certain 
Antiochus nommé préfet de Rome par un rescrit 
de Justinien ; mais depuis '5g5 , sous Honorius , 
époque à laquelle le diocèse d'Illjrie fut partagé 
en deux , il n'y eut qu'un seul préfet pour ce diocèse 
et le vicariat d'Italie '. 

Cependant les divisions romaines subsistèrent 
encore long-temps en Italie, et même cette contrée 
éprouva un nouveau partage, qu'il est nécessaire de 
faire connaître. 

' Lacarry, Hist. Christian, imper., p. iiS et 126. 



510 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 
CHAPITRE IX. 

De la Gaule cisalpine depuis l'an 4io jusqu'au ix= siècle. 

Lorsque les cités armoricaines de la Gaule trans- 
alpine se furent révoltées; que, dans l'impossibilité 
de défendre les provinces du nord, on se vit oiiligé 
de transporter de Trêves h Arles le siège de la pré- 
fecture des Gaules, la puiss,ance romaine déclina ra- 
pidement dans cette contrée , y fut bientôt anéantie, 
et ne se rétablit jamais. Il se forma d'autres Etats; 
et dès les premières années du v^ siècle commencent 
pour la Gaule transalpine, ainsi que nous l'avons 
observé , de nouvelles dénominations et une nou- 
velle géographie politique. 

Il n'en est pas de même pour la Gaule cisalpine. 
Protégée par les Alpes, et par cette crainte que Rome 
inspirait encore, l'Italie lutta plus long-temps contre 
les incursions des Barbares; et après qu'elle eut suc- 
combé, les successeurs des Césars à Constantinople 
ne l'abandonnèrent point entièrement aux vain- 
queurs, comme ils avaient fait de la Gaule. En SSy 
Justinien envoya Bélisaire en Italie; et le royaume 
des Goths dans cette contrée , après avoir duré 
soixante-quatre ans, fut entièrement anéanti, l'an 
553. L'Italie ne fut plus à la vérité le centre d'un 
empire d'Occident, mais elle fut réunie a l'empire 
grec. Narsès la gouverna en qualité de duc jusqu'en 
567, sous le règne de Justinien II, neveu et succes- 
seur de Justinien. 



PARTIE III, CHAP. IX. 511 

11 en est résulté que les divisions romaines établies 
en Italie subsistèrent long-temps apiès que celles qui 
étaient établies dans la Gaule transalpine avaient 
disparu. Il est donc nécessaire, pour compléter ce 
travail relatif aux deux Gaules, de franchir l'époque 
assignée pour la géographie ancienne de la Gaule 
transalpine, et de suivre dans la Gaule cisalpine la 
géographie romaine jusqu'à son extinction , comme 
nous l'avons fait pour la Gaule transalpine. 

De la division de Constantin, détaillée dans la No- 
tice de l'Empire que nous avons fait connaître, il ré- 
sulta un effet singulier relativement à la dénomination 
générale de la Gaule cisalpine : c'est que cette contrée 
qui, dès les premiers temps de l'histoire, avait été tou- 
jours distinguée de l'Italie, dans l'Italie même, reçut 
le nom particulier d'Italie, comme composant le vi- 
cariat d'Italie, tandis que les autres portions de l'Ita- 
lie qui formaient le vicariat de Rome, se désignaient 
par les noms particuliers de chaque province. On 
en voit un exemple dans saint Athanase, dans la lettre 
de saint Synodus, évêque de Sardaigne, aux Alexan- 
drins , où il est parlé des assemblées faites par Rome, 
l'Italie, la Campanie, la Calabre et l'Apulie '. 

Lorsque Justinien eut reconquis le vicariat d'Italie, 
vers 553, il agrandit la province des Alpes cottiennes 
de toute la Ligurie montagneuse, de sorte que depuis 
cette époque, l'ancienne et véritable Ligurie porta 
le nom d'Alpes cottiennes, tandis que cette partie de 
la Gaule transpadane, pnys des Insuhres, des Lihiciy 
des Lccid, qui, dans les temps anciens, n'avait jamais 

■ "Voyez Symmachus, lib. vu , epist. 21. 



51*2 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
fait partie de la Ligurie, en conserva seule le nom. 
Jiistinien créa en outre une autre province composée 
de tout le territoire occupé par les monts Apennins, 
qui fut nommée Provincia apennina , et qui était 
située entre Tuscia, la Toscane, et Flaniinia, la 
province Flaminienne. 

Pour bien comprendre la raison de ces change- 
mens, il faut se rappeler que l'ancienne province des 
Alpes cottiennes était resiée en partie au pouvoir des 
Francs, etque Suse, qui en était une portion, fut, ainsi 
que nous l'avons dit, cédé par les Lombards avec 
Augusta, Aoste, h Contran roi de Bourgogne' : ainsi 
donc, pour n'avoir pas l'air d'avoir perdu une pro- 
vince, on appliqua a la Ligurie montagneuse cet an- 
cien nom di Alpes cottiœ, et on en forma une nouvelle 
province séparée du reste de la Ligurie transalpine. 
D'un autre côté, les Rliéties se trouv.int aussi au pou- 
voir des Francs , on créa la province des Apennins 
afin d'avoir toujours à peu près le même nombre de 
provinces ^. 

Cette division de Justinien subsista long-temps 
après la chute de la puissance romaine, jusque dans 
le x^ siècle. Paul Diacre, écrivain du neuvième, nous 
la fait connaître en détail comme étant encore en 
vigueur de son temps % et Liutprand de Pavie'^, qui 
existait dans le x" siècle, parle de Gênes comme d'une 
ville située dans les Alpes cottiennes in Alpibus cot- 

' Voyez Fredeg., in Chron., cap. 45. 
" Voyez ci-dessus, toni. ii, p. 565. 

' Paul Diacre, Mur. script. Rerum. Italie, loin, i, part. 2. 
* Voyez Oderico, Letterc /igiisliche, p. 8g. — Liutprand, lib. iv, 
cap. "2. 



PARTIE III, CHAP. IX. 513 

tiis. Pierre d'Amiens, dans son épître xvii, écrivant 
à la marquise Adhélaïs, femme d'Amédée I", comte 
de Mamùenne, et fille de Mainfroy, lui donne le titre 
de duchesse des Alpes cottiennes et subalpines \ Il y a 
même des preuves que la Ligurie transpadane conserva 
son nom jusque dans le xiii'' siècle '. Le père Berelti ^ a 
donc eu tort, dans sa dissertation chorographique sur 
l'Italie du moyen âge, de dire que la Ligurie reprit son 
nom sous les Lombards. Elle conserva au contraire 
toujours le nom à' Alpes cottiennes, et le duché de 
Ligurie, que posséda Rotarus, était la Ligurie trans- 
padane dont Milan était la capitale, et non l'antique 
Ligurie, qui ne cessa point de porter le nom d'Alpes 
cottiennes ^. D'Anville , qui paraît avoir suivi le 
père Beretti, a, par cette raison, commis une faute 
en donnant, sur sa Carte de l'Europe dans le moyen 
âge , le nom de Ligiiria à la Ligurie maritime, qui 
alors portait le nom à' Alpes cottiennes ^ : c'était au 
nord du Pô et dans le duché de Milan qu'il devait 
inscrire le nom de Liguria. 

' Honoré Bouche, Chnrogiaphie de Provence, tom. i, p. m. 
' Pelleg., apud Muiatori script, rerum itaîicar . 
' Muratori , Rerum itaîicar., tom. x. 

* Oderico, Lettere Ligustiche, p. 91 et 92. — Durandi, Cacciatori 
Pollentiid. 

* Voyez d'Auville , des Etats formés en Europe après la chute 
de Vempire romain en occident, p. m. C'est surtout la carte qui 
accompagne cet ouvrage qui est fautive; car, dans le texte, il dit 
bien que la Liguria prit alors plus d'extension que primitivement. 
Dans une autre carte dressée par ce grand géographe, pour l'ou- 
vrage de Gibbon, intitulée : A gênerai Map of thc roman empire 
according to the divisions iinder Constantine and its successors , 
les divisions des provinces sont fort exactement tracées, et cette 
carte prouve que d'Auville avait alors bien étudié son sujet. Cette 
carte, dont je possrde une épreuve, n'a jamais été publiée. 

11. 33 



614 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

Paul Diacre est le seul auteur qui nous ait donné 
une description détaillée de cette dernière division 
romaine de la Gaule cisalpine; et comme elle a établi 
un usage qui, dans les dénominations géographiques, 
survécut à tous les déchiremens, à toutes les révolu- 
tions du moyen âge, et qui subsista long-temps, il 
est important de la connaître. Nous terminerons 
donc par la traduction littérale de la description de 
cet auteur ', et nous l'accompagnerons de quelques 
éclaircissemens. 

I. La V^énétie. 

« La Vénétie ne consiste pas seulement dans ce 
(( petit nombre d'îles que nous nommons Véni- 
« tiennes, mais elle s'étend depuis les confins de la 
(( Pannonie jusqu'à l'Adda. Ceci est prouvé par les 
w anciennes annales, où nous lisons que Bergame est 
« une ville des Venètes. \JHistrie est liée à la Véné^ 
V. tie, et l'une et l'autre contrée ne forment qu'une 
(( seule et même province '. » 

Je n'ai pas besoin de remarquer combien ces indi- 
cations de Paul Diacre sont conformes au Libellas 
proifinciarum. 

' Muratori, Script, rer. ital., tom. i, part. ii. — Paulus Diaconus, 
de Gestis Langobardorum in Eutropio; Basileae, in-folio, i552. — 
De Gest., lib. ii, c. lo et 1 1, p. 071. — Recueil des Hist. de France, 
tom. II, p. 635 , B. 

* Paul Diacre nous apprend ailleurs que de son temps (lib. iv, 
cap. 40) Zellia provincia, qui est le comté de Cilley, entre la Drave 
et la Save, à l'ouest de Schiavona, était possédé par les ducs de 
Frioul , ce qui prouve que , dans sa description de l'Italie , il a 
donné l'ancienne division et non la moderne, car il eût étendu plus 
loin la Vénétie vers l'est. — Voyez Jacopo Durandi, Dissert, sopra 
Errico conte d'Asti, dans les Mémoires de l'Académie impériale 
de Turin, pour les années 1809 à 1810, in-4% 181 1, p. 664- 



PARTIE III, CHAP. IX. 515 

<( Aquileia, la capitale de la Vénétie, subsiste en- 

« core, mais elle a été remplacée paryà/wm Jm/«_, 

« cività di Friuli. » 

On sait que Venise ne dut son origine qu'aux ha- 

bitans d' Aquileia, qui, lors de l'invasion d'Attila, se 

réfugièrent dans les îles de la côte '. 

« Après la Vénétie, vient la Ligurie, dans laquelle 
« se trouve Milan et Ticinum, que l'on nomme aussi 
« Papia (Pavie) : cette province s'étend jusqu'aux 
M confins de la Gaule. » 

Observons que Procope, qui écrivait dans le vi« siè- 
cle, confirme tout ce que le Livre des provinces , la 
Notice, et Paul Diacre, nous apprennent de la Ligu- 
rie, quand il nous dit que les Ligures habitent la 
gauche du P6, et que Y^'Emilia est à la droite '. 

Les deux Rhéties. 

« Entre cette province et la Suévie des Allemands, 
« qui est au nord, on trouve deux provinces appar- 
« tenant à l'Italie : la Rhétie première et la Rhétie se- 
« conde, toutes deux situées dans les Alpes, et dans 
« lesquelles habitent les Rhètes. » 

Les Juthungi, qu'Ammien Marcellin nous dit avoir 
été une tribu des Allemands situés proche du Rhin, 
avaient fait une invasion dans la Rhétie dès l'an 358 ^ 

' Constantin Porphyrogénète, cap. 28. — Procope, lib. m- 
' Procope, lib. i, cap. i5. — Les deux provinces d'Alpes cottiennes 
et de Ligurie, dans le moyen âge, sont celles qui correspondent 
le mieux avec le Piémont des temps modei-nes. — Voyez Durandi, 
Acade'm. imp. de Turin, pour les années 1809 et 1810. Turin, 
1811, in- 4°. p- 682. 
' Schœpflin, tom. i , p. 407. 



516 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES. 

La Siwi^ia Alemanorum a donné naissance à la 

Souabe moderne. 

Alpes cottiennes. 

« La cinquième province est appelée province des 
« Alpes cottiennes : cette province s'étend depuis la 
« Ligurie jusqu'à la m^er Tyrrhénienne vers l'est; au 
«couchant, elle confine à la Gaule; on y trouve 
(c Aquis , Acqui, qui a des eaux chaudes minérales, 
(( Dertonay Tortone, monasterium BohiuTn, le mo- 
« nastère de Bobbio, ainsi que les villes de Ginna, 
u Gènes, et Savonaj Savone. » 

L'auteur décrit ensuite la Tuscia, VUmbria., la 
Campania, la Lucania, et la Bîutia, qui forment 
la septième et la huitième province. 11 continue en- 
suite ainsi : 

Province des Apennins. 

« La neuvième province est située dans les Alpes 
M surnommées Apennins ^ qui commencent à l'endroit 
{( où se terminent les Alpes cottiennes. Ces Alpes 
« Apennins s'étendent dans le milieu de l'Italie, et 
(( divisent la Tuscia de \ j/Emilia, et VUmbria de la 
« Flawdnia. On trouve dans cette province les villes 
« suivantes : Ferronianum, Boifium^ Urbinum, et la 
« ville qu'on nomme Verona. n 

On a remarqué avec raison que la Verona dont 
parle ici Paul Diacre était un lieu obscur, différent 
de la ville si connue de Vérone, ou bien que ce nom 
était corrompu : je pense qu'il ne l'est pas, et qu'on 
doit rapporter cette ville de lerona à Vernio dans 
les Apennins, au nord-est de Pistoja, qui forme encore 



PARTIE III, CHAP. IX. 517 

un petit district particulier sous le nom de contea cli 
ï^ernio, au midi du contea di Castii^lione '. Les autres 
lieux mentionnés par Paul Diacre pourraient servir h 
déterminer les limites de la province Apennine, mais 
la position de ces lieux est malheureusement in- 
connue. Je crois cependant qiiUrbinum doit être 
Urbania, un peu à l'est d'Urbino, et plus dans les 
montagnes. — Le père Beretti rapporte Ferronianus 
à Frignano : je pense que c'est Faniano, dans le val 
du castel Gorgo '. Mons bellus est Monvi, suivant 
le père Beretti; quant à Bovium , quelques auteurs 
placent ce lieu près de Bagno, au midi de Savio. 

Après avoir défini la position , l'étendue et les li- 
mites de la province des Apennins , Paul Diacre 
commet ensuite une erreur grossière relativement 
h l'étymologie du nom qu'elle porte. Cette erreur 
ne doit influer en rien, quoi qu'on en ait dit% sur 
l'exactitude de sa description. Paul Diacre ajoute 
ensuite : 

« Il y en a qui prétendent que les Alpes cottiennes 
«et apennines ne forment qu'une seule province, 
« mais l'histoire démontre que les Apennins forment 
(( une province distincte et séparée. » 

La situation de cette province, indiquée par 
Paul Diacre, ne permet pas en effet de la confondre 
avec celle des Alpes cottiennes. Les limites de la pro- 
vince des Alpes cottiennes vers l'occident paraissent 

• Voyez la Carte de la Lombardie, par Zannoui, feuillet 4- 

• Muratori , Rerum. itnlic, tom. x , p. 19. 

^ Voyez Durandi , Dissertazionc délie aniichc città di Pcdona 
Caburra, Gcnnanicia, p. i3ç). — Idem, deW Aiilica condizione del 
Fcrcelle.sc , ]>. 45. — Durandi a été très bien réi'uté par Oderico . 
Lctteic Ligusiichc , p 78. 



518 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
avoir élé celles de toute l'Italie, et les mêmes qui 
étaient reconnues par les Romains du temps d'Au- 
guste, c'est-à-dire le Var; car nous lisons dans la 
Vie de saint Pons, dont l'église subsiste près de 
Cimiez ( Cemelium ) les mots suivans : (( Fines 
K Italiœ transiens {^sanctus Pontius^, urbem, sub 
« Alpium jugo procul sitam, petiit, nomine Ci- 
« melam *. » 

Emilie. 

« La dixième province est l'Emilie, qui est située 
(( entre la Ligurie , les Alpes pennines et le Pôj et 
(( qui s'étend vers Rai^enne. De très belles villes dé- 
« corent cette province : on y remarque surtout Pla- 
i( centia^ Plaisance, jP«/v7îa^ Parme, i?^^/o_, Reggio, 
c( Bononia, Bologne , foro Cornelii, dont le château 
(( est appelé Immola {foro Cornelii, cujus castellum 
« Immola appellatur). » 

Flaniinie. 

« La onzième des provinces d'Italie est la Flarai- 
« nie; elle est située entre les Apennins et la mer 
(( Adriatique : c'est dans cette province que se trouve 
(( Ravenne, la plus noble des villes. La réunion de 
« cinq villes forme ce qu'on nomme en grec la Pen- 
« tapolis. » 

Nous voyons évidemment que la Pentapole était 
renfermée dans la province Flaminienne. Blondus dit 
que les cinq villes de la Pentapole étaient Rai^ennaj 
Cesarea, Classis, forum. Livii, etforu?nPopilii*. — 

' Baluzii Miscell., toni. ii , cap. i5. 

' Vojez Deretti, Tabula chorogvaphica , §. xvii, col. CLXvui. — 
Dans Muiatorj, loin. x. 



PARTIE III, CHAP. IX. 519 

L'épithète de nobilissima urbium que Paul Diacre 
donne à Ravenne doit aussi être remarquée , et nous 
prouve que, ainsi que je l'ai observé, le séjour des em- 
pereurs d'Occident avait donné à cette ville le pre- 
mier rang dans l'Italie. — Paul Diacre termine sa de- 
scription par une remarque que nous avons déjà 
faite. 

« L'iEmilie et la Flaminie sont ainsi appelées d'après 
« les noms de deux voies romaines qui conduisent à 
« Rome, et qui traversent ces provinces. » 

Servius nous apprend que Salluste, dans ses écrits, 
avait parlé d'une ville nommée Cale prise par Per- 
penna . La manière dont Servius s'exprime nous prouve 
que de son temps la dénomination de Gallia était en- 
core en usage, et que la Flaminie était considérée 
comme faisant partie de la Gaule ; et comme la 
province Flaminienne contenait une portion du Pi- 
cenunif où cette position se trouve, la ville de Cale 
est évidemment le Calent ' de l'Itinéraire : c'est Cagli 
sur la voie Flaminienne. 

Telle est la partie de la description de l'Italie par 
Paul Diacre qui est relative à notre sujet. Cette des- 
cription , où les divisions anciennes et les anciens 
noms de villes sont conservés et mêlés de quelques 
noms modernes, est une des plus importantes, en 
ce qu'elle termine en quelque sorte la géographie 
romaine de l'Italie, et qu'elle commence celle du 
moyen âge. Cependant, quoique les anciens noms 
aient subsisté long-temps , il se forma de nouveaux 
Etats et de nouvelles divisions. Dans le vii^ siècle 
il ne restait plus aux empereurs grecs que l'Istrie et 

• Vêlera Rom. itiner., Wesseling, p. 49,1. 



520 GÉOGRAPHIE ANCIENNE DES GAULES, 
l'exarcat de Ravenne '. Aristulflc ou Astolfe prit 
Raveiine vers l'an 762 , et mit fin à la domination des 
exarques, qui, depuis Justinien, avaient gouverné ce 
pays au nom des empereurs d'Orient. Ce territoire 
ayant été le dernier possédé par les empereurs ro- 
mains en Italie, reçut, par cette raison, le nom de 
Romagne ou Romanie , qui lui est resté. 

Entre 774 ^^ 802 la Vénétie, la Liguriey les Alpes 
cottiennes et \ Emilie, ainsi qu'une partie de la 
Tuscia ou Toscane, formèrent un seul et même 
royaume sous le nom de Longohardie ouLombardie, 
qui lui est resté; mais ce royaume fut divisé en plu- 
sieurs provinces ou districts. Les plus petites de ces 
divisions ou provinces eurent le nom àe gastaldatus; 
les plus grandes , celui de ducatus . duchés , dont 
quelques uns reçurent, sous la domination des Francs, 
les noms de marches, ou provinces frontières, mar- 
quisats. La Marche ou province de Turin retint le 
nom pompeux de marca dltalia, marquisat d'Italie. 
La connaissance de ces différentes divisions appar- 
tient à la géographie du moyen âge et des temps 
modernes. 

' Gibbon, Hist. nf tJie fnll and décline of the Rom. Empire, 
cap. 49, tom. IX, p. -29. — Pauhis Diacon., de Gest. Langobard., 
lib. VI, c. 49, 54. — In Muratori, Script., tom. i, part, i, p. 5og 
et 5o8. 

FIN DU SECOND VOLUME. 



GEOGRAPHIE 



ANCIENNE 



HISTORIQUE ET COMPARÉE 

DES GAULES 

CISALPINE ET TRANSALPINE. 

TOME III. 



DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET, 

RUE DE VAUGIRARD, W 9. 



GEOGRAPHIE 

ANCIENNE 

HISTORIQUE ET COMPARÉE 

DES GAULES 

CISALPINE ET TRANSALPINE, 

SUIVIE 

DE l'analyse géographique DES ITINÉRAIRES ANCIENS, 



ET ACCOMPAGMBE 



D UN ATLAS DE NEUF CAUTES : 



PAR M. LE BARON WALCKEIVAER, 

l>1 EMBUE DE l'institut DE rKABCE 
(aCADÔME des INSCnIrTIOnS tT RKLLES-LETTKEt). 



TOME TROISIEME. 



A PARIS, 



LIBRAIRIE DE P. DUFART, 

RUE DES SAINTS-PÈRES, IS" 1; 

A S^. rETERSDOUI'vG, CHEZ J. F. HAUEFx ET C'^ 

i8;}0. 



INTRODUCTION 

A L'ANALYSE GÉOGRAPHIQUE 

DES 

ITINÉRAIRES ANCIENS POUR LES GAULES 

CISALPINE ET TRANSALPINE. 



Parmi les études, peut-être trop variées, auxquelles 
je me suis adonné, il n'en est aucune qui ait usurpé 
un plus grand nombre de mes momens de loisir 
que celle de la géographie. J'ose dire que j'ai tou- 
jours suivi avec une studieuse constance les grands 
progrès que cette science a faits de nos jours; j'ai 
tâché de les seconder par mes travaux et par ma 
participation aux travaux des autres. Pourtant je 
n'ai encore rien fait paraître sur une des branches 
de la science géographique qui a été l'objet prin- 
cipal de mes efforts : quelques Mémoires de moi 
sur la géographie ancienne insérés dans les volumes 
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 
sont les résultats de discussions qui se sont élevées 
dans le sein de cette savante compagnie, et ils ont 
été composés le plus souvent entre deux séances : 
m. a 



ij INTRODUCTION 

ils ne font point partie des ouvrages en ce génie 
qui ont consumé plusieurs années de ma vie : celui 
que je publie aujourd'hui pourra seul faire conce- 
voir ce que sont les autres , et initier les lecteurs 
dans la méthode que j'ai suivie dans tous. Elle me 
paraît la seule propre à substituer des résultats 
positifs à ces conjectures vagues et incohérentes , 
ou à ces aperçus incertains, dont on est trop habitué 
h se contenter dans cette portion des connaisssances 
humaines. 

Je consacrerai cette Introduction à développer les 
principes de cette méthode, h tort méconnus ou 
combattus, par des auteurs qui ne se sont pas aperçus 
qu'il est certaines questions de la science antique 
que l'érudition peut encombrer, mais qu'à elle seule, 
elle ne saurait résoudre. 

Pour quiconque comprend bien le but et les 
moyens de la science géographique, elle ne consiste 
pas seulement dans les derniers renseignemens obte- 
nus sur le globe que nous habitons , mais elle est la 
réunion de toutes les connaissances acquises sur ce 
sujet depuis les premiers temps de l'histoire jusqu'à 
nos jours. C'est par cet ensemble de notions que 
nous pouvons avoir quelque idée des régions où 
les modernes n'ont point pénétré ; que nous re- 
cueillons des détails plus circonstanciés, et plus 
exacts, sur celles qui, souvent parcourues dans les 
siècles passés , ont aussi ^ à différentes époques , 



A l'analyse géographique. ii] 

été mieux clécriles qu'elles ne peuvent l'être dans 
le siècle qui s'écoule. C'est aussi par la seule étude 
des temps précédens que nous pouvons assigner aux 
nations qui ont vécu dans les différens âges la place 
qu'elles ont occupée sur le globe, et connaître les 
divisions , et les dénominations, des diverses contrées 
de la terre, selon les temps, les lieux et les dia- 
lectes. 

Ainsi la science géographique ne peut se scinder. 
Elle est incomplète lorsqu'on ne la considère qu'à 
une seule époque ; et la dernière époque s'enrichit de 
tous les faits et de toutes les découvertes qui ont eu 
lieu dans toutes les autres : de même sur les plus 
anciennes époques se reflètent les lumières acquises 
dans toutes celles qui les ont suivies. 

Mais pour mettre à profit les notions modernes, 
il suffit de les réunir à celles dont on est redevable 
au temps qui les a immédiatement précédées. Il 
n'en est pas ainsi des connaissances acquises dans 
des siècles très éloignés de nous. Elles n'ont pour 
nous de valeur qu'autant que nous les comprenons 
bien , et que nous pouvons les comparer avec le 
dessin actuel de la terre, exécuté avec le desré de 
perfection et avec tous les détails que la science 
moderne comporte. Ici est la difficulté. Les révo- 
lutions des empires, les changemens de religion 
et de langage, ont fait disparaître les anciens noms. 
Des villes antiques ont été anéanties ; de nouvelles 



iV INTRODUCTION 

villes ont été construites; là où il n'existait que 
des déserts, habite une nombreuse population ; des 
régions autrefois florissantes , couvertes de riches 
et splendides habitations, n'offrent plus aujourd'hui 
que des terrains incultes et une effrayante solitude; 
partout le temps a changé la face de la terre. Pour 
former l'ensemble des notions qui complètent la 
science géographique , il est donc nécessaire de rat- 
tacher entre eux les anneaux brisés de cette science; 
d'établir une comparaison analytique entre la géo- 
^ graphie ancienne et la géographie moderne. 

L'identité des lieux, comme la réalité des faits, 
se démontre par les monumens et les témoignages 
de l'histoire. Nous avons un assez grand nombre de 
régions, de peuples, de villes, et de lieux an- 
tiques dont l'emplacement nous est donné d'une 
manière incontestable par les monumens histo- 
riques; mais il en est aussi un bien plus grand 
nombre sur lesquels ces monumens se taisent. Il 
est donc nécessaire de découvrir, s'il est possible, 
un moyen qui supplée à celui des récits de l'his- 
toire pour déterminer les positions des lieux antiques, 
ou, ce qui est souvent la même chose, la correspon- 
dance des noms anciens avec les noms modernes 
des mêmes lieux. 

S'il nous restait des siècles passés des cartes 
géographiques assez rapprochées de la perfection 
de nos cartes modernes pour pouvoir y reconnaître 



A l'analyse géographique. ▼ 

les sinuosités des côtes, les chaînes de montagnes, 
le tracé des rivières, la position des villes, il suf- 
firait de comparer ces cartes avec celles du temps 
présent, pour constater l'identité de tous les objets 
désignés sous des noms différens; et il n'y aurait 
aucune difficulté pour coordonner entre elles les 
notions géographiques que les siècles nous ont 
transmises. 

Nous ne possédons point de telles cartes; mais 
pourtant il eji existe qui sont les résultats de la 
science plus ou moins grossière, plus ou moins 
perfectionnée, des siècles qui nous ont précédés. 

Une différence notable et singulière, mais dont 
il est facile de rendre laison , se fait remarquer 
entre ces cartes. Celles qui ont été faites dans les 
siècles les plus rapprochés de celui où les navi- 
gations des Portugais ont commencé à déterminer 
les bases sur lesquelles devait^ s'élever le système de 
la géographie moderne , sont sans rumbs de vents , 
sans graduation; elles sont dessinées d'une manière 
si grossière qu'on ne peut presque en tirer aucun 
parti pour les comparaisons à établir. On s'aperçoit 
que les meilleures cartes de ces temps, copiées de 
celles des Arabes, sont dressées d'après des itinéraires 
tronqués et incohérens, répartis dans les bandes des 
climats dont on a déterminé la largeur d'une ma- 
nière très imparfaite d'après la longueur des jours. 

Si l'on rétrograde dans les temps antérieurs à 



Vj INTRODUCTION 

ceux OÙ la science des Arabes fut introduite en 
Europe avec leur domination dans la péninsule 
hispanique , on trouve des cartes contemporaines de 
ces siècles, qui sont plus grossières encore que celles 
dont nous venons de parler. Ce sont des plani- 
sphères informes sans aucune de ces divisions par | 
climats, qui déterminaient au moins d'une manière 
générale la latitude des diverses régions de la terre ; 
c'est une confusion, un chaos, oiî l'on a de la peine 
à reconnaître l'ensemble même des continens. 

Mais si l'on recule encore plus dans la série des 
âges jusqu'au temps de l'empire romain, jusqu'au 
second siècle de l'ère chrétienne, on trouve enfin 
sous cette date la géographie de Plolémée, qui nous 
enseigne comment on peut, d'après des calculs ri- 
goureux, dessiner la figure globuleuse de la terre sur 
une surface plane, d'après une savante projection. 
Cet ouvrage donne des tables de longitude et de lati- 
tude, et assigne à tous les lieux , à tous les objets géo- 
graphiques, leurs positions sur le globe par le moyen 
de leur plus courte distance à l'équateur et à un 
premier méridien; ce qui fournit des données suf- 
fisantes pour figurer sur une carte toutes les parties 
de la terre alors connues, d'une manière assez dé- 
taillée et assez exacte pour qu'on puisse y recon- 
naître le plan même de la nature. 

La géographie de Ptolcmce, qui était le résumé, in- 
complet et imparfait, de la géographie mathématique 



A l'analyse géographique. vij 

des anciens , fut le seul modèle qu'on se proposa , le 
seul guide que l'on suivit, lorsque les premiers pro- 
grès de l'astronomie eurent donné les moyens d'ap- 
précier l'excellence de la méthode qui avait pré- 
sidé à sa rédaction. Ni les planisphères des siècles 
d'ignorance , ni les caries divisées par climats des 
géographes arabes, ni les portulans des marins, 
où les côtes reconnues par eux se trouvaient dessi- 
nées avec tant de détails, où les gisemens étaient 
déterminés d'après les rumbs de vents , ne pou- 
vaient, même en les réunissant, donner les moyens 
de coordonner entre elles, selon un système de pro- 
portions déterminées, les diverses régions de la terre. 
On s'aperçut que la seule voie pour atteindre ce résul- 
tat était, à l'exemple de Ptolémée, de fixer les posi- 
tions des lieux géographiques, d'après leur distance 
à l'équateur et à un premier méridien. 

Mais comme les observations astronomiques 
n'étaient pas assez précises , qu'on manquait éga- 
lement de mesures itinéraires exactes, on fut dans 
l'incapacité de pouvoir exécuter ce plan ; on ne 
put former un ensemble , un système géographi- 
que. Pour échapper à cette difficulté, on adopta 
celui de Ptolémée ; et alors , ce ne fut pas la science 
ancienne que l'on chercha h mettre en rapport avec 
la science moderne, pour éclairer la première par la 
dernière, ce fut la science moderne que l'on essaya 
d'asseoir sur les bases de la science ancienne. On in- 



Viij INTRODUCTION 

terpola dans les Tables de Ptolémée les positions 
modernes dont on croyait connaître la longitude et 
la latitude, et on les inscrivit sur les cartes dressées 
pour cet auteur. Les manuscrits les plus récens du 
géographe d'Alexandrie , comme les premières édi- 
tions qui ont été imprimées sur ces manuscrits , 
offrent de fiéquens exemples de ces interpolations. 
Lorsque la géographie, aidée de l'invention de la 
boussole et des perfectionnemens de l'astronomie et 
des instrumens, eut fait, à la fin du quinzième siècle 
et au commencement du seizième, de si prodigieux 
progrès; lorsqu'on eut doublé le cap de Bonne-Espé- 
rance, découvert le Nouveau-Monde, on ne crut pas 
pouvoir miettre un autre système géographique à la 
place de celui de Ptolémée , qui se trouvait contredit 
cependant, et réfuté dans sa plus importante hypo- 
thèse , je veux dire la prolongation de la côte orien- 
tale d'Afrique jusqu'à l'extréniité de l'Asie, faisant 
de la mer des Indes une mer méditerranée. Ce fut 
à cause de l'excès des longitudes de Ptolémée vers 
l'orient que l'on se persuada que les terres nouvel- 
lement découvertes dans l'océan Atlantique appar- 
tenaient h l'Inde, et que Christophe Colomb mourut 
sans savoir qu'il eût abordé dans un nouveau monde 
au delà duquel était encore un océan qui le séparait 
de l'ancien monde, bien plus vaste que celui qu'il ve- 
nait de traverser. Lorsque les conquêtes des Fernand 
Cortez et des Pizarre eurent détrompé l'Europe à 



A l'analyse géographique. ix 

cet égard , on ne voulut pas renoncer à croire que 
Ptolémée eût tout connu, eût tout déterminé. Le 
Pérou devint la chersonèse d'Or du géographe 
d'Alexandrie , et Catigara fut placé sur les cartes 
h l'extrémité des côtes occidentales connues de l'Amé- 
rique, de même qu'il se trouvait sur les cartes de 
Ptolémée à l'extrémité orientale des côtes connues 
de l'Asie. Enfin, quand il fut bien avéré que les 
anciens n'avaient eu aucune notion du Nouveau- 
Monde, si ce n'est par les conjectures de leurs géo- 
graphes spéculatifs, on publia des cartes de ce vaste 
continent assez détaillées pour former un atlas séparé 
sous le titre de Supplément à Ptolémée. 

Le système de géographie moderne est donc sorti 
des corrections faites au système géographique de 
Ptolémée; mais, pour l'étendue et la précision des 
connaissances, il est devenu tellement supérieur à 
son modèle qu'on n'a plus dû se servir de l'ouvrage 
du géographe d'Alexandrie pour tracer sur les cartes 
aucune des régions du globe. Cependant, encore au 
miilieu du dix-huitième siècle, D'Anville a cru devoir 
l'employer pour l'intérieur de l'Afrique, jugeant cette 
contrée mieux connue des anciens et des Arabes 
qu'elle ne l'était de son temps. Mais la géographie 
de Ptolémée, devenue inutile pour les progrès de 
la science moderne , maintint sa prééminence pour 
éclairer la géographie des siècles passés. C'est en la 
comparant avec la géographie moderne qu'on cher- 



X INTRODUCTION 

cha à faire reparaître la géographie des temps anté- 
rieurs à celui où cet ouvrage fut composé; et, avec 
elle, celle des temps qui l'ont suivie, jusqu'à l'époque 
où elle a cessé de dominer la science moderne. 

La géographie de Ptolémée ne nous donne pas 
les seules cartes, ou plutôt les seuls matériaux de 
cartes, qui nous restent des anciens. Nous savons, 
d'après leurs propres témoignages , qu'indépen- 
damment de celles où les méridiens et les paral- 
lèles étaient tracés par des lignes courbes , et des 
cartes à projection plates avec des méridiens et des 
parallèles en lignes droites, ils avaient des portulans 
pour l'usage des navigateurs d'après les rumbs de 
vents et des observations célestes. Ils avaient des 
cartes itinéraires où étaient tracées les grandes routes 
avec leurs diverses ramifications , avec les noms des 
lieux que ces routes traversaient, et les chiffres 
indiquant les distances intermédiaires entre ces dif- 
férens lieux, qui, dans plusieurs, se trouvaient dis- 
tingués par des couleurs, et où étaient indiqués les 
montagnes, les fleuves, les lacs. Us avaient encore 
des livres pareils à ceux que nous intitulons pi- 
loteSj qu'ils nommaient périples , où se trouvaient 
toutes les dislances et les indications nécessaires 
pour tracer ces cartes marines, ou plutôt qui étaient 
écrits d'après ces mêmes cartes. Us possédaient enfin 
des routiers pareils à nos livres de poste , où tous les 
noms de lieux qui se trouvaient sur les routes des 



A l'analyse Géographique. xj 

cartes itinéraires se lisaient écrits avec les dislances 
à la suite les uns des autres : on en donnait des 
copies détachées ou isolées comme feuilles de route 
aux généraux d armée, aux soldats, aux courriers et 
aux messagers. Des passages de Properce, de Strabon, 
de Pline, de Frontin, de Végèce, d'Athénée, d'Aris- 
tide, de Saint-Ambroise, du Code Théodosien, de Di- 
cuil , et d'autres auteurs, ne laissent aucun doute sur 
ces difiérentes assertions. Ces livres peuvent être con- 
sidérés comme ayant été les matériaux élémentaires 
des cartes géographiques, des cartes itinéraires, ou 
plutôt ils n'en étaient que le relevé. 

Si, d'après tous ces matériaux, et tous ceux de 
même nature , on pouvait rétablir les cartes des 
anciens selon le plan perfectionné des cartes mo- 
dernes, on assignerait à chaque lieu géographique 
mentionné par les auteurs et les monumens de l'an- 
tiquité sa position sur le globe; on aurait le nom 
des lieux modernes qui occupent le même emplace- 
ment , et qui correspondent aux noms anciens. De 
telles cartes éclaireraient d'une vive lumière l'his- 
toire de l'antiquité , et donneraient des moyens 
d'interpréter exactement nombre de textes anciens, 
mieux que ne pourraient le faire des volumes de 
discussions. 

Ainsi donc, déterminer les vraies positions des lieux 
dont Ptolémée dans sa géographie a donné les longi- 
tudes et les latitudes, ou, en d'autres termes, dont 



Xij INTRODUCTION 

il a élabli les distances respectives en degrés, mi- 
nutes et secondes; déterminer aussi les vraies posi- 
tions des lieux dont l'Itinéraire d'Antonin , l'Itiné- 
raire maritime, l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, 
la Table Théodosienne , ont donné les noms et les 
distances, ce serait réellement rétablir les cartes géo- 
graphiques des anciens selon un plan plus parfait que 
celui qu'ils ont connu; ce serait expliquer, dans tout 
ce qui est purement géographique, tous les auteurs 
de l'antiquité : car les anciens ne nous ont transmis 
aucun monument qui renferme autant de notions 
précises sur la géographie positive et mathématique 
que ceux qui viennent d'être mentionnés. C'est 
avec eux qu'il faut coordonner les autres documens 
antiques moins exacts, moins étendus, moins dé- 
taillés. 

Ce rétablissement de la carte antique, au moyen 
des nombreuses données qui nous en restent, est dif- 
ficile, mais il n'est pas impossible. S'il était facile, il 
serait fait. On s'écarte des routes hérissées d'obstacles; 
on se précipite dans celles qui sont ouvertes et apla- 
nies. Pour se dispenser d'entrer dans celle-ci , on a 
nié qu'elle fut praticable. Dans de volumineux ou- 
vrages, dans de simples dissertations, des hommes, 
d'ailleurs très érudits et justement célèbres, ont dé- 
claré que les latitudes et longitudes de Ptolémée 
n'étant point d'accord avec celles de nos cartes mo- 
dernes, il ne fallait point y avoir égard; que les 



A l'analyse géographique. xiij 

itinéraires anciens, ainsi que la Table Thëodosienne, 
n'offraient qu'un amas d'erreurs ; que les chiffres 
donnée par ces monumens géographiques méritaient 
rarement d'être pris en considération , et, confor- 
mément à cette doctrine facile, on a vu paraître des 
traités de géographie ancienne où sur les points dif- 
fieultueux toutes les opinions qu'on a émises ont été 
réunies, sans que l'auteur paraisse seulement soup- 
çonner celle que l'on doit préférer, ni s'en inquiéter. 

Mais une science ne peut faire de progrès que par 
des moyens qui lui sont propres. La géographie 
est la science de l'espace, et le géographe est tenu de 
se rendre compte des moyens employés pour le 
définir. 

Pour pouvoir mettre h profit la géographie de 
Ptolémée, les itinéraires anciens et la Table Théo- 
dosienne, il est essentiel d'examiner comment ces 
ouvrages ont été composés, quelle est la cause des 
erreurs réelles ou apparentes qu'on y découvre, et 
quels secours ils peuvent nous fournir pour déter- 
miner mathématiquement les positions des lieux 
antiques. 

Lorsque nous considérons attentivement les cartes 
dressées pour la géographie de Ptolémée , nous 
sommes frappés de voir que presque tous les lieux 
dont l'identité avec les lieux modernes nous sont 
connus , ceux des côtes exceptés , ne se trouvent 
pas , les uns à l'égard des autres , dans leurs vrais 



xiV INTRODUCTION 

rapports de position, et que plusieurs s'en écartent 
extrêmement; de telle sorte que telle ville est placée 
au nord de telle autre, tandis qu'elle devrait être 
au sud ; telle autre est mise à l'orient d'une autre 
ville, tandis que dans la réalité elle est à l'occident. 
Sur les côtes, au contraire^ nous remarquons que les 
caps , les ports , les baies , les embouchures des 
fleuves , les stations , les villes , sont dans l'ordre 
qu'ils occupent réellement à la suite les uns des au- 
tres , et que les intervalles qui les séparent indiquent 
qu'ils sont dans un certain rapport avec leurs di- 
stances réelles , telles que nos cartes modernes nous 
les donnent. 

Cette remarque nous enseigne qu'il est possible , 
pour les côtes, de découvrir la mesure qui a servi à 
déterminer les intervalles des lieux antiques. Si en 
effet , pour les côtes que l'on veut soumettre à une 
analyse géographique, on calcule dans Ptolémée les 
distances qui se suivent, et qu'on fasse la même sup- 
putation pour la carte moderne de la même région, 
on trouve souvent exacts des rapports de distance 
entre les deux cartes, et par là on détermine facile- 
ment le module de la mesure qui sur la carte antique 
a servi pour telle ou telle côte. 

Ainsi pour les côtes occidentales de la mer Rouge, 
pour les côtes méridionales de l'Arabie , Ptolémée , 
d'accord avec le périple de la mer Erythrée, nous 
montre que la mesure qui a servi à déterminer les 



A l'analyse GÉOGIIAPUIQUE. XV 

dislances est égale à la 5oo"'^ partie d'un degré de 
grand cercle de la sphère. 

Les côtes de l'Inde, celles du golfe Persique, quel- 
que défigurées qu'elles paraissent sur la carte de 
Ptolémée, correspondent, par le calcul des distances 
pour les lieux qui y sont placés, à une mesure qui 
aurait pour unité la i 1 1 1 ~ partie d'un degi'é de 
grand cercle. 

Sur d'autres côtes de l'Orient comme de l'Occident, 
on retrouve l'emploi d'un module de mesure de 835 ~ 
au degré. 

D'autres côtes, telles que certaines portions des 
rivages méridionaux de la Gaule, offriront, dans la 
carte de Ptolémée, une concordance parfaite avec la 
carte moderne, si les distances sont calculées d'après 
un module de mesure de 666 | au degré. 

Pour d'autres côtes, telles que certaines portions de 
l'île d'Albion et de l'Ibérie , on n'obtiendra la cor- 
respondance des positions de Ptolémée avec la carte 
moderne qu'au moyen d'une mesure qui est la 
700"'* partie du degré; et pour celles de la Germa- 
nie et de la Sarmatie, qu'avec une mesure qui en est 
la 600"*^ partie. 

Dès lors nous sommes autorisé à conclure que les 
périples particuliers qui ont servi à dresser la carte 
du monde connu ont été construits avec des mesures 
différentes, et dans les rapports que nous avons in- 
diqués.^ous n'aurions pas besoin de prouver autre- 



XVJ INTRODUCTION 

ment que l'usage de ces mesures a existé chez les 
anciens, puisque leur existence est démontrée par 
l'emploi même qui en a été fait sur de longues éten- 
dues de côtes , et pour des séries de distances qui se 
suivent sans interruption, mesurées avec le m.éme 
module. 

Mais lorsque nous apprenons que ces mesures sont 
celles-lk mêmes que les Grecs désignaient sous le 
seul nom de stades , quoiqu'elles différassent entre 
elles, selon les rapports que nous avons indiqués, 
nous ne doutons plus que ces mesures n'aient servi 
à la construction de leurs systèmes géographiques, 
et ne soient une des principales causes des erreurs 
et des aberrations qu'on y remarque. 

Ainsi , loisque Aristote nous dit que le périmètre 
de la terre est de 4ot>>ooo stades , nous en déduisons 
le stade de i ii t | , que notre analyse géographique 
nous a fait reconnaître en Orient. 

Quand nous lisons dans Archimède qu'une mesure 
donnait 5oo,ooo stades à la circonférence de la terre, 
nous obtenons, par le calcul, le stade de 855 ^ au de- 
gré, dont l'emploi a été vérifié par nous. 

L'évaluation d'Eratosthène, d'Hipparque, de Stra- 
bon, de 262,000 stades pour le périmètre delà terre, 
nous donne aussitôt le stade de 700 au degré. 

Celle de 180,000 à la circonférence d'après Pto- 
lémée nous fournit le stade de 5oo au degré. 

Aucune des déterminations de la circonférence de 



A l'analyse géographique. xvij 

la terre données par les anciens ne nous indique le 
stade de 600 au degré, dont nous avons aussi cepen- 
dant reconnu l'emploi dans le système géographique , 
de Ptolémée. Mais on sait l'origine de ce stade, dont 
les Romains ont fait un si grand usage, et dont huit 
formaient leur mille. On le nommait le stade olym- 
pique, parce qu'il était composé de 600 pieds grecs ou 
625 pieds romains, module qui servait à mesurer la 
course à pied aux jeux olympiques. Ainsi, ce stade 
se trouvait contenu 216,000 fois dans la circonfé- 
rence de la terre. 

Tous les faits que nous venons d'énoncer se 
trouvent démontrés , avec une grande conscience de 
calculs et une rigoureuse précision , dans les quatre 
volumes de Recherches su?- la Géographie des 
anciens y par M. Gossellin. A ces faits, qui sont indé- 
pendans de toute théorie, de tout système, nous 
pourrions en ajouter d'autres fondés sur nos propres 
travaux qui ne seraient pas, nous osons le dire, moins 
rigoureusement démontrés. Nous nous sommes as- 
suré que les distances données , dans les itinéraires 
anciens, pour la Perse et pour l'Inde, se trouvent par- 
faitement d'accord avec celles de nos cartes mo- 
dernes, et nous fournissent les moyens d'assigner 
avec une rigoureuse précision les positions de toutes 
les villes antiques qui s'y tiouvent mentionnées. 
Nous pouvons démontrer que les distances indi- 
quées par Strabon, Pline el la Table Théodosienne, 
m. h 



XViij INTRODUCTION 

pour ces mêmes positions , donnent des mesures 
semblables avec des chiffres differens , parce qu'elles 
représentent toutes un des stades que nous avons 
indiqués. 

M. Gossellin ne s'en est pas tenu à la démonstra- 
tion de la diversité des mesures chez les anciens, à 
l'exactitude de leur emploi en géoi^raphie. Il a voulu 
aller plus loin encore par cette méthode d'analyse 
qu'il s'était créée. En examinant les bases du sj'stème 
géographique des Grecs antérieurement à Ptolémée, 
en recherchant celles d'après lesquelles Eratosthène 
avait dressé sa carte, en faisant disparaître les causes 
évidentes d'erreurs produites par des mesures dilfé- 
rentes confondues sous un même nom, M. Gossellin 
a trouvé que les plus grandes distances en longitude 
entre cinq ou six points, pris sous le 56* parallèle , 
présentaient avec nos cartes modernes un accord 
surprenant. Il reconnaît cependant que les Grecs, qui 
ont déterminé les latitudes assez exactement, n'ont 
jamais pu faire d'observations qui eussent quelque 
valeur pour les longitudes ; et comme les détermina- 
lions des lieux plus rapprochés et intermédiaires pré- 
sentent d'énormes erreurs et diffèrent fortement, 
sous ce rapport, de celles dont nous venons de parler, 
il en conclut que le système géographique des Grecs 
provient de quelque peuple inconnu de l'Asie chez 
lequel l'astronomie se trouvait poussée à un haut 
degré de perfection. Cette conjecture, qu'aucun texte 



A l'analyse géographique. xix 

ancien n'autorise , n'est nullement nécessaire pour 
rendre compte des faits que M. Gossellin a su si bien 
discerner; on peut en donner une explication bien 
plus simple et plus naturelle, et qui est suivant nous 
la seule vraie. 

M. Gossellin n'a travaillé en détail que les côtes 
de la carte antique ; jamais il n'a porté son analyse 
dans l'intérieur des continens; jamais il p'a tenté de 
comparer les cartes modernes des pays levés topo- 
graphiquement , ou assez exactes et assez détaillées 
pour qu'on puisse leur appliquer les mesures an- 
ciennes données par les itinéraires et la Table Théo- 
dosienne. Ce travail était tout différent de celui 
auquel M. Gossellin s'est livré; il exigeait la réunion 
d'un grand nombre de feuilles géographiques, et des 
i-echerches historiques sur des localités obscures, qui 
n'importaient en aucune manière h l'histoire des dé- 
couvertes dans les tempe antiques, et à l'explication 
des différens systèmes de géographie, objets princi- 
paux des recherches de M. Gossellin. 

Du point de vue où M. Gossellin s'était placé, il 
considérait les différentes mesures données par les 
anciens pour le périmètre de la terre comme des 
mesures astronomiques, et toutes les grandesdistances 
trausmises par l'antiquité dans un des stades em- 
ployés pour évaluer le périmètre terrestre comme 
les résultats d'observations astronomiques. 11 imagi- 
nait dans le système primitif des anciens en géogra- 



XX INTRODUCTION 

phie une exaclilude et une perf'eclion qui ny exis- 
tèrent jamais. La méthode qu'il a employée pouvait 
très bien se passer de cette théorie, mais ceux qui ont 
combattu cette théorie n'ont pas su Aoir qu'elle 
n'affectait pas l'exactitude de ses résultats. 

Si M. Gossellin avait étudié les progrès de la géo- 
graphie chez les modernes avec cette constance qu'il 
a mise à rechercher ceux des anciens dans cette science, 
l'illusion qu'il s'était faite sur la cause de l'exactitude 
de certaines mesures des cartes anciennes se serait 
évanouie. 11 aurait vu que chez les anciens, comme 
chez les modernes , ce n'est point par les obser- 
vations astronomiques que l'on est parvenu à déter- 
miner, assez approximativement, la longitude et la 
latitude d'un nombre de lieux suffisant pour pouvoir 
asseoir les bases d'un système géographique, mais 
par les itinéraires. Seulement il j a cette différence 
entre les anciens et les modernes, que les géographes 
de l'antiquité, les Eratoslhène, les Marin de Tyr, 
les Ptolémée, quand ils ont voulu former un système 
régulier des connaissances géographiques acquises de 
leur temps, ont eu à leur disposition, pour accomplir 
cette tâche, un ensemble de mesures bien plus nom- 
breuses, bien plus exactes, que les géographes des 
temps modernes qui les premiers ont fait de sembla- 
bles tentatives. 

Nous avons déjà remarqué que jusqu'à l'époque 
où la découverte du cap de Bonne-Espérance et celle 



A LANALYSK GÉOGRAPHIQUE. XXJ 

du Nouveau-Monde firent faire de si grands et de si 
rapides progrès à la géographie, cette science dans 
l'Europe moderne s'était traînée dans une sorte 
d'enfance sur les pas des Arabes. 

Les sa\ans cosmographes qui, au début des grandes 
découvertes des Vasco de Gama et des Colomb, s'atta- 
chèrent à réunir et h coordonner ces notions acquises 
en géographie virent très bien que les cartes dressées 
avec tant de détails et d'habileté, par les pilotes et 
les hydrographes qui avaient coopéré à ces naviga- 
tions, ne pouvaient s'adapter aux planisphères gros- 
siers dont on s'était contenté jusqu'alors. Ces caites 
plates des pilotes, n'embrassant qu'une zone peu 
étendue, pouvaient , par la nature de leur projection, 
ou plutôt malgré leur défaut de projection , suffire 
aux besoins de la navigation; mais quand il fallait les 
Induire toutes pour les rendre parties intégrantes 
d'une mappemonde représentant toutes les terres 
connues , alors les distances marquées sur ces cartes 
et les dimensions des côtes se trouvaient d'autant 
plus erronées que les régions auxquelles elles appar- 
tenaient étaient plus éloignées de l'équateur. 

C'est alors que les cosmographes étudièrent dans 
Ptolémée l'art des projections géographiques, et que 
le livre de cet auteur fut la base sur laquelle ils 
essayèrent de construire leur système. 

Pour les contrées nouvellement découvertes, les 
rosmographes avaient quehjues observations impar- 



XXij INTRODUCTION 

faites et les journaux nautiques pour base; mais dans 
Içs contrées pl^is anciennement connues ils man- 
quaient de matériaux : ils n'avaient ni itinéraires ni 
routiers, ni aucun moyen de déterminer les di- 
stances respectives des lieux et leurs positions sur le 
glpbe. Ils s'approprièrent donc pour l'Europe et 
pour une partie de l'Asie les cartes de Ptolémée, et ils 
rectifièrent ce plan général h mesure que des ren- 
seignemens encore imparfaits*, mais recueillis dans 
les pays mêmes, leur en donnaient les moyens. 

De ce mélange des connaissances anciennes avec 
les notions modernes devait résulter une confusion 
et des erreurs dans la géographie de l'ancien monde, 
dont celle du nouveau monde était exempte. C'est 
aiflsi que, de nos jours, les côtes de laNouvelle-HoUande, 
le dernier des continens qu'oii ait explorés , ont été 
relevées avec tous les moyens de la science moderne 
perfectionnée, et qu'elles présentent moins d'inexacti- 
tude et d'imperfection dans leur tracé que les côtes 
de la Méditerrannée, les plus anciennement connues 
de toutes, et celles qu'on a le plus souvent dessinées, 
mais dont la carte générale est le résultat d'explora- 
tions faites dans différens siècles, et par des naviga- 
teurs ou des hydrographes de différentes nations. 

On est pénétré d'admiration lorsqu'on suit les 
travaux des Nunez, des Vanegas, des Appian, des 
Santa-Cruz, et d'autres cosmographes de Charles- 
Quint, pour vaincre les obstacles que leur présen- 



A L'ANALYSE GÉOGRAPHIQUE. XXiij 

tait l'élat de la science, surtout pour subvenir à son 
besoin le plus impérieux , la détermination des 
longitudes, sans laquelle il leur était impossible de 
former un ensemble des connaissances acquises, de 
créer en un mot un système géographique dégage 
des fautes énormes qu'ils trouvaient dans celui de 
Ptolémée. Perfectionnement des instrumens, calcul 
des éclipses, table des déclinaisons et des étoiles, 
variations de la boussole, longueurs des ombres, 
horloges marines, levées trigonouiétriques , multi- 
plicité des projections, cartes réduites, ils essayèrent 
tout, ils pensèrent à tout, ils inventèrent tout, avant 
les Mei'cator, les Wright, les Halley et leurs sut>- 
cesseni's. Mais à l'époque où parurent ces hommes 
si recommandables, dont la mémoire est aujourd'hui 
elTacée, la mécanique et l'optique n'étaient point 
assez avancées pour prêter des secours efTicaces à 
l'astronome et au géographe^ et, nonobstant leurs 
savaus etïbrls , le système géographique des mo- 
dernes resta encombré par les erreurs dues aux cartes 
de Ptolémée. 

Quoique dans le seizième et le commencement du 
dix-septième siècle les instrumens se fussent bien per- 
fectionnés, que l'astronomie eût fait de grands pro- 
grès , que l'on eût gravé des cartes nautiques et des 
cartes géographiques de diverses régions, on man- 
quait encore de mesures et d'observations précises 
pour déterminer, même approximativement, la di- 



XXiV INTRODUCTION 

stance des points extrêmes en longitude des terres 
connues du globe ; et le système géographique mo- 
derne, qui s'était dégagé enfin de celui des anciens, 
se ressentait encore de la trop grande extension que 
Ptolémée avait donnée à l'ancien m^onde copnu de 
son temps. 

Nicolas et Guillaume Sanson , les plus grands géo- 
graphes de leur époque, en 1662 et en 1668, se trom- 
paient de quinze degrés sur la longueur de la Médi- 
terranée, et de trente-deux degrés sur la distance 
du premier méridien au cap Comorin. La première 
erreur était quinze fois plus grande, et la seconde 
erreur quatre-vingts fois plus grande , que celle qui 
existait entre les mêmes points géographiques sur la 
carte des anciens ramenée à son exactitude primitive. 

Nicolas Sanson eut cependant l'heureuse idée de 
s'aider des itinéraires romains pour rectifier ses 
cartes ; mais ce moyen même ne pouvait que le 
confirmer dans ses erreurs , ou lui en faire com- 
mettre de plus grandes. Il considérait le mille romain 
comme égal au mille marin de 60 au degré ; il le 
faisait donc trop long d'un cinquième , ce qui con- 
tribuait à exagérer toutes ses distances dans la même 
proportion. 

Enfin, par l'intervalle de plusieurs bornes mil- 
itaires antiques qui furent découvertes, la longueur 
du mille romain ancien fut connue; on sut que cette 
mesure était la même que celle des pilotes grecs de 



A l'analyse géographique. XXV 

la Méditerranée, qui , dans leurs navigations , calcu- 
laient les distances parcourues par un mille égal à 
la soixante-quinzième partie du degré d'un grand 
cercle de la sphère terrestre. Delisle profita de 
cette découverte, et au moyen des itinéraires ro- 
mains, il resserra la Méditerranée de trois cents 
lieues en longitude, et l'Asie de cinq cents lieues: 
ces corrections hardies se trouvèrent d'accord avec 
les observations astronomiques qu'on commen- 
çait déjà à multiplier sur divers points du globe. 
L'habile géographe s'occupa avec beaucoup d'ardeur 
à coordonner à ce petit nombre de points, astrono- 
miquement déterminés, tous les itinéraires anciens 
et modernes, les relations de voyages, et les jour- 
naux de navigation. Il parvint ainsi à faire dispa- 
raître les fautes énormes de ses prédécesseurs , et il 
fonda un système de géographie entièrement mo- 
derne, dégagé des fausses notions que celui de Pto- 
lémée avait si long-temps consacrées. 

Le système géographique moderne dont Delisle 
avait posé les bases fut perfectionné par D'Anville. 
A l'exemple de Delisle, mais avec bien plus de succès 
encore, D'Anville se servit de la géographie ancienne 
pour hâter les progrès de la géographie moderne. Ce 
fut avec les itinéraires anciens que D'Anville rectifia la 
forme fautive que l'on donnait à l'Italie; qu'il déter- 
mina , au moyen de ces antiques documens, les di- 
stances entre les lieux modernes de cette célèbie 



\XVJ INTRODUCÏlOiN 

péninsule. Pline, dans la partie géoû;rapliiqiie de son 
grand ouvrage, dit quelque part : « J'ai honte d'em- 
prunter à des Grecs les mesures de l'Italie. » Notre 
grand géographe, qui n'était ni compilateur, ni bel 
esprit, n'a jamais été tenté de dire qu'il rougissait, 
pour dresser une carte de l'Italie moderne, d'avoir 
recours aux anciens Romains, et à des monumens 
géographiques vieux de dix-huit cents ans. Il savait 
que les vérités une fois acquises à la science ne ces- 
sent jamais de lui appartenir, quels que soient le 
siècle, le climat, la contrée qui les a vues naître ; et 
que c'est leur exactitude, et non leur origine, qui 
constitue leur valeur et le degré de confiance qu'elles 
méritent. 

Les cosmographes de l'école d'Alexandrie , les 
Ératosthcne, les Marin de Tyr, les Ptolémée, pour 
accorder entre eux les, résultats des découvertes 
faites et les connaissances acquises de leur temps en 
géographie, ne se trouvèrent pas, comme les cosmo- 
graphes modernes, dans la nécessité de faire de vains 
efforts pour arranger et concilier les notions inco- 
hérentes et fragmentaires de vingt siècles et de 
vingt peuples différens. 

A deux époques diverses, mais analogues, dans des 
siècles de civilisation perfectionnée et devenus célè^ 
bres par les succès du génie et la haute culture des 
sciences et des lettres , deux grands empires se for- 
mèrent, lis renfermèrent, l'un en Orient, l'autre en 



A L ANALYSE GÉOGRAPHIQUE. XXVij 

Occident, pi'esque toutes les terres du globe qu'il a 
été donné aux anciens de parcourir et de connaître. 
Des mesures furent prises pour déterminer l'étendue 
et les dimensions de ces empires : on en releva les 
côtes, on en dessina les provinces, on en traça les 
routes, on en écrivit les périples et les itinéraires ; 
et ces vastes et riches docuraens, recueillis, publiés 
par les deux puissans £»ouvernemens auxquels ils 
étaient dus, oflTraient aux géographes un moyen fa- 
cile de former un ensemble de toutes, les connais- 
sances géographiques. Il n'y avait d'incertitude que 
pour les contrées situées hors des limites de ces em- 
pires, sur lesquels on n'avait que des renseignemens 
moins certains. 

x\lexandre-le-Grand , en ti^versant toute la por- 
tion de l'Asie comprise entre l'Emope et l'Indus , eut 
soin de faire mesurer, par ses bématistes au ingénieurs 
mesureurs , les longues routes parcourues par lui et 
par ses lieutenans. Pline et StraBon ne nous ont pas 
laissés ignorer les noms des hommes utiles qui exé- 
cutèi'ent ce grand tiavail. Il fut continué sous les 
successeurs immédiats d'Alexandre, par Scleucus 
Nicator et Antiochus Soter, qui prolongèrent ces 
itinéraires jusqu'à l'embouchure du Gange et ilaik» 
la presqu*ile de l'Indoustan. D'un nutre coté, la 
ilotte, partie de Tlndus paj- les ordres d'Akxun- 
dre, arriva heureusoincnt à Babylonc après avoir 
reconnu les côl«\s de la Perse et du golfe Pcr- 



XXViij INTRODUCTION 

slqiie. Néarquc et Onésicrite , qui corninaiidaient 
celte flotte, avaient écrit la relation de ce voyage 
de découvertes, et donné les résultats des calculs de 
leurs stadmodotes ou ingénieurs chargés de mesurer 
la longueur du trajet parcouru par leurs vaisseaux. 
Les côtes méridionales de l'Indoustan et de Ceylan 
furent ensuite visitées par des navigateurs grecs, de 
sorte qu'il existait des cartes générales et particu- 
lières de tout l'Orient, On possédait encore des itiné- 
raires écrits, des relations de voyages, des périples, 
des descriptions particulières de certaines régions ou 
de certaines provinces , ou même des topographies 
de certains cantons importans, tels que celui de la 
Troade par exemple : les titres de quelques uns de 
ces ouvrages et les noms de leurs auteurs sont cités par 
Strabon et par Pline. Il y avait, ainsi que nous le dé- 
montrerons ailleurs par tout ce qui nous reste de 
tous ces documens , dans Pline, Strabon, Arrien, 
h Table Théodosienne , beaucoup d'unité et d'en- 
semble dans les connaissances géographiques sur 
l'Orient : un même peuple en était l'auteur; un 
même siècle les avait vues naître; un même module 
de mesure avait servi à déterminer l'étendue des plus 



vastes régions. 



Il en fut de même en Occident. Les Romains, en 
englobant dans leur vaste empire toutes les contrées 
situées entre la mer Atlantique et l'Euphralc, y pro- 
jetèrent leurs longues voies fermes et indestructibles, 



A l'analyse géograpfiique. xxix 

afin d'élablir de faciles communications entre Rome 
et les provinces les plus éloignées. On commença 
sous Jules César à procéder h un miesurage exact de 
toutes ces routes, à déterminer l'intervalle des sta- 
tions ou relais de postes et des villes capitales. Cette 
grande opération fut continuée sous Auguste : on y 
employa trente-deux ans; elle s'exécuta sous la di- 
rection de quatre ingénieurs en chef dont jEthicus 
nous a conservé les noms. L'un eut le Nord dans 
son département, l'autre le Midi, un troisième 
l'Orient, un quatrième l'Occident. Les côtes de la Mé- 
diterranée furent mesurées par les voies de terre qui 
bordaient leurs rivages, et aussi par les nombreuses 
navigations que nécessitaient la guerre et le commerce. 
Les périples qu'on publia , ou les portulans qu'on 
dressa pour l'usage des navigateurs, étaient minu- 
tieusement exacts , précisément parce qu'avant l'in- 
vention de la boussole les navigateurs craignaient de 
s'éloigner des côtes. La navigation chez les anciens 
était réduite à un cabotage presque continuel. Nous 
savons aussi que dans l'antiquité on avait inventé 
une machine qu'on adaptait à des voitures et à des 
vaisseaux, et qu'au moyen de cet odomètre, que Vi- 
truve a décrit avec beaucoup de clarté, on mesurait 
les trajets de mer et de" terre : ainsi , les voies non 
militaires, que les ingénieurs n'avaient pas mesurées 
pouvaient l'être de cette manière. 

Il fut facile, en rejoignant les opérations faites sous 



XXX INTRODUCTION 

Alexandre-le-Grand avec celles qu avaient faitexécuter 
Jules César et Auguste , de former un ensemble de 
ces deux grandes portionsde la science géographique. 
Agrippa s'en occupa, et sa carte du monde, conti- 
nuée d'après ses mémoires , fut exposée aux regards 
du public dans ce portique dont PoUa, sa soeur, 
légua l'achèvement à l'infatigable activité d'Auguste. 
Ce n'était pas, au reste, un exemple sans précédent 
que cette exposition publique et monumentale d'une 
carte géographique, puisque depuis long-temps, se- 
lon le témoignage de Tite-Live, on voyait la carte de 
l'Italie peinte sur le mur du temple de Tellus, la 
Terre : in pariete pictam Italiam. Ces cartes peintes 
n'étaient que des cartes générales, mais nous appre- 
nons par Frontin, dans les Scriptores rei agrai^iœ, 
qu'il existait., en outre, des ouvrages de géographie 
spéciaux pour chaque pays, des espèces de cadastre où 
la forme des provinces et des villes, les mesures qui 
les concernaient, étaient accompagnées de descrip- 
tions et de règlemens sm' les possessioiis territo- 
riales. Un nommé Balbus, mesureur ou ingénieur 
impérial , se trouve cité pour la province de Pice- 
num comme un des auteurs de ces sortes d'ou- 
vrages. Ces ouvrages, comme aussi les descriptions 
générales de la terre, furent accompagnés de cartes 
dessinées sur parchemin et sur toile : Metiano Pom- 
peiano qiiod depictiun orhcui terrœ in menibrana 
circumferret (Sueton.). Mais bientôt, pour que cq^ 



A l'analyse géographique. xxxj 

cartes eussent plus de durée, on les grava sur cuivre. 
Sous Trajan surtout, qui , par la conquête de la Da- 
cie et de la Mésopotamie , fit faire de nouveaux pro- 
grès à la géographie , ce procédé fut souvent mis en 
pratique par ordre exprès de l'empereur : Libres œris 
et tfpum pevticœ linteis descriptuni [sic) secundos 
suas terminationes.., hiijus territorii forma in tahida 
œris ah imperio Trajano j'ussa est describi* (Scrip- 
tores rei agrarise.) 

Ainsi, le monde d'Orient mesuré, décrit par les 
Grecs ; le monde d'Occident mesuré , décrit par les 
Romains, tels étaient les grands et magnifiques mo- 
numens géographiques que Ptolémée avait à sa dis- 
position pour construire l'édifice de la science, pour 
former un système géographique. Il semble qu'il n'y 
avait qu'à rejoindre ces deux grandes portions du 
domaine cosmographique , qu'à les assujettir à une 
échelle de mesure uniforme, pour obtenir un dessin 
exact de toutes les terres connues , selon le degré de 
perfection où la science était alors parvenue. Mais 
cela ne pouvait suflire à Ptolémée, qui aspirait à une 
perfection plus grande, et qui voulait avec les seules 
observations existantes, avec les seuls travaux lon- 
gimétriques qu'on avait exécutés, asseoir la géogra- 
phie sur des bases plus scientifiques et plus solides. 
Ptolémée prétendait réaliser les idées d'Hipparque 
et déterminer l'emplacement de chaque lieu sur le 
globe par sa distance à l'équateur et à un premier 



XXXij INTRODUCTION 

méridien , c'est-h-dire sa latitude et sa longitude. 
Il voulait substituer à des distances données en 
stades des dislances en degrés , minutes et se- 
condes d'un grand cercle de la sphère. Les obser- 
vations souvent répétées sur la hauteur des princi- 
pales étoiles, sur la durée du plus long jour, sur la 
longueur des ombres , avaient suffi pour déterminer 
les distances à l'équateur d'un assez grand nombre 
de lieux ; h diviser l'hémisphère terrestre en climats 
ou en bandes proportionnelles. 

La latitude d'Alexandrie, telle que la donnaient les 
observations d'Hipparque, ne différait que de trois 
minutes quarante-six secondes des observations mo- 
dernes. Eratosthène avait déterminé la latitude de 
Rhodes à sept minutes cinq secondes près , et si on 
joignait, par un calcul commun, son observation à 
celles d'Hipparque, on n'aurait plus qu'une minute et 
demie de différence entre les observations des anciens 
et celles des modernes. 

Mais s'il est prouvé que les anciens pouvaient 
apprécier assez exactement la latitude des lieux , leur 
impuissance à fixer leur longitude d'une manière 
tant soit peu exacte est également démontrée. 

Ptolémée, dans le calcul d'une éclipse de lune pour 
déterminer la longitude entre Arbelles et Carthage , 
se trompe de quarante-cinq minutes de temps ou de 
onze degrés quinze minutes (6y5 milles géogra- 
phiques) sur une distance qui n'excède pas trente- 



A l'analyse géographique. xxxiij 

trois degrés quarante-cinq minutes (2026 milles 
géographiques). 

C'est dans les itinéraires des Grecs et des Romains 
que Ptolémée trouvait les moyens de déterminer les 
longitudes des points extrêmes dont les latitudes 
avaient été observées; et il n'est pas étonnant que 
pour ces grand